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Musiques Singulières

    Au fil du temps, une encyclopédie visuelle et sonore des musiques différentes (plus ou moins). Pour les amateurs de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique ! Utilisez le module "Recherche" pour trouver musiciens ou disques. Créé le 20 février 2007.
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25 juin 2021 5 25 /06 /juin /2021 10:00
Mári Mákó - Oudemian

  De quels ailleurs nous vient la musique de Mári Mákó, compositrice hongroise installée à Rotterdam ? Un sortilège a produit ce mélange incroyable de musique instrumentale, vocale et d'électronique en direct. Le titre Oudemian est déjà le croisement de deux mots riches de sens : Ourobouros, ce très vieux symbole du serpent qui se mord la queue renvoyant au cycle de la vie, et Demian, le titre d'un roman de Hermann Hesse dont le personnage principal cherche à être lui-même dans un monde immoral. Il se trouve que cette combinaison rencontre un vieux mot grec dont l'un des sens est aucun ! Être soi-même, n'est-ce pas n'être aucun des autres ? Les six morceaux de l'album sont censés retracer l'itinéraire existentiel de Demian se  débattant pour sortir de la crise, surmonter l'angoisse et (re)vivre.

   La voix de Mári dans les hauteurs, une "cithare" électronique programmée baptisée The Schmitt, le violon de Matthea de Muynck, la contrebasse de Julian Sarmiento, des drones sombres : "The Bell" ouvre l'album par une sorte d'incantation mystérieuse ponctuée de frappes fortes, comme si l'on entendait un troupeau dans des alpages improbables. Le saxophone de Laura Agnusdei (belle transition avec ce que je disais du titre précédent, non ?) vrombit dans les graves de "Waves", la voix perchée au milieu d'une pluie de drones. Serions-nous dans l'antre d'une sibylle ? "Shedding" marque le moment le plus trouble du combat intérieur : un véritable chaos proche de la musique industrielle, découpé par des percussions lourdes, des silences, des coups de gong, à quoi il faut ajouter la trompette déchirée de Miklós Mákó, créent une ambiance inquiétante, d'un mysticisme expressionniste saisissant. Le titre éponyme est dominé par la voix de Mári, surgie d'un fond de cithare et de drones estompés. L'atmosphère est mystérieuse, solennelle, mais apaisée. Des harmonies profondes envahissent l'espace, la voix plane, d'autres voix semblent à l'arrière-plan. Titre superbe à l'intensité chamanique, qui prend l'allure d'un rituel très ancien. "Homecoming" est un hymne foisonnant, puissamment rythmé, un peu pop, avec une coda presque a capella facétieuse entre la voix de Mári et celle de Sarah Albu. "All is all", comme son titre l'annonce, prend du recul, sorte de chant de gloire totalement dans la fusion harmonique des composantes du disque.

  Un album bouillonnant, qui brouille toutes les frontières : instruments acoustiques, électroniques, voix, se mêlent dans une liturgie d'une grande beauté, intemporelle.

Paru le 28 mai 2021, autoproduit / 6 plages / 26 minutes

Pour aller plus loin :

-album en écoute et en vente sur bandcamp :

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