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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
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Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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22 septembre 2015 2 22 /09 /septembre /2015 11:04
Alessandro Bosetti & Chris Abrahams - A Heart that responds from schooling

   A Heart that responds from schooling est le second disque du duo formé par le compositeur et expérimentateur italien Alessandro Bosetti et le pianiste de jazz australien Chris Abrahams. Comme toujours sur le label Unsounds, ils nous entraînent aussi où on ne les attend pas. L'album chemine entre expérimentation minimale, improvisation jazz et chanson.

   Le premier titre, "Eye", est une douce déambulation de près de sept minutes : piano entre lumière et graves profonds, crépitements et sons électroniques en gravitation libre autour de lui, comme une eau d'un autre genre. Pièce admirable, qui joue des résonances, de fins aigus s'immisçant entre les notes du piano ; les étirements et les bruits d'un monstre fabuleux inconnu s'invitent tout au long de la promenade sans agacer pour autant l'auditeur, plutôt comme pour souligner la fragilité mystérieuse et imperturbablement sereine de l'avancée du piano. "Reservoirs" part sur un phrasé jazzy du piano, dérive dans une course menée dans les aigus sous forme d'un mitraillage rapide doublé du bruit mat de frappes, le tout formant deux lignes très proches, le piano tournant autour de l'autre qui, elle aussi, se double d'une troisième série jusqu'à créer un halo sonore incroyable. Jusque là, avec ces deux premiers titres, on est dans une musique expérimentale belle, écoutable (il faut le dire, ce n'est pas toujours le cas !).

   Surprise avec "Esteem", sur une musique de Steve Lacy, d'entendre Alessandro Bosetti  chanter ses propres paroles : la voix se perche haut, glisse vers les médiums puis les graves, non sans sortir des bornes de la justesse attendue. Maladresse assumée, touchante, récupérée je trouve avec habileté, et puis de toute manière qui n'est pas étrangère à bien des grandes voix du jazz. Le dialogue avec le piano est magnifique, sublimé par un beau jeu de résonances amplifiées. Ce morceau est un pur moment de grâce, d'intelligence sonore, un reposoir mélancolique pour oublier la frénésie de la vie moderne ! "Observatories" oppose la ligne à l'apparence improvisée du piano à un arrière-plan de chœurs qui se fragmente, oscille suavement. Un plan intermédiaire vient étoffer (si j'ose dire...) cette toile changeante que quelques mesures finales détissent hardiment. Et c'est "Bridges", musique de Milton Nascimento, paroles anglaises de Gene Lees chantées à nouveau par Alessandro. Chanson presque naïve, au lyrisme à vif : le piano chante, Alessandro y est si proche de nous grâce à une prise de son intime qu'il réussit à nous faire oublier les dérapages périlleux de sa voix. Que cet album fait du bien, décidément ! On se laisse dériver, persuadés qu'en effet il y a un pont vers demain, fait des couleurs du ciel...Nous sommes prêts pour les douze minutes de "Greenhouses", morceau totalement hypnotique, instrumental pur et dur, minimal et optimal : ligne libre de piano ponctuée de percussions sèches, surmontée de sons électroniques aigus, le tout enveloppé de drones discrets à l'arrière-plan. C'est le contrepoint de "Eye", une agitation tempérée et incessante, follement mélodieuse malgré les notes répétées ad libitum dans certains segments. Il n'y a pas à s'y tromper : voilà encore une superbe réussite de cette maison de disque néerlandaise. Le dernier titre ajoute un aspect quasi facétieux à l'ensemble. Alessandro, qui vit à Marseille, dit en français un texte fragmenté sur les gens qui se réfugient dans la nourriture tandis que le piano égrène montées et descentes chromatiques, que des voix lointaines vocalisent en écho au piano. Souveraine liberté...réfugions-nous dans la musique plutôt que dans la nourriture ! 

   Un vrai bonheur, ce disque éclectique et charmant malgré ses virées expérimentales !

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A Heart that responds from schooling, paru en 2015 chez Unsounds / 7 pistes / 47 minutes environ.

Pour aller plus loin :

- le site personnel d'Alessandro Bosetti

- la page du label consacrée à l'album

- un extrait de "Eye" en écoute ci-dessous :

Programme de l'émission du lundi 21 septembre 2015

Alessandro Bosetti & Chris Abrahams : Eye / Reservoirs (Pistes 1 & 2, 12'), extraits de A Heart that responds from schooling (Unsounds, 2015)

John Luther Adams : Canticles of the sky (p. 4 à 7, 18'), extraits de The Wind in High Places (Cold Blue Music, 2015)

Les États du piano :

* Christian Wolff : For pianist / For piano (p. 1 - 2, 14'), extraits de Pianist : Pieces (Sub Rosa, ?)

                                                                                                       Piano : Philip Thomas

* Philip Glass : Études 11 - 12  (Pistes 11 - 12, 8'30), extraits de Glassworlds 2 (Grand Piano, 2015) 

                                                                                                      Piano : Nicolas Horvath

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commentaires

philrep 15/10/2015 22:11

... chris Abrahams n'est pas autrichien , mais australien, membre du groupe THE NECKS !

Dionys 16/10/2015 17:30

Merci ! J'avais oublié de chausser mon microscope. Je rectifie de suite.
Bien cordialement,

Dionys