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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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7 juin 2007 4 07 /06 /juin /2007 10:15
Arm, Maya, le rappeur inspiré et la violoncelliste prodige, nous ramènent à la poésie, pas la mièvre, la consensuelle qui englue, non, la forte qui emporte et ravit vers "un ciel étrange dont l'éclat sera triste et rare". Au coeur des villes se creuse comme le "pays lointain" dont Henri Michaux, ce mutiné intérieur, ramenait dans les années trente du siècle passé douze lettres à l'énigmatique beauté. Deux disques qui n'ont pas peur des textes, et qui les servent avec ferveur, dans un geste d'une évidence lyrique confondante.
Le groupe rennais, composé au départ du rappeur Arm, du compositeur Mr Teddybear et de DJ Remo, s'est d'abord fait connaître dans le milieu hip-hop par une cassette de 90 minutes très soignée avant  de s'affirmer par une réussite éclatante, l'album "Des lumières sous la pluie", sorti en octobre 2004, noire et hallucinée descente aux enfers urbains servie par des textes percutants, nourris (pour le meilleur !) de références littéraires, et par une musique qui mêle scratchs, électronique, guitare dans un contrepoint foisonnant d'une incroyable puisssance d'appel. Le nouvel album pourra surprendre, mais il est bien dans la continuité de l'univers d'Arm. A l'aspect torturé, visionnaire, du précédent, visible sur la pochette et sur les visuels, répond l'image frontale du duo : ils nous regardent, d'hommes à hommes. Le sépia antérieur cède la place au noir et blanc. Plus d'accompagnement flamboyant, mais une guitare, celle d'Olivier Mellano, pour l'essentiel, pour l'émotion. Le rap d'Ar
m est l'arme du spleen, du crime poétique, car "c'est vers là-bas qu'on voit graviter les ruines" et "qu'on perdra nos styles factices". C'est un acte de dépouillement, celui d'un  homme qui "a raté quelques trains et (qui) est resté là l'air de rien", et qui découvre l'amour, malgré la ville prédatrice. "C'est ta main que je cherche dans l'élan la foudre dans la course et n'aimant que cette voix qui s'est tue.." Bouleversant titre 4, "L'aurore", inspiré du film de Murnau. "Comment faire pour atteindre l'aurore" pourrait être la question qui traverse ces textes que la guitare d'Olivier Mellano prolonge d'accents blues (le titre 6, "Rétines larges"), de rock oppressant (le titre 8, "Patience"), souvent d'accords déchirants, ciselés dans une lumière électrique au ras des mots qui consument et conjurent le quotidien mortel. La poursuite (titre 3) s'interrompt parfois, bute sur des clairières, des aveux qui sonnent justes, loin des postures d'un certain rap tonitruant (surtout truand ?) : " j'ignorais tout des paysages au calme plat / des nuages scintillants sur un ciel aux couleurs de soie ". Ce disque est un acte de courage, un face à face sans fard avec la grâce, avec les grands vides. La place d'Arm, vulnérable...
Psykick Lyrikah : Rétines larges (piste 6, 5' 56)
                                  Un félin près du maître (p.7, 4 '10)
                                  Quand tout s'arrêtera (p.9, 6' 27)
                                  L'aurore (p.4, 3' 27), extraits de Acte(Idwet, 2007)
                                  Le dernier chapitre (p.2, 4' 29), extrait de Des lumières sous la pluie (Idwet, 2004), intercalé au milieu des quatre titres précédents.
Interprète du Cello Counterpoint de son maître et mentor Steve Reich, morceau qui figure sur You are, sorti en 2005, Maya Beiser poursuit une carrière solo éclectique et toujours passionnante. L'essentiel de son nouvel album est consacré à "I am writing to you from a far off country" une oeuvre de Eve Beglarian, compositrice qui, d'habitude, aime associer voix, électronique, samples, sur les textes d'Henri Michaux, "Je vous écris d'un pays lointain". Mais ici, juste les voix d'Alexandra Montano pour un chant en arrière-plan, de Maya qui dit le texte de Michaux et de son violoncelle, bien sûr. Le résultat est envoûtant, décalé, comme la prose de Michaux : nous sommes au seuil de l'humain, en effet, quelque part ailleurs, au bout du monde, là où "l'éducation des frissons n'est pas bien faite", où il n'y a "qu'un soleil par mois, et pour peu de temps", entre Steve Reich et Ingram Marshall, sur les nouvelles terres du lyrisme sauvage.
Maya Beiser : Parties 1 à neuf (p.1 à 5, 28'), extraits de Almost Human(Koch International classics, fin 2006)
Pour terminer :
- un site consacré à Henri Michaux, avec la fin de "Je vous écris d'un pays lointain".
- un site pour lire des extraits de "cette vie est la nôtre", rhapsodie de Benoît Conort, paru en 2001 chez Champ Vallon. Entre le rap d'Arm et lui, il y a des affinités...
- d'autres extraits de Maya Beiser à écouter.

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commentaires

elibi 22/06/2007 13:53

Thanks for the site about Michaux.Will you be with us on friday 29th? with wife & kids of course!