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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 14:20
                                                                               En 1996, invités d'un festival de musique à Turin, les trois co-fondateurs du Bang on a Can Festival, Michael Gordon, David Lang et Julia Wolfe, sont chargés par le présentateur d'écrire en commun un opéra qui aurait un rapport avec la vie à New-York. Après  bien des discussions, ils décident d'élaborer un projet avec un auteur de bande dessinée. Ils veulent écrire une nouvelle sorte de musique théâtrale, à la croisée idéale de la nouvelle musique et des textes et décors surgis de l'imagination d'un dessinateur-culte de l'underground new-yorkais, Ben Katchor, qui a accepté avec enthousiasme l'idée de l'opéra. En 1999, un collectif théâtral d'avant-garde, le Ridge Theatre de New-York, met en place l'oeuvre, présentée pour la première fois à Turin peu après. Enregistré en août 2000, mixé entre 2001 et 2003, le disque ne sort qu'en 2006 sur la label du Bang on a Can, Cantaloupe Music. 
   L'objet est très beau : livret polychrome de 50 pages avec l'intégralité du texte et des dessins de Ben Katchor, cartonné. A signaler un petit inconvénient : le disque est encarté contre la troisème de couverture, difficile d'accès car il faut le tirer soit au risque de déchirer la pochette, soit de rayer le disque (mieux vaut dès la première fois créer une copie de sauvegarde !).
  Plus d'histoire d'amour, d'adultère, fini l'opéra bourgeois des déchirements existentiels. Le livret raconte l'histoire de deux immeubles construits sur le même modèle architectural à l'automne 1929, le Palatine et le Palaver. Séparés par une vingtaine d'autres immeubles, ils existent toujours. Mais ils appartiennent à deux quartiers différents, ont été occupés par des habitants qui ont modelés différemment les deux constructions jumelles
. En retraçant la vie du Palatine et du Palaver, l'opéra ressuscite un New-York truculent, haut en couleurs comme les dessins de Ben Katchor, le monde des oubliés de l'histoire, humbles et puissants du moment. Les quatre chanteurs se partagent les voix d'un gardien, d'un livreur, d'un employé chargé d'enlever les chewing-gums, d'une éditrice, d'un propriétaire d'une entreprise d'embaumement bien nommée "Dolce Vita"...John Benthal à la guitare électrique, David Cossin aux percussions, Martin Goldray aux claviers et Bohdan Hilash aux bois, interprètent cette musique nerveuse, métissée d'accents rock ou jazz, constamment gorgée d'idées mélodiques et rythmiques, de trouvailles d'accompagnement. Difficile de relever ce qui appartient à chacun des trois compositeurs dans ces 72 minutes : quand  même la patte de David Lang dans le syncopé et répétitif City walk, dense et sculpté comme un monolithe, et des échos reichiens, bien sûr, notamment dans Panel review, voix, choeurs et pulse en boucle. Ce qui surprend le plus, c'est le bonheur du chant, d'une évidence et d'une clarté impeccable : écoutez "I blame the tenants", les récriminations du gérant du Palaver à l'égard des locataires indélicats, une voix impérieuse ou dégoûtée sur un rock limpide aux échos ravageurs.
   Si The Carbon copy building n'est pas un opéra rock, mais un "comic-strip opera" comme le définissent les trois compositeurs, il concrétise à merveille un vieux rêve de convergence entre des styles musicaux a priori éloignés : pas question de réunir une formation rock et un orchestre symphonique pour acoucher d'une oeuvre pompeuse et amphigourique comme si souvent. Quatre chanteurs et quatre instrumentistes suffisent au service d'un musique contemporaine exigeante et curieuse, qui sait incorporer l'énergie du rock, le naturel de la pop. L'opéra s'ouvre et se ferme sur deux titres extraordinaires, qui donnent à cette plongée dans l'intimité des deux immeubles une aura majestueuse et grandiose. Entre temps, on aura assisté à la marche funèbre des desserts inachevés, embaumés avant d'être recyclés !
Pour aller plus loin :
- le site de Bang on a Can, avec des extraits à écouter.
Programme de l'émission du dimanche 9 novembre 2008
Anthony and the Johnsons : Crackagen
(p.2, 2' 32)
                   Shake that devil (p.5' 19), extraits de Another world (Rough trade, 2008), cinq titres d'un album à sortir en 2009, qui sera titré "The Crying light".
Michael Gordon / David Lang / Julia Wolfe : Where is that boy (p.6, 2' 45)
                 City walk (p.7, 5' 39)
                 Panel review (p.8, 5' 52)
                 I blame the tenants (p.9, 5& 19), extraits de The Carbon copy building (Cantaloupe Music, 2006)
John Luther Adams : Beginning (p.1, 5' 34)
                                        Measure 93 (p.2, 8' 40)
                                        Letter H (p.3, 5' 34)
                                        Measure 315 (p.4, 8' 40), extraits de For Lou Harrison (New World Records, 2007)
Barak Schmool : Stolen train (p.3, 5' 06), extrait de Transmission (2001), produit et interprété par PIANOCIRCUS. Quant au prénom de ce compositeur dont j'ignore tout pour le moment, disons que c'est un hasard objectif...

                                                   

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commentaires

magnetix 02/05/2014 13:59

It was a nice description of 'The Carbon copy building' and hats off to the people who are behind it. I am amazed to read that how they come up with such a concept. I think such buildings have a great future ahead when compared to the current scenario.

René 22/11/2008 09:10

Merci de ta visite, bon week end, le petit poète…

René 18/11/2008 09:49

Amitiés d’un petit poète qui s’enquiert de toute lumière…et vous convie au partage des émotions…