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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 14:25
Sknail - Snail Charmers

Le lent poison de toutes bonnes choses

Meph. - Alors, tu vas vraiment le faire ?

Dio. - Ben quoi ?

Meph. - Tu vas chroniquer du jazz ?

Dio. - Et pourquoi non ? Je n'ai rien signé, pas même avec toi. Je suis indépendant, je ne suis que mon humeur...

Meph. - N'empêche, pense à tes lecteurs. Tu les précipites sans prévenir dans un précipice !

Dio. - Au fond, je suis sûr que tu adores, avoue !

Meph. - Personne n'est lumière de soi, pas même le soleil.(**)

Dio. - Tu parles comme un oracle ! Tout est comme les fleuves, œuvre des pentes. (**) Et je suis la mienne. J'avais écouté le premier opus de SKnail, Glitch jazz (2013), déjà avec un certain plaisir. Et le voici qui récidive avec un album d'une suavité idéale. Sknail en personne est à l'électronique, la programmation et la production. Accompagné d'une trompette, d'une clarinette basse, d'un piano et d'une ou deux contrebasses, il bénéficie aussi de la collaboration du rappeur Nya, familier des albums d'Erik Truffaz, sur cinq des neuf titres de cet album à siroter tranquillement. Ce qui me charme, c'est l'alliance entre l'électronique discrète, raffinée, de SKnail qui apporte son contrepoint de craquements, de grattements, la voix nonchalante de Nya qui balance ses mots avec une diction parfaite, et les interventions impeccables des musiciens...

Meph. - Je te rejoins partiellement : rien de démonstratif, pas trop de tics jazzy, un jazz épuré, magnifiquement enregistré. Pour un peu, je deviendrais un amoureux de la trompette !

Dio. - Bel éloge de ta part ! Je sais que la trompette te rappelle le pire, le Jugement dernier...

Meph. - Pas de jugement ici, pas de grandiloquence. "slow poison" est une assez envoûtante ouverture. Coups sourds, grésillements électroniques, entrée de la clarinette basse, puis le piano très calme installe une atmosphère feutrée sur laquelle ondule la clarinette, enfin la voix de Nya inocule son lent poison. 

Dio. - "snail charmers", le titre éponyme, continue sur la lancée. Nya très en avant, piano, trompette. Pour moi, la présence de Nya est déterminante.

Meph. - Tout à fait ! Sans lui, je décrocherai ; sans lui et sans SKnail. C'est l'alliance des trois qui fait tenir l'ensemble sur la lame de rasoir du concept initial, "comme un escargot sur une lame de rasoir".

Dio. - Pourtant, il y a "Anthem", un instrumental.

Meph. - Justement, là j'ai un peu de mal. Trop conventionnel, avec chacun qui pousse son solo. Je préfère "Digital breath", sa contrebasse piquetée de sons électroniques, et surtout les claviers à l'arrière-plan. Nous voilà plus éloigné des rivages attendus du jazz, et là ça décolle, ça intrigue.

Dio. - Oui, c'est le meilleur titre aussi pour moi. Mais "I shot the robot", avec le retour de Nya, un texte plus rappé qui emporte le morceau, c'est très bien encore ! Et "lacrima" approfondit la veine d'un jazz électro subtil et mystérieux. La trompette entrelacée avec la clarinette, le piano ouaté, c'est vraiment réussi.

Meph. - SKnail y déchaîne un peu ses machines, et la coda au piano est magnifique. Par contre "Something's got to give" ne tient que grâce à Nya. On retombe dans un jazz bavard qui m'ennuie profondément.

Dio. - Je te le laisse, en effet. Nya inspiré sur "All good things", sa voix voilée, le trompette très free : mieux, non ?

Meph. - Oui ! Et je ne boude pas le dernier titre, "Suspended", parce que les aspects plus conventionnels sont transcendés par l'électronique de SKnail, qui découpe bien le titre, le sculpte avec finesse.

Dio. - Finesse, tu l'as dit. Comme toi, j'apprécie que l'électronique pervertisse ce que le jazz parfait des instrumentistes, excellents, a de trop ronronnant. SKnail est encore un peu timide...

Meph. - Il faut les bousculer un brin, ces instrumentistes, les pousser hors de leurs retranchement virtuoses. Non pas les servir, mais les faire servir à la création d'un paysage sonore original. Ceci dit, l'alliance de cette pureté glacée du son, de la mise en espace, et du velouté des sons acoustiques a énormément de charme. Mais j'aimerais plus d'impureté, d'épaisseur.

Dio. - Tiens, je ne te savais pas conseiller artistique, maintenant...

Meph. - Que serait la Création, sans moi ? Un paradis fade, à mourir d'ennui !!

Dio. - En tout cas un disque fort agréable, même si on fait parfois la fine oreille. N'oublions pas la pochette, le travail graphique d'Efrain Becerra, magnifique, comme la production.

 

Sknail - Snail Charmers

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Snail charmers, paru chez Unit Records  en 2015 / 9 pistes / 43 minutes

** Deux emprunts au livre Voix d'Antonio Porchia (Fayard, 1979)

Pour aller plus loin :

- le site de SKnail

- Pour en savoir plus sur le projet, le nom, à lire un long entretien avec SKNAIL.

- une vidéo bien faite sur le deuxième titre, "snail charmers"; je vous conseille aussi la vidéo suivante "SKNAIL The other side (Official vidéo)", avec une partie d'échec dont les pions sont...des escargots !

- le disque en écoute sur bandcamp :

Programme de l'émission du lundi 8 juin 2015

Manyfingers :  No real men / 70 / Alon in my Bones (Pistes 4 - 5 - 7, 13'30), extraits de The Spectacular Nowhere (Ici d'Ailleurs, 2015)

Le Ciel brûle :

* Oiseaux-Tempête : Omen : Divided we fall // Ütopiya / On living (p. 1 & 2, 12'), extraits de Ütopiya (Sub Rosa, 2015)

Yannis Kyriakides & Andy Moor : Today is the Same of Yesterday / Wasting away (p. 1 & 2, 11'40), extraits de A Life is a billion heartbeats (Unsounds, 2014)

Sources électroniques :

* André Stordeur : Memories / My World (cd1 , p. 2 & 3, 16'10), extraits de Complete analog and digital Electronic Works 1978 - 2000 (Sub Rosa, 2015)

Programme de l'émission du lundi 15 juin 2015

SKNAIL : Slow poison / Anthem / Digital breath (p. 1 - 3 - 4, 13'40), extraits de Snail charmers (Unit Records, 2015)

Sarah Peebles : Resinous Fold 7 / Delicate paths (Murasaki) (p. 1 & 2, 18'), extraits de Delicate paths (Unsounds, 2015)

Hiroshima Mon Amour : Je suis désolé / L'homme intérieur / le film est terminé (p. 1 à 3, 11'), extraits de L'homme intérieur (Volvox / Pias, 2015)

Deaf Center : Oblivion (p. 2, 13'38), extrait de Recount (Sonic pieces, 2014)

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commentaires

uncertaintempsdarret 22/06/2015 14:42

J'aime passionnément le jazz et ce qu'il est convenu d'appeler les musiques improvisées. Je suis aussi très curieux et parfois sacrément remué par les découvertes faites ici. Alors j'aimerais comprendre d'où vient cet embarras dans la présentation d'un disque "jazz" (son absence de votre champ de recherche ne me gênait pas jusqu'alors, à chacun ses pistes !), pourquoi cette représentation du jazz comme "grand Autre", presque comme ennemi... Tout cela bien sûr se posant au-delà ou en deça des qualités du disque présenté.

Dionys 23/06/2015 17:24

Bonjour "uncertaintempsdarret",
Bonne question. Disons que cet embarras est d'abord le mien, c'est lié à mon histoire personnelle, à mes rapports avec ce genre, mais que je l'ai extériorisé aussi pour mes lecteurs, qui peuvent être surpris lorsque je "sors" de mon déjà très vaste et très mouvant domaine - si tant est qu'il existe étant donné la ligne éditoriale qui est la mienne. C'est aussi une manière de souligner que je me m'interdis rien, pas même ce jazz que je honnis très souvent (intérieurement, rarement dans les colonnes du blog, puisque j'en écoute peu) qui me séduit bien plus rarement (aussi parce que je ne peux tout écouter !). Et puis je m'ennuyais de la disparition de Meph, contradicteur par excellence. J'avais envie d'un dialogue qui épouse mes enthousiasmes et mes réticences. En tout cas, j'aime de plus en plus cet album. Je suis donc très heureux d'en avoir rendu compte...et de susciter des commentaires ! Merci à vous.
Très cordialement,
Dionys