Musiques Singulières

  Ce blog correspond aussi à une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des dimanches de 22 à 23 heures et plus.
   Merci à Elaine Ling, qui m'a autorisé à utiliser l'une de ses photos pour la bannière. Visitez son beau site ! La photographie originale est dans la section "Stone : East".
Pour mieux partager encore mes passions, j'ai accepté de rejoindre

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Musiques contemporaines / expérimentales

Mercredi 20 juin 2007
Encore Maya ? Je suis hanté, que voulez-vous ! Les pochettes de ces deux derniers albums n'arrangent rien : yeux verts hypnotiques, cheveux rouges au vent dans un contre-jour qui blanchit par contraste l'ovale pur du visage sur Almost Human, elle vous tient, elle vous emporte avec feu vers les territoires inconnus qu'elle entend défricher. Parce qu'elle a grandi en Israël entre un village arabe à la vie scandée par les appels à la prière et une communauté argentine baignée par le tango alors qu'elle-même apprenait à jouer la musique de Bach sur son violoncelle, écoutait après les heures de pratique Janis Joplin ou Billie Holiday, Maya Beiser n'a jamais entendu les frontières musicales. Aussi, une fois installée aux Etats-Unis, a-t-elle tout naturellement intégré, au début des années 90, le Bang On a Can All Stars, " cet ensemble de virtuoses guerriers de la New Music", comme le définit l'un de ses fondat eurs, Michaël Gordon. Elle est alors le violoncelle solo de "Industry", composition lancinante et inquiétante de ce dernier, à la texture qui s'épaissit et s'accélère progressivement dans un mouvement affolé de locomotive. Embarquée dans la nouvelle musique, qui réconcilie tendances contemporaines et rythmiques apparentées rock au sens très large, elle n'oublie pas pour autant la musique espagnole ou argentine qu'elle connaît si bien et enregistre avec le pianiste Anthony de Mare Oblivion, sorti en 1999 sur le label Koch International Classics auquel elle restera fidèle jusqu'à ce jour, disque consacré au créateur argentin du nuevo tango, Astor Piazzolla, et au compositeur Joaquin Nin, père de l'écrivain Anaïs Nin. Ce qui l'a séduit chez le second, c'est d'abord un parcours aussi itinérant que le sie n. Né à La Havane, élevé en Espagne, Joaquin Nin, comme d'autres musiciens espagnols de son temps, Albeniz ou De Falla, vient bien sûr à Paris quelques années. De surcroît, il se passionne pour la musique de l'Espagne baroque, écrit de petites pièces, des "commentaires" à la manière des petits maîtres du dix-huitième siècle, quelque part entre Bach... et Ravel, décalé en somme dans un territoire non répertorié et partout chez lui, comme elle, dans la musique sans frontières. Sa carrière solo est ensuite ponctuée de deux disques faisant la part belle à la musique contemporaine dans sa diversité. Le premier, World to come, réalise le rêve d'une sorte d'orchestre de violoncelles grâce à la technique d'enregistrement multi-pistes de son seul instrument : l'argentin Osvaldo Golijov lui écrit Mariel, courte pièce au lyrisme ample; l'américain David Lang, l'un des autres co-fondateurs de  Bang On A Can, lui offre l'oeuvre en quatre parties qui a donné son titre à l'album; elle y interprète aussi deux oeuvres méditatives, Fratres -dans une version pour quatre violoncelles, de l'estonien Arvo Pärt, et Lament to Phaedra de l'anglais John Tavener. Quatre compositeurs, quatre écritures contrastées, quatre voyages dans de nouveaux territoires. Le second, Almost Human, sorti au début de cette année et partiellement chroniqué dans l'article du 7 juin, pousse plus loin encore le périple et l'expérimentation : narration, chant et violoncelle pour la vaste composition d'Eve Beglarian consacrée au texte du poète Henri Michaux "Je vous écris d'un pays lointain" (traduit en américain); violoncelle et échantillons électroniques (notamment vocaux) pour deux pièces visionnaires, puissantes,  du compositeur anglais Joby Talbot, connu pour sa collaboration avec le groupe de Neil Hannon, The Divine Comedy,  et des musiques de films notamment. Entre ces deux disques, il faut mentionner le Cello Counterpoint, que Steve Reich écrit pour elle, et figurant sur You are (Variations), trois mouvements enchaînés pour huit violoncelles (Maya en direct avec sept pistes pré-enregistrées): un sommet de complexité sereine, le tissage reichien dans son mouvement irrésistible.
     Avec elle, le violoncelle s'affranchit de toute tutelle, de tout rôle codifié pour exprimer la plénitude de son âme universelle, protéiforme : lyrique, bien sûr, pathétique, sans doute, mais aussi introspectif, majestueux, déchiré, vibrant, explosif, tellurique, stellaire...Scientifiques, cessez de vous quereller sur la forme de l'univers : Maya nous prouve qu'il a celle d'un violoncelle.
Joaquin Nin : Chants d'Espagne (p.2 à 5, 8' 49) , extraits de Oblivion(Koch.., 1999)

Steve Reich : Cello Counterpoint (p.5, 11' 31), extrait de You are (Variations)(Nonesuch, 2005) . Le lien vous permettra(notamment) de la voir interprétant ce morceau.
Joby Talbot : Motion detector (p.9, 6' 07)
                          Falling (p.10, 8' 21), extraits de Almost Human(Koch.., 2007)
Arvo Pärt : Fratres (p.6, 10' 35)
Osvaldo Golijov : Mariel (p.1, 7' 32), extraits de World to come(Koch.., 2003)
Michaël Gordon : Industry (p.7, 10' 19), repris sur Bang On A Can Classics(Cantaloupe, 2002)
Pour des écoutes et des videos, se reporter à l'article du 7 juin déjà mentionné. Pour découvrir d'autres compositions de Joby Talbot, cliquer ici.

Par dionys
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Jeudi 27 septembre 2007
Na--al-Lucioles-noires.jpg Une découverte, Naïal, et une redécouverte, Philip Glass interprété magistralement par Steffen Schleiermacher à l'orgue et Dominique Frasca à la guitare.
Le 5 septembre, je reçois un courriel de Stéphane Mauchand, qui vient de découvrir ce blog et me signale que la musique qu'il élabore avec Sedryk pourrait m'intéresser, m'indiquant l'adresse de leur site, que je visite derechef. Et c'est le coup de coeur, je commande leur disque, et le voilà en bonne place. Une belle histoire, non ? Leur duo s'appelle Naïal. Stéphane joue des cornemuses du Centre de la France, mais aussi de la clarinette diatonique, et chante sur deux titres de leur album, Lucioles Noires, lentement mûri en studio, superbement conçu et auto-produit en série limitée (vente par correspondance sur leur site, il en reste !). Sedryk, lui, apporte ses traitements sonores, ses échantillons et sa programmation, ponctuellement sa voix. Le résultat, c'est un disque d'une liberté réjouissante qui, sans renier les racines de la cornemuse, présentes à travers des mélodies traditionnelles retravaillées et un échantillon de collectage (utilisé avec humour), l'installe dans notre époque, lui restitue son incroyable saveur, son grain, et son intemporalité. L'électronique ne l'étouffe pas, lui offre plutôt un écrin, un prolongement sensible. Vielle à roue, guitare électrique et piano diversifient la palette instrumentale et coexistent avec les boucles, les é
duo-couleur-Na--al.jpg chos, les ralentis, les superpositions, les sons sculptés par ordinateur. Une touche de rock sur "Omega", inspiré par Marylin Manson, des morceaux plus expérimentaux, et une filiation évidente avec la musique répétitive font de Lucioles noires un concentré des musiques les plus passionnantes d'aujourd'hui. Le premier titre, "Peunegr", commence comme du Ingram Marshall (cf. article du 25 avril 07) avec des appels répétés de la cornemuse qui fait alors songer aux cornes de brume qu'affectionnent le compositeur américain, continue comme les meilleures compositions électro avec une polyrythmie puissante et heurtée associée à la cornemuse démultipliée : entrée fascinante dans le monde de Naïal, dont ils rendent compte fort bien sur leur site, un modèle de clarté. Le titre quatre, "Voies contigües", inspiré par l'écoute des compositeurs minimalistes, est une splendeur qui me sert de transition pour en venir à Philip Glass.
Glass-Steffen-Schleiermacher.jpg Sans doute le plus populaire des compositeurs minimalistes, mais aussi le plus mal compris, voire le plus dénigré, Philip Glass m'a souvent agacé après m'avoir séduit. Sa déconcertante capacité à recycler ses idées fait qu'on reconnaît du Glass aux premières mesures, et qu'on peut finir par avoir l'impression d'écouter toujours le même morceau, habillé différemment. On l'accuse alors de céder à la facilité, source de sa production discographique prolifique, pire, à une pente commerciale fâcheuse. Qu'il y ait chez lui un certain opportunisme, c'est possible ; une manière d
Glass-caricature.jpg 'occuper le terrain, comme en témoignent également ses nombreuses musiques de film...Philip Glass nous envahit jusqu'à nous dégoûter, je ne le nie pas, j'ai connu cette nausée devant une musique doucereuse au charme insidieux. Force est pourtant de reconnaître qu'il reste un des compositeurs majeurs de ce temps, comme en témoignent notamment les deux disques réunis ici. A côté de sa musique orchestrale, symphonique surtout, parfois grandiloquente et faiblarde- j'en excepterais son sublime concerto pour violon, un des plus beaux du vingtième siècle finissant, il y a les quatuors à cordes à l'écriture dense, les oeuvres pour piano et pour orgue, qui, toutes, révèlent un compositeur obstiné d'une extraordinaire finesse si on fait vraiment l'effort de l'écouter. Car la musique répétitive, -qu'il incarne par excellence, préférant ce terme de "répétitif" à celui de "minimaliste", demande beaucoup à l'auditeur, qui ne doit pas s'en tenir à l'apparence. Comme dans l'art islamique, que le compositeur a découvert pendant ses voyages et séjours au Maroc, ou comme dans le tissage des tapis, il faut se perdre dans les motifs répétés pour en goûter les subtiles transformations. La musique répétitive est baroque en ce sens qu'elle joue du trompe-l'oeil pour entraîner l'auditeur sous la surface dans ses eaux profondes en perpétuel mouvement. Ses figures d'élection sont d'ailleurs la boucle, la spirale, les constructions en miroir qui démultiplient les perspectives, creusent l'espace sonore jusqu'au vertige. Ecoutez Steffen Schleiermacher interpréter les dances pour orgue solo, composées pour des chorégraphies de Lucinda Childs, et vous oublierez l'image du compositeur facile et mièvre. De facture puissante, elles sont d'une impeccable rigueur. Pianiste, organiste et compositeur, cet allemand de Leipzig est l'un des défricheurs les plus audacieux du champ contemporain. J'ai déjà ici présenté ses interprétations inspirées des "Keyboard studies" de Terry Riley. Il a par ailleurs notamment à son actif deux intégrales pour piano, celles des oeuvres d'Erik Satie et de John Cage (également celles pour piano préparé).
Dominic-Frasca-Deviations.jpg Philip Glass, se rassureront certains, ne cède pas aux sirènes de l'électronique ou de l'informatique. Il reste un compositeur attaché aux instruments, à leurs sonorités acoustiques, d'où sa réappropriation par des instrumentistes nombreux. Le guitariste virtuose Dominic Frasca (morceaux à écouter sur son site), interprète de "Electric guitar phase" de Steve Reich publié en 2001, a sorti fin 2005 chez Cantaloupe un disque sidérant de guitare solo sur lequel on trouve une des pièces les plus abouties, radicales, de Philip Glass, "Two pages". Comme pour le disque de Schleiermacher, aucun traitement, l'instrumentiste en direct, ici avec une guitare six ou dix cordes, c'est tout. On n'y croit d'abord pas, on se dit qu'il doit y avoir des pistes préenregistrées, quelque chose qui expliquerait ce qu'on entend. "Two pages" est d'une écriture musicale d'une absolue rigueur, d'une densité implacable et lumineuse, une véritable descente dans le maelstrom menée par un guitariste inventeur d'une guitare sans pareille (une guitare classique avec un manche de guitare électrique et un système permettant un jeu percussif). "Guitar hero 2005" à juste titre ! Dominic-Frasca-2.jpg
Le programme :
Naïal : Peunegr (p.1, 6' 22)
               Le Dezuno (p.2, 5' 20)
               09/11 (p.5, 4' 07)
               Voies contigües (p.4, 9' 35), extraits de Lucioles noires (Reaktion, 2006 ?)
Philip Glass : Dance n° 2 (p.1, 24' 25), extrait de Dances & Sonata(MDG, 2006)Steffen Schleiermacher, orgue.
                               Two pages
(p.6, 17' 40), extrait de Deviations(Cantaloupe 2005) de  Dominic Frasca.


Par dionys
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Vendredi 12 octobre 2007
Le minimalisme, ce courant  initié au début des années 1960 par Steve Reich, Terry Riley, La Mounte Young, Philip Glass et quelques autres, reste aujourd'hui un courant musical majeur, d'une surprenante fécondité. En témoigne le coffret de neuf CDs, plus de dix heures de musique, que le pianiste néerlandais Jeroen van Veen vient de lui consacrer chez Brilliant Classics. Ce pianiste né en 1969, formé à Utrecht, qui a étudié aussi sous la direction de Claude Hellfer notamment, a rassemblé une anthologie passionnante à faire écouter à tous ceux qui accusent le minimalisme de monotonie, de pauvreté musicale. Les trois premiers volumes sont consacrés...mais oui, à Philip Glass, qui fait décidément un retour en force dans ces pages. A côté d'oeuvres écrites pour le piano, comme les cinq Métamorphosis, van Veen arrange des musiques de film, des "dances" pour des chorégraphies. Le résultat, c'est déjà trois heures de bonheur, tant la musique de Glass chante, évidente, tour à tour légère ou grave. Le volume quatre, très éclectique et réusssi, promène l'auditeur de John Adams, qui ouvre le disque avec une oeuvre superbe de sa première manière, à John Borstlap, compositeur néerlandais contemporain que je découvre, en passant par l'estonien Arvo Pärt, un autre néerlandais contemporain (et autre découverte !), Simeon ten Holt, pour une pièce de plus de trente minutes, mais aussi par John C Jeroen-van-Veen-Minimal-piano-collection.JPG age, Erik Satie et Friedrich Nietzsche. Ces trois derniers nous rappellent en somme que le minimalisme n'est que l'aboutissement de recherches plus anciennes menées par des compositeurs hors-normes, épris de liberté. Le volume cinq rassemble des musiques de films de Yann Tiersen et de Michael Nyman : autant les premières sont de merveilleux petits bijoux gorgés d'émotions, autant les secondes paraissent compassées et factices, balourdes- Nyman étant hélas souvent capable du pire, c'est le point faible de ce coffret incontournable.. Suivent deux volumes consacrés aux deux livres de préludes, minimalistes bien sûr, composés par notre pianiste dans la tradition de Bach : un monument dans le monument, j'y reviendrai. Les deux derniers volumes s'articulent autour  de deux compositeurs américains, Tom Johnson et son "An hour for piano", et Terry Riley pour une version piano du légendaire "In C". Le jeu lumineux, dynamique de Jeroen sur son grand piano Fazioli impulse partout une vraie joie musicale, naïve au meilleur sens du terme, car le minimalisme est au fond plus sensible, sensuel qu'intellectuel. "The less is more", le moins est le mieux pour accéder aux sources jaillissantes de la vie.
  Le site du pianiste-compositeur vous attend ici, avec d'autres musiques encore à découvrir.

Jeroen-van-Veen-1.JPG     Associé au piano de Jeroen van Veen, le groupe Slow six présenté dans le précédent article montre les ramifications actuelles d'un minimalisme bien tempéré en quelque sorte.
Programme du dimanche 7 octobre 2007 :
Slow six Echolalic transitions (piste 3, 14' 53), extrait de Nor'easter(New albion Records, 2007)

Philip Glass : Opening (p.1, vol.I, 8' 53)
                              The poet acts (p.1, vol.II, 3' 35)
                              Morning passages (p.2, vol.II, 5' 25)
John Adams : China gates (p.1, vol.IV, 5' 43)
John Borstlap : Avatâra (p.8, vol.IV, 5' 18)
Yann Tiersen : Comptine d'un autre été l'après-midi (p.1, vol.V, 2' 22)
                                  Le moulin/La dispute/Sur le fil (p.2 à 4, vol.V, 9' 50)
Wim Mertens : Struggle for pleasure (p.1, vol.VIII, 5' 08),
                                   extraits de Minimal piano Collection(Brilliant Classics, 2007)
                                                 
piano : Jeroen van Veen
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Ne quittez pas cette page sans aller écouter un peu de Philip Glass sur son site : on y trouve des extraits ( frustrants, surtout pour les oeuvres longues, je sais) de l'opéra Einstein on the beach, toujours sidérant, et de son concerto pour violon, sublime, je le redis !!!

Par dionys
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Vendredi 16 novembre 2007
Slow-six-private-times.jpg Le premier album de  Slow Six, dont j'ai chroniqué le second voici peu, vient de ressortir sous  une autre pochette (et sur un autre label) que  l'originale ci-contre toujours disponible. C'est l'occasion de découvrir cet ensemble mené par Christopher Tignor, compositeur et concepteur des instruments informatiques qui accompagnent le violon de Maxim Moston, l'alto de Leanne Darling, le violoncelle de Marlan Barry, les guitares électriques de Peter Cressy et Stephen Griesgraber et le piano rhodes de Jeffrey Guimond.
" C'est la tension entre structure et sentiment qui a fourni les fondements de ces oeuvres", dit le compositeur, qui ne joue pas de violon comme sur Nor'easter, mais manie son ordinateur pour capter et prolonger au mieux le lyrisme des instruments acoustiques. Rien d'agressivement électronique par conséquent, mais un travail tout en finesse pour une musique au lyrisme tempéré, qui se déploie tranquillement parce qu'elle se sait somptueuse. Le morceau le plus court dure plus de dix-huit minutes, parce que le temps ne presse pas. Chaque note se déguste dans son jus temporel sans avoir peur de chanter, de revenir nous hanter, nous enrouler dans les boucles qu'elle s'amuse à construire et déconstruire avec d'autres. Cordes, guitares électriques et rhodes s'enlacent et dansent très lentement, soutenus et relancés par un moelleux filet d'électronique. Salomé dut danser sur une telle musique, parmi les volutes odorantes d'encens très anciens.
Jeroen-van-Veen-Minimal-piano-collection-copie-1.JPG Je reviens sur ce coffret inépuisable pour proposer des oeuvres d'artistes néerlandais contemporains, qui s'inscrivent dans la mouvance de Steve Reich. Le pianiste Jeroen Van Veen accorde à juste titre une place à ses compatriotes, trop peu connus en France. Né en 1951, Jacob ter Veldhuis a commencé sa carrière dans la musique rock, a étudié la composition et la musique électronique. Figure controversée parmi les compositeurs de son pays, il brouille les frontières entre culture populaire et culture savante. Son Postnuclear Winterscenario n°1 enregistré ici est d'un hiératisme impressionnant, fondé pour l'essentiel sur la répétion avec variations d'un  motif de quatre notes, avec un climax inquiétant sur la fin quand les notes sont plaquées avec violence, écrasées. Klaas de Vries, né en 1944, est l'un des fondateurs d'un style musical que l'on appelle maintenant Ecole de Rotterdam. La Toccata Americana choisie par Van Veen est plus labile, à base de tourbillons de grappes de notes au pulse plus reichien, progressivement parasités par des notes répétées ostinato.
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Programme du dimanche 11 novembre 2007
Robert Wyatt : Stay tuned (piste 1, 3' 49)
                                 Just as you are (p.2, 4' 21)
                                 You You (p.3, 4' 22)
                                  A.W.O.L.(p.4, 2' 56)
                                  Anachronist (p.5, 3' 28), extraits de comicopera(Domino Recordings, 2007)
Slow Six : this is your last chance (before I sleep) (p.1, 23' 52), extrait de private times in public places(If Then Else records, 2004)
Jacob ter Veldhuis : Postnuclear Winterscenario n°1 (p.3, vol.VIII, 9' 34)
Klaas de Vries : Toccata Americana (p.1, vol.IX, 7' 02), extraits de Minimal piano collection(Brilliant Classics, 2007). Piano : Jeroen Van Veen.
Un groupe électro-rock français pour terminer, c'est assez amusant, et en plus c'est une révélation. Vous étiez les seuls à ne pas encore le savoir... Et en plus, vous aurez un peu de musique à écouter.
King Kong was a cat : Dress (p.1, 4' )
                                              Systeme 21 (p.2, 3' ), extraits du disque éponyme qui paraît chez unique records (qui s'appellera dorénavant We are unique records pour éviter la confusion avec un label allemand), petit label que j'aime bien parce qu'il a publié la musique de Half Asleep (cf leur joli site, et l'album à télécharger gratuitement si vous cherchez bien.)
king-kong-was-a-cat-2.jpg
Half-Asleep.jpg
Par dionys
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Jeudi 10 janvier 2008
Luis-Gonzalez-Palma-Estrategia-que-nos-une-2004.jpg Exquisite corpses, c'est le titre du premier morceau diffusé ce dimanche pour le deuxième volet de l' hommage à Phil Kline (cf. article du 28 décembre). Je ne voulais pas mettre la pochette du disque dont le morceau est extrait, parce que l'ensemble Bang on a Can, interprète de l'oeuvre, présente d'autres musiciens dont j'aurai à reparler. J'ai donc tapé "Phil Kline Exquisite corpses" pour trouver une autre illustration. Vous voyez le résultat : la folie de l'imprévu, cette photographie de Luis Gonzales Palma, artiste guatémaltèque contemporain, "Estrategia que nos une"(2004), un beau titre à appliquer à l'oeuvre de Phil Kline, collage lyrique d'un peu plus de onze minutes. Un dialogue délicat et envoûtant entre le piano et la percussion ouvre la composition, qui s'envole sur un rythme syncopé avec l'entrée en scène de la clarinette et de la basse, relayé par un pulse très reichien. La guitare électrique densifie et chauffe encore l'atmosphère, avant un retour au thème initial, plus mystérieux encore, cuivré, doré par la clarinette, tandis que le piano égrène des perles étincelantes. Phil Kline, souvenez-vous de ce nom : finesse, émotion, écriture rigoureuse, une grande figure de la musique américaine contemporaine.
   Maintenant, regardez bien la photographie ci-dessus : la chambre est bleue. Non ? Fermez les yeux, rouvrez-les : je vous l'avais dit, elle est bleue, n'en doutez plus. Phil Kline l'a peinte en bleu pour vous, avec le quatuor à cordes Ethel. La vidéo (les 3' 42 du début, pas la suite qui ne concerne plus Ethel...) vous y transportera. Il vous faudra traverser une rivière (The River), sombre, lourde d'incantations noyées qui tressaillent sous votre regard. Vous secouez le charme, vous marchez vite pour arriver (March). Une frénésie vous prend, vos gestes sont saccadés par la beauté qui vous submerge et vous engouffre : ô caresses graves du violoncelle... Entrez dans la vidéo (The Blue room). La chambre s'ouvre. Vous savez qu'elle est bleue, car des sirènes s'y sont logées : qui pourrait leur résister ? Leur infinie suavité épouse les cavités de votre oreille, de votre cerveau. C'est en vous qu'elles habitent et qu'elles se tordent à jamais. Et voici qu'elles se lèvent et jettent leurs beaux bras d'alarme vers le ciel, qu'elles s'agitent et se mettent à danser une sarabande irrésistible, une tarentelle exultante qui vous laisse pantelant (Tarantella). The Blue room and other stories devrait réconcilier tous ceux qui trouvent la musique de chambre ennuyeuse et guindée avec le quatuor à cordes, dont Phil Kline exploite à merveille la charge imaginaire, le potentiel narratif auquel je me suis à mon tour laissé aller en écoutant cette merveilleuse musique.
Ethel-1.jpg Ethel.jpg

  En mars 2007, je faisais part de mon impatience à entendre le Stundenbuch du compositeur allemand Hans Otte. Le label Celestial harmonies nous en propose deux versions. L'oeuvre, qui compte 48 pièces réparties en quatre livres de 12, est moins monumentale que je ne l'avais annoncée suite sans doute à une lecture un peu rapide de la pochette du disque ECM New series dû au pianiste Herbert Henck. Une cinquantaine de minutes sous les doigts du compositeur en personne. Le disque paru en  décembre 2006 célèbre les 80 ans du musicien en proposant un double CD interprété par lui-même sur lequel on trouve aussi Das Buch der Klänge, un cycle  de 12 pièces d'une durée de 75 minutes environ, indéniablement un des chefs d'oeuvre de la musique qu'on pourrait appeler post-minimaliste, et Face à Face, composition des années 60 pour piano et bande magnétique, intéressante pour entendre comment Hans Otte, tout en s'inscrivant dans une certaine mode qui rendait l'utilisation de l'électronique et la référence au sérialisme incontournables, parvenait déjà à faire entendre son tempérament lyrique et méditatif.
Hans-Otte-1.jpg Ce livre d'heures, à l'image des textes médiévaux enluminés, s'il ne fait aucune référence aux différents moments de la liturgie, est constitué de micro-méditations, de miniatures délicates sculptées sur le silence. Les formes sont simples, mais harmoniquement subtiles, ouvertes sur la respiration de l'espace. On est loin du Livre des sons, de son ivresse extatique et de ses stases mélancoliques. La sérénité ici se gagne petit à petit, comme par surprise, par surcroît. Rien ne presse, et tout advient, dans la lumière de ce regard intense qui voit plus loin que nous la joie qu'on ne voit pas.
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Programme du dimanche 6 janvier 2008
Phil Kline : Exquisite corpses (piste 5, 11' 23), extrait de Renegade Heaven(Cantaloupe, 2000) par Bang on a Can
                
The Blue room + other stories (p.4 à 7, 21') extrait de l'album du quatuor Ethel (sans titre, 2003)
Hans Otte : Livres I et II (p.1 à 24, 25'), extrait de Stundenbuch(Celestial Harmonies, 2006)

   Je ne savais pas, en écrivant ces lignes, qu'il venait de mourir, ce 25 décembre 2007, à l'âge de 81 ans. Je viens de l'apprendre, à l'instant, sur le Net et pas ailleurs... Hans est vivant par sa musique intemporelle. Puisse cet article contribuer à mieux le faire connaître. Hans écrivait aussi des aphorismes, d'un esprit très zen, qui sont le contrepoint de son Stundenbuch. En voici quelques uns :
Vois comment les branches ploient à l'approche de la pluie.

Il n'y a rien du tout à dire. Le chant des pins, une réponse - mais sans question.

Chaque objet aimé - le centre du paradis.

Un artiste véritable ne travaille pas, il aime plutôt.

Maintenant que la cuvette est vide, je peux y plonger.

Toutes les grandes choses rient.

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A l'instant, le titre de l'article me frappe : le saugrenu surréaliste rejoint par la Vie-Mort... Je le garde en vertu du dernier aphorisme que je viens de traduire.
Par dionys
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Mercredi 20 février 2008
undefined Fondé en 1997 par Carlo Boccadoro, Filippo Del Corno et Angelo Miotto, Sentiero Selvaggi constitue un ensemble de chambre de neuf musiciens, auxquels des invités peuvent s'adjoindre. Ils ont décidé de se consacrer aux compositeurs d'aujourd'hui, entretenant d'étroites relations notamment avec David Lang, Louis Andriessen, Philip Glass, Michael Nyman, qui écrivent des pièces spécialement pour eux. L'éventail instrumental est large : flûte et piccolo, clarinette et clarinette basse, piano, vibraphone et percussion, contrebasse, violon, violoncelle. Pour leur disque paru chez Cantaloupe en 2006, AC/D undefined C, ils interprètent huit pièces de compositeurs différents : Michael Gordon, Filippo del Corno (un des co-fondateurs), Ludovico Einaudi, Louis Andriessen, David Lang, Lorenzo Ferrero, Laurie Anderson (tiens donc !) et Carlo Boccadoro (autre co-fondateur). Force, finesse, subtilité, variété des paysages sonores caractérisent ce disque qui prouve une fois encore que la musique contemporaine a su sortir de son carcan dogmatique, qu'elle n'hésite plus à revisiter des compositions hors de son champ traditionnel, comme cet étonnant "Hiawatha" de Laurie Anderson, pastoral et velouté à souhait.
Entre le trépidant "AC/DC" de Michael Gordon, un peu dans la lignée de son très beau "Transe", le magma en fusion de "I fought the Law" de David Lang, arrêtez-vous sous "The Apple Tree" de Ludovico Einaudi, une composition qui pourrait surgir ...du jardin des Finzi-Contini : la lumière joue dans les feuilles, tout y est comme dans les souvenirs, nimbé d'une grâce frémissante, et puis le vent tourbillonne et joue à tout recomposer, facétieux et sauvage à sa manière.
Le site de Sentieri Selvaggi : de courts extraits peuvent être écoutés et téléchargés sur la page "Dischi e libri".
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Programme du dimanche 3 février 2008 (dernière partie)
The Apple Tree (piste 3, 10' 31) de Ludovico Einaudi
Passagiata in Tram in America e ritorno (p.4, 6' 57) de Louis Andriessen
Hiawatha (p.7, 5' 17) de Laurie Anderson
I fought the Law (p.5, 5' 54) de David Lang, tous extraits de AC/DC(Cantaloupe, 2006)

Par Dionys
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Vendredi 7 mars 2008
  Il n'est pas question d'inventorier ici toutes les musiques des films de Peter Greenaway, mais d'en rassembler quelques unes pour souligner la cohérence des choix du cinéaste. La collaboration avec Michael Nyman est première, le compositeur anglais signant la bande originale de presque tous les films de Greenaway jusque Prospero's Book en 1991.
undefined undefined   Il y a une évidente affinité entre le cinéma de Greenaway et la musique minimaliste. L'oeuvre du réalisateur est profondément obsessionnelle, répétitive. Hantée par les nombres, qu'on pense notamment à Drowning by numbers ou au projet multimédia The Tulse Luper Suitcases, elle revient toujours sur les lieux du crime, de l'escroquerie, fouillant le moindre détail à plusieurs reprises pour faire dire aux objets ce qu'ils nous cachent, ce qu'ils ont à nous révéler. L'enquête avance par boucles successives, par dévoilements progressifs d'une profondeur signifiante. Puisque tout détail est indice, il faut sans cesse y revenir pour l'interroger, le mettre en rapport avec d'autres pour constituer des séries. Tout objet peut devenir ainsi le noyau d'un motif, d'une série de variations qui finissent par constituer l'oeuvre entière, dont les principes de base sont la fragmentation et la répétition, et la forme idéale le puzzle. The Tulse Luper Suitcases se fragmente ainsi sur trois écrans géants, se construit sous nos yeux lorsque le spectacle se donne en salle, comme à la Cartonnerie de Reims le vendredi 29 février, monté en direct par le cinéaste qui semble jongler avec les extraits. Chaque image elle-même se démultiplie, se transforme de l'intérieur dans un jeu subtil entre parties fixes et parties animées. Dans cette démarche se retrouvent les patterns (motifs), les loops (boucles) affectionnés par les minimalistes, ainsi que cette impression générale de déroulement d'une sorte de tapisserie sonore (ou visuelle) : pas de place pour le vide, aucune vacuité. Le médium vise à remplir le monde dans un processus hypnotique. Il n'est pas étonnant qu'il explore les mystères symétriques de la génération et de la putréfaction : corps qui s'étreignent, corps qui se défont, se disloquent. Face à cette peur panique du non-sens, de l'insignifiant lié à l'intrusion scandaleuse du hasard, Peter Greenaway et nombre de compositeurs minimalistes opposent le barrage serré des nombres-n
undefined otes, des signes qui se répètent et prolifèrent dans un auto-engendrement narcissique. Le rêve quasi mystique d'une Unité enfin retrouvée derrière la multiplicité des phénomènes se profile derrière des expériences artistiques qui se veulent totales, totalisantes : le déferlement dans la durée des notes ou des images, des nombres ou des objets, inlassablement brassés et redistribués, vise à épuiser le monde et ses possibles, à le condenser pour le rendre potentiellement infini, immortel. Sublime combat, qui est rarement apprécié à sa juste mesure.
   Relisant les notes du livret de la bande originale de Drowning by numbers, cette proximité de Greenaway avec le minimalisme  me semble éclatante. Il demande alors à Michael Nyman d'écrire 92 (déjà le nombre atomiquede l'uranium qui hante encore Tulse Luper) variations à partir de quatre mesures qui teminent l'exposition du mouvement lent de la Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre de Mozart, ce que le compositeur va réaliser en cassant la séquence et en y insérant de nouveaux matériaux, de nouvelles couches (layers). L'origine, l'unité première, sera toujours repérable sous les transformations, amplifications qui fécondent le noyau initial. C'est Mozart et ce n'est plus lui, c'est un clone minimaliste, doù le charme, l'agacement ou les deux qui saisissent l'auditeur dans ces méandres, ces jeux de miroir, de démultiplication du même. Doù le vertige et l'étrangeté provoqués par cette musique qui danse avec un mort toujours vivant.., "revisité" comme le dit Michael Nyman lui-même.
   "4 mains" , présent sur la bande originale du Ventre de l'architecte, est devenu l'un des morceaux les plus célèbres de Wim Mertens : danse allègre et syncopée, tournoiement presqu' immobile jusqu'à l'arrêt brutal de la fin, la pièce est au fond une danse macabre camouflée dans ce film hanté par la mort. Quatre mains pour conjurer le néant , comme il faut ailleurs, chez Steve Reich six pianos, ou chez Glenn Branca cent guitares, pour remplir les béances, combler le vide...
    Lors du spectacle donné à Reims, ma surprise fut d'entendre dans les premières minutes la musique de David Lang, sans doute le compositeur vivant le plus impressionnant. De la génération qu'on pourrait appeler post-reichienne, il dépasse les postulats de base du minimalisme pour proposer une musique d'une rigueur et d'une beauté convulsive : "Cheating, Lying, Stealing", interprété par le Bang on a Can-All-Stars, associe de longues plages percussives aux brusques cassures à de bouleversantes intrusions mélodiques de cordes. DJ Radar, "metteur en musique" de Tulse Luper, n'a utilisé que les fragments percussifs les plus métalliques et les plus syncopés pour accompagner le bombardement d'images auquel le réalisateur soumet le spectateur. Magnifique association pour provoquer un arrachement du quotidien et une violente entrée dans l'imaginaire de Greenaway. J'ai vu sur le site du cinéaste qu'il avait d'ailleurs déjà travaillé en collaboration avec David Lang.
   En un sens, Peter Greenaway est un cinéaste minimaliste et post-minimaliste : le moins est le mieux dans cet univers de recyclage et de variations infinies, mais aussi d'inventions de nouvelles perceptions, de nouvelles formes. Car l'obsession ou la répétition, loin de nous ramener au point de départ, nous fait glisser peu à peu dans l'inconnu et le mystère, dans l'opacité troublante du monde et la nature des choses. Les minimalistes et Peter Greenaway ont en commun un sens aigu de la dimension physique du son ou de l'image, de la matière qu'ils explorent sans tabou, au grand dam de tous ceux qui ne cherchent dans l'art que l'oubli ou l'évasion.
   Pour vous récréer après un article dont la longueur m'étonne le premier, deux vidéos, la première pour vous donner une idée de The Tulse Luper Suitcases, la seconde pour faire entendre "4 mains" de Wim Mertens à ceux qui ne connaîtraient pas ce morceau et/ou ce compositeur.
- et le site de Peter Greenaway, plus particulièrement le sous-site foisonnant consacré à Tulse Luper.


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Programme du dimanche 2 mars 2008 (Première partie)
Glenn Branca : Augustus (piste 1, 1' 33)
Wim Mertens : The Aural Trick (p.3, 2' 40)
                                 Struggle for pleasure (p.4, 3' 54)
                                 4 mains (p.5, 3' 11), extraits de la bande originale de The Belly of an architect(Les Disques du crépuscule, 1992 ?)
Michael Nyman : Trysting fields (p.1, 3' 28)
                                      Drowning by numbers 3 (p.4, 3' 30)
                                      Wheelbarrow walk (p.5, 2' 10), extraits de la B.O; de Drowning by numbers(Virgin, 1988)
David Lang : Cheating, Lying, Stealing (p.1, 10' 30), extrait de Bang on a Can classics(Cantaloupe, 2002)
                                     

Par Dionys
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Lundi 7 juillet 2008
   Lois Svard s'intéresse aux musiques expérimentales américaines. En 2005, elle a publié un DVD consacré à la musique pour piano préparé de Annea Lockwood, compositrice américaine originaire de Nouvelle-Zélande qui explore les territoires musicaux les moins conventionnels. Elle enseigne le piano à la Bucknell University e t, surtout, on lui doit trois disques enregistrés dans les années 90.
  Other places rassemble des pièces de trois compositeurs américains d'aujourd'hui.
   Variations on the Orange cycle
de Elodie Lauten, compositrice américaine d'origine française vivant à New-York, élève de La Monte Young et de Pandit Pran Nath (maître du précédent, mais aussi de Terry Riley..), est une révélation, un magnifique travail sur la suspension du temps. Dans cette pièce en quatre mouvements, d'une durée totale d'environ vingt-cinq minutes, Elodie dit être partie de la fréquence du ton terrestre dans son cycle de 24 heures, représentée par la vibration de la couleur orange. La phase 1 est d'un calme nuageux, fondée sur des répétitions hypnotiques d'abord presqu'immobiles, puis s'accélérant dans un tournoiement qui évoque les ragas indiens. Chromatique, la phase 2 creuse des grappes de notes dans un chant admirable, qui pourrait virtuellement toujours renaître sur les ruines de sa beauté inépuisable : longue extase, extinction du temps nié par la houle infinie, avant de nous laisser autres sur la grève si douce. La phase 3 chatoie de sa polytonalité, de ses irrégularités rythmiques : le piano se fait virtuose, escalade des massifs de notes glissantes. Quant à la dernière phase, elle danse comme dans certains morceaux de Terry Riley, c'est la jubilation du temps reconquis !
   Le programme continue avec Trapani (stream) "a" de Jerry Hunt (1943-1993), artiste multimédia et compositeur de musique interactive pour ordinateur. La pièce est une succession d'accords variés auxquels s'ajoutent tremolos, jeux de pédales. La pianiste porte des clochettes aux poignets, dont les tintements discrets, fonction de la vitesse de frappe et de la position des mains, accompagnent de manière discontinue le continuum harmonique tantôt agité, tantôt apaisé d'un peu plus de treize minutes qui fait forcément de chaque interprétation une performance, de chaque écoute une expérience des caprices du déploiement temporel.
   La Desert sonata de Kyle Gann, compositeur que je présenterai dans un article à paraître bientôt, conclut ce grand disque inactuel (revenons parfois au titre de ce blog...). Début solennel, dramatique, atmosphère néo-romantique, comme un mystérieux cérémonial, c'est Wind, le premier mouvement, traversé de brèves courses échevelées où l'on peut entendre des échos du piano mécanique de Conlon Nancarrow, auquel Gann a d'ailleurs consacré un livre. Le second mouvement, Night, commence plus mystérieusement encore, hanté, avançant par courtes séquences qui interrogent avec obstination le silence. Puis quelque chose se délie, le piano se fait plus volubile l'espace de quelques secondes, avant d'être comme happé à nouveau par l'épaisseur de l'insondable. Morceau magique et frémissant...

- le
site d'Elodie Lauten.
- une courte video sur une composition d'Elodie qui associe piano et sons électroniques :

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Programme du dimanche 22 juin 2008
Steve Reich : Variations for vibes, pianos & strings (pistes 5 à 7, 22' ), extraits de Daniel variations (Nonesuch, 2008)
N-Naos : Aucun chemin où reculer (p.11, 2' 27)
                    Ouvrage de Tofu (p.9, 8' 12)
                    A ma manière (p.10, 12' 06), extraits de Nous (2008)
Jerry Hunt : Trapani (stream)"a" (p.5, 13' 27), extrait de Other places(Lovely Music, 1997)
Ikue Mori : Ice palace (p.7, 3' 57)
                        Minecat (p.8, 2' 46)
                        Mental (p.9, 3' 18)
Par Dionys
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Vendredi 29 août 2008
   Je tiens d'abord à remercier tous les internautes qui ont sacrifié un peu de leur précieux temps estival pour visiter mon blog. Votre soutien m'incite à poursuivre l'immense défrichage des musiques inouïes, que les médias frileux et démagogues délaissent honteusement : Internet est heureusement le refuge de tous les curieux, pass ionnés, exigeants, chercheurs de beauté et d'absolu, n'ayons pas peur des mots. L'aventure continue avec un compositeur dont j'ai déjà un peu parlé (voir mon article du 7 juillet), qui fut pendant vingt ans critique musical et chroniqueur au Village voice, heddomadaire new-yorkais ouvert sur la création contemporaine, journal qu'il a quitté en 2005.
  Kyle Gann, né en 1955, n'est pas seulement un connaisseur de la musique d'aujourd'hui, auteur notamment d'un livre sur Conlon Nancarrow, c'est un compositeur passionnant, ouvert à toutes les expérimentations (intonation juste, écriture micro tonale, emploi de synthétiseurs, pianos mécaniques et ordinateurs) et accessible au néophyte, comme en témoigne son dernier disque, paru  voici peu chez New Albion.
   Private dances
rassemble des pièces pour piano et deux compositions pour ensemble de chambre : pas d'électronique, ni d'expérimentation, seulement un clavier échantillonné sur un titre. Le disque s'ouvre sur les Private dances éponymes, six ravissantes danses pour piano, respectivement "Sexy", "Sad", "Sentimental", "Sultry", "Saintly", "Swingin'" : entre tango et boogie-woogie, elles déploient leur grâce fragile dans une évidence limpide qui fait totalement oublier la complexité rythmique des structures, les idées qui ont présidé à leur naissance. Le cycle culmine pour moi avec "Saintly", sa mélodie frémissante qui s'élance sans cesse par dessus un obstinato de notes graves, comme un effort pour atteindre la merveille, avant l'apaisement. Hovenweep, le titre suivant, porte le nom d'un village indien bien préservé à la frontière entre le Colorado et l'Utah, qui fut le centre de la civilisation Anasazi entre le Vème siècle avant J.C. et le quatorzième siècle de notre ère. Kyle Gann puise régulièrement son inspiration chez les premiers Américains. La pièce pour ensemble de chambre évoque une assemblée d'esprits : introduction très mystérieuse au piano, appels dans la nuit, les instruments répondent et chantent à l'unisson avant de raconter chacun leur histoire. Dix minutes chaleureuses, colorées par les timbres variés de la flûte, de la clarinette, du violon et du violoncelle, discrètement puis fougueusement rythmées avant le retour du grand mystère : un morceau que d'aucuns trouveront bien peu novateur, mais tel n'est pas le projet, puisque le propos est de revenir aux sources, aux premiers chants, et qu'il s'agit de charme, au sens premier, d'incantation. Ensuite, "Time Does Not Exist", pour piano, offre ses treize minutes de descente intérieure, lentes spirales, marches descendues, chapelets de notes comme des éclaboussements lumineux, cheminements plus vifs et piétinements tendus, le temps brouillé, nié dans le dédale pianistique, l'ombre du dernier Franz Liszt, des traces de Morton Feldman aussi : à lui seul, ce morceau justifie l'achat du disque ! Je suis moins enthousiaste poutr le titre suivant, "The Day Revisited", où les cinq instruments sont accordés selon les principes de l'intonation juste : ce qui est extraordinaire pour le seul piano sous les doigts de Michael Harrison et  de quelques autres, est vraiment déroutant pour l'oreille appliqué aux cinq instruments de ce quintet de chambre : supportable au bout de plusieurs écoutes, pas encore délectable...Le disque s'achève heureusement avec une nouvelle très belle pièce pour piano, toujours interprétée par l'excellente Sarah Cahill (déjà présente sur Savage Altars de Ingram Marshall), "On Reading Emerson" : lyrique et passionnée, contrastée et fantaisiste.
  Je vous présenterai bientôt d'autres oeuvres de Kyle Gann, qui est aussi un blogueur régulier, très conscient que la presse ne permettrait plus aujourd'hui des chroniques comme les siennes.
- le
blog de Kyle
- son site offre plus de quatre heures de MP3 à télécharger..: on y découvre un touche-à-tout plein d'humour ! A vous de choisir...


                      
                                       


Par Dionys
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Samedi 27 septembre 2008
  Le disklavier n'est plus le piano mécanique aux rouleaux de papier perforé, meuble de saloon ou instrument de bastringue dont le succès culmina dans les anées 1920. Il est numérique et piloté par ordinateur. Kyle Gann l'utilise certes pour produire une complexité rythmique ou une rapidité d'exécution inaccessible aux meilleurs pianistes, mais la virtuosité n'est pas une fin en soi. Le compositeur américain traverse l'histoire de la musique avec une jubilation réjouissante pour nous emmener sur ses territoires secrets. Nude rolling down an escalator, série de dix études  pour disklavier proposées dans un apparent désordre, offre des plages exubérantes, pleines d'humour et de charme : le disque s'ouvre sur une sorte de ragtime échevelé, Texarkana, surprend plus loin par une réécriture réfractée et distanciée de fragments de sonates de Beethoven dans Petty Larceny, une Folk Dance for Henry Cowell  délicate et gracieuse, un tango déconstruit obsédant, Tango da chiesa. Alternant avec ces petites pièces pour mélomanes gourmets, quelques études plus longues laissent apparaître le tempérament profond de Kyle, son goût pour ce que j'ai envie d'appeler une forme de transcendantalisme, surtout si l'on songe à la pièce pour piano On reading Emerson présente sur son plus récent disque, Private Dances (cf. article du 29 août ). La pièce éponyme, hommage indirect au Nu descendant un escalier de Marcel Duchamp, prend des résonnances vertigineuses dans son cubisme éclaté et inquiet. Cosmic Boogie-Woogie, un des très grands moments du disque, célèbre un Terry Riley qui combine rythmique jazz et motifs minimalistes répétés pour nous transporter dans une prairie mystique infinie. Avec The Waiting, le disklavier devient méditatif, se dépouille, dans le sillage revendiqué de Morton Feldman : des arpèges d'une incroyable densité se développent parfois sur un fond balbutiant, des dissonances nuageuses comme un questionnement en filigrane. Ce premier chef d'oeuvre annonce le second, placé à la fin de l'album, Unquiet Night, plus de seize minutes pendant lesquelles on oublie complètement la dimension mécanique du piano : composition orchestrale, qui joue sur six ou sept couches sonores pour créer un univers onirique et sensible, frémissant. C'est admirable de bout en bout, un sommet de la littérature pour piano et de la musique de ce début de siècle, fragment arraché d'un monde flottant pour nous sauver de la dictature de la réalité.
  Unquiet Night est le prolongement de Long Night, pour trois pianos, pièce de 1981 dont les trois parties ont été enregistrées en studio par la seule Sarah Cahill. Le label Cold Blue Music a ressorti en 2005 sur un cd à petit prix cette oeuvre de vingt-cinq minutes, plus belle encore si possible, d'une intensité bouleversante. Sarah Cahill transfigure la composition par son toucher transparent, comme suspendu, sa manière de sculpter le moindre relief sonore pour l'éclairer de l'intérieur. Car une constante lumière ne cesse de sourdre de cette longue nuit, de ce dialogue attentif entre les strates d'une âme qu'on dirait épandue sur l'univers comme une aube souveraine. 
Pour aller plus loin
- On peut écouter des échantillons (trop courts, bien sûr...) du premier disque ici.
- le site du label Cold blue Music. Vous y verrez au passage un disque de Charlemagne Palestine déjà présenté dans ces pages. Je vais d'ailleurs suivre ce label de plus près...
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Programme de l'émission du dimanche 21 septembre 2008
Spyweirdos/Mourjopoulos/Floridis : The letter after omega (piste 7, 9' ), extrait de Epistrophy at Utopia (Ad Noiseam, 2008)
iTALtEK : Cyclical (p.1, 4' 49)
                       Bloodline (p.4, 4' 20)
                       Stillshores (p.5, 4' 55), extraits de cYCLICAL (Planet Mu Records, 2008)
Kyle Gann : Cosmic Boogie-Woogie (p.5n 8' 42à)
                             Despotic Waltz (p.6, 2' 15)
                             Folk Dance for Henry Cowell (p.7, 2' 11)
                             The Waiting (p.8, 7' 21)
                             Tango da chiesa (p.9, 5' 54), extraits de Nude rolling down an escalator (New World Records, 2005)
 
 

   
          
Par Dionys
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