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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 14:24
Caleb Burhans - Evensong

   Violoniste multi-instrumentiste, compositeur notamment dans le cadre de son duo avec le guitariste Greg McMurray itsnotyouitsme, régulièrement présent dans ces colonnes, l'américain Caleb Burhans signe son premier disque sous son nom. Il est par ailleurs membre fondateur de plusieurs ensembles, dont Alarm Will Sound, appartient à la galaxie de musiciens collaborant aux disques du label Cantaloupe Music co-fondé par David Lang, Michael Gordon et Julia Wolfe.

 Agnostique, il rappelle qu'il a chanté pendant une vingtaine d'années dans les églises, ce qui explique sans doute la présence de trois pièces chorales, interprétées par le Choir of Trinity Wall Street, placées en 1, 4 et 7 de manière à encadrer les quatre autres pièces, orchestrales. Ce qui donne un disque atypique, à certains égards néo-classique, regardant vers la musique d'Arvo Pärt, mais aussi bien sûr vers la mouvance post-minimaliste, voire ambiante.

   Le "Magnificat" ouvre magnifiquement ce disque que j'ai failli manqué (sorti en 2013). C'est mon tube de l'été. Voix féminines et masculines alternées, orgue d'église : musique suave, d'un bel élan très pur, avec de mœlleux glissandis vocaux. C'est ravissant, frais, un véritable baume pour oublier toutes les laideurs du moment. L'ensemble Alarm Will Sound interprète les deux compositions suivantes. "Amidst Neptune", plus de onze minutes, est une pièce qui donne la part belle au violon, langoureux, rejoint par les autres cordes. Avec ses boucles étirées aux ponctuations percussives espacées, sa lente montée en puissance, il s'inscrit dans un post-rock teinté de minimalisme de bon aloi. Quelques voix se joignent à la lente incandescence musicale, puis un passage au piano accompagné au départ du violon dans des aigus lointains emporte la composition vers d'autres rivages, rêveurs et mystérieux, peut-être sommes-nous sur le bateau d'Ulysse et ses compagnons entendant le chant des sirènes, les cordes se font insidieuses et tentantes, des vagues menacent la tranquillité du voyage, le bateau poursuit sa route solaire malgré le chant sublime..."Iceman Stole the Sun" commence par une attaque plus reichienne, adoucie par les virgules féminines de la suite : la pulsation reste incisive, nerveuse, menée avec brio par Alarm Will Sound. Les quatre dernières minutes décrochent étonnamment en nous proposant une première version du thème central d'Excelsior, la très longue composition de Caleb interprétée par le Fifth House ensemble sur un disque paru chez Cédille Records l'année suivante, en 2014.

Huitième plage pour les presque 31 minutes de la pièce éponyme de Caleb.

Huitième plage pour les presque 31 minutes de la pièce éponyme de Caleb.

   On retrouve le chœur de Trinity Wall Street associé à Alarm Will Sound  pour "Super Flumina Babylonis", placé au centre de l'album, beau choral intemporel inspiré du psaume 137 sur lequel plane l'ombre d'Arvo Pärt, suivi par un chef d'œuvre interprété par Alarm Will Sound, "Oh ye little faith (do you know wher your children are ?)", transcendé par le glockenspiel et le clavecin. C'est un titre magique : le violon semble glisser en apesanteur sur le lit de sons frappés. Les autres instruments se fondent ensuite dans un continuum mélodieux d'une immense douceur un brin élégiaque, çà et là éraflé par une dissonance, avec une coda presque explosive étonnante.

   Le Tarab Cello Ensemble interprète "The Things Left Unsaid", tissage serré de motifs dans un crescendo puissant, comme si les violoncelles nous ensorcelaient en nous enlaçant de plus en plus étroitement, puis nous relâchaient après un bref silence, se contentant alors de quelques mouvements d'une danse épurée. Le chœur de Trinity Wall Street conclut avec "Nunc Dimittis" : "Maintenant, laisse partir (ton serviteur / ton auditeur, ici...)". Motet d'une suprême élégance !

   Un fort beau disque, donc, à écouter sans modération ! Ne le manquez pas !

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Paru en 2013 chez Cantaloupe Records / 7 titres / 60 minutes.

Pour aller plus loin :

-la page de Bang On A Can consacrée à l'album.

- l'abum en écoute sur bandcamp :

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