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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 15:43

Institut-Ils-etaient-tombes-amoureux-instantanement.jpg   De la chanson française, et qui s'écoute sans qu'on détourne les oreilles. Ce n'est pas si fréquent, une fois éliminés ceux qui n'ont rien à dire, et le disent mal ou en anglais châtrévomi, et ceux dont la musique fait mal tant elle est faible. Arnaud Dumatin, qui a déjà publié deux albums sous le nom d'Emma - deux albums que je ne connais pas, je dois le dire - , a collaboré avec plusieurs musiciens, dont Olivier Mellano, ce qui n'a pas manqué de retenir mon attention, ce dernier étant un compagnon de longue date d'Arm de Psykick Lyrikah. Il signe textes et musiques, accompagné par Emmanuel Mario. Beaucoup de guitare, des claviers, de la programmation, un peu de batterie, mais aussi du thérémin, un soupçon de trombone ou de saxophone. Et les voies additionnelles d'Emmanuelle Ferron, et même de Liz Bastard de  Del Cielo sur le titre 9 : pas de chœurs douceâtres, mais de vraies doublures qui approfondissent le champ.

   J'aime bien la voix fragile et douce d'Arnaud Dumatin, qui dit-chante des textes en prise directe sur aujourd'hui, des textes qui décollent insidieusement d'une réalité trop ordinaire pour nous emmener dans une douce folie. Voici un extrait du titre éponyme : « Frédéric et Melba s'étaient rencontrés chez france Coiffure. Melba lui avait dit : "Votre moustache semble douce sous vos doigts." ne voulant pas flatter sa vanité, frédéric avait répondu : "Je vous donne 7/10 et je suis généreux". "Ne changez-vous pas de femme comme de chaussettes ?" osa-t-elle. "Je sais être fidèle à mes chaussettes". Ils étaient tombés amoureux instantanément et avaient trouvé ensemble un modèle économique approprié. Ils ne voyaient pas comment les lignes pourraient bouger. » Délicieuse parodie de scène de rencontre, comme un écho au très beau début d'Aurélien, l'un des romans de Louis Aragon les plus étincelants. "On vit dans un manège"...qui bascule dans des lointains flous nimbés d'électricité légère, style post-rock. La politique et la vie amoureuse se rejoignent pour de surprenants délires décalés : ah ! leINSTITUT réjouissant Les Pensions de retraite : « La nuit, je pense encore à Rachida Dati, quand nous marchions ensemble le long de la mer Adriatique, on se racontait tout, nos troubles obsessionnels, nos conduites addictives, on se donnait la main, comme les rescapés d'un camp. La nuit, je pense souvent à rachida Dati, quand on faisait le point sur les progrès induits par la révolution industrielle, on descendait en barque jusqu'à l'estuaire, avec une bouteille de vin d'Anjou et quelques tubes des années 80 sur un radio-cassettes ». Les musiques sont aérées, rock délicat, pop harmonieuse aux rythmes entraînants. Je ne peux pas rester, le titre 13 (ou 12 si l'on néglige le silence), est l'une des grandes réussites de l'album, avec un texte subtilement inquiétant, teinté de sadisme vengeur, mi-chanté sur un rythme mécanique, véritable départ vers la folie : « Je jette une valise pleine de vieux métaux sur un couple qui passe dessous, en plein sur leur bonheur qui fatiguait les yeux. Ils étaient en mouvement vers un endroit que j'ignorais, et je pensais "tout ce qui n'est pas gris ne doit plus exister". Et ils n'existent plus. » Un disque qui mine de rien dit un monde "sans aucun lendemain", saturé de listes d'objets et et procédures techniques, de conventions et de soucis de confort : seul le vent nous sauvera, car " il peut tout balayer s'il le veut et (nous) laisse sans rien. Tout est délimité, devient illimité, juste là, à cet instant sans aucun lendemain ", et "la nuit qui nous enveloppera"  nous protègera du monde factice, après avoir descendu "les falaises (qui) tombent à pic". « Nous nagerions jusqu'à la pointe si nous savions aller aussi vite que nos joies soudaines. » Une belle invitation à revenir aux sources fraîches que ce disque où le désespoir se mue en malice et en transgressions minuscules.

Paru en 2011 chez Institut / Rouge-déclic / 14 titres / 40 minutes.

Pour aller plus loin

- quelques morceaux en écoute sur Bandcamp.

- le site de la revue Rougedéclic, revue de littérature française et contemporaine dont Arnaud Dumatin est le directeur artistique.

Programme de l'émission du lundi 17 octobre 2011

Institut : Les méduses / Installation imprimante / Comme on traverserait la rue (pistes 3-4-5, 8'15), extraits de ils étaient tombés amoureux instantanément (Institut & rouge-déclic, 2011)

Itsnotyouitsme : The snake of forever / Gardens of Loss / It might be time to leave this place and mingle with our heroes (p.1-4-5, 22'30), extraits de Everybody's pain is magnificent (New Amsterdam Records, 2011)

Brian Eno : Breath of crows (p.16, 6'43), extrait de Drums between the bells (Warp / Opal, 2011)

AGF : Auf diesem Hugel / Ich wollt ich wär des Sturmer Weib / drei bögen : bougainville (p.2-3-6, 10'40), extrait de Gedichterbe (Agf Produktion, 2011)

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