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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 21:51
Spyweirdos Ten LettersSpyros Polychronopoulos, alias Spyweirdos, livre avec Ten Letters, sorti fin 2009 sur Spyweirdos Ten numbersle label grec de musique électronique Creative Space, la deuxième partie du diptyque commencé avec Ten Numbers paru l'année précédente. À nouveau, un Dvd accompagne le Cd. Difficile de rendre compte d'une œuvre si évidemment bicéphale. Quand on a vu le travail vidéo d'Aris Michalopoulos, on ne saurait l'oublier, tant il colle à la musique de Spyweirdos, ou plutôt tant il en est l'émanation visuelle adéquate. Spyros déploie une musique électronique au premier abord plus minimale, abstraite que dans ses précédents opus : dépouillement, ascèse de l'ingénieur du son et de l'étudiant en fin de parcours d'étude dans les domaines de l'acoustique et du contrôle du bruit, peut-être, mais surtout création d'un artiste sonore visionnaire. Échantillons de bruits retraités, distordus, comme vaporisés, d'une infime granulométrie, dont on ne sait plus s'ils relèvent de l'élément liquide ou d'un minéralité radieuse, d'une tellurie métallifère aux ramifications en nuages électrisés. Drones onduleux, lames aigües, craquements et vrombissements furtifs, froissements de particules, tout ce monde en suspension est visité par la grâce de clochettes cristallines, de discrètes nappes de claviers, Spyweirdos Ten numbers Lettre d 1ou soudain traversé de lacérations percussives, de déflagrations erratiques. Le résultat est d'une étrangeté absolue et d'une sidérante beauté...prolongé par les vidéos d'Aris, splendides méditations sur l'impalpable, le lumineux mystère des apparences matérielles. "W", le second titre (les dix lettres sont celles de Spyweirdos dans le désordre), allie une musique qui évoque la respiration d'un scaphandrier, et une ode visuelle à l'ondulation autour d'une figure dont l'aspect n'est pas sans évoquer celui d'une raie nébuleuse, avant que l'on ne se demande si tout ce ballet surréel n'est pas issu d'un visage surgissant en très gros plan, de l'œil rouge aux cils barbelés verts dans lequel nous entrons pour finir. "R" est arachnéen, réseau de losanges colorés et de raies concentriques tournantes issu d'une porte envahie par le lierre : musique et image visualisent les rayonnements invisibles émis par la matière ou les êtres. D'autres titres sont ainsi hantés par une présence qui ne se manifeste que par d'infimes vibrations, une image ectoplasmique rendue musicalement par les basses fréquences, tout un jeu de micro-variations. De même que la lumière et la couleur dématérialisent une main vue en très gros plan (Lettre "Y"), la texture sonore ultra fine gazéifie la musique, ce qui, au casque, accroît son caractère enveloppant, troublant. Elle s'insinue en nous, les plans se confondent dans un langoureux chatoiement, une très lente danse abolit les frontières entre l'intérieur et l'extérieur. C'est à partir de cette expérience conjointe de l'image et du son que s'accomplit le paradoxe : l'abstraction la plus poussée produit l'émotion la plus intense. Rarement une œuvre aura eu ce pouvoir d'intéresser en nous le plus intime, comme si elle caressait nos cellules, libérait le chant secret de la matière. La lettre "D", le titre 9, est à cet égard extraordinaire. Drones et sifflements, claquements, en pulsations ralenties, tandis que sur l'écran, les images d'Aris semblent des tests de Rorschach revus par Miro, Max Ernst et le David Lynch d'Eraser head réunis et dépassés dans une incantation voluptueuse à l'unité fondamentale. Le monde n'est que vibrations et lumières, timbres et couleurs qui tissent d'invisibles et mouvantes relations. Un disque somptueux, qui s'installe d'emblée en première place pour la liste des disques de l'année 2009. En l'absence de la vidéo, cela ne change rien !
   Spyweirdo a sorti depuis un autre album, en collaboration avec Floros Floridis, que j'espère présenter bientôt ici.
Pour aller plus loin
- Chronique de Wetsound Orchestra, double album paru en 2006 chez Poeta Negra.
- Chronique de Epistrophy at Utopia, avec Floros Floridis et John Mourjopoulos paru en 2008 chez Adnoiseam Records.
- Spyweirdos sur MySpace.
- La vidéo de "W", la deuxième lettre :

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