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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 14:32

Illumination négative Moon-Ate-the-Dark.jpg 

   Moon Ate the Dark, c'est la rencontre de la pianiste galloise Anna Rose Carter et du producteur canadien Christopher Bailey aux microphones, pédales et amplis. Enregistré en deux jours d'août 2011 avec Joe Garcia dans des studios de Bristol, masterisé par Nils Frahm au studio Durton de Berlin, le disque est entièrement improvisé, sans ajout ni intégration d'échantillons tout prêts.

   Dès le premier titre, "Explosions in a Four Chambered Heart", l'auditeur est pris dans le flux continu du piano, souligné par le martèlement audible des touches ( que l'enregistrement met en évidence au lieu de le cacher, procédure fréquente notamment chez Nils Frahm, qui peut agacer, mais ici particulièrement pertinente) et l'environnement sonore trouble et liquide, agité de grands remous sourds, de vociférations étouffées. L'inspiration est marquée par le minimalisme répétitif et, à mes oreilles du moins, par le concept de piano en mode continu développé par le pianiste et compositeur d'origine ukrainienne Lubomyr Melnyk. Le piano avance dans un faisceau d'harmoniques qui constituent peu à peu un véritable tapis bruissant. Chaque note claire se détache ainsi, comme rebondissante, de cette trajectoire irrrésistible, sans cesse relancée par le jeu des reprises consécutives aux baisses de tension pendant lesquelles le piano semble s'enfoncer dans la pâte sonore. Les réverbérations créent une profondeur de champ à l'intérieur de laquelle tournoient drones, crissements, cris d'oiseaux métalliques avant l'absorption finale dans le noir abyssal. Une entrée vraiment superbe !! Le second titre, "Bellés Jar", est plus sombre encore, lentes boucles hypnotiques s'enfonçant dans les graves au-dessus d'agitations nébuleuses. "Capsules 11" reprend la veine du premier titre, avec quelques beaux dérapages dans les dissonances, un aspect buddien plus marqué (car le grand Harold Budd n'est jamais très loin - si ce n'est que le dynamisme est nettement plus puissant ici) et des poussées électroniques sensibles. "In Fiction" fonctionne comme un  interlude : piano sépulcral, battements cardiaques épais, envols froissés d'objets non identifiés...Revoici le flux avec "She / Swimming", sillage lumineux et lancinant jouant sur des reprises successives en canon à différents niveaux de l'échelle harmonique : pièce limpide, avec une longue coda en apesanteur. Dissonances et décrochages caractérisent une autre pièce majeure de l'album, "Messy Hearts", comme menacée par un environnement plus inquiétant. Tous les sons semblent se déformer, les réverbérations se courbent dans un espace contracté, saturé : d'autant plus belle la fragilité du piano pris au piège et qui lutte, englué dans les drones et les déferlements bruitistes ! Le calme semble être revenu avec "Sleepwalk", marche précautionneuse, avancée somnambulique dans le cliquetis claudiquant des touches : c'est une extase suspendue dans l'hallucination toute-puissante,  ou bien la difficile remontée du gouffre des rêves et des cauchemars, de marche en marche humide dans les souterrains infernaux démultipliés. Un disque inspiré ! 

Moon-Ate-the-Dark-2.jpeg

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Paru en 2012 chez Sonic Pieces / 7 titres / 45 minutes

Pour aller plus loin

- le site de Sonic Pieces , label berlinois à découvrir...que je commence à explorer.

Addenda : j'aurais dû ajouter que la version cd limitée à 450 est épuisée. Paradoxe : l'évolution du marché conduit à rendre indisponible les meilleures musiques, qui ne sont plus diffusées en grand nombre. C'est à qui dégaine le plus vite. Triste, vraiment triste ! Et n'allez pas me dire qu'un format compressé est l'équivalent d'un format non compressé. Sans parler des visuels et des informations qui disparaissent avec les fichiers...Le morceau de musique anonyme, noyé dans la grande masse des parutions ou au fin fond d'un Mp3, d'un ordinateur...

- le premier titre en écoute ci-dessous :

 

- le second en écoute sur Soundcloud

 

Programme de l'émission du lundi 26 novembre 2006

Peter Broderick and Machinefabriek : Departure / Planes / Kites (Pistes 1 à 3, 19'), extraits de Blank Grey Canvas sky (Fang Bomb, 2009)

Greg Haines : Ernetti / Caden Cotard (p.1-2, 17'), extraits de Digressions (Preservation Music, 2012)

Grande forme :

• Godspeed You ! Black Emperor : Mladic (p.1, 19'59), extrait de Alleluyah ! Don't bend ! Ascend ! (Constellation, 2012)

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commentaires

David Sanson 04/12/2012 16:46


Bonjour,


Et bravo pour votre blog dont je ne découvre l'existence qu'aujourd'hui, et grâce auquzel j'ai déjà appris plein de choses ! Je voulais juste vous signaler l'existence du mien (adresse
ci-dessus), qui pourrait certainement vous intéresser - on y trouve notamment des entretiens avec Alvin Curran, Meredith Monk (sdouvent en écho à la série de concerts "Alerminimalismes" que
j'organise au Collège des Bernardins, à Paris)... N'hésitez pas à diffuser l'information !


Au plaisir, et bravo encore,


 


++david

Dionys 06/12/2012 22:35



Merci David pour l'encouragement ! Ça fait sacrément plaisir et incite à continuer ... On se retrouve sur beaucoup de points. Admirateur d'Alvin Currran notamment, j'ai suivi par Nicolas Horvath
interposé si l'on peut dire la série "Alterminimalismes", avec le regret de ne pouvoir y assister...Vous aurez remarqué la part non négligeable des minimalistes, post-minimalistes et autres
"dérivés" dans mes chroniques. Je vais mettre votre blog en lien, cela va de soi. Alors, au plaisir, et si je peux relayer quelques infos, pourquoi pas ponctuellement, quand bien même le titre de
mon blog ne va guère en ce sens. Dans ce cas, je lui tords le cou : les principes, n'est-ce pas fait pour être de temps en temps oubliés ? Question d'humeur, en tout cas, et de disponibilité : ce
n'est pas le blog qui me nourrit, et le temps est précieux, me place devant d'affreux dilemmes...


   Bien cordialement !