Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
N.B Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

Recherche

Publicités imposées !

Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 22:37
   C'est toujours la même chose, diront les détracteurs. C'est indéniable, du Steve Reich pur jus. Et alors ? Faut-il reprocher à Bach d'être toujours Bach, à Proust d'écrire comme Proust, à Fellini de filmer comme Fellini ? Cela s'appelle le style, la signature, qui distingue l'artiste véritable des suiveurs, des faiseurs interchangeables. A plus de soixante-dix ans (il est né en 1936), Steve nous offre deux oeuvres fortes qui, si elle n'apportent rien de vraiment nouveau, puisent à la même source féconde qui traverse son oeuvre, la pulsation. Entrelacement de motifs répétés et variés, chaque composition est emportée par un dynamisme puissant, ce "pulse" qui saisit dès les premières secondes pour ne nous lâcher qu'à la fin. Marqué par les musiques africaines et le gamelan indonésien, Steve écrit ce qu'on peut considérer comme de la musique occidentale de transe. Il faut s'abandonner au flux, au martèlement percussif, pour goûter le vertige suave de cette musique sans cesse renaissante, virtuellement éternelle : le monde s'abolit pour devenir pur mouvement, transport subtil et ferveur. Car le fond reichien est religieux, il y a de la mélopée, de la ratiocination litanique, comme un enroulement de phylactères dans les cerveaux possédés. Les quatre mouvements des Daniel variations qui ouvrent ce nouvel opus sont fondés chacun sur une seule phrase chantée par la "Los Angeles Master Chorale", reprise et triturée, fondue dans l'accompagnement instrumental de cordes, de vibraphones et de pianos. Les phrases 1 et 3 sont extraites du livre biblique de Daniel, tandis que les 2 et 4 sont des propos liés au journaliste juif américain Daniel Pearl, enlevé puis assassiné par des extrémistes islamiques au Pakistan en 2002. Il suffit de répéter "My name is Daniel Pearl" pour que la psalmodie transcende l'horreur, nie la disparition en réintégrant son essence, c'est-à-dire son nom dans la pensée juive, dans le grand cycle vital. La répétition est pauvreté volontaire, et non manque d'inspiration, dépouillement et non sécheresse : elle imite la vie pour mieux l'épouser.
 
   Les Variations for vibes, pianos & strings qui complètent le programme sont un bel exemple de l'équilibre parfait auquel Steve parvient avec une souveraine maîtrise : simplicité évidente, "classicisme" minimaliste de la trame syncopée, comme déhanchée par les pianos traités comme des percussions qui aèrent la pâte tournoyante des quatuors à cordes. Ecoutez ça très fort, c'est prodigieux, l'énergie et la grâce, fast/slow/fast, du Bach sur la plage de l'au-delà. On ne dira jamais assez que chaque création de Steve est un nouvel hymne à la vie, un acte de foi fougueux. Je connais peu de musiques qui atteignent à cette sérénité lumineuse par delà toutes les interrogations posées.
Pas encore de videos de ces deux dernières compositions, mais je vous en propose une d'un Steve Reich de la première période, Piano phase(1967), interprété sur deux pianos par Peter Aidu : ce n'est qu'un extrait...

---------------------------------------------------
Programme de l'émission du dimanche 8 juin 2008 (fin)
Plusieurs extraits de la compilation Toronto 2007, publiée par la Red Bull Music Academy. Je vous en reparlerai ultérieurement.
Programme de l'émission du dimanche 15 juin 2008
Imagho : Silves/ Circaetes/Love poem (pistes 3, 5 et 6, 10' 30), extraits de Inside looking out (We are unique records, 2008). N'oublions pas trop vite les bons disques !
Red Bull Music Academy : plusieurs extraits des compilations Toronto 2007 et Melbourne 2006
Steve Reich :
Daniel variations (p.1 à 4, environ 30' ), extraits de Daniel variations (Nonesuch, 2008)
Hans Otte : Pièces 3 à 9 (environ 8' 30), extraites du Stundenbuch, publié avec Das Buch des Klänge (Celestial Harmonies, 2006), un double album admirable interprété par le compositeur lui-même au piano.

Partager cet article

Publié par Dionys - dans Steve Reich
commenter cet article

commentaires

truc 13/10/2015 18:46

En fait les commentaires ne restent pas: ils sont effacés immédiatement: c'est donc une blague de proposer d'écrire..

truc 13/10/2015 18:39

Très bel exercice du pianiste....mais à tout choisir parmi les créateurs qui se répètent, je préfère Woody Allen!!!!