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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 14:06
Yannis Kyriakides (4) - Resorts & Ruins

   Resorts & Ruins, sorti en 2013, rassemble trois créations sonores alliant chant ou texte dit, ces voix se rattachant à la tradition chantée orientale (turque, chypriote) ou occidentale (opéra baroque), et électronique. Je continue donc mon exploration des univers de Yannis Kyriakides et Andy Moor, le premier ici en solo comme pour l'article précédent. Je précise que je ne rends compte que de la dimension sonore fixée sur le disque, aucunement des installations qui les accompagnent.

   "Covertures" est une série de trois portails introducteurs placés en position 1, 3 et 5 de l'album, trois murs de sons  créés pour le pavillon néerlandais à la Biennale de Venise de 2011. Il s'agit de surimpressions sonores de fragments figés de l'opéra de Monteverdi Le Couronnement de Poppée, de sons de foules liés à un opéra devenu imaginaire et de sons électroniques - claviers proches ou lointains, drones. "Coverture I" est sectionné par la voix féminine d'Ayelet Harpaz annonçant "Open" et "Close" à intervalles indéterminés. L'effet est celui d'une distanciation radicale, d'une étrangeté absolue. Comme des trous de mémoire qui décousent la trame rassurante pour faire flotter les débris rémanents au gré d'un caprice supérieur. "Coverture II" prend une allure plus ambiante, avec une texture épaissie, une continuité retrouvée. L'auditeur est propulsé dans la foule elle-même fondue dans une masse de sons électroniques en allée vers un autre monde. Un orgue transcende un moment le tout, puis la matière sonore se raréfie, on entend des oiseaux, des voix très lointaines ; on attend la suite, puisque ces portails sont des intermèdes. "Covertures III" renoue avec "Coverture II", donnant à l'album une circularité, une unité. L'allure de la pièce est grandiose, à la Tim Hecker d'un certain point de vue, mais avec le retour de la voix féminine qui découpe la matière avec ses ordres sibyllins. Entre les plages de ce triptyque prennent place les deux grandes compositions de l'album, respectivement de presque trente-et-une et plus de vingt-et-une minutes.

   "Varosha (Disco debris)" est une pièce sur la mémoire, titrée d'après une banlieue touristique de la ville chypriote de Famagouste, envahie par l'armée turque dans le courant de l'été 1974, et depuis devenue une ville fantôme. Or, le jeune Yannis, âgé de presque cinq ans, se trouvait dans cette ville au moment des événements. Il se souvient avoir entendu les sirènes, s'être réfugié dans les sous-sols de l'hôtel, s'amusant à dessiner des images sur le sol de béton. La pièce associe la voix d'Ayelet Harpaz, voix du destin énonçant la suspension des activités - voix qui se creuse, fantomatique - aux sirènes, à des battements quasi cardiaques, des échantillons de musique disco en vogue dans les hôtels touristiques de l'époque, et toutes sortes de bruits parasites d'origine difficile à préciser. Il en résulte une fresque (é)mouvante, une exploration musicale des mystères de la fabrique mémorielle. Ce grand collage sonore prend les allures d'une hallucination composite dans le labyrinthe disloqué du Temps, avec des moments de décollage vertigineux, des échouages sur des plages surexposées. Tout est comme suspendu entre Vie et Mort, naît et meurt, renaît, se recompose. Le dernier tiers devient ainsi un hymne paradoxal à la perdition, seule voie pour renouer quelque peu avec un passé décomposé.

   "The One hundred Words", d'après un ancien terme populaire chypriote, "Ekatologia", travaille à partir de deux lignes d'un couplet  probablement issu d'un chant de mariage. Le sens des mots, toutefois, n'est jamais audible, car ils sont vocalisés par le compositeur ou vaporisés dans le travail sonore, si l'on peut dire. L'auditeur est confronté à une tapisserie infra-vocale envahie par des bruits divers, des bribes de chant aux accents religieux : ruines de mots, ruines de mélodies. Je comprends la démarche, mais l'auditeur, me disent mes oreilles, n'y trouve pas toujours son compte. Le concept ne suffit pas à faire vivre l'œuvre, même si la folie de certains passages est assez réjouissante.

   Les acheteurs du Cd trouveront une série de six petites cartes postales sous le titre de Golden seaside / Souvenir of Famagouste conçues par Isabelle Vignier. La couverture de l'album est l'une d'entre elles.

   Un disque pour les amateurs avertis !

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Resorts& Ruins, paru chez Unsounds  en 2013 / 5 pistes / 73 minutes

Pour aller plus loin :

- la page du label consacrée au disque

- le site personnel de Yannis Kyriakides

- mon article consacré au disque Rebetika de Yannis Kyriakides et Andy Moor

- mon article consacré au disque Folia de Yannis Kyriakides et Andy Moor

- "Varosha (Disco debris)"  en écoute (fausse vidéo) :

Deux des cartes postales d'Isabelle Vigier
Deux des cartes postales d'Isabelle Vigier

Deux des cartes postales d'Isabelle Vigier

Programme de l'émission du lundi 22 juin 2015

Le Ciel brûle :

* Oiseaux-Tempête : Someone must shout that we will build the pyramide (p. 3, 10'34), extrait de Ütopiya (Sub Rosa, 2015)

* Mendelson : L'Échelle sociale (cd3 / p. 4, 12'28), extrait du Triple album sans titre (Ici d'Ailleurs, 2013)

SKnail : I shot the robot / Lacrima (p. 5 - 6, 9'45), extraits de Snail Charmers (Unit Records, 2015)

Michael Mizrahi : The Bright Motion I & II (p. 3 & 4, 18'40), de Michael Dancigers, extraits de The Bright Motion (New Amsterdam Records, 2015)

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