Musiques Singulières

  Ce blog correspond aussi à une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des dimanches de 22 à 23 heures et plus.
   Merci à Elaine Ling, qui m'a autorisé à utiliser l'une de ses photos pour la bannière. Visitez son beau site ! La photographie originale est dans la section "Stone : East".
Pour mieux partager encore mes passions, j'ai accepté de rejoindre

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Musiques intemporelles

Lundi 19 mars 2007
Un titre cut-up pour une émission qui gravite autour de Harold Budd, compositeur californien aussi discret qu'essentiel.
Kalylivedub : Blizzar (piste 8, 4' 38)
                          How to be late (p.11, 8' 48) avec Erik Truffaz, trompette
        extraits de On stage (Pias, 2007),quatrième album d'un groupe qui s'est d'abord affirmé sur scène depuis sept ans. Guitare, machines, claviers, percussions et programmations, basse, ce collectif de cinq français vous embarque dans une musique puissante, nerveuse, habitée, un dub industriel et électronique sur lequel Erik Truffaz vient surfer avec brio pour les deux derniers morceaux de l'album. Uzul Prod, récemment diffusé, appartient à la même famille. Extraits sur http://www.myspace.com/kalylivedub
Fuminori Tanada : Mysterious Morning II (p.7-8, 8' 59) par le Quatuor de saxophones Habanera
         extrait de Mysterious Morning (Alpha, 2001), un disque que j'avais laissé de côté et auquel je trouve maintenant beaucoup d'attraits. La compositrice explore l'intérieur du son par des micro-intervalles, crée des vagues sonores aux sinuosités, fluctuations mystérieuses bien soulignées par le titre.
Harold Budd / Brian Eno : First light (p.1, 7' 06)
                            Not yet remembered (p.6, 3' 50)
                                           The chill air (p.7, 2' 14, diffusé après Guidoni, avant les mélodies françaises)
          extraits de The Plateaux of mirror (Virgin, 2004). Sorti originellement en 1980, c'est la première rencontre miraculeuse entre le piano acoustique ou électrique d'Harold et les autres instruments et traitements du sorcier Brian, Maître des studios. Disque-culte, c'est un chef d'oeuvre de sérénité. Réverbérations nacrées, incantations murmurées, un hymne à la beauté fragile. Plus rien n'existe que ces irisations sonores déployées dans l'espace infini à l'aube éternelle du cosmos.
Jean Guidoni : Comme dans un ballet de Pina Bausch (p.2, 3' 02)
                             Fatal (p.5, 3' 22) extraits de La pointe rouge(Wagram, 2007, sortie en avril). Rarissime incursion dans le domaine de la chanson française : la voix est belle et bien placée, les textes intelligents, l'accompagnement sans grande originalité, mais bien enlevé sur quelques titres. On rêve d'une association avec ...Noir Désir ? Et pour continuer, quelques...
Mélodies françaises : Après un rêve (p.6, 2' 55 de Romain Bussine/ Gabriel Fauré)
       Invitation au voyage (p.4, 3'  de Charles Baudelaire/ Henri Duparc) Ce dernier titre est l'une des réussites de cet album qui ne manque pas de charme, à paraître fin mars chez Diese Records. Si l'on peut regretter que la musique, parfois, l'emporte sur les voix fluettes et délicieuses de certaines interprètes, c'est toutefois un bel hommage à une grande époque de la musique française.
Harold Budd : Bell tower (p.1, 2' )
                            Campanile (p.2,  3' 45)
                            The Rose (p.3, 3' 26)
                 extraits de La Bella vista (Shout ! Factory, 2003)
Enregistré d'abord à son insu à l'instigation de Daniel Lanois lors d'une soirée à Los Angelès chez ce dernier, puis publié avec son accord après avoir consenti à une deuxième séance , Harold se laisse aller à son penchant introspectif, méditatif. Neuf courtes pièces, une dernière d'une dizaine de minutes, suffisent à nous dépayser. Le piano Steinway chante les échos assourdis du royaume hanté par le léopard des neiges : ah ! puissance de suggestion des titres...Vous trouverez quelques échantillons, toujours trop courts bien sûr, à écouter sur le site Ambience for the Masses, qui présente la discographie d'Harold.


Par dionys
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Mercredi 11 juillet 2007
   Trois pays, trois traditions, trois pianistes qui se distinguent par une audace tranquille. L'air de rien , ils sortent chacun à leur manière un courant musical de la sclérose.
 
Le norvégien Tord Gustavsen tord le cou (tordant, non ?) à un jazz qui court après la performance, comprise comme une démonstration de virtuosité, de maîtrise, culminant dans le solo pendant lequel les autres instrumentistes éventuels se taisent pour mieux faire ressortir le talent du maestro. Il rompt aussi avec un certain type de phrasé devenu très prévisible, bref avec tout ce qui, dans le jazz, relève d'une extériorité vite creuse. Il choisit des lignes mélodiques d'une grande simplicité, explorées avec retenue, délicatesse : un minimum de notes pour camper une ambiance. Suggérer plutôt que d'assener, démontrer, voilà sa ligne, qui privilégie l'intériorité, l'exploration de l'âme. Harald Johnsen à la basse et Jarle Vespestad aux percussions sertissent le piano dans un écrin léger, tout en frémissements, frottements, ponctuations sensibles. Sans doute son rôle d'accompagnateur de la chanteuse Silje Nergaard a-t-il contribué à cette discrétion du trio et de son compositeur, mais c'est surtout le fruit d'une démarche consciente (cf biographie).Ses trois albums en trio, le premier date de  2003, constituent à ses yeux une trilogie, l'approfondissement d'une voie : calme, réconfort et émotion garantis pour l'auditeur ! Quelques extraits sur le site du pianiste ici.



















 
    Le sévillan Diego Amador, né en 1973 (Gustavsen est de 1970) dans une famille de gitans, aborde quant à lui la tradition flamenca ...au piano. "Guitariste frustré", comme il se définit lui-même, il aborde son piano comme une guitare, utilisant parfois ses ongles, attaquant directement les cordes au besoin. Quelque part entre jazz, musique contemporaine et flamenco, cet improvisateur autodidacte bouscule les règles, impose son énergie et sa virtuosité - nous sommes aux antipodes de Gustavsen !, sans cesser de faire chanter son instrument. Et il a réussi à m'intéresser à ce flamenco qui souvent m'exaspère par ses postures, ses mimiques, ce qui n'est pas un mince prodige...Piano Jondo, qui vient se sortir, est en fait son second solo après El aire de lo puro en 2001. Ecoutez notamment le prodigieux titre 7, Seguiriya de Pildorilla, avec passages  très contemporains, changements rythmiques imprévus, cordes pincées, doublage à la guitare et claquements des mains sur la fin. Un site très généreux vous permettra d'écouter et télécharger cette musique éblouissante.
  Pianiste de formation classique, le grec Vassilis Tsabropoulos joue notamment Rachmaninov ou Prokofiev, mais participe aussi depuis plusieurs années à des expériences jazz en trio. Avec Akroasis, sorti en 2003, il revient aux racines de la musique grecque, à savoir les hymnes de la liturgie byzantine, pour en donner un éclairage nouveau, plus pianistique comme il dit, sous l'angle de la musique improvisée. " Son côté intemporel et sa simplicité expressive peuvent parler à n'importe qui, pas seulement aux pratiquants", affirme-t-il. Le disque propose la relecture de cinq hymnes, auxquels s'ajoutent trois compositions personnelles. De l'austère majesté des amples phrases mélodiques, parfois répétées, variées, entrecroisées, finit par se dégager une sérénité mystérieuse, tournoyante, intemporelle. Des extraits de deux hymnes sur le site du pianiste.
   Cette dernière émission avant la reprise de septembre aura été introduite par les créations électroniques d'An On Bast, compositrice polonaise déjà présentée dans de précédents articles. C'est à mon sens le même esprit qui les réunit : partir de la tradition, se nourrir d'elle, pour créer les musiques d'aujourd'hui. N'a-t-elle pas utilisé du Lizst comme échantillon pour l'une de ses pièces les plus abouties, son De profundis ?
An On Bast : Minimal walking (piste 4, 5' 17)
                         Whocat (p.5, 4' 40)
                         De Profundis (p.6, 6' 21), extraits de Welcome scissors (2006)
Tord Gustavsen Trio : Vicar street (p.2, 3' 46)
                                           Karmosin (p.7, 5' 12)
                                           Where we went (p.9, 4' 49)
                                           Vesper (p.12, 4' 30), extraits de Being there(ECM, 2007)
Diego Amador : Solea del Churri (p.1, 7' 43)
                               Pa los viejitos (p.2, 4' 33)
                            Seguiriya de pildorilla (p.7, 9' 54), extraits de Piano Jondo(World Village, 2007)
Tord Gustavsen Trio : Tears transforming (p.1, 5' 38)
                                           The Ground (p.12, 7' 16), extraits de The ground(ECM, 2004)
                                          
Turning point (p.7, 5' 52), extrait de Changing places( ECM, 2003)
Vassilis Tsabropoulos : Hymns I & II (p.1-2, 10')
                                              The secret garden (p.4, 5' 58), extraits de Akroasis(ECM, 2003)

Reprise de l'émission le deuxième dimanche de septembre. D'ici là, je vais essayer d'envoyer un ou deux billets, rien de garanti. Tout déconnecter, pour mieux continuer !

Par dionys
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Vendredi 30 novembre 2007
Une petite image pour un disque lumineux, fort, d'une jeune galloise de  vingt-trois ans, Nancy Elizabeth, qui sort son premier CD sur le Leaf Label. Elle joue de la harpe celtique à 22 cordes, mais aussi de la guitare acoustique, du dulcimer, du bouzouki, de l'harmonium indien, d'autres instruments pas toujours faciles à identifier, et s'entoure au besoin de violoncelle, cor, guitare électrique (mais oui !) et percussion. Une voix à la Jacqui Mcshee (la chanteuse du mythique groupe folk Pentangle), souple et puissante, limpide et profonde, sert magnifiquement des compositions personnelles aux mélodies évidentes. Si l'inspiration de départ est folk, le résultat n'a rien à voir avec un certain folk figé : aucune mièvrerie, une constante énergie qui nous emporte du côté du rock, de la pop, et l'on peut penser à Phelan Sheppard, ce duo déjà chroniqué ici et également publié par le Leaf label, notamment dans le quatrième titre, The Remote past, aux envoûtantes boucles de harpe relevées par les glissandi de la guitare électrique. 8 Brown Jugs, le sixième titre, est un instrumental qui met en valeur un dulcimer cristallin sur un fond de vagues impressionnantes d'harmonium. Electric, le titre 7, est une ballade élégiaque d'une élégante sobriété terminée par une belle envolée chorale. Hey son, le titre suivant, se développe selon un crescendo rythmé dans la seconde partie par des riffs rageurs de guitare. Un premier disque qui témoigne d'un talent exceptionnel : compositions abouties, agencement intelligent des morceaux, des instruments qui sonnent à merveille, et cette voix, cette voix qui donne parfois des frissons. Ecoutez le titre 11,  Lung, qui pourrait évoquer le travail de Jocelyn Pook (altiste et compositrice d'une partie de la bande originale du dernier film de Stanley Kubrick, Eyes wide shut, dont la célèbre scène du bal masqué ). Le dernier titre, d'abord voix et guitare acoustique, ponctué ensuite de percussions discrètes et obsédantes, nous entraîne même...pas si loin de Thom Yorke, et je n'exagère pas, cela vient de me frapper en le réécoutant. A découvrir absolument ! Elle vient de terminer une tournée anglaise en compagnie de Thee, stranded horses (voir article du 10 avril, où je présentais ce français tombé amoureux de la Kora).
Harold-Budd-Avalon-Sutra.jpg Ce serait le dernier opus, en l'occurrence un double album paru en 2004, du grand Harold, maître d'une musique éthérée, mélancolique et méditative, que ses collaborations avec Brian Eno firent connaître d'un large public. Piano brumeux, claviers en nappes vaporeuses sont au rendez-vous d'Avalon sutra, le premier disque, qui présente quatorze pièces parfois très courtes, ciselées comme des esquisses japonaises sur le vide infini. Quelques arrangements de cordes et la présence très inattendue d'un saxophone sopranino sur trois titres élargissent la palette de timbres de ces compositions impeccables, à la rigueur zen. Le second disque est consacré à une longue pièce de plus de soixante minutes, As long as I can hold my breath, remix proposé par Akira Rabelais. Les cordes et les sons électroniques miment une respiration hypnotique que le piano évanescent d'Harold vient hanter par intervalles : la musique devient méditation austère, d'une sérénité implacable. Ennemie du divertissement, dirait Pascal. Pas étonnant que le disque soit paru sur le label samadhisound : revenue des agitations, la musique  mène à l'éveil, la supraconscience...
Samadhi-copie-1.jpg Le programme du soir associait à ces deux artistes Dominique A et Slow six, chroniqués dans les articles précédents.
Programme du dimanche 25 novembre 2007
Nancy Elizabeth : I used to try (piste 2, 3' 32)
                                        Off with your axe (p.3, 4' 21)
                                       The remote past (p.4, 3' )
                                        8 brown jugs (p.6, 2' 48), extraits de Battle and victory(The Leaf Label, 2007)
Dominique A : La mémoire neuve (p.8, 6' 32)
                                 Music Hall (p.11, 6' 29), extraits de Sur nos forces motrices(Cinq 7 Wagram music, 2007)
Harold Budd : Arabesque 3 (p.1, 2' 40)
                                It's steeper near the roses (p.2, 1' 02)
                                L'enfant perdu (p.3, 2' 15)
                                Chrysalis nu (p.4, 1' 59)
                                Three faces west (p.5, 2' 41), extraits de Avalon sutra(samadhisound, 2004)
Slow six the lines we walked when we walked once together (p.3, 30' 32), extrait de private times in public places(If Then Else records, 2004)

 

Par dionys
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Jeudi 3 avril 2008
Au fond des sombres forêts, revêtue d'une chemise de nuit blanche, elle attend le Monstre : il a promis de venir. Comme il tarde, qu'elle ne sait plus très bien ce qui l'emporte, du froid qui la saisit, de la peur ou du plaisir, elle prend sa guitare et chante. Sa petite voix acide monte dans l'air glacé de la vaste nuit. Tout écoute et se tait. Non loin, le Monstre s'est arrêté, retient ses grognements et son haleine pestilentielle. Couché sur le dos, il laisse les étoiles le transpercer de leurs couteaux transparents, lui ôter son lourd pelage galeux. Les chansons s'inscrivent dans son cerveau de brute. Sidéré, il se lève, et voilà qu'il s'envole, laissant sur les herbes aplaties son ancienne dépouille.
  Elle, c'est Billie Lindhall, une jeune suédoise d'à peine vingt ans. Lui, c'est l'auditeur moyen, transporté par ses chansons évidentes, lumineuses. Transparent knives est son premier album, succédant à un quatre titres d'ailleurs inclus dans ce premier grand opus. C'est sorti en octobre 2007, et j'ai failli le manquer ! Douze chansons folk à la douceur angélique, à la tendre mélancolie un peu voilée. Un miracle diaphane qui ravira tous ceux qui ont aimé le disque de Nancy Elizabeth (cf. article du 30 novembre 2007).  Billie Lindhall troque parfois sa guitare contre un dulcimer ou des cordes, tandis que son producteur, Jörgen Wall, intervient pour quelques parties d'orgue ou de claviers, dans les choeurs aussi. C'est si simple, le bonheur !
Pour l'écouter et la voir :
- le site MySpace de
Billie Libdhall. Je place ci-dessous  une vidéo du splendide premier titre, Sheets.


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Programme du dimanche 23 mars 2008 (deuxième partie)
Promise and the Monster : Sheets (piste 1, 3' 34)
                                                           Antarktis (p.5, 3' 46)
                                               Light reflecting papers (p.9, 3' 19), extraits de Transparent knives(Imperial Recordings, 2007)
Gong Gong : A pas feutrés (p.9, 5' 25)
                             Birds in books (p.11, 4' 14), extraits de Mary's spring(F Communications/ PIAS, 2008)
 
Par Dionys
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Jeudi 11 décembre 2008
   En attendant une nouvelle chronique, comme le temps me manque, je vous mets un morceau de Lubomyr, et je renvoie à l'un de mes précédents articles qui présente ce disque furieusement inactuel. C'est une manière de fêter mon retour à ma couleur, après un bref passage pâle, très pâle, avec le changement de CSS !
Par Dionys
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Mercredi 21 janvier 2009
   Retour aujourd'hui vers un compositeur américain encore très peu connu, que la pianiste Sarah Cahill nous propose de découvrir. Je fais confiance, depuis quelques disques, à cette instrumentiste exigeante, infatigable défricheuse qui nous ramène des pièces magnifiques, à laquelle on doit déjà le beau disque c onsacré à Kyle Gann sur le même label New Albion Records - dont vous n'aurez pas manqué de remarquer qu'il est un de mes labels préférés.
  La trajectoire de Leo Ornstein, né en 1893 et mort en 2002 - vous avez bien lu, il est mort à l'âge de 108 ans, est étonnante. Pianiste prodige d'origine ukrainienne, formé au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, il est contraint d'émigrer avec sa famille aux Etats-Unis en 1906 pour fuir les pogroms. Installé à New-York, il est tout de suite accepté à l'Institute of Musical Art, école qui deviendra la prestigieuse Juilliard School. En 1911, il donne ses premiers concerts. Suivent les premiers enregistrements, mais le jeune Leo se passionne pour de nouveaux mondes sonores, affectionne dissonances et rythmes complexes. Le voilà futuriste, d'avant-garde, stupéfiant son auditoire par des compositions qui dérangent toutes les habitudes d'écoute. Il est au départ copieusement sifflé, déclenche presque des émeutes. On l'admire aussi : sa virtuosité fait pâlir nombre d'interprètes, et certains le considèrent comme un remarquable compositeur. Grâce à lui, le public américain découvre Schoenberg, Scriabine, Debussy, Ravel, Stravinski. Il attire les foules, sa gloire est au sommet entre 1915 et 1920. Puis il abandonne les concerts, disparaît, se retire avec sa femme, enseigne. Il ne cessera pas de composer, surtout pour le piano, avec un regain créateur dans les années soixante-dix et quatre-vingt. On l'oublie beaucoup, on lui reproche de ne plus être à l'avant-garde, car il a changé. Il ne se soucie plus des modes, mélange les styles, passant de la tonalité à l'atonalité, d'un lyrisme "ravélien" aux délices d'une virtuosité débridée. Lorsque Sarah Cahill lui rend visite en novembre 2000, il est encore lucide. Il voudrait mourir pour suivre sa femme, décédée après avoir été son épouse  tant aimée pendant 67 ans, qui a inlassablement noté sa musique, transcrit ses improvisations. Mais il n'est pas si facile de mourir, constate-t-il. A sa mort en 2002, il laisse plus de 1800 pages de musique pour piano...
   Le beau titre donné à ce premier échantillon de compositions de Leo Orstein reflète bien le caractère indépendant de cet homme indifférent à la célébrité, soucieux de suivre sa voie : des fantaisies, certaines assez proches de l'univers de Ravel qu'il aimait tant, et des "métaphores", terme qu'il a indiqué à son fils Severo qui lui demandait comment nommer des compositions variées n'appartenant à aucun cycle. Le choix des pièces revient d'ailleurs à Severo, qui propose un site consacré à son père. Des quinze compositions rassemblées, treize sont inédites. Toutes sont empreintes d'un bonheur harmonique constant. La musique coule d'une source pure et libre, avec une grande aisance, lyrique sans mièvrerie ou grandiloquence. Fantaisies et métaphores enchantent, distillent des sortilèges hors du temps. Mais, me direz-vous, la modernité, l'expérimentation ? Ornstein sait oublier ces diktats pour mieux nous donner à entendre son flux intérieur, pour notre plus grand plaisir. On ne cesse plus de revenir à ces pièces à la grâce fluide, qui transportent comme de vraies métaphores qu'elles sont en effet.
Pour aller plus loin :
- le site officiel de Leo Ornstein, proposé par son fils Severo.
- trois pièces en écoute pour tomber sous le charme :

- un tableau dû à un peintre d'origine lithuanienne, William Zorach, émigré aux Etats-Unis en 1894, qui se tourna ensuite vers la sculpture : "Leo Ornstein, piano concert 1918" :


Par Dionys
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Jeudi 5 février 2009
Le pianiste grec Vassilis Tsabropoulos et la violoncelliste allemande Anja Lechner, quatre ans après la sortie de "Chants, Hymns an d Dances", une série de transcriptions d'oeuvres de Georges Ivanovitch Gurdjieff, philosophe et maître spirituel d'origine arménienne,  poursuivent leur collaboration avec "Melos", sorti en 2008 sur ECM. Si deux danses et Reading From a sacred Book sont encore des arrangements d'après Gurdjieff, toutes les autres compositions sont signées Tsabropoulos. L'album baigne dans une fluidité mystérieuse, douce : un monde de rêves très anciens, de réflexions et d'ombres, comme le soulignent les titres. Le pianiste semble effleurer les touches, ailleurs se laisse porter par un flux toujours renouvelé, accompagné par le violoncelle caressant, velouté. Le percussionniste U.T. Ganghi se joint à eux  sur quelques titres avec une louable discrétion, sans casser le lyrisme translucide de ces compositions aux mélismes subtilement orientaux, aérées çà et là par de courtes improvisations. Tout un monde lointain de grâce et d'émotions ressurgit, baume salutaire par ces temps brutaux d'oubli des choses essentielles...
Quelques titres de l'album en écoute :

Et une vidéo du titre "Tibetan Dance", à partir de photographies du Tibet d'Henrik Wilche :
Par Dionys
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Jeudi 10 septembre 2009
Meph.- Là, chapeau bas !
Dio.- Pourquoi donc ?
Meph.- Pour une fois, tu es en avance sur l'actualité !
Dio.- Ah oui, je n'y avais pas prêté attention...
Meph.- Redescends sur terre, le disque sortira le 5 octobre.
Dio.- Parfait ! Comme nous étions en retard avec le troisième album de Death Ambient, l'équilibre est retrouvé, non ? Après la forêt engloutie, une musique qui coule de source. Après les raffinements électroniques et électriques, le retour à l'acoustique -représenté dans le trio chroniqué précédemment par le multi-instrumentiste japonais Kato Hideki. Ici, kora et violoncelle, rien de plus. Une rencontre limpide, sans arrières pensées, entre deux instrumentistes formidables. Ballaké Sissoko, malien de Bamako, est devenu au fil des années le grand maître incontesté de la kora, cette harpe-luth à 21 cordes d'origine mandingue. Il a imposé l'instrument dans de multiples festivals et grâce à de nombreuses collaborations, notamment avec Ross Daly, cet extraordinaire multi-instrumentiste d'origine irlandaise devenu joueur de lyra crétoise. Vincent Segal, d'origine rémoise, joue aussi bien du violoncelle acoustique qu'électrique. Comme Ballaké, il se livre aux expérimentations les plus diverses, passant par l'Ensemble intercontemporain et par des groupes de jazz, la chanson, le rock. Tous les deux transcendent les frontières : pas question d'enfermer la kora dans le monde des musiques traditionnelles et le violoncelle dans celui de la musique classique. Il n'est donc pas étonnant de les retrouver ensembles sur ce disque au titre pourtant presque provocateur. On les attendait peut-être dans des expérimentations et métissages débridés, ils se livrent à un sobre exercice de dialogue attentif, se partagent les compositions. Pièces calmes et envoûtantes, rythmées par le retour obsessionnel de certains thèmes, avec quelques morceaux un brin plus lyriques, mais il est rien moins évident que de deviner le compositeur, tant l'autre prend les manières de l'un, s'insinue dans son univers. Ainsi le titre 5, "Histoire de Molly", signé par Vincent Segal, se déploie avec la sereine majesté d'une ritournelle africaine, le violoncelle s'y fait même oriental, tout en mélismes insinuants. Seule exception à ce double chant intériorisé, une chanteuse intervient brièvement sur le titre 7, "Regret-à Kader Barry". Tout va de soi, la fontaine est fraîche, le monde chante, le temps s'égrène avec les notes cristallines de la kora, glisse sur les arpèges du violoncelle. On est bien.
Pour aller plus loin
- un article antérieur consacré à Thee, Stranded horse, où l'on retrouve la kora.
- Ballaké Sissoko sur Myspace.
- Le site de Bumcello, pour découvrir d'autres aspects de l'activité de Vincent Segal, avec pas mal de titres en écoute.
Programme de l'émission du dimanche 6 septembre 2009
Harold Budd : Stones / Children's Games beyond our beach (pistes 4-6-8, 8' ), extraits de Bella vista(Shout ! Factory, 2002)
DM Stith : Isaac's song / Pity dance / Creekmouth (p.1 à 3, 10' ), extraits de Heavy Ghost (Asthmatic Kitty Records, 2009)
L'Homme Puma : On remplace les yeux cassés / Velours et pourpre (p.3 et 5, 17' ), extraits de on remplace les yeux cassés (sorti en vinyl, ne devrait pas tarder en Cd )
Peter Garland : String quartet n°1 (p.1 à 6, 22' ), extrait de String Quartets (Cold Blue Music, 2009)
Ballaké Sissoko / Vincent Segal : Chamber music / Histoire de Molly (p.1 et 5, 11' ), extraits de Chamber music (No Format, 2009)
Par Dionys
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