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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 16:16
   Gordon Mumma, s'il est peu connu en France, est une des figures marquantes de la musique électronique. Né en 1935, la même année que Terry Riley et un an avant Steve Reich, Gordon Mumma fait des études de piano et de trompette avant de commencer une carrière de trompettiste dans des orchestres symphoniques. A la fin des années 50, il rencontre Robert Ashley avec qui il fonde le "Cooperative studio for Electronic Music". Dans les années 60, il met au point des équipements musicaux électroniques pour John Cage et David Tudor et devient comme eux entre 1966 et 1974 l'un des compositeurs attitrés de la Merce Cunningham Dance Company. Il multiplie les collaborations, notamment avec Fred Frith ou Anthony Braxton, joue d'un cor qu'il prolonge par un appareillage électronique lui permettant de modifier les sons produits en direct et devance les premiers synthétiseurs en opérant de même sur un piano. Inventeur d'instruments "cybersonic", comme il les nomme, sculptures sonores et dispositifs mixtes pour instruments acoustiques et ordinateurs lui sont familières.
    Il existe pourtant un autre Gordon Mumma, connaisseur du Mikrokosmos de Bela Bartok, que le pianiste belge Daan Vandewalle nous permet de découvrir dans un double-cd de presque deux heures et demie de musique. Plus d'électronique, de modification, amplification. Du piano, solo, plus de soixante-dix pièces courtes, la plus courte de huit secondes dédiée à Robert Ashley, la plus longue dépassant de peu les cinq minutes. Le contraire du spectaculaire : musique raréfiée, variations mystérieuses. Les cycles s'appellent, traduits,  "Jardin"(en français, lui), "Greffages", Mélodies sans paroles", "Panier d'égarés", sans oublier la "Boîte à Sushi", déclinée en "Sushi verticaux" et "Sushi horizontaux". De brefs éclats, résonances et dissonances, des notes qui tombent comme des couteaux étincelants dans le silence. Webern rôde, Satie se profile sans apparaître, un moine zen propose des haïku pianistiques, il y a de tout cela dans ces pièces incisives, ramassées sur elles-mêmes comme autant de micro-méditations. Tout sauf séduire, nous conduire plutôt, nous réduire à l'attention pour entendre le presqu'inaudible, les confins du son, je pense par exemple au troisisème sushi horizontal : une brève déflagration, suivie du retour obstiné d'une note très faible, à peine frappée, apparition-disparition comme une figure de Giacometti. Cette musique fera horreur à tous les amateurs de remplissage et d'effets, à tous les consommateurs de fond sonore, tant elle sculpte le silence avec une elliptique parcimonie, d'un geste franc, non dénué de joie ou de grâce pour qui accepte de se laisser aller à sa secrète beauté.  D'autres morceaux sont plus loquaces, mais jamais appuyés, ils passent en léger tourbillon, attendent devant nous quelques instants avant de se dissoudre, de s'éclipser. Un beau double album de musique pure, débarrassée de tout romantisme, de tout encrassement sentimental : rude à première écoute, je veux bien en convenir, mais quelle lumière sous les doigts de Daan Vandewalle !
Pour aller plus loin :
- le site de Gordon Mumma.
- un beau blog, en partie en anglais, avec un article sur le même disque.
- le site de New World Records pour écouter des extraits ou commander le disque.
Programme de l'émission du dimanche 30 novembre 2008
Jean-Philippe Goude : Prolégomènes I (piste 1, 1' 12)
                                                    Market Diktat song (p.2, 4' )
                                                    Embarqués dans les pentes (p.3, 3' 48)
                                                    l'Homme dévasté (p.4, 6' 42), extraits de aux solitudes (Ici d'ailleurs, 2008)
Michael Nyman : Second region (p.6, 4' 06)
                                       Third region (p.7, 8' 18), extraits de The Piano Concerto / MGV (Argo, 1994)
My Brightest Diamond : Black & Costaud (p.6, 4' 22)
                                                        To Pluto's moon 'p.7, 6' 49)
                                                        Bass player (p.8, 4' 34)
                                                        Goodbye forever (p.9, 3' 53), extraits de a thousand shark's teeth (Asthmatic Kitty Records, 2008)
Gordon Mumma : Sushihorizontals (p.9 à 19, 16' 06), extraits de Music for solo piano (1960-2001) (New World Records, 2008)

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