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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 12:39

  J.-H. Rosny Ainé n’est plus guère à la mode. Tout au plus se souvient-on, grâce au film de Jean-Jacques Annaud, que Joseph Henri Honoré Boex, de son vrai nom, est l’auteur avec son frère Séraphin Justin François (ils écrivent en collaboration jusqu'en 1909) de La Guerre du feu, roman préhistorique considéré avec une condescendance ironique dans le meilleur des cas. Ce qui est très injuste pour un roman splendidement écrit, au souffle épique, tout à fait au niveau des œuvres d’un Kipling ou d’un Rider Haggard. Mais le roman d’imagination ou d’aventures n’est pas encore reconnu dans la littérature française comme il l’est chez les Anglo-saxons.

   Rosny Aîné Amour étrusqueDe toute façon, ce n’est pas un roman de cette veine que je veux évoquer.  Les frères ont été des romanciers prolifiques, populaires dans le meilleur sens du terme. Je suis tombé  sur un roman d’amour et d’analyse psychologique, d’ailleurs bien mené, autour d’un personnage féminin charmeur et troublant heureusement surnommé Liane – la pauvre s’appelle Lucette dans cette histoire d’adultère où elle vient perturber le ménage harmonieux de sa cousine très aimée,  l’éblouissante Geneviève. L’Appel du bonheur parut en 1919 (faute d'image de couverture, j'ai trouvé celle d'un autre roman sentimental...) Vous allez me dire que vous ne voyez pas le rapport avec ce blog, et vous aurez raison. J’y viens. Lors d’une des conversations familiales qui émaillent le roman, l’un des personnages, Hippolyte, vieil homme amer en recherche d’absolu, oppose la musique au langage, entendez ici "les mots" :

« — Il me semble parfois, — dit Hippolyte, — que la musique est destinée à combattre les méfaits du langage. Elle ne saurait mentir. Chacun à la vérité peut lui prêter ses fables, mais d’elle-même, elle échappe à toute signification. Je trouve que par là, elle est l’art supérieur, le grand art moral. »

Ce à quoi un autre personnage, Frédéric, rétorque :

   «  C’est une esclave (…) Elle sert indifféremment nos vertus et nos vices. Je le lui reproche. J’aime mieux le langage qui peut mentir mais aussi conduire à la vérité. La musique ne nous y mène pas plus que l’alcool, le café ou la morphine… »

   À quoi sert la musique ? Vaut-elle mieux que nos mots si aisément menteurs, ou n'est-elle qu'une drogue parmi d'autres ? Partagez-vous l'idéalisme d'Hippolyte ou le scepticisme de Frédéric ? Faut-il d'ailleurs opposer la musique aux mots ? Ce qui me semble sûr, en ce qui concerne la musique instrumentale, c'est qu'elle repose des mots, qu'elle est d'abord au-delà d'eux, avant d'être annexée par nos réactions, critiques...

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