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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 16:32

Julia-Wolfe-Cruel-Sister.jpg  Co-fondatrice avec David Lang et Michael Gordon de Bang On A Can, Julia Wolfe assène une nouvelle preuve de son formidable talent. Interprétées par l'Ensemble Resonanz, ensemble de cordes - sous la direction de Brad Lubman - qui enregistra le superbe Weather de son mari Michael Gordon en 1997, les deux compositions de l'album sont rien moins qu'impressionnantes. On y retrouve le ton âpre, la densité fougueuse de l'univers de Julia. Musique sculptée à la hache, tout en blocs massifs, avec quelques échappées élégiaques. Onze violons, quatre altos, trois violoncelles et une contrebasse : rien d'autre !

   La pièce éponyme, en quatre parties pour trente minutes, est inspirée d'une vieille ballade anglaise, déjà mise en musique par le groupe Pentangle en 1970, avec la voix magnifique de Jacqui Mcshee, et complètement explosée plus récemment par Nico Muhly dans Mothertongue. Mais aucune parole ici, aucune référence explicite à cette histoire terrible. Deux sœurs, l'une lumineuse, l'autre sombre, sont courtisées par le même homme. La sœur sombre, jalouse, pousse la sœur lumineuse dans la mer afin qu'elle se noie, et peut ainsi seule prétendre à l'amour du galant. Tandis que leur mariage se prépare, deux ménestrels ambulants trouvent le corps de la sœur flottant. Ils fabriquent une harpe avec sa cage thoracique, font leur apparition au mariage de la survivante. Au sons émis par l'instrument, cette dernière en reconnaît la provenance et, submergée par le chagrin, laissera enfin ses pleurs couler. La musique évoque à grands traits ce canevas : première partie frémissante, insidieuse, celle de la montée de la jalousie jusqu'au crime ; deuxième partie partagée entre registre élégiaque et une fièvre frénétique qui vient recouvrir le souvenir de l'abomination : la troisième correspond à la trouvaille macabre des ménestrels, lesquels réussissent à tirer une musique enveloppante, somptueuse, des os de la lumineuse, qui accompagne leur lente marche vers la cérémonie ; la quatrième partie s'ouvre sur une danse syncopée, comme disloquée, devenue folle, trouée de hoquets et de silences inquiétants : surgit alors une mélodie poignante, se répandant comme une vague énorme.

   "Fuel", en cinq mouvements pour vingt-et-une minutes, né d'une conversation entre la compositrice et le réalisateur Bill Morrison au sujet des controverses liées au pétrole, répond à la demande de l'ensemble allemand de les entraîner aux limites de ce qu'un orchestre à cordes peut donner comme intensité et virtuosité. Le résultat est étourdissant, constamment magnifique. L'écriture, nerveuse, juxtapose des moments doux et des poussées irrésistibles, met en valeur les timbres luxuriants des cordes. Cela rutile, cela flamboie, parcouru d'explosions étincelantes, sans jamais faiblir, avec des surgissements majestueux comme dans la troisième partie, mais le tout sans aucun sentiment d'emphase, il faut le souligner. L'ensemble sonne naturel, organique : tout y est nécessaire. La quatrième partie, la plus virtuose et aérienne à la fois, joue subtilement de références romantiques pour faire surgir un baroque contemporain d'une suprême élégance et d'une force enthousiasmante, qui débouche sur un final éblouissant, ramassé autour d'un bouquet de glissandis.

Paru en 2011 chez Cantaloupe Music / 2 pièces pour 9 plages / 51 minutes

Pour aller plus loin

- le site officiel de Julia Wolfe

- une fausse vidéo à partir des deux derniers mouvements de "Fuel":

 

 

 

- Je ne résiste pas au plaisir de vous faire entendre le sublime "Cruel sister" avec la voix de Jacqui : du folk, et du meilleur !

 

 

Programme de l'émission du lundi 19 septembre 2011

Peter Broderick : Human Eyeballs on toast / With a key (pistes 2-5, 9'20),  extraits de How they are (Bella Union, 2010)

                                             The Dream // awaken / panic / restraint (p.4-5, 8'), extraits de Music for Falling from Trees (Western Vinyl, 2009)

Frédéric Lagnau : À quelle heure arrive le vent (p.1, 23'08), extrait de Journey to Inti (Théâtre d'Évreux, Scène Nationale, ?)

Alva Noto & Ryuichi Sakamoto : microon 1 / reverso (p.1-2, 11'), extraits de Summus (Raster Noton, 2011)


  

  

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commentaires

Palotin Chaamba 11/10/2011 22:48



Bonsoir Dionys,


Très heureux de t'avoir indiqué un disque, histoire que ça ne marche pas que dans un sens ;) 



Dionys 24/10/2011 11:10



Nos lecteurs nous donnent l'oxygène nécessaire pour poursuivre notre Grand Oeuvre ! C'est curieux, je pensais t'avoir déjà répondu : désolé pour le retard !



Palotin Chaamba 11/10/2011 19:08



Je possède Lost objects, qui contient de très beaux passages. Sinon, juste effleuré BOAC, mais avec délices. A creuser, donc. Ils sont passés récemment vers Bordeaux, un ami à moi en est revenu
enthousiaste. 


Terrible histoire des deux soeurs, et belle chanson !



Dionys 11/10/2011 22:32



Bonsoir Palotin,


  Diantre, Lost objects n'est pas dans ma discothèque !! Merci de me signaler cet opus signé par les trois fondateurs.  Et je n'ai pas encore vu BOAC en concert : je les
attends...