Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
N.B Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

Recherche

Publicités imposées !

Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 15:54

   Le label australien Room40 devient incontournable pour tout amateur des meilleures musiques contemporaines, électroniques, expérimentales. En témoigne une fois de plus la sortie de cet album de piano de Simon James Phillips, compositeur et pianiste australien installé depuis un moment à Berlin. Comme bien d'autres pianistes - je pense notamment à Dustin O'Alloran ou à Nils Frahm, il a choisi la Grunewaldkirche comme espace approprié à ses recherches et intentions. En effet, passionné par les musiques électroniques, il s'intéresse aux atmosphères sonores, aux interférences entre phénomènes mécaniques et résonances, sons inorganiques et répétitifs qui nous entourent, poussant ainsi dans le sens d'une fusion de son instrument dans l'environnement. Le résultat, c'est Chair, projet solo pour ce musicien membre fondateur du duo Pedal avec un autre pianiste australien, Chris Abrahams, membre aussi d'un ensemble d'improvisation berlinois nommé The Splitter Orchester. Plusieurs micros, placés près de l'instrument, autour de lui et dans l'église, captent les sons du piano et les interférences produites.

 

Simon James Phillips - Chair

   Chair s'ouvre avec le très minimaliste "set ikon set remit", pièce envoûtante de plus de onze minutes fondée sur la répétition de motifs crescendo ou diminuendo, créatrice d'une vague sonore ondulante qui s'enrichit peu à peu d'harmoniques, doublée de quelques notes tenues plus basses faisant l'effet de drones. À certains moments, de véritables lames de fond soulèvent le tissu sonore, produisant un effet extraordinaire, comme si les notes rentraient en fusion au cours d'un processus tellurique. Le piano est immergé dans une nappe d'harmoniques, de réverbérations. Un début d'album magnifique ! "ellipsis", par contraste, est plus aéré, au moins au début : grappes de notes séparées de silences, une frappe comme hésitante, puis de plus en plus obstinée, changée en strumming, avec une montée irrésistible, un carillonnement splendide obtenu par la superposition et le croisement de plusieurs voix. Flux et reflux, enchevêtrement, cathédrale sonore au milieu de l'église. "posture" accroît la distance entre chaque note, qui devient comme un îlot sonore : pièce nettement plus méditative, dépouillée. La note se dédouble, chaque doublet se répète dans un jeu discret d'écho, puis survient une note tierce, grave contrepoint aux deux antérieures, la pièce semble en suspens dans les répétitions successives, mais la construction du motif par légères variations et augmentations se poursuit jusqu'à la résolution. "the voice imitator" se présente comme un flux scintillant de notes dans les aigus, ponctué du micro martèlement des marteaux. Des notes plus graves s'insinuent sous la couche supérieure, qui se défait pour se recréer plus aiguë encore. Tandis que les graves ponctuent imperturbablement la pièce, deux voix se croisent dans le registre supérieur, bientôt rejointes par une voix médiane intermittente, qui semble triompher des autres, les inclure dans une ponctuation lumineuse et sereine, émaillée de failles plus graves, douces, brumeuses, ralenties, et le flux se redensifie autour d'une note tenue. "9er on off switch" travaille sur les disjonctions, les ruptures, dans une transe immobile soudain hantée par des notes aux extrêmes des graves. Pièce fascinante, à la Morton Feldman. Les graves semblent libérer des ultra sons, à tout le moins des aigus aux limites de l'audible. Moins de quatre minutes pour cette pièce, la plus courte. Irrésistiblement aquatique par son flux labile, "poul" est une surface sans cesse changeante, animée de courants profonds et indiscernables, qui devient falaise sans qu'on s'en rende compte, mur miroitant parcouru de frissons internes, prison du temps piégé. C'est une pièce d'assaut, puissante, hypnotique, une prise de possession, un rituel cruel et magnifique pour tuer la pensée même de la durée, une hallucination sonore sauvage qui nous laisse pantelants à l'issue de ses onze minutes. "moth to taper" articule les fragments disloqués d'une mélodie perdue, seule pièce laissant une petite place à l'élégiaque, ponctuation émouvante d'un cycle magistral.

Paru en 2013 chez Room40 / 7 titres / 52 minutes  

Pour aller plus loin :

- le site personnel du pianiste

- le premier titre en écoute sur une vidéo d'Alexander Pohnet :

- "poul" en écoute sur soundcoud :

Programme de l'émission du lundi 5 janvier 2015

Oiseaux-Tempête : buy gold / La traversée (Pistes 3 & 4, 13,08), extraits de l'albumsans titre (Sub Rosa, 2014)

Oneohtrix Point Never : Cryo / still Life (p. 8 & 9, 7'41), extraits de R Plus Seven (Warp records, 2013)

Piiptsjilling : Flinter Djippee See / Kobbeswerk (p. 1 & 2, 21'08), extraits de Moarntids (Midira records, 2014)

Simon James Phillips : set ikon set remit / ellipsis (p. 1 & 2, 17'35), extraits de Chair (Room40, 2013)

Partager cet article

commentaires