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Musiques Singulières

    Prendre le temps des musiques différentes (plus ou moins selon l'humeur !), avec une certaine prédilection pour des formats plus longs . Musiques d'aujourd'hui, généralement postérieures à 1960, pour les amateurs de dépaysement, de découvertes.
  L'index des musiciens présents dans ces colonnes est à votre disposition dans la catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures, avec rediffusion le dimanche dans l'après-midi.
  À compter du 9 février 2013, le blog s'élargit avec les chroniques de Timewind, nouveau collaborateur passionné : pour vous proposer encore plus de Musiques singulières !

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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 23:01
   Le son se fait liane, lierre, il m'enlace dans sa lenteur courbe, je coule dans la nuit vêtu de sa lumière. Le monde a disparu très loin là-haut, descente dans l'infini, bruissements de bracelets des orbes de planètes, grondements épisodiques des murènes filles du chaos et du vide abyssal...comme dans Alice au pays des merveilles, je n'en finis plus de chuter alors même que je n'ai plus de poids, que les dépouilles du moi se sont enflammées et désagrégées telles des étoiles filantes au contact de l'atmosphère, une formidable tranquillité sourd du cosmos parcouru de vrilles ardentes mais si lointaines, tout est loin, et soudain, on sait que tout cela est ici, en nous, on s'écoute, enfin, dans la confondante confusion du macrocosme et du microcosme, on a passé le mur du son... J'écris en écoutant le titre éponyme de Descent, cinquième album de Chas Smith sorti en 2005 chez Cold Blue Music. Cela fait un moment que je tournais autour de cette musique, ne sachant comment l'aborder, déconcerté, presqu'intimidé par sa discrète majesté, sa lumière impondérable.
   Chas Smith est un indépendant, élève de Morton Subotnick et d'Harold Budd à la Cal Arts (California Institute of Arts). Passionné de recherches sonores, il pratique bien sûr très tôt le synthétiseur, mais il se passionne vite pour...la guitare hawaïenne, si en vogue dans la musique country. Rappelons que cette guitare , inventée dans les années 1880, se joue à plat, l'instrument posé  sur les genoux ou sur un support. La main gauche fait glisser sur les cordes un obj
et métallique, une barre en acier appelée "slide bar" ou "steel bar". Quel rapport avec la musique atmosphérique que vous pouvez entendre ci-dessous ? Aucun, en apparence. Il suffit pourtant d'en jouer autrement, de laisser filer les sons, les résonances, de modifier l'accord, et la "steel guitar" devient un synthétiseur étonnant, un orgue cristallin, diaphane. Associée à quelques instruments métalliques de sa fabrication, aux noms insolites comme la Copper box, le Que Lastas, le junior Blue, elle crée des paysages sonores chatoyants traversés de lentes iridescences. Chas pratique aussi la version la plus complexe de la guitare hawaïenne, la "pedal steel guitar", qui peut avoir deux ou trois manches. Vous en voyez une ci-contre. Une série de pédales permet de modifier les notes ; actionnées au moment où la barre métallique vient frotter les cordes concernées, elles font naître tout un monde d'harmoniques.  Sur un titre de Descent, il utilise une "guitarzilla", une guitare sur table à quatre manches, dont deux préparés et un avec cinq cordes basses, avec microphones des deux côtés des manches. La pedal steel guitar est à l'honneur sur Nakadai, réédition en 2008 sur le même label Cold blue Music d'un LP épuisé des années 80, réédition augmentée d'un morceau composé en avril-juin 2008, "Ghosts on the windows" (prolongement imprévu au disque de HRSTA diffusé dans le même programme...) et d'un second datant de 1991 et titré "Joaquin Murphey", hommage à celui qu'on surnomma le "Charlie parker de la pedal steel guitar".
 Quelques informations techniques me paraissaient nécessaires, car lors des premières écoutes, je ne voyais absolument pas ce qui pouvait produire un tel univers sonore, je m'imaginais des sources électroniques, ce qui n'est donc pas le cas, du moins si l'on fait abstraction des procédés de traitement et d'amplification très élaborés qui accompagnent ces instruments bien concrets, fruits de l'imagination d'un homme qui travailla dans la métallurgie pendant trente ans. Pour finir, je laisse la place à Chas Smith parlant de son approche de la composition : " On m'a souvent accusé de faire de la musique à base de drones, ce qui ne correspond pas à ce que je pense faire, mais j'utilise en effet des sons tenus et des structures qui évoluent lentement, ce qui, par comparaison avec le monde  frénétique dans lequel la plupart d'entre nous vivent, peut sembler statique. Cet immobilisme pourrait être pensé comme ayant une masse et une gravité, et comme il évolue lentement, cela pourrait donner l'impression d'être vu sous différents points de vue, comme une sculpture. Lorque je compose, j'ai tendance à assigner des couleurs et des formes aux sons sur lesquels je travaille pour leur donner une composante visuelle et pour m'aider à garder leur trace. Et des pièces construites à partir de sons ne sont pas si différentes que cela des choses construites en métal : les outils et les matériaux sont différents, mais les techniques sont similaires."
  Sur la pochette de Nakadai, un tatouage de Chas Smith, anticipation visuelle des paysages sonores de ce musicien défricheur, qui trouve naturellement sa place dans les "Musiques singulières"...
Pour aller plus loin
- une sélection en écoute ( titres les plus courts...):

Si l'objet ne fonctionne pas, vous pouvez écouter ma sélection sur Deezer ici.
- pas grand chose sur Chas, si ce n'est sur le site du label Cold Blue Music. Ou encore sur l'excellent site Neosphères (dans mes liens, à gauche)
- pour voir une pedal steel guitar traditionnelle en action :

Programme de l'émission du dimanche 8 mars 2009
HRSTA : Entre la mer et l'eau douce (piste 1, 3' 50)
                     Beau village (p.2, 5' 02)
                     Hechicero del bosque (p.6, 8' 41), extraits de Ghosts will com and kiss tour eyes (Constellation, 2007)
Chas Smith : Nakadai (p.1, 14' 35)
                               The ghosts on the windows (p.5, 11' 52), extraits de Nakadai '(Cold blue Music, 2008)
Evangelista : Hello, voyager (p.9, 12' 13), extrait de Hello, voyager (Constellation, 2008)
The Gutter Twins : The Stations (p.1, 4' 34)
                                             God's children (p.2, 4' 57)
                                             All misery / Flowers (p.3, 4' 23), extraits de Saturnalia (Sub pop records, 2008)
 

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commentaires

Clément 16/03/2009

Merci infiniment pour l'émission d'hier, écoutée avec gourmandise.Mention spéciale pour la découverte de l'excellent Daniel Lentz.De passage à Reims, c'est toujours un grand plaisir d'écouter quelques musiques inactuelles dans la quiétude du dimanche soir, à l'heure où l'on n'a plus de comptes à rendre. 

Dionys 16/03/2009

Merci en retour, ça fait très plaisir. Daniel Lentz fera sans doute l'objet d'un prochain article. J'ai essayé de suivre ton lien et je me suis perdu dans "microlab", je l'avoue. J'aime bien ta formule finale, "à l'heure où l'on n'a plus de comptes à rendre", heure précieuse entre toutes dans une société envahissante qui cherche toujours plus à surveiller, régir notre quotidien. Heure de l'abandon au cosmos, à soi, heure du refus, de la résistance au décervelage...du plaisir gratuit, de la perte de temps, comme il est doux de perdre son temps !

Marie 17/03/2009

Excellent la comparaison avec Alice, l'écriture soignée (c'est presque littéraire didOn? =)) n'est pas la moindre qualité de tes chroniques! Je suis en train d'écouter et déjà pratiquement convaincue!

clément 19/03/2009

S'il est doux de perdre son temps, encore plus avec toi.merci pour ta réponse, merci de continuer, merci de me surprendre.

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