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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 16:33
Illuha (2) - Akari

Images d'un monde flottant

Après la découverte de Interstices, sorti en 2013, il n'était pas question d'en rester là ! D'autant que Tomoyoshi Date et Corey Fuller ont enregistré Akari, leur premier album en studio, l'année suivante. Avec une pléiade d'instruments électroniques et acoustiques : véritable batterie de synthétiseurs, moogs, orgue à pompe, piano préparé ou non, guitares acoustiques et électriques, basse, vibraphone, percussions diverses, captations sonores, objets trouvés, bandes magnétiques...

   Composé de cinq titres compris entre un peu plus de sept minutes et dix-sept, le disque marque un approfondissement du projet du duo. La musique est sculptée avec une extraordinaire finesse, à la fois fluide, vivante, et toujours surprenante. Les deux compositeurs-interprètes procèdent par une myriade de micro touches qui articulent subtilement le rapport entre discontinu et continu. Chaque titre tient à la fois de l'estampe et du lavis pour créer un monde en suspension, ce que les japonais appellent « ukiyo», un monde flottant. Les magnifiques peintures de Samuel Estling Fuller reproduites sur la pochette soulignent cette dimension fragile, évanescente d'une musique qui en tire sa splendeur tranquille.

   Les titres des morceaux disent aussi ce travail sur l'à-peine perceptible : "Diagrams Of The Physical Interpretation Of Resonance", "Vertical Staves Of Line Drawings And Pointillism", "The Relationship Of Gravity To The Persistance Of Sound", "Structures Based On The Plasticity Of Sphere Surface Tension", "Requiem For Relative Hyperbolas Of Amplified And Decaying Waveforms". On est à ce point où la géométrie, la physique rejoignent la poésie. Les compositions sont des odes aux ondes, aux lignes, aux interférences et bruits qui tissent le monde. Il ne s'agit pourtant ni de musique bruitiste, ni de musique concrète au sens de l'histoire musicale. Rien de sec, de conceptuel ou de théorique ici : une suite harmonieuse de développements organiques, de métamorphoses mystérieuses comme captées au cœur du flux discret de la matière.

Autre chose que le vide

de la lumière à trois heures

quand tout semble n'être plus

qu'un même éblouissement.

Autre chose que l'espace

où voyagent les images,

que le temps où elles se lèvent,

où elles s'effacent. C'est

une sorte d'imminence,

un bord, et ce qui se cherche. (1)

   Le temps s'abolit dans le lent surgissement de cellules sonores qui se fondent dans des traînées harmoniques au-delà de toute tragédie, de tout drame. Se constituent alors des trames ambiantes diaprées, ouatées, parfois cousines de celles d'un Brian Eno ou d'un Harold Budd.

  Il arrive que dans cette douceur illuminante, ensorceleuse, l'instant prenne feu, saturé de drones comme dans le dernier titre, ce requiem fabuleux des vagues amplifiées en décomposition.

C'est, avec le soir qui vient,

la fuite de la fumée

sur les ombres, les collines

qui étincellent. Sans corps

on entre dans les images.

On reste là dans le feu

de l'instant à brûler. C'est

comme un salut muet

à quelque chose d'obscur.

On se dit que c'est la nuit. (2)

   Ce disque est un chef d'œuvre. La musique heureuse de l'intimité universelle, de la lumière ("Akari" signifie "lumière" en japonais), fût-elle obscure.

(1) et (2) : Poèmes de Jacques Ancet extraits de L'Imperceptible (Éditions Lettres Vives, 1998, Collection "Terre de poésie")

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Paru en 2014 sur le label 12k / 5 titres / 59 minutes environ

Pour aller plus loin :

- le site du duo.

- la page du label consacrée au disque

- l'album à écouter et à acheter sur bandcamp :

Illuha (2) - Akari

Programme de l'émission du lundi 12 décembre 2016

Illuha : Structures Based On The Plasticity Of Sphere Surface Tension / Requiem For Relative Hyperbolas Of Amplified And Decaying Waveforms (p. 4 - 5, 16'40), extraits de Akari (12k, 2014)

Retour sur :

* Alexander Kandov : Jasper (Virgo) / Opal (Libra) / Topaz (Scorpio  (p. 11 à 13, 8'20), extraits de Crystals of the Zodiac (Etcetera, 1991)

Christofer Cerrone : Hoyt-Schermerhorn (p. 1, 8'08)

Daniel Wohl : Limbs / Bones (p. 8 & 9, 7'07)           extraits de Aorta / Music for piano and electronics (New Amsterdam records, 2016) par Vicky Chow

Retour sur :

Keene : Stroked Trees / Weir of fog (p. 2 - 5, 14'), extraits de The River and the Fence (Poeta Negra, 2007)

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