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Musiques Singulières

    Au fil du temps, une encyclopédie visuelle et sonore des musiques différentes (plus ou moins). Pour les amateurs de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique ! Utilisez le module "Recherche" pour trouver musiciens ou disques. Créé le 20 février 2007.
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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 12:00
Kleistwahr - Winter

   Sorti fin 2019 dans une série anthologique de dix cassettes intitulée On Corrosion, l'album Winter de Kleistwahr est ressorti sous forme numérique et en vinyle. Rappelons que Kleiswahr est le nom du projet solo de Gary Mundy, musicien de la scène électronique et rock-bruitiste. Le disque comporte deux longues pièces de dix-neuf et vingt-deux minutes totalement hallucinées, qui rassemblent chacune deux parties de ce projet en comptant quatre à l'origine. Coulée d'orgue, de synthétiseur, de guitare et d'électronique, c'est ainsi que se présente le premier titre, "We Sense It Through the Even Snow / Rust Eats the Future". Un chant perché dans les poussières électroniques et les drones massifs se fait entendre sur la fin de cette traversée, carillonnante au début, lumineuse comme la neige uniforme, puis mangée par la rouille, étincelante de fusion noire sous l'action d'une implosion à base de boucles, de vrilles, de lâchers bruitistes qui mangent en effet la trame. Au point qu'à peine parvenus à la moitié du morceau - donc au début de l'ancienne deuxième partie, on se promène dans un univers désolé surplombé par un orgue cette fois funèbre. Une guitare saturée raye le lamento de lamentables traînées calcinées, l'électronique épaissit la texture sonore jusqu'à donner l'impression d'un chaos agité d'un balancement monstrueux et fascinant.

   "The Solstice Will Not save Us / Everybody We Loved is Gone" (un tel titre me rappelle ceux de The Silver Mont Zion Memorial Orchestra...) présente le cheminement inverse du double titre précédent. Première partie saturée : guitare énorme en pleine fusion, synthétiseurs opaques qui déversent une pluie épaisse de stridences. C'est l'hiver dans sa version infernale, une fournaise déchirée, un vent incessant de drones, et la plainte lointaine (peut-on encore parler de chant ?) et désincarnée d'une voix écorchée. La deuxième partie est par contraste d'un calme étonnant. L'orgue module ses notes accompagné de drones purs et l'on est tout surpris d'entendre des fragments mélodiques élégiaques. Messe pour tout ce qui a disparu, la pièce se développe lentement comme une marche d'une vraie beauté. Les boucles d'orgue sont enveloppées d'un voile électronique, des ponctuations percussives donnent l'impression d'une avancée difficile dans la neige parsemée de particules lumineuses. L'orgue se tait, restent des stridences qui elles-mêmes s'évanouissent telle une respiration sifflante avant la fin.

 Un album intense, entre désolation et recherche d'une beauté perdue. Que l'aspect bruitiste ne vous effraye pas : c'est une musique au fond très humaine, émouvante !

 

(Re)Paru en juin 2021 chez The Helen Scarsdale Agency / 2 plages / 41 minutes environ

Pour aller plus loin :

- album en écoute et en vente sur bandcamp :

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