Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
N.B Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

Recherche

Publicités imposées !

Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 17:09
Agf einzelkämpfer   Est-allemande de naissance, Antye Greie, alias AGF, s'est installée à Berlin au milieu des années quatre-vingt dix pour former avec Jürgen Kühn le groupe Laub, dont le premier album est sorti en 1997. Trois autres ont suivi sur le label Kitty-Yo, un quatrième sur son propre label AGF Producktion. À côté de nombreuses collaborations, elle développe depuis 2001 une carrière solo jalonnée de six albums. Einzelkämpfer, sorti en 2009, est le dernier d'entre eux.
   Autant le dire d'emblée : la découverte de cette poétesse, musicienne, plasticienne du son,  est pour moi une révélation majeure. À qui la comparer ? Peut-être à Ikue Mori et son extraordinaire travail à partir de l'ordinateur portable. Je ne sais pas du tout comment Agf conçoit sa musique électronique, mais le résultat est sidérant. L'unité sonore n'est plus la note, c'est l'échantillon, la touche élémentaire à partir de laquelle elle peint sa musique. "Quand je peins le son en couches -  je brille", a-t-elle placé en exergue  de ce "combattant solitaire". Le début de l'album évoque fugitivement le travail vocal de Tamia, qui prêtait sa voix démultipliée aux sculptures percussives de Pierre Favre dans quelques  beaux albums des années  80 sur les New Series d'ECM. Chaque titre est ici comme un poème électronique autonome, invente sa rythmique propre, loin des boîtes trop prévisibles. La voix énonce quelques phrases, se fond dans les textures d'une constante inventivité. Ni concrète, ni abstraite -  la musique n'est-elle pas par essence le plus abstrait des arts ?, la musique d'Agf semble naître à l'instant pour nos oreilles  ravies d'être si bien considérées. Naissances, métamorphoses, mélanges, glissements, brisures : "because few people are willing to go  through the disconfort, we quiet", c'est pour ceux-là qui n'ont pas peur de lâcher la sacro-sainte mélodie qu'elle résiste, qu'elle force l'attention et, ce faisant, crée les mélodies nouvelles de notre temps avec les moyens d'aujourd'hui. Voix nue ou distordue, méconnaissable, entrelacée aux sons de l'imaginaire le plus fertile, avec des fragments de chansons qui surnagent comme dans le titre éponyme traversé de moments punk, arrachés très loin en dedans. Et puis surgit "Her Beauty  Kills me", on s'agenouillerait pour un peu, majestueuse et lacérée de coups de fouets, granulée de poussières cosmiques, parcourue de flux telluriques, de coulées douces et sombres, -aurait-elle écouté Annie Gosfield ? Le titre "Worin Mein Mund Zur Bewegung Fand", creuse la veine, nous sommes dans les mines du roi Salomon pour édifier un temple de lumière noire.  Nous sommes dans l'attente d'un événement, d'un avènement, tout est possible dans l'univers de la musique électronique, quelque chose monte, échappé de l'inconscient. "A poem", justement, métallique et râpeux, tout en borborygmes, oscillations, tremblements chuintés. Le morceau suivant nous entraîne "Alone In The Woods (The Fox, The Skunk And The Rabbit)", chambre d'échos des peurs dépouillées, la voix toute petite cernée, puis submergée par le vortex archangélique des âmes perdues. "Practicing Beat  Anarchy" est l'un des titres programmatiques de l'album et, passé un début  répétitif et déclamatoire,  un hymne tumultueux et décalé à l'énergie. "Rhythm, Rules And Ink" repose sur un texte dit dans une atmosphère étrange traversé d'une soudaine déflagration électrique, exemple même de l'extravagance poétique de la création musicale d'Agf. "In Battle" offre un autre exemple de  cette belle extravagance, autrement dit de l'usage entier de la liberté de l'artiste : véritable morceau orchestral, où l'on croit reconnaître guitare, cordes, accommodées dans un maelstrom toujours stupéfiant.  Les abysses d'outre-tombe hantent "Kopffüsser (Cephalopod)", mini-opéra magnétique de voix et de respirations en couches ondulées qui témoigne de la capacité d'Agf à susciter des paysages sonores complexes d'une effarante beauté. Le périple se termine avec "On Earth", lent survol hypnotique des forces sourdes que doit maîtriser le combattant solitaire. Un album rare, passionnant d'un bout à l'autre, qui figurera en bonne place dans mon classement à venir  des disques de 2009 
(bientôt...je n'attendrai pas d'avoir tout écouté et découvert, puisque c'est évidemment impossible !).
Pour aller plus loin 
- le site d'Antye Greie-Fuchs, bien des choses à découvrir, télécharger. Aussi une présentation de chacun des treize morceaux de l'album, que je lis après avoir écrit l'article. À vous de comparer, de faire la synthèse ?
- une vidéo, très belle, d'un morceau du groupe Laub, extraite de l'album Filesharing (2002) : de quoi plaire à ceux qui veulent de la mélodie, il en faut pour tout le monde...
                                  

Partager cet article

commentaires

Le Sot 28/02/2010 14:53


Merci pour la découverte, vais remonter la trace.


Dionys 03/03/2010 22:59


Content que tu apprécies. Tous les albums d'Antye sont disponibles directement par son entremise (voir l'adresse  dans mon article). J'en écoute deux autres, un peu tôt pour en parler.