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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 22:14
  J'étais dans le studio de la radio, le jour de notre porte ouverte, voici peu. Deux producteurs-animateurs bénévoles aux commandes. Soudain, j'entends, je n'entends plus que cela, alors que ça parle, que monte du rez-de-chaussée le brouhaha des visiteurs : une voix éraillée, un orgue en nappes tordues. Je demande de qui il s'agit. On me répond qu'elle s'appelle Carla Bozulich, que le morceau se trouve sur un disque sorti en 2006, Evangelista. Depuis, elle m'habite, et son dernier disque, sous le nom de groupe d'Evangelista (c'était aussi le titre d'un morceau en deux parties sur le disque éponyme), n'arrange rien !
   La pochette d'Evangelista, son troisième album solo annonce l'univers sombre, tourmenté, halluciné même, de Carla Bozulich. "Evangelista I" fournit une ouverture théâtrale : orgue insinuant comme un brouillard insidieux, cloches, on frappe, ça frappe, des bruits viennent des recoins, puis la voix s'élève, incantatoire, fêlée, sur fond de guitares saturées, de cordes mugissantes, puis le silence lourd, la voix qui murmure et qui supplie, s'enfle en cris rageurs, déchirés, tandis que des échantillons d'un prêche de 1936 retentissent à l'arrière-plan. Enfin, l'orgue se déchaîne, la voix se fait imprécatrice, le ciel est zébré d'éclairs. "How to survive being hit by lightning" sera d'ailleurs l'un des titres suivants de cet album à l'ambiance millénariste, prophétique. Le post-rock(punk) gothique se mâtine de blues et de gospel, dit la lancinante recherche de l'amour, de lumière dans un monde de ténèbres. Evangelista frappe par sa sincérité à vif, son refus des formules musicales attendues, sa recherche de timbres instrumentaux, de climats. Dans cet opéra post-brechtien de fin du monde, l'ombre de la grande Nico plane et The Silver Mount Zion Memorial Orchestra rôde, ayant collaboré à l'album avec quelques musiciens, dont sa tête pensante, Efrim Menuck - lequel ne se contente pas d'intervenir au piano, mais a enregistré le disque à Montréal, Jessica Moss au violon ou encore  Thierry Amar  à la contrebasse.
Evangelista Hello, voyager  Efrim a présidé à la naissance du nouvel album de Carla, "Hello, voyager", sorti en 2008 toujours chez Constellation. On y retrouve des musiciens de The Silver Mount Zion, et, nouveauté,  la participation de la bassiste Tara Barnes, qui a collaboré à l'écriture de quatre des neuf titres. Carla, en plus des guitares électriques, joue de l'harmonium sur deux morceaux, ce qui n'est pas sans rendre la référence à Nico plus sensible encore. Les textes prennent une place plus importante, reproduits sur le dépliant illustré typique du label (près de cinquante centimètres de haut déplié, le verso entièrement recouvert du long texte visionnaire du dernier titre, éponyme). La palette des compositions s'est encore élargie. Ouverture déchirante dans une atmosphère de folie claustrophobique avec "Winds of Saint Anne", harmonium, craquements, guitares hurlantes, écorchées, " Happily buzzing thru the dark sky with my hand in my pants. / I can't dance but I can blow like the wind. / Pay no attention to the trouble I'm in.", mais aussi chansons intimistes, dépouillées, fragiles, comme "The Blue room" ou "Paper Kitten Claw", cette marche à tâtons obsédante, illuminée par les envolées de l'orgue de Nadia Moss (à laquelle on doit les peintures de la pochette)et des violons de Jessica Moss (sa soeur ?). Mais aussi le magnifique instrumental "For The Li'l Dudes" où contrebasse, violoncelle, alto et violons tissent un quintette grave à la Gavin Bryars. Mais encore la déflagration inoubliable de "Hello, voyager" où l'évangéliste Carla nous somme de regarder la réalité en face : "Voyagers!!! Set down upon the earth. Open your cramped legs locked in that flying suit of lights. Open your eyes, adjust your eyes to the dark." Texte flamboyant, d'une urgence absolue, brutal et grandiose, qu'on pourrait trouver excessif s'il n'était pas si en phase avec un monde qui déraille. Tous les prophètes ont toujours été méjugés, vilipendés par ceux qui n'aiment pas être dérangés. Il y a dans cette mise à nu de ses penchants les plus profonds non pas une complaisance sordide, mais un désir irrépressible de vérité, d'en finir avec les faux-semblants qui sont aussi ceux de la société toute entière, des églises mêmes : " The church runs unchecked and tax-free and I hardly notice the irony of it anymore because I'm busy thinking that my scarf doesn't match my jacket. "
   Parce qu'à la fin " We'll stand upon this brutal skull planet as we really are and laugh - strange light pushing out, sitting up on the highest pile of junk and watching the fast moving sky rolling in a storm of perfect, lethal dust and rain "...Carla Bozulich est une authentique inspirée, dans le sens le plus noble du terme, âme d'une musique sans pareille, chaudron cosmique qui réconcilie punk, post-rock, musiques expérimentale et contemporaine. Brûlures indélébiles garanties, mais salutaires !
Pour aller plus loin :
 
- les sites de Carla Bozulich et Evangelista sur MySpace.
- vous trouverez dorénavant le site du label Constellation dans mes liens.
- une vidéo en concert à Vienne en novembre 2007 de "Winds of Saint Anne":


Programme de l'émission du dimanche 8 février 2009
Psykick Lyrikah : Patience  (piste 8, 6' 02)
                                         Quand tout s'arrêtera (p.9, 6' 22), extraits de Acte (Idwet, 2007)
Carla Bozulich : Evangelista I (p.1, 9' 22)
                                      Baby, That's the Creeps (p.5, 5' 55)
                                      Pissing (p.6, 6' 05), extraits de Evangelista (Constellation, 2006)
Jean-Louis Murat : La Fontaine de sang (p.3, 2' )
                                             L'Héautontimorouménos (p.4, 1' 57)
                                             Madrigal triste (p.7, 3' 43), extraits de Charles et Léo (2007) Il est logique de trouver Baudelaire dans ce programme marqué du coin du romantisme noir. Trois des grands titres de cet album.
Evangelista : Winds of Saint Anne (p.1, 4' 05)
                               For the Li'l Dudes (p.4, 2' 47)
                               Truth is dark like outer space (p.6, 2' 26), extraits de Hello, voyager (Constellation, 2008)
Julia Kent : Fontanarossa (p.9, 4' 04)
                           Venizelos (p.13, 3' 22)
                           Schiphol (p.15, 3' 50), extraits de Delay(Importantrecords, 2007)
                                                    

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commentaires

Marie 05/04/2009 16:50

J'oubliais... Merci!Et je te rajoute dans mes liens, tiens, ce sera plus simple pour venir jeter un oeil par ici! =)

Marie 05/04/2009 16:49

Ouais ça me plait!J'vais me le procurer rapidos!

Dionys 20/02/2009 19:57

Merci pour le commentaire. Le site de Pinkushion n'est pas mal non plus, je viens de l'ajouter à mes favoris ! Je crois que nous oeuvrons dans le même sens : pas de confusion entre quantité et qualité, et surtout, pas d'oeillères !!

Fabrice Fuentes 20/02/2009 19:14

Beau texte sur une musicienne et chanteuse de prime importance. L'année dernière est aussi sorti un album de Bozulich en solo, enregistré en Allemagne, titré Unrock Instore Gig Series Volume 4 (http://www.pinkushion.com/chroniques.php3?id_article=3188). Il mérite aussi le détour. Bien à vous, et bravo pour ce blog fort recommandable et singulier.FF