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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 16:05
Richard Moult - Aonaran

   La Musique des solitudes oubliées

   Compositeur, peintre et poète, l'anglais Richard Moult, à côté de multiples collaborations, poursuit une carrière solo loin du bruit et du monde, puisant son inspiration dans les contrées sauvages et isolées de l'ouest de l'Écosse (sans doute le paysage de la photographie de couverture, prise par le musicien) et des îles Hébrides en particulier. Je le découvre avec ce Aonaran (qui signifie "Solitaire" en gaëlique écossais), sorti en octobre 2013 sur le label Wild Silence, label de Before I was Invisible de Rainier Lericolais et Susan Matthews. Cinq pièces, alternant compositions instrumentales de petites dimensions et chansons folkloriques (au sens large, et noble du terme), avec au centre une pièce monumentale. Le tout croise traditions et modernité électronique, musique ambiante et contemporaine néo-classique.

   "Rionnag Bheag" est une courte évocation instrumentale : harpe et électronique dessinent un paysage calme, intense et aéré, traversé d'éclats de lumière, posant comme le cadre d'un mystère intemporel. "Heartsease" commence au piano, un piano aux amples résonances, puis c'est la belle voix grave et vibrante de David Colohan : que voilà une superbe ballade élégiaque !

   Le vent se lève ; la harpe, le piano émergent des brumes, un dulcimer puis le piano se joignent aux frémissements : c'est "Rionnag Mór", vaste poème quasi symphonique aux mouvements de houle, alternance de vifs miroitements et de calmes contemplatifs. Le hautbois vient surplomber le flux irisé de son liant boisé. C'est une pièce extraordinaire, majestueuse, comme on en entend peu, celle d'un véritable inspiré qui nous invite à un voyage en apesanteur au-dessus de paysages grandioses parsemés de bouillonnantes mares magiques. Rarement on a à ce point l'impression d'être confronté avec la pureté originelle du monde : c'est un retour aux sources, aux forces natives, que les accents minimalistes de certaines boucles brûlantes servent à merveille. On est peu à peu immergé dans une matière fusionnelle, radieuse, à pleurer tellement c'est beau, sublime. Avec des ralentissements extatiques, des éclaboussures exquises de piano, des soubresauts graves...et la montée tellurique de la fin, prodigieux soulèvements de mondes inconnus, avant une courte coda mystérieuse !

   "Gone to ground", deuxième chanson de l'album, toujours avec la voix de David Colohan, déploie sa complainte mélodieuse venue du fond des âges, enchantée par une électronique qui n'est pas sans évoquer des sons de cornemuse, étranges et comme dépaysés quand les ombres s'agrandissent...Le disque se termine avec une pièce instrumentale dominée par le piano, "Mesonycticon", nom d'un vieux chant romain de l'Office de minuit au moment de Noël. Pièce grave, au lyrisme sombre et pourtant lumineux par ses montées chromatiques, ses échappées méditatives délicates, que ponctuent in fine quelques vagues électroniques.

    Un disque magistral, sublime, rare : un des chocs de ces dernières années, qui confirme l'excellence du label discret créé par Delphine Dora, Wild Silence.

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Paru en 2013 chez Wild Silence / 5 titres / 44 minutes.

Pour aller plus loin :

- le disque disponible et en écoute sur bandcamp :

Programme de l'émission du lundi 12 septembre 2016

Rainier Lericolais & Susan Matthews : Truth past the dare (Piste 2, 12'05), extrait de Before I Was invisible (Wild silence, 2015)

Michel Banabila : What creatures is that / Star trails (p. 3 - 4, 12'30), extraits de Earth Visitor (Tapu Records, 2016)

Norman Westberg : Bunny Hill (p. 2, 10'35), extrait de 13 (Room 40, 2015)

Caleb Burhans : Oh Ye of little faith (p. 5 4, 11'05), extrait de Evensong (Cantaloupe Music, 2013)

Michael Gordon : Rewriting Beethoven's Seventh Symphony part 1 (p. 2, 5'48), extrait de Dystopia  (Cantaloupe Music, 2015)

Programme de l'émission du lundi 19 septembre 2016

Chris Herbert : As blue as your eyes lover / Cinders (p. 1 - 2, 11'), extrait de Constants (Room 40, 2015)

Michael Gordon : Rewriting Beethoven's Seventh Symphony part 2 & 3 (p. 3 - 4, 12'), extraits de Dystopia  (Cantaloupe Music, 2015)

Grande forme :

* Richard Moult : Rionnag Mór / Gone to ground (p. 3 - 4, 29'30), extraits de Aonaran (Wild Silence, 2013)

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commentaires

Duclos 25/09/2016 10:56

Juste un petit message pour te remercier de la fabuleuse découverte de Richard Moult., Et aussi Susan Matthews & Rainier Lericolais que j'avais écouté trop distraitement alors qu'il contient un des morceaux les plus sublimes entendu ces dernières années. Bref, merci beaucoup pour ton travail et ce d'autant plus qu'il ne reste plus beaucoup de monde pour évoquer ce genre de musiques. Je me suis aussi permis d'écrire une petite présentation de Wild silence sur mon blog personnel (beaucoup plus orienté "pop"), c'est donc grâce à toi. Merci.

Dionys 08/11/2016 17:19

J'écoute Thomas Köner : merci pour la piste !
Bien à toi,
Dionys

Duclos 26/09/2016 22:11

Oui, oui, j'imagine à quel point c'est chronophage. D'autant plus que tu pratiques la critique longue et que les musiques que tu écoutes nécessitent de temps pour les faire tienne. De mon côté, je me contente de donner l'envie quotidiennement et c'est déjà énorme en temps recherche. Merci pour le lien et les compliments sinon : l'Empyrée, ça doit être un souvenir de Dante. Enfin, tu peux oublier tous les morceaux de pop qui tâche sur mon blog, si tu n'avais qu'une chose à écouter cette année, je te conseillerais vivement le dernier album de Thomas Köner que je ne crois pas avoir vu par ici : http://enmorceaux.blogspot.fr/2016/01/thomas-koner-tiento-de-la-luz-2016.html (pour un extrait). Samuel

Dionys 26/09/2016 18:25

Bonjour,
Ravi de faire des heureux ! De mon côté, je continue d'explorer la piste Richard Moult : à suivre, donc. Je viens de regarder ton blog, que je découvre. Bel aspect ! Et une ligne éditoriale qui me plaît beaucoup : "jusqu'au chant de l'Empyrée", c'est beau d'oser ça, dans un monde où le langage s'appauvrit. Je ne te garantis pas de le consulter très souvent, car je travaille dur et mon activité passionnée de blogueur (et d'écouteur, de découvreur) me prend du temps. Je fais de mon mieux, je dois aussi me contenter d'Over-Blog, quasi prisonnier de la plate-forme : migrer tout le contenu....Je vais te mettre dans mes liens (qui auraient besoin d'un coup de balai, je le sais...) Allez, au plaisir en tout cas, et
très cordialement
Dionys