Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Musiques Singulières

    Au fil du temps, une encyclopédie visuelle et sonore des musiques différentes (plus ou moins). Pour les amateurs de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique ! Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom. Créé le 20 février 2007.
N.B. Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

Recherche

1 février 2021 1 01 /02 /février /2021 18:00
Hauschka with Rob Petit & Robert Macfarlane - Upstream

   Upstream a été composé par le pianiste allemand Hauschka pour le film expérimental éponyme écrit par Robert Macfarlane, réalisé par Rob Petit, et tourné uniquement en vues aériennes. Le film suit le cours de la rivière Dee en Écosse en remontant vers sa source dans la chaîne des Cairngorms. Violoncelle, piano préparé, effets sonores et synthétiseurs occasionnels, voilà pour les deux premiers titres, purs instrumentaux. Le troisième, moins de la moitié de chacun des deux précédents avec à peine six minutes, est intitulé "Uisge Dhè" (Eau de Dieu) : il présente un poème en prose de l'écrivain Robert Macfarlane, dit en gaëlique par Nial Gordàn. Le bonus numérique, "Here the Heart Fills", est consacré à un autre poème du même écrivain dit en anglais par Julie Fowlis.

  "Movement 1" est une ample pièce d'un peu plus de treize minutes,  somptueusement incantatoire. Sur un fond lancinant de drones et de piano préparé aux grappes vives de notes réverbérées, de percussions frottées, le violoncelle semble lancer un appel répété nostalgique tel un cerf dans une haute futaie. Une ambiance à la Harold Budd, irréelle et vaporeuse, se dégage de la lente progression. Autour du violoncelle, les instruments construisent un ballet semi-liquide, parcouru de frémissements, troué d'aperçus mélancoliques, de soupirs, comme si le paysage survolé recelait une vie secrète aux manifestations discrètes, intrigantes. Le violoncelle se fait trompe, de plus en plus indolent, profond, presque haletant en sourdine, il envahit tout, brame et crie, comme traqué, se démultiplie entre graves tenus et torsades aiguës. Le mouvement se termine par un long glissé tumultueux de toute beauté.

   "Movement 2" commence avec un grondement sourd, martèlement de piano rejoint par le piano préparé et des voiles de synthétiseur. Puissance tellurique, mystères : la musique sur le seuil, comme en apesanteur, s'irise, irriguée de courants liquides. Magie de la pierre et de l'eau, écritures anciennes sur les rocs. Le temple n'est pas loin, tout résonne et devient poudroiement sonore. Coups et craquements, étincelles, puis le violoncelle rejoint la célébration majestueuse, tranquillement extatique. Le mouvement ne nous mène-t-il pas vers le haut pays ou (et) dans les entrailles de la terre ? Paix intérieure, paix des profondeurs, des vallées étroites de montagne. La musique de Hauschka est une vibrante célébration de la beauté confondante, énigmatique, de la nature sauvage.

   "Uisge Dhè" (nom gaëlique de la rivière Dee qui signifie Eau de Dieu) présente un poème dit en gaëlique par Niall Gòrdan. L'auditeur non écossais en est d'abord réduit aux sonorités rocailleuses de cette belle langue, accompagnées par les poussées lyriques du violoncelle et des bruits enregistrés d'eaux, et par des effets sonores qui soulignent la dimension merveilleuse, au-delà du dicible, du surgissement et du parcours de cette eau. Je pensais en écoutant ce poème dit à ce que fait aux Pays-Bas depuis des années le poète frison Jan Kleefstra dans des ensembles comme Piiptsjilling ou The Alvaret Ensemble.

   Enfin "Here the Heart Fills" (Ici le cœur se remplit) nous propose le poème original en anglais écrit par l'écrivain britannique Robert Macfarlane, lu par la chanteuse écossaise Julie Fowlis. Hymne lent aux eaux vives qu'on entend courir sur les cailloux ! Chuintements doux de la langue... Mystères d'une terre âpre qui nous envahit... et nous remplit le cœur !

   La rencontre entre une terre, une rivière, et une musique. Magnifique !

Paraît début février chez sonic pieces / 4 plages / 40 minutes environ

Pour aller plus loin :

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

Ci-dessous le poème en anglais, en gaëlique, puis en français (traduction sous réserve) :

Upstream, by Robert Macfarlane
Shallows. Islands. Lower Ground.
Slower currents. Wider water.

Earth is skin, veins and traces.

River's chambers. Dwelling places.

Here, where channels braid and part, heart is safe at journey's start.

Upstream, water deepens. Water darkens.
Green loops. Brown pools. White rapids. Black shivers.
Would you risk this rise? Open yourself to the river's eyes?
Shadow sites on bank on brink.
Water cuts. Water harrows.
Drowned at last where the rock narrows.
Wide land here watches.

Wild forces here grow.

White water here sings.
What does it mean to move against the flow? Up to the sources?
Dark weather gathers to the north.

A death in the storm far out of her path.
An aircraft down in mist and crag.

Sweep searches for lost souls.

Fire shows orange at the pass.
Snowdrift, heather, wreckage, loss.
A ptarmigan feather, a gap to cross.
Ice holder, snow keeper.

Winter's fastness, storm maker.

Drift above moss, drift over bolder.

Time here is older.

Garbh Choire, the rough corrie.

Here black rock looks into you.

Here your footsteps falter.

This is a place where the spirit cracks, this is a place to turn you back.
Snow falls on a distant planet.

Snow settles deep down into granite.

Here on the distant planet, river rises.
Water wells up below the snow and flows away.
Wells up, flows away.

Here is where the heart falls.
Here is where the heart fails.
Here is where the heart fills.

--------------

1 Haugh / Innis

Tanalach. Eileanan. Cluaintean uisge.

Craiceann an talamh le lorg is fèith. Sruthan an leud.
Cuisle an abhainn, cuisle-chinn.

Talamh beò. Talamh ainmichte. Talamh ìseal.

Talamh an sreathan. Làraichean dubhach, air bruach.

Seo sàbhailteachd cridhe aig toiseach turais.

2 Linn / Linn
San t-sruth shuas, doimhneachd is dubhadh uisge.

Lùban uaine 's linntean donna.
Coilich geala. Crithean dubha.
Onfhaidh, sruthadh, tumadh, tionndadh.

Dealgan-giùthais a' snìomh 's a' critheadh.
An rachadh tu 'm baol na builge seo?
Thu fhèin fhosgladh ro shùilean na h-aibhne?

Uisge a' gearradh, uisge a' cliathadh.
Bàit' mu dheireadh far 's cumhaing a' chreag...

3 Lairig / Làirig
Ciod is ciall bhith an aghaidh an t-srutha?

Talamh farsaing, seo, a' faire.
Geal-uisge, an seo, a' seinn.
Na h-uiread ga thoirt! Tìodhlacan airgid.
Ach duilich bhith 'm falach sa bheárn ro-mhór. sìde dhorch a' fàs mu thuath.
Bàs san t-sneachd, i fad o slighe.
Beart-adhair sìos sa cheò is sa chreig.
Ag iadhadh an tòir air anaman caillt'.
Teine òraiste sa bhealach.
Còinneach, mioca, mulad.
Sgrios is call.
Iteag tàrmachain.
Beàrn ri dol tarsainn.

4 Falls / Easan
Nì eòl do na h-aibhnichean ach far an tòisich iad fhèin.

An Garbh-choire, àite garbh:
Cumar deigh is cumar sneachd.
Daingean geamhraidh, fasgadh stoirme.
Cith thar liath-sgrath, cith thar ulpag.
Tìm an seo nas sine.
Uisge, an geal-stuth, tuitidh nas cruaidhe 's nas fhaide.

An seo a' chreag tha dubh le sùil ort.

An seo do cheuman dol nas maille.

Àit' e seo a sgàineas spiorad.
Àit' e seo a nì do thilleadh.

5 Wells / Tobraichean
An turas gu toiseach cha dèanar gun chùram.

Tuitidh uisg' air planaid fad-às.
Tàmhaidh uisg' gu domhainn san leacach.

Toiseachd tàthaidh geamhraidh a dheigh.

Geal is dall. Geamhradh fada.
Aiteal ainneamh geal na grèine.
An seo sa phlanaid fad-às, èiridh abhainn.

Èiridh uisge 's sruthaidh e.
Èiridh on chreig is sruthaidh e.
Cha dèan e dad, ach bidh mar tha...
An seo a thuiteas sìos an cridh'.
An seo a dh'fhàilnigeas an cridh'.
An seo a lìonas suas an cridh'.

----------------------

Hauts-fonds. Îles. Basse terre.

Courants plus lents. Eau plus vaste.

La terre est peau, veines et traces.

Les chambres de la rivière. Lieux d'habitation.

Ici, là où les canaux se tressent et se séparent, le cœur est en sécurité au début du voyage. En amont, l'eau s'approfondit. L'eau s'assombrit.

Méandres verts. Mares brunes. Rapides blancs. Éclats noirs.

Risqueriez-vous cette hausse ? Ouvrez-vous aux yeux de la rivière ?

Places d'ombre sur le bord de la rive.

Coupures d'eau. Herses à eau.

Noyé enfin là où la roche se reserre.

La vaste terre ici observe.

Les forces sauvages ici croissent .

L'eau blanche ici chante .

Que signifie bouger à contre-courant ? Jusqu'aux sources ?

Le temps sombre se rassemble au nord.

Une morte dans la tempête loin de son chemin.

Un avion plongé dans la brume et les rochers escarpés.

Recherches étendues pour âmes perdues.

Le feu est orange au col.

Congère, bruyère, épave, perte.

Une plume de lagopède, un fossé à franchir.

Porte-glace, garde-neige.

La stabilité de l'hiver, créateur de tempête.

Dérive au-dessus de la mousse, dérive plus audacieuce.

Le temps ici est plus ancien.

Garbh Choire, le cirque rude.

Ici, la roche noire vous scrute.

Ici vos pas hésitent.

C'est un endroit où l'esprit se fissure, c'est un endroit pour vous détourner.

La neige tombe sur une planète lointaine.

La neige s'installe profondément dans le granit.

Ici, sur la planète lointaine, la rivière monte.

L'eau jaillit sous la neige et s'écoule.

Jaillit, s'écoule.

Voici où le cœur chavire.

Voici où le cœur défaille.

Voici où le cœur se remplit.

Partager cet article