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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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16 décembre 2015 3 16 /12 /décembre /2015 18:15
Mathias Delplanque - Drachen

   Passeports, Chutes, et maintenant Drachen : ce chemin discontinu marqué par mes articles montre une direction, celle d'une musique électro-acoustique et concrète ardente, visionnaire, très éloignée de la sacralisation sèche du son pratiquée trop souvent par des musiciens qui sentent le laboratoire et le logiciel. Mathias Delplanque déchaîne ses sons dès le premier de ses dragons, impressionnant de puissance. Froissements de cymbales, drones, lourde percussion qui ébranle les tripes, résonne longuement, reprise et amplifiée jusqu'à créer un magma épais saturant l'espace sonore, parsemé de fissures électroniques. Tout gronde, s'enfle, crépite dans une flamme grandiose, fracturée de zébrures, animée de réverbérations. Pas de doute, nous voilà bien dans l'antre du dragon, dans la fabrique tellurique d'où surgissent les dradrones (qu'on me pardonne ce néologisme !) et autres excroissances proliférantes. Le deuxième dragon pourrait sembler plus sage, ouvert par une guitare reconnaissable, mais vite saturée, aggravée, dégoulinant de baves luminescentes. Comme scandant une série de reptations, l'accord se répète, tandis que le monde se défait, occupé à enfanter des monstres sonores aussi pesants que des mastodontes antédiluviens. Ce Drachen 2 nous plonge dans une proto-histoire, tandis que Drachen 3 rejoue l'apparition merveilleuse du feu, le hurlement insensé de la joie tordue appuyée sur une basse abyssale. Le titre parcourt des landes sauvages, ravagées, absorbées par la langue de feu vivant de voix étranges. Drachen 4 est un court interlude halluciné tout en froissements subits et surgissements imprévus, préparation au cinquième dragon auréolé de lumière, hoquetant et brinquebalant, de plus en plus mécanique et se résorbant en quasi délicatesse. Drachen 6, hanté par des cloches mystérieuses et des bruissements émouvants, prend des allures plus solennelles, mystiques : c'est l'élévation au noir, l'eucharistie confondante dans l'ébranlement des grands gongs et les échappées sourdes de drones déchirés. Ce dragon-là avance en état de somnambulisme, à moins que ce ne soit l'auditeur qui contemple fasciné l'avance de l'ordalie sonore ! Drachen 7 est plus apocalyptique, foudroyant, maniant comme des glaives ardents qui découpent l'espace à grande vitesse. Quelle profondeur de champ ! Quelle force étincelante ! Mathias Delplanque joue au démiurge avec maestria, invente un univers prodigieux digne de la fantaisie héroïque (heroic fantasy) la plus flamboyante. La dernière piste est au début comme un retour à l'humanité avec ses échantillons de voix humaines, mais très vite le monde métallique, brutal, grondant, reprend le dessus, assène des coups qui lacèrent, segmentent, sur fond de sanglots rentrés dirait-on. Faut-il prendre le disque comme une parabole ? Ces dragons sont d'extraordinaires objets musicaux, et j'aime assez la phrase de Rainer-Maria Rilke placée en exergue : « Vielleicht sind alle Drachen unseres Lebens Prinzessinnen, die nur darauf warten uns einmal schön und mutig zu sehen. » (Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. / Extrait des Lettres à un jeune poète).

   Pour qui écoute vraiment ce disque, les dragons sont admirables, nous invitent à sortir de notre réserve. Un diamant noir !

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Drachen, paru en décembre 2015 chez Ici d'Ailleurs (une maison de disque inspirée !!) / 8 pistes / 40 minutes environ.

Pour aller plus loin :

- la page du label consacrée au disque.

- des extraits en écoute sur Vimeo (pas trouvé de titre entier à vous proposer...) :

  

Programme de l'émission du lundi 7 décembre 2015

Padna : Horse / Wolhee (Piste 1 & 2, 10'), extraits de Alku Toinen (Aagoo / Rev, 2015)

Simon Whetham : things just fall where they want to / One side of the border (p. 1 & 2, 21'), extraits de what matters is that it matters (Baskaru records, 2015)

Mathias Delplanque : Drachen 1 à 3 (p. 1 à 3, 18'), extraits de Drachen (Ici d'Ailleurs, 2015)

King Midas Sound + Fennesz : We walk together (p. 8, 5'43), extrait de Edition 1 (Ninja Tunes, 2015)
Programme de l'émission du lundi 14 décembre 2015

Bruit Noir : Sécurité sociale / Adieu  (p. 9 - 10, 9'05), extrait de I / III (Ici d'Ailleurs, 2015)

King Midas Sound + Fennesz : We walk together / Our love (p. 8 - 9, 13'50), extrait de Edition 1 (Ninja Tunes, 2015)

Arvo Pärt : Variationen zur Gesundung von Arinuschka (p. 18, 4'02)

Peteris Vasks : Baltā ainava (White scenary / Winter) (p. 19, 9'38),    extraits de Midwinter spring (Kha, 2015) Piano : Alessandro Stella

Ludovico Einaudi : Nefeli / Primavera (cd 2, p. 8 & 9, 12'40), extraits de Einaudi piano music (Brilliant Classics, 2014) Piano : Jeroen van Veen

Ken Camden : Curiosity (p. 4, 4'31), extrait de Dream memory (Kranky, 2015)

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