Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
N.B Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

Recherche

Publicités imposées !

Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 16:06
Michel Banabila / Oene Van Geel - Music for viola and electronics II

  Michel Banabila (Doepfer A-100 analog modular system et autres) et Oene Van Geel (alto surtout, violon sur un titre) récidivent. Après le volume I paru en 2014, voici le volume II sorti depuis peu, avec une nouvelle superbe photographie aérienne de Gerco de Ruijter en couverture, et quelques musiciens en renfort : la clarinette basse de Keimpe de Jong sur le titre 2, Joost Kroon à la batterie et aux métallophones en 3, Radboud Mens à la programmation ableton en 5, Emile Visser au violoncelle et Eric Vloeimans à la trompette sur les titres 2, 3 et 5.

   "Hephaestus" donne le ton de cet opus, sorte de poème électronique sombre, mystérieux, caverneux. Ne sommes-nous pas dans les forges de Vulcain / Héphaïstos ? Sur fond de drones, l'alto de Oene Van Geel tranche, zèbre l'espace sonore de grands coups d'archet. L'arrière-plan devient régulièrement incandescent, animé d'une respiration obscure. Des aigus déchirent la trame d'un incendie qui couve, ça grésille, crépite, quelque chose de monstrueux émerge peut-être. Le morceau est une plongée dans les mystères de la matière, une odyssée imaginaire d'une grande puissance. Peu à peu, la caverne se peuple de multiples vecteurs sonores, le marteau s'abat avec une régularité infernale, de quoi réjouir les amateurs de musique industrielle ou expérimentale, je pense aux albums d'Annie Gosfield parus chez Tzadik par exemple. La coda est paradoxalement une longue traînée sidérale, une échappée de la caverne démolie sous les coups de marteaux-piqueurs électroniques. Magnifique et impressionnante ouverture ! Le début de "Chaos", le deuxième titre, est trompeur. La langueur mélancolique du chant de l'alto , déjà menacée de bruits bizarres, est explosée après une percussion sourde du clavier. Tout s'écroule, se lézarde, l'alto dérape, des percussions multiples, des pizzicatis, perturbent la mélodie, qui sourd quand même entre les fragments de blocs sonores, les transcende. Pièce oxymorique, écartelée entre démantèlement et mélodies d'une suavité ravageuse. C'est absolument superbe, d'autant que la clarinette basse apporte son contrepoint profond au chant sublime des ténèbres apparu après la première partie destructrice. Comme des trompes électroniques répondent au déhanchement orientalisant du violoncelle, tandis qu'un discret pizzicato rythme le mystère des surgissements, que la trompette se déchire dans des aigus extrêmes.

   "Vleugels" ("Ailes") nous emporte au pays des oiseaux chimériques, sans doute les oiseaux du lac Stymphale, aux ailes et aux plumes d'airain, de bronze. La composition est pulsante, à dominante d'aigus brefs imitants les cris d'oiseaux, puis le violoncelle apporte ses graves majestueux, et l'on s'envole en beauté majeure sur des draperies de claviers synthétiques et une batterie déchaînée. Comme quoi électronique et lyrisme peuvent faire bon ménage ! Toute la fin est d'une suavité incroyable...Mais "Radio spelonk" est un retour à la cave - c'est le sens du néerlandais "spelonk" - aux mirages, aux hallucinations, peuplée de brefs échantillons de voix, animée d'apparitions sonores fugaces, que le violon d'Oene vient unifier par des phrases énigmatiques. On est ici entre musique concrète et pure musique contemporaine. "Kino mikro" se fait alors la voix d'un Destin sibyllin, articulé en courtes respirations où apparaissent tantôt l'alto, le violoncelle, la trompette (on songe fugitivement à Jon Hassell) sur un arrière-plan de disque qui gratte, de particules nuageuses. Le dernier tiers est plus syncopé et en même temps plus explicite avec un retour de mélodies entêtantes, un côté manège infernal, puis tout se défait, retourne au silence.

   Une deuxième collaboration très réussie pour ce voyage imaginaire passionnant de bout en bout, musicalement splendide.

---------------------

Music for viola and electronics II, paru chez Tapu Records en mars 2015 / 5 pistes / 48 minutes

Pour aller plus loin :

- le site personnel de Michel Banabila

- Michel Banabila sur soundcloud, pour écouter des extraits d'autres compositions.

- le premier titre en écoute ci-dessous ; vous pouvez l'acheter sur la page bandcamp : édition limitée du cd, mais il en reste, encouragez ce musicien hors du commun !

Programme de l'émission du lundi 11 mai 2015

Terminal sound System : My father my mother (Piste 5, 7'42), extrait de Dust Songs (Denovali Records, 2014)

Michel Banabila & Oene Van Geel : Hephaistus / Chaos (p. 1 & 2, 23'), extraits de Music for viola and electronics (Tapu records, 2015)

Michael Vincent Waller :  Pasticcion per meno e più / Nel Nome di Gesù (p. 5 - 10 - 11, 14'30), extraits de The South shore (XI Records, 2015) Piano sur le titre 5 : Nicolas Horvath

Pascal Dusapin : Étude pour pianio n°3 (p. 3, 9'14), extrait de Études pour piano (Actes Sud / Harmonia Mundi, 2012) Piano : Vanessa Wagner

Programme de l'émission du lundi 20 mai 2015

L'Ordre du Chaos

Michel Banabila & Oene Van Geel : Radio spelonk/ Kino mikro (p. 4 & 5, 15'), extraits de Music for viola and electronics (Tapu records, 2015)

Ricardo Donoso : Vesperum / Conticinium (p. 2 & 3, 10'10), extraits de Sarava Exu (Denovali records, 2014)

Deaf Center : Follow still (p. 1, 13'25), extrait de Recount (sonic pieces, 2014)

Simon James Phillips : poul (p. 6, 11'16), extrait de Chair (Room40, 2013)

Partager cet article

commentaires