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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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5 juin 2015 5 05 /06 /juin /2015 11:49
Manyfingers - The Spectacular Nowhere

L'Orchestre des ombres intérieures ?   

   Chris Cole, cheville ouvrière et quasi unique de Manyfingers, signe le troisième opus, après dix ans de mise en sommeil, de ce projet à plus d'un titre singulier. Aussi bouleverse-t-il ma programmation personnelle, et le voilà passant avant d'autres disques ! C'est un homme-orchestre : il a en effet beaucoup de doigts, jouant de multiples instruments, et ce qu'il nous propose est stupéfiant. À la première écoute, il était , quand tant de disques m'échappent des oreilles au bout de quelques mesures à peine. Il faut dire que dès le premier titre, "Ode to Louis Thomas Hardin", on sait qu'on a affaire à un vrai univers musical, pratiquement inclassable, comme en témoigne la présentation pleine de précautions sur le site du label Ici d'ailleurs. Faute de mieux, je le range dans la rubrique des "Musiques Contemporaines - Expérimentales etc", ce qui le définit encore le mieux. Comme Moondog, l'alias de Louis Thomas Hardin, il est ailleurs, dans le spectaculaire nulle part. Il a participé au projet fou de Matt Elliott, The Third Eye Foundation, c'est dire. Me voici en terres familières !

   "L'Ode à Louis Thomas Martin" nous propulse dan un univers pulsant, coloré, rutilant, un orchestre déchaîné : musique jubilatoire, folle, pas très loin de Nurse With Wound. Tous mes pores se hérissent, vie endiablée !! "The Dump Pickers of Rainham" allie percussions tribales à la voix désabusée de David Callaghan, sur un fond absolument délirant, somptueux. Cacophonie sublime !  "Erasrev" est sidérant : clavier hanté, glapissements, une marche hallucinée avec flûte et cuivres, murmures hâchés, mélodies chavirantes en quasi sourdine, voix féminine sur le désordre magnifique, puis le piano superbe, la flûte inspirée, une rythmique envoûtante, un rappeur surfant sur le tout. Les oreilles m'en tombent ! C'est çà, la musique !!

  "No real man" commence au violon et au piano (ce serait le violon de Chapelier Fou), est saisi par une transe hypnotique percussive, des interventions sombres de clavier, de cuivre, on ne sait plus très bien. "5.70" est une ode déglinguée, hypnotique, menée par une voix un brin voilée, hachée par la batterie claudicante. Les cors donnent à l'ensemble une couleur incroyable. Où sommes-nous ? Cette musique vit, bat, nous achève. "Alone in my bones" nous prend à rebrousse-poil avec ses accents élégiaques, ses croisements mélodiques improbables entre piano, cor mélancolique, batterie prenante. Nous sommes nulle part, c'est-à-dire au cœur de l'orchestre du néant, d'une épaisseur prodigieuse, foisonnante. "Go fuck your mediocrity", batterie en roue libre, mélodies en arrière-plan, poignantes et trépidantes, cordes plaintives, froissements. Quel sentiment de liberté ! Pures sensations, démultipliées dans le battement de plus en plus insistant de la batterie... Quelle fête se donne et pour qui, dans cette outrance baroquisante, ces chants improbables, "It's all become hysterical" comme une danse désespérée et funambulesque ? Si loin des musiques proprettes, désincarnées...L'émotion surgit à chaque instant de cette fête grotesque, aux rythmes alourdis en boucles obsédantes. "The Sectacular Nowhere", le titre éponyme, a les allures d'un chant funèbre sugi d'abysses douteuses, prolongé par les accents cuivrés, lugubres de "From madame Hilda Soarez", pourtant éclairé par une voix presque gouailleuse, distanciée. Il faudrait la pochette (?) pour suivre les paroles de cet étrange poème.

   La suite est à l'avenant, extravagante, d'une palette orchestrale ahurissante, d'une densité réjouissante. Musique foraine d'un autre genre, qui flirte avec la musique contemporaine la plus improbable. Le dernier titre, "The Neutering of Stanley" est drapé de cors démultipliés, parsemé de hoquets sombres, de trouées élégiaques fragiles.

   Ce disque est un continent sonore à lui tout seul. Prodigieux, génial !! Cerise sur le gâteau, la pochette est parfaite...

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The Spectacular Nowhere, paru chez Ici d'Ailleurs  en 2015 / 13 pistes / 58 minutes

Pour aller plus loin :

- la page du label Ici d'Ailleurs consacrée à l'album.

- l'album en écoute sur soundcloud :

 

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