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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 15:38

Jeroen-van-Veen-Minimal-piano-collection-X-XX.jpg   Jeroen van Veen, compositeur et pianiste néerlandais, est un infatigable ambassadeur du minimalisme. Le deuxième volet de l'anthologie Minimal piano Collection, commencée en 2007 sur le label Brilliant Classics, est sorti depuis un an. Un travail monumental à mettre en parallèle avec l' Anthology of noise and electronic music dirigée par Guy Marc Hinant sur le label bruxellois Sub Rosa. Le coffret rassemblant les dix premiers volumes pour piano solo se terminait sur une adaptation pour plusieurs pianos de l'incontournable "In C" (version, à ma connaissance, la plus récente ici) de Terry Riley, transition vers ces nouveaux Cds consacrés aux compositions pour deux à six pianos.

   Ceux-ci s'ouvrent sur les soixante-dix-neuf minutes et seize secondes des vingt-cinq sections du "Canto Ostinato" de son compatriote Simeon ten Holt, né en 1923, qui fut l'élève à Paris d'Arthur Honegger et de Darius Milhaud : une adaptation pour deux pianos, interprétée par Jeroen et son épouse Sandra, de cette composition monumentale, à l'origine pour quatre pianos, écrite entre 1976 et 1979. Magnifique entrée que cette musique d'une incroyable fraîcheur, au rythme entraînant, constamment chantante : l'auditeur est porté par une douce houle, dont la surface est aérée par des bulles mélodiques récurrentes. Cette musique est naïve, dans la plus belle acception du terme, animée d'un rêve de jouvence, de perpétuelle renaissance. Vous voilà prêts au long bain de vigueur qu'est le minimalisme bien compris, chaque Cd gorgé à bloc. Si les minimalistes américains se taillent évidemment la part du lion, vous y rencontrerez aussi le sud-africain Kevin Volans, l'anglais Tim Seddon, le russe Alexander Rabinovitch, l'estonien Arvo Pärt, le belge  Wim Mertens, quelques autres néerlandais, mais aucun français...la renommée de Frédéric Lagnau étant peut-être trop limitée. Je n'irai pas jusqu'à dire que tout est admirable dans ces dix volumes, mais que de pages splendides rassemblées : le "Long night" de Kyle Gann  pour trois pianos, "Two pianos" et "Piece for four pianos" de Morton Feldman, "Piano phase" et "Six pianos" (évidemment !) de Steve Reich, avec un volume XIX extraordinaire. D'abord , du Philip Glass, du meilleur : "In Again Out Again" (en écoute plus bas), de 1968, une pièce qui s'apparente à "Piano phase" de  Steve Reich, avec une structure en miroir, chaque pianiste jouant vingt motifs, le premier de 1 à 20, le second de 20 à 1. Puis "Theme von Wiek", de son compatriote Douwe Eisenga, une de mes belles découvertes récentes : une ronde envoûtante, gracieuse, tout en transparences mélancoliques. Puis les deux pianistes attaquent "Orpheus Over and Under" (en écoute aussi plus bas) de David Lang, composition de 1989 basée sur des tremolos crescendo et decrescendo, en strumming à la Charlemagne Palestine, mais avec la rigueur implacable de David. C'est un obstiné forage pour accoucher d'une beauté vertigineuse. Enfin le capricieux et concertant "Incanto" (en écoute plus bas) du pianiste-compositeur lui-même, inspiré par sa machine à café de marque Incanto, nous confie-t-il, et par une chanson pop qu'il écoutait beaucoup dans sa voiture, chanson réduite, augmentée, variée : pièce enjouée, qui caracole en grapillant des notes nouvelles, rebondit, virevolte, se suspend pour mieux repartir.

   La musique minimaliste est au fond un hymne vibrant au bonheur de vivre, un refus de la crise, de la déprime fabriquée par des médias trop souvent aux bottes de la finance ivre de son pouvoir illusoire. Il faut revenir aux sources, par delà les artefacts d'une civilisation égarée.

Paru en 2010 chez Brilliant Classics / 10 Cds / 83 pièces / 854 minutes

Pour aller plus loin

- le site de Jeroen van Veen

- l'intégrale de "Canto Ostinato" de Simeon ten Holt, en concert à Eindhoven le 2 avril 2011, interprété par Jeroen et Sandra van Veen, Elizabeth et Marcel Bergmann :

 

 

- trois des quatre pièces du volume XIX en écoute :

 

Programme de l'émission du lundi 28 novembre 2011

Amute : Black diamond blues / thierry / so easy to fall (pistes 4-5-6, 13'30), extraits de Black Diamond blues (Humpty Dumpty Records, 2011)

Max Richter : on the nature of daylight (p.2, 6'12), extrait de The Blue Notebook (FatCat Records, 2004)

Jasha Narveson : Ripple (p.10, 4'59), extrait de Fast Jump du pianiste Danny Holt (Innova, 2009)

Christopher Roberts : The Channel (p.2, 9'22), extrait de Last Cicada singing (Cold Blue Music, 2009)

Michael Gordon : Timber 1 (p.1, 8'33), extrait de Timber (Cantaloupe Music, 2011)

Alain Kremski : L'Oubli, l'Eau et les Songes (p.6, 7'05), extrait de Résonances / mouvements.. (Cézame/Iris, 2009)

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commentaires

Palotin Chaamba 12/01/2012 12:09


Bonsoir Dionys, et merci pour tes voeux. Tous mes voeux de bonheur pour toi également. Pour mes préférés de 2010, je vais voir ce que je trouve. Je garde une liste des écoutes qui m'ont le plus
touché, mais les parutions récentes n'y sont pas en majorité (je n'écoute pas énormément de nouveautés).


Dernier coup de coeur : Michel Henritzi, Walking in the shadow : guitare solo mélancolique. De plus, le cd très beau, orné de photos de Kumiko Karino. Je me demande s'il ne s'agit pas là de cette
photographe et vidéaste japonaise que j'avais découverte sur ton blog (à vérifier).

Palotin Chaamba 07/01/2012 17:19

Dionys, quel plaisir que de méditer sur ta conclusion d'article en regardant ce concert à quatre pianos. Merci

Dionys 11/01/2012 22:55



Bonsoir Palotin,


Content de te retrouver. Au fait, si tu as ton propre "palmarès" 2010 (celui de 2011, ce sera fin 2012...)... Bref n'hésite pas à en faire part dans un commentaire. Je cherche toujours de
nouvelles pistes. Tous mes voeux !