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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 15:53
Douwe Eisenga - Simon songs

   Je retrouve avec plaisir le compositeur néerlandais Douwe Eisenga à l'occasion d'un cycle de pièces pour piano intitulé Simon songs paru en 2015. Pour de plus amples renseignements le concernant, je renvoie à mes articles consacrés à Music for Wiek (2009), The Piano Files (2009) et House of Mirrors (2011), qu'il faudra que je mette à jour pour les extraits musicaux, d'ailleurs. Pour ce nouveau cycle, Douwe Eienga s'est inspiré d'un recueil de vieilles et nouvelles mélodies paysannes et danses de concert de son pays, "Oude en Nieuwe Hollantse Boerenlieties en Contredansen" publié entre 1700 et 1716. De cette collection de 996 mélodies, il a retenu les seize premières, tantôt suivant d'assez près l'air, tantôt n'en gardant que quelques notes. Le résultat, c'est un disque vraiment prenant, alliant douce mélancolie et rythmes lancinants.

   Ces mélodies chantent, belles et tranquilles. Douwe Eisenga sait à merveille nous plonger dans une intemporalité dont nous pourrions très bien ne plus jamais sortir. Son minimalisme, qu'il qualifie de "musique maximale", tisse un réseau de liens thématiques entre les titres, joue sur des variations qui capturent en effet l'auditeur, dégageant une ambiance sonore reconnaissable. Il y a comme un parfum qui se dégage de ces pièces, quelque chose d'impondérable et mystérieux se glisse au cœur de ces mélodies apparement évidentes. J'ai songé parfois en les écoutant au si beau disque de Michael Vincent Waller, The South Shore, ou à ses douze pièces faciles pour piano. Cette musique agit comme un charme. Elle a une qualité de grâce, de beauté, de rêve, de noblesse qui a le pouvoir de plaire extrêmement (c'est l'une des acceptions du mot développée par le TLF). Sa fluidité vaporeuse nous imprègne, nous fait frissonner. Toutes les pièces sont belles, mais je préfère encore les plus longues, notamment la plus longue, la 5, de presque sept minutes. Là, le charme agit jusqu'au vertige, d'autant que la pièce est comme trouée de trois silences qu'on pourrait à chaque fois penser mettre un terme au morceau, alors que la musique reprend, qu'elle nous reprend, serrant plus fort les liens. Elle prend peu à peu la figure d'un labyrinthe infini, fabuleuse, développant une sorte de mouvement perpétuel dans lequel on finit par entendre comme des cloches, un appel à venir se perdre dans la suavité de la musique. La pièce 6, l'une des plus brèves avec ses deux minutes et trente-cinq secondes, est plus nettement carillonnante, calmement grave, puis réfractée dans une poussière d'aigus aplatis. La 7 est intense, vive, inspirée d'une des contredanses du recueil ; elle se regarde tourner, ralentit, repart. Comment ne pas penser aussi à Wim Mertens ? Musique foraine, éblouissante, éblouie, qui caracole et pétille comme dans la mélodie 9. Tandis que la 10 joue à cache-cache, malicieuse et pudique, que la 11 se grise d'elle-même dans une mayonnaise rythmique se terminant par une pirouette. [Je préviens au passage mes lecteurs que les références aux numéros centraux peuvent être inexactes, car lors du téléchargement, j'ai pu intervertir...]. En tout cas les 13 à 16, toutes supérieures à quatre minutes, sont magnifiques. Quels beaux développements, quelle sensibilité frémissante ! Quelle puissance aussi, comme dans la 15, aux boucles serrées, intriquées ! La 16, dernière pour le moment, est touchante dans son avancée précautionneuse, ses pas de côté, l'espoir qui vient parfois éclairer l'atmosphère élégiaque. Ce minimalisme-là, qui sait jouer de la lenteur, des silences, voilà qui tire aussi la musique de Douwe Eisenga de l'ornière d'un minimalisme tellement épris de plein qu'il peut donner une nausée que je reprochais amicalement à certains passages de son House of mirrors.

   Pour paraphraser Brassens, tout est excellent dans ce disque interprété par Jeroen van Veen, il n'y a rien à jeter !

Paru en  2015 (ni cd ni vinyle, hélas, édition exclusivement numérique) / 16 titres / 61 minutes environ.

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Pour aller plus loin

- le site du compositeur, sur lequel vous pourrez vous procurer l'album pour un prix modique et écouter plusieurs titres.

- Un florilège d'extraits à écouter sur un autre onglet de  la page de Douwe, c'est tout ce que j'ai à vous proposer !

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Programme de l'émission du lundi 28 mars 2016

Bruit Noir : La Province (Piste 6, 4'37), extrait de I/III (Ici d'ailleurs, 2015)

Douwe Eisenga : Simon songs 1 à 5 (p. 1 à 5, 20'), extraits de Simon songs (édition numérique, 2015)

Piiptsjilling : Slieperswaar ( 19'34), piste unique de Slieperswaar (Édition limitée de mini cd, 2015)

 Ernst Bloch : Danse (p. 5, 7'54), extrait de Muhly & Bloch / Zuill Bailey (Steinway & Sons, 2015)

Programme de l'émission du lundi 18 avril 2016

Bruit Noir : Low Cost (Piste 8, 4'02), extrait de I/III (Ici d'ailleurs, 2015)

Institut : Cette arme et ces menottes ne sont pas les miennes (p. 9, 2'59), extrait de Spécialiste mondial du retour d'affection (Quadrilab, 2016)

Douwe Eisenga : Simon songs 6 à 10 (p. 6 à 10, 18'), extraits de Simon songs (édition numérique, 2015)

Simon Whetham : things just fall where they want to / the innocence of deceit (p. 1 - 4, 22'), extraits de what matters is that it matters (Baskaru, 2012)

Nadja Vampillia : Avalanche (p. 3, 8'06), extrait de The Perfect world (Important Records, 2013)

 

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