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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
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Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 13:45
Vicky Chow - Aorta / Music for piano and electronics

   Membre du sextuor Bang on a Can All-Stars, la pianiste canadienne Vicky Chow joue aussi en duo avec la pianiste néerlandaise Saskia Lankhoorn et avec l'ensemble de six claviéristes Grandband. C'est dire qu'elle met son talent au service des musiques contemporaines. elle a d'ailleurs enregistré une interprétation de Piano Counterpoint de Steve Reich  pour piano et électronique. Son second disque sur le label New Amsterdam Records  est consacré à six compositions nouvelles de six compositeurs contemporains. Après un premier album marqué selon elle par son obsession pour la perfection, elle a voulu celui-ci plus près de son cœur, d'où le titre AORTA. « J'ai choisi les plus longues prises, gardant mon impression de ce monde autant que possible. Je voulais créer un album lié à la lumière, l'amour, l'émotion, et à l'humanité.» confie-t-elle.

   Le disque s'ouvre avec "Hoyt-Schermerhorn" de Christopher Cerrone, superbe nocturne, sorte de promenade de plus en plus éblouie et mystérieuse au fur et à mesure que l'électronique ajoute ses contrepoints, étranges redoublements comme si les pas du promeneur en suscitaient d'autres dans le silence de la nuit. "Cliffton Gates" de Jacob Cooper est un hommage à "Phrygian Gates" de John Adams,  et fait référence à la place du même nom à Brooklyn, où réside Vicky. La pièce joue sur les longues résonances avec distorsion de notes d'abord isolées, puis se rapprochant, ce qui crée une mélancolie assez poignante, l'impression d'une dérive accentuée par le phrasé un peu jazzy. Quelque chose cloche, se défait, au bord de la perdition suggérée par les subtiles dissonances, mais en même temps se raccroche à d'insoupçonnées forces vitales, la composition devenant une sorte d'hymne exultant saturé d'une ivresse folle dans les aigus de plus en plus rapides. C'est vraiment un titre spendide...je risque de me répéter car Vicky a choisi des morceaux merveilleux, en effet chargés d'émotions humaines. La composition de  Jakub Ciupinski "Morning Tale" en quatre mouvements est d'une beauté fragile et sidérante. Le nocturne initial est magique, enchanté par une électronique qui ajoute comme une queue de comète aux notes du piano. Les notes se mettent à filer littéralement, traversant l'espace sonore dans un feu d'artifice pianistique envoûtant. "Alba" (Aube) me fait penser au poème en prose "Aube" d'Arthur Rimbaud : « Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.» Les notes sont haleines et pierreries, ailes en allées dans le jour qui se lève. "Awakening" (L'Éveil) est une pluie de notes, une série dense de gerbes éclaboussantes, avec de beaux retournements, tandis que la dernière partie, "The Miracle of being Ernest", caracole avec brio dans un espace sonore creusé par plusieurs couches contrastées fractionnées par des brisures. Quel plaisir !

  

Vicky Chow - Aorta / Music for piano and electronics

   Le piano dialogue avec une partie électronique pré-enregistrée dans "Rave" de Molly Joyce, pièce rêveuse qui revient obstinément vers certaines notes, construisant une frénésie fascinante dans l'interaction de plus en plus serrée entre les deux "interlocuteurs", au point de faire penser à certaines études de Conlon Nancarrow pour piano mécanique. Extraordinaire délire à la conclusion solennelle, le piano se faisant quasi orgue ! Dans "Limbs" et "Bones", Daniel Wohl resserre les liens entre le piano et l'électronique au point d'en faire un instrument hybride, apte à explorer une espèce de jungle trouble de paysages entrevus, fuyants et magnifiques.

Le dernier titre, "Vick(i/y)" de Andy Akiho - en hommage aux deux pianistes Vick(y) Chow et Vick(i) Ray (absente du disque) -  réinvente le piano préparé. Ce sont gongs et cloches, notes sépulcrales, comme une promenade dans la Chine ancienne, un extrême orient peuplé d'esprits, hanté de chamans vaticinants, semé de trouées plus humaines lorsque les notes habituelles réapparaissent,  mais tout aussi dépaysées. On pense au gamelan des musiques javanaise et sundanaise dans la mesure où le piano ainsi transfiguré est devenu orchestre percussif. La pièce, d'abord nimbée de ténèbres impressionnantes, s'évertue vers la lumière, ménageant des passages d'une beauté fragile et rayonnante entrecoupés d'accélérations incantatoires. En un sens, c'est en effet le grand combat de l'ombre et de la lumière, magistralement mis en espace sonore.

    Un album de toute beauté !

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Paru en 2016 sur le label New Amsterdam Records/ 10 titres / 64'

Pour aller plus loin :

- la page du label consacrée au disque.

- le disque en écoute sur bandcamp :

 

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