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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 15:20

   Difficile de rendre compte de la singularité du projet de ce groupe, qui rassemble trois musiciens et un photographe, aussi vidéaste. Au départ, il y a la volonté de rendre compte d'une tournée en Grèce, dans ce pays frappé de plein fouet par une crise économique  déstabilisante. Pendant trois jours à Lyon, influencés par les photographies et les vidéos de Stéphane C. projetées dans le studio, Frédéric Oberland - guitariste, claviériste, saxophoniste alto, voix et "énergie noire" comme l'indique la pochette, Stéphane Pigneul à la basse, aux processus électroniques (échantillonneur, retardateur...) et à la voix également,  Ben Mc Connell à la batterie et percussions, jouent  et improvisent la musique du disque, à laquelle ils ajoutent ensuite des sons, des extraits d'enregistrement réalisés en Grèce. Le disque est sorti en décembre 2013 sur l'excellent label bruxellois Sub Rosa, que je retrouve avec grand plaisir. À défaut de vidéos, on a le visuel du cd ( et de l'édition vinyle, que je n'ai pas, mais qui semble remarquable !!), les superbes images en noir et blanc granuleux qui disent mieux qu'un long discours le climat de déréliction qui frappe une société déboussolée. Depuis, un album de remixes a prolongé ce qu'ils conçoivent comme une odyssée sonore (au pays d'Homère, on n'en attendait pas moins). Place à la musique...

    Disons-le tout de suite, c'est d'emblée d'une force et d'une beauté à couper le souffle. Du post-rock comme on l'aime lorsqu'il n'est pas englué dans les lourdeurs et les manières. Du post-rock enflammé, qui fait brûler le ciel - je pense toujours à ce beau titre "Le Ciel brûle" que la poétesse russe Marina Tsvétaïéva donna à l'un de ces recueils. Un rythme lourd, obsédant, des guitares stratosphériques. C'est "Opening Theme / Ablaze in the distance". Larsens, traînées de feu, cris fondus dans la masse chaotique des sonorités écorchées, et puis des moments de calme, d'émotion pure, avec les belles sonorités des guitares et autres sons échantillonnés. La musique est alors entre ambiante et blues urbain. Elle s'évade, décolle de l'univers noir qu'elle transcendait déjà par les fulgurances inaugurales, avec un petit côté inattendu genre guitare hawaïenne ou - je suis d'accord avec un critique attentif - Ry Cooder, un tempo mélancolique splendide, la solitude qui chante. "sophia's shadow" propose ensuite un court intermède tapissé de sons de rue, avec comme un contrepoint au clavier sonnant alors comme un orgue, brève ouverture vers un ciel improbable. "Buy Gold (Beat Song)" est une ballade hallucinée menée par des guitares suavement enrouées ou limpidement lyriques, avant l'embrasement dans l'épaisseur d'une masse en fusion. Par contraste, "La traversée" commence de manière extatique, quasi immobile autour d'un bourdon puis d'un battement rapide et sombre qui traversera comme un oiseau d'acier tout le morceau. Mais l'intensité va crescendo, l'atmosphère est électrique. Les guitares éructent, des drones puisssants envahissent l'horizon. Énergie noire, tu es là !! Tout se résorbe pourtant comme par magie pour laisser la guitare sonner divinement, soutenue par une batterie discrète et le saxo des cordes électroniques frissonnantes. On n'en est qu'au quatrième titre, mais on sait déjà qu'on tient là l'un des plus beaux albums de 2013 (Comme je suis content de n'avoir pas encore constitué ma liste des disques pour cette année !).

    La suite ? Une longue dérive, somptueuse, fastueuse, envoûtante. "Nuage noir" est un micro concerto pour environnement sonore et guitare, tour à tour délicate, tout en froissements et en ajours ciselés, acérés. On retrouve le battement d'ailes sur "Kyrie eleison", envahi à l'arrière-plan de sons de manifestations et de chants orthodoxes, batterie nerveuse et nappes profondes tissant une musique plus nettement expérimentale, électronique, à la limite d'un rock débridé, free. Suit "Silencer", autre intermède méditatif, court dialogue entre guitare(s) et sons étirés de claviers. "Ourobouros" est la suite directe du premier morceau, en plus développé : d'un peu moins de dix minutes, on passe à plus de dix-sept. Un long blues lynchien, du temps de bluebob" avec John Neff, mais dilaté, creusé de silences, de résonnances, où l'on retrouve aussi le saxophone torturé qui dialogue avec une guitare affolante de beauté. Musique aérienne, une merveille hors du temps, la plus belle réponse à toutes les crises. Qui explose en lourdes rafales dans la seconde moitié, une fin du monde au ralenti, démultipliée. Comme on est loin des pesanteurs à la Sigur Ros (je vais m'attirer des ennemis !) ! Ce n'est pas le feu du ciel, sa colère, qui déferle, c'est un chant plus haut que la révolte, incandescent jusqu'au sublime, se résorbant en retombées à la gravité songeuse. Après un tel moment, "Call John Carcone" capte quand même nos oreilles, s'ouvrant sur un curieux carillonnement émaillé de fragments enregistrés, prélude à un nouveau déchaînement des guitares sur un rythme puissant : magnifique lyrisme sombre, découpé par une batterie implacable, sonorités éraillées s'engouffrant dans l'espace immense, fuite loin du monde arrêtée brutalement...C'est l'arrivée sur "L'île", insectes, le ressac de la mer, mais le grondement pulsant de la basse, les claviers majestueux donnent au titre une ambiance mystérieuse, celle d'une liturgie contemporaine que ne renierait pas un Tim Hecker perdu au fond de sa cathédrale basaltique. Échos, drones réverbérés, bruits divers se croisent dans cet espace immense hanté de voix échantillonnées, soudain éclairé par les sonorités cristallines d'une clochette venant apaiser la fin de ces onze minutes..."Outro (For the Following)", dans cette perspective, est comme un chant de renaissance émouvant, tiraillé entre chœurs synthétiques et message enregistré.

   Un disque majeur !!!!!!!!  Sublime et puissant !

   Je ne voudrais pas terminer cet article sans remercier une fois de plus l'auteur du blog "un(e)énergumène" (en lien ici et dans le module "Liens", sur la droite de cette page, c'est le huitième), à qui je dois cette découverte formidable !

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Paru chez Sub Rosa en décembre 2013 / 11 titres (de 2 à 17'39) / 75 minutes !!

Pour aller plus loin

- "Ourobouros", en direct à l'église Saint-Merry le 24 avril 2013 (avec le renfort de Garreth Davis) :

- Trois titres en écoute sur soundcloud :

Programme de l'émission du lundi 14 avril 2014

Anne Chris Bakker : I Thought My Heart Was Calm (p. 2, 16'02), extraits de Reminiscences (Dronarium, 2014)

Katharine  Norman : Fuga Interna (begin) (Piste 6, 10'20), extrait de Shadow piano (Innova Recordings, 2013)  Piano :  Xenia Petrova

Grande forme :

* Dennis Johnson : November (fint du cd 1, 25'), extrait de November (Irritable Hedgehog Music, 2013)

Programme de l'émission du lundi 5 mai 2014

Le Ciel brûle :

* Oiseaux-Tempête : Opening theme (Ablaze in the distance) / Sofia's shadow / Buy Gold (Beat Song) (p. 1 à 3, 17'), extraits du disque sans titre (?) (Sub Rosa, 2013)

Christina Vantzou  : Anna Mae / going Backwards to recover that which was left behind / Brain fog (p. 1 à 3, 10'30), extraits de N°2 (Kranky, 2014)

Andy Moor / Yannis Kyriakides :  Minores / Katsaros (p. 1 - 2, 12'40), extraits de Rebetika (Unsounds, 2010)

Autechre : Irlite (cd 1 / p. 2, 10'01), extrait de Echai (Warp Records, 2013)

 

15 avril 2014 2 15 /04 /avril /2014 16:13

   Je sacrifie encore, avec beaucoup de retard, à cette coutume qui n'est pas totalement ridicule. C'est le moment d'une ressaisie, d'une vue d'ensemble sur une année, après une première décantation, déjà assez longue dans mon cas. 2012, cela donne à peu près ceci, sachant qu'un grand nombre de sorties m'ont échappé, bien sûr, mais je rappelle que j'attends toujours le mécène qui me permettra de me livrer à cette activité à plein temps...

   Les liens vers les articles correspondants (s'il y en a) sont en principe avec les titres des albums.

  À regarder les pochettes ainsi rapprochées, je vois s'établir des correspondances imprévues entre ces entités que sont les albums, qui existent pour la plupart encore physiquement je le signale. J'aime bien d'avoir rapproché et isolé en tête Anne Chris Bakker et Terry Riley : un jeune compositeur encore largement méconnu et le doyen admiré du minimalisme. Bon, j'arrête là mes divagations comme dirait Stéphane M : à vous de circuler, de me traiter de tous les noms pour avoir omis tel opus majeur ou pour avoir surévalué un musicien mineur. Je n'entends plus rien, sinon la fin de Lux de Brian Eno, un bien beau disque que je m'étonne de ne pas avoir placé plus haut, nom de nom !! Le pire, c'est que, comme d'habitude, j'aurais à peine mis mon classement en ligne que je découvrirai un disque superbe sorti en 2012 et qui m'avait échappé, le bougre...

 

1) Ann Chris Bakker                 Weerzien                            Somehow Recordings

Terry Riley                                  Aleph                                         Tzadik

Yannis Kyriakides                     Dreams (DVD)                  Unsounds

(pas de visuel ci-dessous, ajouté plus tard)

2) Max Richter                           Recomposed by Max Richter  

                                                                           Universal / Deutsche Grammophon

Moon Ate the Dark                   (sans titre)                               sonic pieces

Duane Pitre                                Feel Free                                Important Records

3) Brian Eno                                 Lux                                  Warp / Opal

Erdem Helvacioglu          Eleven short stories                Innova Recordings

 Jocelyn Robert                    immobile                                   merles

                                                 + Versöhnungskirche                merles

4) Nico Muhly                      Drones                                        Bedroom Community

Peter Adriannsz                         Three Vertical Swells              Unsounds

The Alvaret Ensemble      AE                                               Denovali Record

5) Astrïd                                 High Blues                                 Rune Grammofon

Donnacha Dennehy              Stainless Staining                     Cantaloupe Music

Missy Mazzoli                      Song from the Uproar            New Amsterdam Records

6) Gul de Boa                       Le Chant des peaux si bleues     Royale Zone

Godspeed you ! Black Emperor  Alleluyah Don't bend Ascend     Constellations

Poppy Ackroyd                        Escapement                               Denovali Records

7) Delphine Dora                 A Stream of consciousness      Sirenewire Recordings

Under the Snow                    The Vanishing Point                Silentes

John Zorn                          The Hermetic Organ - St Paul's Chapel     Tzadik

8) Land                                 Night within                              Important Records

Thomas Bel                           Innerly                                       Alexia Records

Breton                                  Other People's problem           FatCat Records

Published by Dionys - dans Classements
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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 19:44

Le monument secret du minimalisme

   Quatre heures et presque cinquante-trois minutes, 4 cds chargés à bloc, c'est November, interprété par R. Andrew Lee, dans un coffret présenté par Kyle Gann, critique musical et compositeur majeur. Dire que c'est un choc ne suffit pas à rendre compte de la découverte. Mais avant d'aller plus loin, quelques mots sur l'histoire de cette œuvre monumentale, perdue pendant un demi siècle.

   Kyle Gann raconte. Nous sommes vers 1992, il est en train d'écrire un article sur La Monte Young et son introduction des drones longs dans la musique d'avant-garde qui lui assure d'être reconnu comme le "père du minimalisme". La Monte lui donne alors une cassette de 120 minutes d'assez piètre qualité faisant mention d'une pièce intitulée November, datée de 1959, attribuée à Dennis Johnson, l'enregistement datant, lui, de 1962. La pièce est d'une austérité glaciale, méditative à l'extrême, s'arrête abruptement au bout de 112 minutes, manifestement coupée en plusiseurs endroits. Et La Monte Young lui signale que cette composition a été la source de son opus magnum, The Well-Tuned piano...

   L'histoire de la musique minimaliste est à réécrire. Dennis Johnson invente le minimalisme avant la lettre, bien avant Terry Riley, Steve Reich et Philip Glass, la deuxième génération en fait. Lui appartient à la première, condisciple de La Monte Young qu'il rencontre à l'UCLA (Université de Californie à Los Angeles) en 1957, et de son ami Terry Jennings. Après avoir bricolé de la musique d'avant-garde, des concerts improbables pendant quelques années à peine, il cesse de faire de la musique, disparaît pratiquement de l'histoire du minimalisme en train de se constituer. Une rumeur toutefois persiste : November durerait presque six heures... la durée du Well-Tuned piano...

     Revenons à Kyle Gann. Il concerve la vieille cassette, l'écoute de temps à autre. Il faut attendre le milieu des années 2000 pour que la technologie lui permette de la numériser et de la transcrire...mais il ne reste que 112 minutes sur six heures. Il a besoin de l'aide de Dennis Johnson. Le compositeur Daniel Wolf lui fournit heureusement l'adresse et le numéro de téléphone de Dennis en Californie, qui lui envoie une copie du manuscrit de la partition, six pages de cellules mélodiques et de diagrammes pour les relier. Par téléphone, il lui dit qu'il est né en 1938, qu'il a donc écrit November entre vingt et vingt-et-un an, qu'il était âgé de vingt-trois lorsqu'il l'avait enregistré dans la maison de la mère de Terry Jenning.

   Commence une autre histoire, celle de la reconstitution de November et de sa place exacte dans le mouvement minimaliste. Je n'en signalerai que quelques points. Pour le reste, je renvoie à l'excellente présentation de Kyle, à laquelle tout ce qui précède est entièrement redevable - je ne fais guère pour le moment que le traduire.

   Avant November, La Monte Young et Jennings avaient déjà écrit de la musique atonale très lente. November débute en Sol mineur, se trouvant ainsi la première pièce tonale de l'histoire du minimalisme, le retour à la tonalité étant l'une des marques du courant. De plus, November est sans doute la première pièce construite sur la répétition  de courts motifs et le processus additif. La pièce débute avec deux notes isolées, répétées, auxquelles vient s'ajouter une troisième, et ainsi de suite. Ces procédés, parmi lesquels il faudrait inclure la très longue durée  (excessive diront les détracteurs...) feront la célébrité de la seconde génération minimaliste. D'emblée, Dennis Johnson a ouvert une nouvelle page de l'histoire de la musique...

   Kyle Gann dit sa perplexité devant un manuscrit qui se présente comme un véritable puzzle, agrémenté de remarques de Dennis pas toujours très éclairantes. Il semblerait que le compositeur ait ensuite retravaillé certains motifs, ou plutôt la question épineuse des liens entre motifs. Bref, une séquence de motifs s'est peu à peu dégagée, du type :

A B A C A B A C D C D B A C D C D E D E

    Kyle Gann signale en outre que, vu l'influence de la musique de Webern dans ces années-là, on peut trouver la trace de motifs de deux ou trois notes des Variations pour piano du Viennois, bien que le langage musical de Johnson soit nettement plus consonant.

    Nous arrivons à la première réapparition de la pièce, à la fois la plus fidèle aux 112 minutes de la cassette et la plus plausible en appliquant les principes compositionnels indiqués dans le manuscrit. Elle eut lieu lors de la "Conference on Minimalist Music" à l'Université du Missouri à Kansas City en setembre 2009. Kyle se demandait s'il pourrait tenir assis six heures devant un piano...Mais la pianiste Sarah Cahill, déjà saluée dans ces colonnes, vint en renfort, et c'est en jouant tour à tour qu'ils donnèrent cette première mondiale.

   Depuis, le pianiste R. Andrew Lee a repris le flambeau, suivant la transcription de Kyle Gann, lequel est revenu vers une version un peu plus courte, estimant que pour atteindre les six heures, il lui manquait des matériaux, perdus et difficiles à interpoler. Ce qui donnait quatre heures et demie. La version de concert de Lee fait presque cinq heures. Aucune version de concert n'est identique, chaque pianiste résolvant à sa manière la question du lien entre les motifs ou les séquences de motifs et celle des augmentations inhérentes au processus compositionnel. À signaler que le pianiste français Nicolas Horvath, passionné de minimalisme, a déjà donné en concert des fragments (plus ?) de November.

À la rencontre du Temps pur ?

   Que nous dit, avant toute chose, November, aujourd'hui, sur notre temps ? Que nous n'avons plus le temps, plus le temps de consacrer cinq heures à une œuvre de cette ampleur. November est résolument à contre-temps : elle nous oblige à forer un espace d'écoute dans notre quotidien saturé d'occupations, de messages. Il faut s'asseoir, se laisser aller au fond d'un fauteuil, toutes affaires cessantes. Téléphones débranchés, écrans éteints. Le calme, la pénombre, pour acceillir cette musique, belle, limpide, qui égrène le temps seconde à seconde, comme on éplucherait un oignon, la montre ronde, pour en extraire la quintessence. Une musique chargée de silence, d'une tranquillité d'un autre monde, entre l'automne et l'hiver qui vient. Chaque note résonne, on lui laisse le temps de nous atteindre. Chaque note voyage, se propage avant de s'éteindre peu à peu. Chacune d'elle se tient bien droite dans son halo d'harmoniques. Chacune compte. On compte le temps, on le décompte sans le dénombrer. Dennis Johnson nous invite dans la durée pure, qui est pure joie de brûler, car chaque note est une flamme qui s'élance et rayonne. Pendant ce temps, les horloges sont abolies. Plus rien sinon la hauteur de chacune, sa voix profonde ou frêle. Plus rien sinon les interférences vibratoires, les croisements dans le vaste labyrinthe du Temps. On avance, on fait un pas de côté, on se décale, on monte et on descend. On ne sait plus où l'on est parce qu'on n'est nulle part ailleurs que dans le tissage patient, la grande trame originaire où tout se tient. Chaque note est chargée du souvenir des notes antérieures ; sous chaque motif jouent en filigrane les variantes déjà entendues ou peut-être imaginées, on ne sait plus dans cette cathédrale pleine d'échos.

   La question de la durée réelle de November ne se pose que pour les musicologues. Pour l'auditeur, elle est sans grand intérêt. Ce temps qui semble découpé tranche par tranche par le tranchant des notes successives, mesuré par la rigueur mathématique des intervalles, est moins qu'un autre débité, pour tout dire tué. Cette musique ne passe pas le temps, elle l'effectue, l'accomplit, un brin altière d'avoir conscience de la noblesse de sa tâche. Rien ne presse. J'ai envie de dire qu'elle se marie au temps, elle l'épouse en le suivant dans ses replis, ses stases, ses redites qui n'en sont pas. Le temps avance et n'avance pas. Au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans l'œuvre, chaque note, chaque motif sonne à la fois comme neuf et déjà entendu. Tout se charge alors d'une majesté impressionnante qui nous prend dans les rêts serrés de ses reprises et variations infimes. Si l'on a tenu, qu'on passe le cap des deux heures, on sait qu'on sera marqué à jamais par une telle musique. Pourtant, il n'y a pas à proprement parler de rythme, et comment pourrait-on parler de transe comme dans les cérémonies gwana par exemple ? Pourtant, il faut bien l'admettre, un rythme finit par s'imposer et, installé dans la durée, l'auditeur connaît une véritable transe, mais une transe sans anxiété ni inquiétude ni excitation extrême, une transe originaire : écouter November de bout en bout, c'est la transe de la mer, la transe de la vie, au sens de la traversée, elle nous transporte pour nous mettre face au Temps, pour qu'enfin nous le regardions vivre en descendant en nous-même. Mais quel temps au juste ?

   Novembre, neuvième mois de l'année, est souvent considéré comme le mois de la dépression : l'automne tire sur sa fin, l'hiver s'annonce. Période de retrait, de creux, où l'on cesse de se presser, par conséquent période de retrouvailles avec son moi profond, dont les sous-sols abritent le seul temps que nous puissions appréhender, le temps intérieur. C'est ce qui effrayera beaucoup d'auditeurs, la confrontation avec ce creux du monde, avec ces cavernes pleines de silences sonores. En un sens, November est un immense memento mori, où chaque note sonne l'heure inéluctable, mais une heure pure, quelconque, non situable, peut-être toujours la même, celle de l'ici-toujours-là. C'est pourquoi, à sa manière paradoxale, la pièce de Dennis Johnson scande le pulse, la pulsation fondamentale, première, celle que l'on retrouvera, moins austère, plus compatible avec le rythme de la vie contemporaine, chez un Steve Reich.

   N'oublions pas : c'est un jeune homme de vingt ou vingt-et-un ans qui a composé cette musique atemporelle, intemporelle, fraîche et fière. Elle nous convie à venir boire à la source intarissable qui coule, invisible, sous le béton épais de nos occupations, de nos divertissements, aurait dit un Pascal. Inachevé, November ? Non, puisque cette pièce, en raison de sa structure, est virtuellement infinie. Chaque interprète, en l'interprétant, c'est-à-dire en raccordant les motifs, en les faisant respirer à sa façon, l'achève provisoirement, pour lui-même, pour l'auditeur qui s'y plonge et s'y retrempe...car cette musique équivaut à un exercice spirituel revigorant, essentiel.

   Je crois que, pour commencer, il faut écouter la pièce dans son ensemble, pour se rendre compte. Qu'ensuite, on peut la prendre presque n'importe où : notre mémoire reconstitue le reste, retrouve ses marques, imagine d'autres parcours. Et puis on y revient, attiré par sa puissance mystérieuse, hiératique. On l'entend de mieux en mieux, on se perd dans ses splendeurs secrètes. En ce moment même, autour de trois heures et huit minutes, tout se densifie, puis elle semble s'échapper, elle nous tire à elle, nous intrigue, ravissante..., et en plus, elle accélère, maintenant...

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Paru chez Irritable Hedgehog Music en 2013 / 4 cds / 1 titre : 4 heures 52 minutes...

Pour aller plus loin

- la page du label consacrée au disque, en écoute et en vente (le coffret de 4 cds est à nouveau disponible !)

- en écoute également avec cette fausse vidéo (qui semble défaillir avant quatre heures !!), toujours interprété par R. Andrew Lee.   

Programme de l'émission du lundi 31 mars 2014

Deux chercheurs d'absolu :

* Dennis Johnson : November (extrait du cd 1, 32'), extrait de November (Irritable Hedgehog Music, 2013)

*Anne Chris Bakker : Tussenlicht / Trage lichamen (p. 2 & 3, 22'10), extraits de Tussenlicht (Somehow Recordings, 2013)

Programme de l'émission du lundi 7 avril 2014

Spéciale Philip Glass (en contrepoint au concert de Nicolas Horvath, "Palais de Glass")

Philip Glass : - String Quartet n°5 (p. 1 à 5, 21'53), par le Kronos Quartet, chez Nonesuch

                         Concerto pour violon et orchestre (p. 1 à 3, 24'54) / Gidon Kremer, violon, chez Deutsche Grammophon

Les quatuors à cordes et le concerto pour violon : Glass sublime !!

Les quatuors à cordes et le concerto pour violon : Glass sublime !!

6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 20:27

   Vendredi 11 avril à partir de 15h, et pour une durée approximative de dix heures, le pianiste français Nicolas Horvath investit Le Point perché au Palais de Tokyo, à Paris, pour y interpréter l'intégrale de la musique pour piano de Philip Glass en cinq étapes suivies du "Glasseidoscope", kaléidoscope d'hommages, 92 pièces de 92 compositeurs de 42 pays qui s'associent à ce beau projet du fougueux Nicolas - il donna voici peu une nuit du piano minimaliste à Kiev, en pleine crise ukrainienne ! Amateur de concerts fleuves, il renoue avec les nuits de concert d'un Terry Riley exalté ou les performances d'un Charlemagne Palestine déchaîné.

   L'entrée est libre !

Palais de Glass : le nouveau défi de Nicolas Horvath !

Demandez le programme !

 
GLASSTRODUCTION
Opening of Glassworks
The Orphée Suite (arr. Paul Barnes)
 
GLASSTUOSO
Etudes 1 to 10
Piano Concerto « After Lewis and Clark » (arr. Paul Barnes)
 
GLASSTRACKS
The Olypian - Lighting of the Torch
The Hours
The Truman Show
Monster of Grace
The Screens
 
GLASSICS
Metamorphosis 1 to 5
Wichita Vortex Sutra
Modern Love Waltz
Trilogy Sonata (arr. Paul Barnes)
Dreaming Awake
A Musical Portrait of Chuck Close
Mad Rush
 
GLASSIONARY
1+1
Music in Contrary Motion
2 Pages
Music In Fifths
How Now
600 lines

GLASSEIDOSCOPE
 
Homages to Philip GLASS from all over the world
 
 
E A S T & W E S T  E U R O P A
 
BELARUSS
Svitlana Rynkova : Nostalgie
Kanstantsin Yaskou : Moonlight Sonata of Philip Glass
WSA
Nicolas Wind (cz): Marbles at 4 a.m.
CYPRIUS
Sophia Serghi : Allure
ESTONIA
Liis Viira : Glazzola & Glaert
Mihkel Kerem : Prelüüd
FRANCE
Louis-Noël Belaubre : (not ready in time - for the tour)
Jean-Thiérry Boisseau : Though the looking glass...
Michel Bosc : Hommage PG
Régis Campo : A Smiley for Mr Glass
Françoise Choveaux : Galerie des Glass
David Christoffel : The Perfect French
Maxence Cyrin : The Frenchman
Melaine Dalibert : en abyme
Stéphane Delplace : Hommage à Glass
Arnaud Desvignes : Haut-bas Fragile
Denis Dufour : Spot
Françoise Levechin-Gangloff : Do
Denis Levaillant : Glassy Feeling
Frédérick Martin : Glass in Mirror
Gaylor Morestin : Metamorphosis Six
Cyril Planchon : Stimulus I
Michel Prezman : Kalimba
Jean-Christophe Rosaz : Under a Tree
Frédéric Serrano : Glass Harmonic@
UNITED KINGDOM
Lawrence Ball : Glass Ball
Joe Cutler : Here Comes Mr. Glass!
Christopher Hobbs : Amy on the beach
Hillary Springfield : Atome Unit
GEORGIA
Eka Chabashvili : Cleft in the Sky
GERMANY
Marcel Bergmann : Continuum
GREECE
Aspasia Nasopoulou : Olinda
HUNGARY
Marcell Magyari : 4 Variations on 4 pitches
ITALIA
Fulvio Caldini : Toccata VIII
Francesco di Fiore : Glass
Fabio Mengozzi : Spire
Stefano Ottomano : il muro di Alda
MACEDONIA
Valentina Velkovska-Trajanovska : SUN
MONTENEGRO
Aleksandar Perunović : Metaglasswork
NETHERLAND
Douwe Eisenga : See! (Simon Song 5 ½)
Jeroen van Veen : Hommage for Philip Glass
POLAND
Tomasz Kamieniak : Impromptu pour piano "Hommage à Philip Glass"
RUSSIA
Vladimir Orlov : Relaxation 2
Sergei Zagny : Ten Glasses
SERBIA
Vladimir Tošić : Medial 1
SPAIN
Carlos Peron Cano : The Gentleman
SWITZERLAND
Jürg Frey : Miniature in Five Parts
SWEDEN
Marcus Fjellström : Metric
TURKEY
Alp Durmaz : Bustling
Elif Ebru Sakar : Bagatelle
Mehmet Erhan Tanman : Glass Waves
UKRAIN
Victoria Vita Poleva : NULL
 
M I D D L E E A S T & A F R I C A
 
CAPE VERDE
Vasco Martins : Blue Line
EGYPT
Ramz Sabry Samy : Between Lines
GUADELOUPE
Alain Pradel : Carnaval
IRAN
Morteza Shirkoohi : Refelction
Ehsan Saboohi : Where is the friend's house?
IRAQ
Mohammed Uthman Sidiq : (not ready in time - for the tour)
ISRAEL
Gilad Hochman : Broken Glass
 
A S I A - O C E A N I A
 
AUSTRALIA
Andrew Chubb : Another Modern Love Waltz
CHINA
Shaofan Qi : Comet ISON
Xu Xavier Shuang : Silica
HONG-KONG
Jerry Hui : The Meditation of Siddhartha
INDONESIA
Philemon Mukarno : ReByte
JAPAN
Mamoru Fujieda : Gamelan Cherry
Osamu Kawakami : Glass-hopper
Kazuo Missé : Résonance VI
REPUBLIC OF KOREA
HyeKyung Lee : River Han (north)
PHILIPPINES
Nilo Alcala : Glass Petals
Feliz Anne R. Macahis : Tálâ
SINGAPORE
Ho Chee-Kong : Connections
TAIWAN
Tom Chiu : laboerets version 2.0
Ashley Fu-Tsun Wang : Meta-Meta
Hsiao-Lang Wang : Crystalline
 
N O R T H & S O U T H  A M E R I C A
 
BRAZIL
Paulo Cesar Maia de Aguiar :  In the light of paradise musicianship master of Glass
CANADA
Peter Hannan : (not ready in time - for the tour)
Christien Ledroit : Tinted
COLOMBIA
Antonio Correra : (not ready in time - for the tour)
Rodolfo Ledesma : Glosa
MEXICO
Leoncio Lara Bon : Pieza en Forma de Vidrio
PARAGUAY
Nancy Luzko : Waiting to know
URUGUAY
Sergio Cervetti : Intergalactic Tango
USA
Carson P. Cooman : Cantus I
Paul A. Epstein : Changes 6
Michael Jon Fink : Sunless
Kyle Gann : Going to bed
Steve Kornicki : Tempo Distortion #5
Bil Smith : Delinquent Spirit of a Drowned City
William Susman : 1937
David Toub : For Philip Glass
Michael Vincent Waller : Pasticcio per meno è più
Paul Wehage : Early Morning: New York Skyline
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Pour aller plus loin

- le site consacré au concert

- le blog de Nicolas Horvath

- Renseignements pratiques :

PALAIS DE TOKYO
13, avenue du Président Wilson,
75 116 Paris
ACCÈS
Métro, Bus, RER
Métro : Ligne 9, stations Iéna et Alma Marceau
Bus : Lignes 32, 42, 63, 72, 80, 82, 92
RER : Ligne C, Station Pont de l’Alma

   En attendant, Nicolas Horvath en concert au Collège des Bernardins le 6 octobre 2012 dans le cadre de la Nuit blanche pour "Metamorphosis" 1 à 5.

31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 15:24

L'Odyssée de la lumière 

Après Weerzien, son premier disque solo sorti en septembre 2012, le néerlandais Anne Chris Bakker a continué son chemin, si bien que j'ai pris du retard ! Mais comme le chemin est beau, peu nous importe...En septembre 2013, il faisait paraître Tussenlicht (Entre la lumière / Between Light) sur le même label Somehow Recordings. C'est de lui qu'il s'agira ici, en attendant que j'aborde son troisième, paru en février de cette année.

  À l'aide d'un archet de violon sur une guitare plus ou moins préparée et de quelques processus électroniques et sons de terrain, Anne Chris Bakker élabore une musique fragile et prenante, aux frontières d'une ambiante minimale, de l'électro-acoustique et de l'expérimentale. "Winter", le premier titre, c'est la rencontre avec des objets sonores à la dérive, qui tracent de profondes trajectoires vibrantes, ponctuées par un piano méditatif. Des cordes frémissent, des harmoniques persistent, des coulées langoureuses s'élèvent à l'assaut du ciel immense. Au bout d'un peu plus d'une minute, on y est, au pays de la lumière calme. L'auditeur s'abandonne au doux massage de ces sons qui tournoient avec une incroyable douceur veloutée, se vêtent de silences intermédiaires tapissés de decrescendos majestueux, sans emphase aucune.

   "Tussenlicht" commence au piano, un piano qui se cantonne à un contraste entre médiums et aigus, comme un appel de la lumière qui surgit de l'arrière-plan sous forme d'ondes sonores et de bruits du quotidien. Un feu qui crépite, la lumière qui se précise tandis que le piano s'éloigne, c'est une vague d'orgue (ou similaire), à peine ondulante d'abord, qui monte ensuite en se tordant très légèrement, entaillée de piqûres aigues qui lui font une dentelle. Claquements secs de temps à autre, la vague reprend, illuminante, avec en contrepoint quelques notes éparses de guitare, un fouillis d'ondes, des crachotements, des enfants, tout se suspend presque, de rares notes frottées, puis la vague revient, s'élève dans sa pureté fastueuse, porteuse de quelques incidents sonores, rythmée avec infiniment de douceur par la guitare qui flambe à peine, puis un peu plus haut. J'ai beaucoup de mal à sortir de l'envoûtement dans lequel me tient cette musique extraordinaire...

   D'autant que "Trage lichamen" (Corps lents / slow bodies) suit, nous emportant plus haut, plus loin. C'est la musique de l'ineffable. Anne Chris Makker nous emprisonne dans une comète sidérante. Cette musique dit l'odyssée de la lumière, cette lumière d'avant le temps, qui traverse et en traversant crée le monde. Nous ne pesons plus rien, elle nous prend dans ses bras cosmiques, nous soulève par profonds mouvements de houle successifs jusqu'à l'empyrée des sons battant le temps. Il n'y a plus rien que cet avènement splendide, cette respiration égale, enrichie des sons fondus en elle, comme tordus d'extase sourde. Rien d'angoissant comme chez un Harold Budd, par exemple, dont la musique est tant sous le signe de la nostalgie.

   Non, c'est la musique du maintenant, plein, si émouvant, des petits riens du quotidien, comme le confirme "Ochtend" (Aube / Dawn), le chant de joie d'une aube toujours nouvelle. Lyrisme grandiose, guitare et cordes qui s'envolent à l'unisson, tracent des lignes de feu dans le ciel du matin...avant de continuer leur course infinie, de nous inviter à suivre leur trace qui décroit tandis que des sons métalliques s'agitent comme s'ils voulaient s'envoler. Reviennent des sons de récréation peut-être, des enfants jouent, écho terrestre de la joie extra terrestre de la lumière en allée. Et l'on retombe, parce qu'il faut bien retomber, pour retrouver le musicien qui vient de finir de jouer, de nous enchanter.

   Le second disque solo magistral d'un musicien à la fibre indéniablement mystique. Ce qui fait sacrément du bien en ces temps d'implacable et brutale "réalité". 

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Paru chez Somehow Recordings en 2013 / 4 pistes / 37 minutes

Pour aller plus loin

- le disque en écoute sur bandcamp. Disponible aussi sous forme physique (cd) en écrivant au compositeur.

- le site du compositeur

"Entre la lumière", hommage à Anne Chris Bakker / Photographie © Dionys Della Luce

"Entre la lumière", hommage à Anne Chris Bakker / Photographie © Dionys Della Luce

Programme de l'émission du lundi 24 mars 2014

Michel Banabila : Sunbeams / Cryptography (Pistes. 7 - 8, , 11'30), extraits de More Research from the same dept. (Tapu Records, 2014)

Ann Southam : Fidget creek / soundstill I à III (p. 1 à 4, 24'30), extraits de Pond Life (Centrediscs / Centredisques, 2009)

itsnotyouitsme : Sometimes it's hard being alive seeing bright stars in the sky (p.6, 8'55), extrait de This I (New Amsterdam Records, 2013)

Anne Chris Bakker : Winter (p. 1, 4'46), extrait de Tussenlicht (Somehow Recordings, 2013)

26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 19:31

   Après ma présentation de Soundings for a new piano interprété par R. Andrew Lee, je reviens comme prévu vers l'œuvre d'Ann Southam, compositrice canadienne décédée en 2010, cette fois avec deux disques longs qui confirment et amplifient mon admiration, ma fascination. 

   La pianiste Christina Petrowska Quilico interprète dans Pond Life, double cd paru en 2009, des pièces que la compositrice a spécialement écrites pour elle à la suite du succès remporté par Rivers. Toutes sont inspirées par des rivières, les cycles Spatial View of Pond I et II empruntant leur titre au tableau de l'artiste nippo-canadienne Aiko Suzuki. Quelques compositions sont plutôt virtuoses, comme "Noisy river" ou "Commotion Creek", suggérant le cours tumultueux des eaux vives par l'intrication des lignes mélodiques, la répétition rapide de brefs motifs rythmiques. La musique est flexible, changeante, débordante d'une joie simple, élémentaire, celle du mouvement perpétuellement renaissant. Précisons que l'ensemble de l'album  a été composé pour la danseuse et chorégraphe Terrill Maguire...Mais la majorité des titres sont plus calmes, introspectifs. Ils semblent interroger dans une danse légère, comme une fumée qui s'élève, s'estompe, reprend. Ce sont des lignes esquissées, subtilement variées, autant de montées vers l'immuable. D'une certaine manière, il s'agit de propositions méditatives, d'une grande pureté, la compositrice alliant un dodécaphonisme non dogmatique à une approche intuitivement minimaliste dont l'extraordinaire cycle des dix "Soundstill", répartis  par Ann Southam et par la pianiste dans les deux disques, est un sommet admirable. Au bout d'un certain temps, bien que les techniques de composition diffèrent, la musique d'Ann Southam me paraît créer un effet assez analogue à celle de Morton Feldman, peut-être justement parce que tous les deux cherchent à modifier notre rapport au temps dont ils élargissent les mailles, travaillent sur la durée, elle avec une rigueur et une douce obstination, lui en s'abandonnant aux labyrinthes nés du tissage erratique des motifs. 

   Avant de poursuivre, "Soundstill" I à III en écoute (comme toujours, patientez une quinzaine de secondes...) :

   Returnings, paru en 2011, propose les deux dernières compositions d'Ann Southam, "Returnings I" et "Returnings II", ainsi que deux pièces de 1998 et 2204. À nouveau, comme pour le disque précédent, la compositrice a travaillé en étroite collaboration avec son interprète, la pianiste Eve canadienne Egoyan, pour laquelle elle a écrit ces pièces.

   "Returnings I" et "Returnings II : a meditation", qui ouvent et referment l'album, sont des œuvres amples, construites sur une série de douze sons, avec un point d'appui constant sur des graves. L'ambiance est très mystérieuse, presque hiératique : musique de lévitation, qui danse à peine, sur place, dans le frémissement de ses harmoniques. Bien que plus sombre, la musique ne se fait jamais plainte : elle se tient, digne, et fière, insaisissable dans son effort vers la lumière des médiums, rarement des aigus. Pureté minimaliste du dépouillement, et dans le même temps, plénitude et richesse des consonances.

  "In retrospect" est la pièce la plus vertigineusement minimaliste, mais très loin d'un minimalisme à la Philip Glass : ici, tout est tenu, chaque note sonne à sa place, résonne, donne le meilleur d'elle-même avant de laisser la place à la suivante. La construction est arachnéenne : la musique se tisse pour prendre sa proie, envoûter l'auditeur dans le savant agencement de son économie. Pièce prodigieuse qui renforce mon rapprochement avec l'univers de Morton Feldman. Pièce sublime, comme le ressent d'ailleurs la pianiste soulignant l'effet produit, celui de mettre « le temps commun et le temps céleste en parallèle ».

   "Qualities of consonance", la plus ancienne des pièces sur l'album, est la plus tumultueuse, articulée entre une coulée chaotique récurrente, à intervalles très irréguliers, et des passages d'un calme souverain, eux-mêmes plus contrastés. C'est un paysage où alternent la force et la grâce, oui, la grâce fragile, sereine et magnifique de phrases calmes, ponctuées de silences après lesquels la phrase reprend, légère, lumineuse, traversée d'ombres au moment des graves et de sons comme ceux d'un piano préparé. On ferme les yeux, on est au cœur des choses, dans l'ineffable, l'indicible. Peut-on parler de sommet dans un tel disque ?

    Ann Southam, merci pour cette musique qui parle à l'âme, intemporelle et belle. Décédée à 73 ans, elle portait en elle d'autres musiques, qui resteront non écrites. Je continuerai d'explorer cette œuvre immense, l'une des plus importantes de la fin du siècle précédent et de ce début de siècle.

Pond Life paru chez Centrediscs / Centredisques en 2009 / deux cds / 10 et 10 pistes / 48 et 53 minutes.

Returnings paru chez Centrediscs / Centredisques en 2011 / 4 titres / 61 minutes

Pour aller plus loin

- "Soundstill VII" par Christina Petrowska Quilico au studio Glenn Gould de Toronto :

"Returnings II : a meditation" en écoute (même patience demandée...) :

Programme de l'émission du lundi 17 mars 2014

Hommage à Michel Banabila :

* Michel Banabila & Machinefabriek :  Runner / Debris (Pistes 7 & 8, 10'30), extraits de Travelog (Tapu Records & Lumberton Trading Company, 2013)

* Michel Banabila : A giant Cyborg and tiny insect drones / Alien World / Tesla's Lab (p. 4 à 6, 16'30), extraits de More Research from the same dept. (Tapu Records, 2014)

Les états du piano :

Jocelyn Robert : Versöhnungskirche (p. 1, 23'03), extrait de Versöhnungskirche (merles, 2012)

25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 22:00

(Fin de la mise à jour et nouvelle publication de cet index en 3 parties)

Dernière partie de cet index. Je m'aperçois de doublons, que je supprime. Évidemment, le commentaire de Bourbaki à propos de Frédéric Lagnau devrait se trouver avec la seconde partie...

Précision : Comme la date en tête de l'article ne l'indiquera pas longtemps, j'essaie de tenir à jour le plus régulièrement possible cet index...Signalez-moi les liens morts ou erreurs, merci.

Dernière mise à jour : 26 mars 2014 (je ne cesse de corrriger des liens défectueux depuis le passage à la nouvelle version d'Overblog-kiwi...)

RADIOHEAD                              Les voix déchirées des anges nus : In Rainbows (2008)

REDHAGE (Jody)                         of minutiae and memory (2011)

RED BULL MUSIC ACADEMY           La fabrique électronique

REICH (Steve)      Le concept de l'émission

                                                                  Spéciale Maya Beiser

                                                                  Le pulse plus que jamais : Daniel Variations (2008)

                                                                  Le Triomphe d'Éros : Double Sextet / 2x5 (2010)

                                                                  Kuniko plays Reich (2011)

                                                                   WTC 9/11 - Mallet Quartet (2011) : lavielamortsansarrêt

REVERSE ENGINEERING                      Highly complex machinery (2010)

REVO                                                        Haro sur le marasme

                                                                  In Vacuum (2012)

RICHTER (Max)          La quintessence arlequine du minimalisme

                                                             Recomposed by Max Richter (2012)

                                                    De la recomposition : réflexions sur une pratique musicale

RILEY (Terry)      La troisième oreille de l'absolu

                                                                  Les quatuors de la nuit cadencée

                                                             Michael Harrison, Terry Riley, LaMonte Young et l'intonation juste

                                                                  Le retour du magicien

                                                                  Keyboard Studies 1 & 2

                                                                  In C Remixed - L'âge de la recomposition (2010)

                                                                  "In C" par le Salt Lake Electric Ensemble (2010)

                                                                  Aleph (2012) Splendeurs de l'intonation juste

ROBERT (Jocelyn)   poète du piano Disklavier :

                                                          immobile (2012) + Versöhnungskirche (2012)

ROUMAIN (Daniel Bernard)                   Un violoniste pour aujourd'hui : etudes4violin&electronix (2007)

SAARIAHO (Kaija)     Fleurs percussives

SAKAMOTO (Ryuichi)          Insen, revep (2005)

SALT LAKE ELECTRIC ENSEMBLE     In C de Terry Riley, version 2011

Satie (Erik)                           Le Fils des étoiles (vidéo)

SCHLEIERMACHER (Steffen)   British ! (2011)

SCHROEDER (Phillip) nuance, mystère et grâce...(1) :

                                                                                   Music for piano (2005)

                                                                    nuance, mystère et grâce...(2) :

                                                                                   Move in the Changing Light (2006)

SCOTT (Stephen)                  un orchestre à l'intérieur du piano

SENTIERI SELVAGGI                 La musique libère l'esprit

SHANTEL                                                Musiques pour "time feelers"

SIG                                                          Sonate hip-hop pour le temps présent : Freespeed sonata (2010)

SISSOKO (Ballaké)                                   Boire à la source : Chamber Music (2009) avec Vincent Segal

SHEA (David)                  Hommage à David Shea

                                                                 Sorcier de la musique électronique

SLOW FLOW                                          Petits plaisirs du dire

SLOW SIX                           Splendeur sereine du post-minimalisme...

                                                                 Le post-minimalisme bien tempéré

                                                                   Parce que nous sommes tissus d'étoiles :

                                                                           Tomorrow becomes you (2010)

SMITH (Chas)                                     Harmoniste des sphères : Descent (2005) / Nakadai (2008)

SMITH (Peter)                                     Musique de l'étrange

                                                                  Visions de l'Autre côté

SOMNA                                                   L'imaginaire limpide des lointains

SONIC YOUTH                    Les disques de l'année 2004 : Nurse

SOUTHAM (Ann)   Soundings for a new piano (2011)

                                                         le piano danse à travers le temps :

                                                                       Pond Life (2009) + Returnings (2011)

SO PERCUSSION                       Fleurs percussives

                                                                  Un jardin d'instruments : Five gardens (and a half) (2007)

                                                                                        avec Trollstilt

                                                                  Le bonheur est dans le son : Treasure State (2010),

                                                                                        avec Matmos (voir ce nom)

SPYWEIRDOS             Un musicien grec pour incanter l'été

                                                                  Epistrophy at Utopia (avec John Mourjopoulos...)

                                                                  dans les ténèbres de la lumière : Wetsound orchestra (2006)

                                                                  Épiphanie de l'invisible : Ten Letters (2009)

STARS of THE LID                      Orages profonds pour papillons-vampires

STITH (DM)                                             Envols d'amour : Heavy Ghost (2009)

STONE (Carl)                                       L'ailleurs électronique absolu

STOTT (Andy)                                           Passed me by / We stay together (2011)

SUBOTNIK (Morton)   la musique électronique vivante :

                                                                                 Volume 3 - Electronic Works (2011)

(SUB ROSA) :  Label                    an anthology of noise and electronic music (à suivre) : 1 & 2

SUPKO (John)                         Voir le duo DUE EAST : drawn only once (2011)

SVARD (Loïs), pianiste       Pianiste à la recherche de nouveaux paysages musicaux

                                                                    With and Without Memory (1993) :

                                                                     "Blue" Gene Tyranny / William Duckworth / Robert Ashley

TANADA (Fumidori)                                 Autour d'Harold Budd...

TARAF de Haïdouks                                 Melencholia ? No !...Si !

TEKNIC OLD SCHOOL                        Teknic Old Skool / Ethel : la vieille école revisitée

THE AlBUM LEAF                                L'émission du 11/02/07 : dans la forêt des nouveautés.

THEE, STRANDED HORSES                Rivages de nulle part

The NATIONAL                                Trouble will find me (2013)

The UNTHANKS                              Here's the tender coming (2009)

The STREETS                        Original pirate material

TRISTANO (Francesco)                Pour le meilleur ! (petite rétrospective)

TSABROPOULOS (Vassilis)    Quand le piano réinvente la tradition

                                                                  Melos (2008) (avec Anja Lechner) Chants d'un Orient intemporel

UNDER BYEN                                        Sept mots sous des arbres géants

UNDER THE SNOW                               The Vanishing Point (2012)

VANTZOU (Christina)                   N°1 (2011) La signature du mytère

VEEN (Jeroen Van)  Et le piano vous emportera

                                                                  Minimal piano collection (vol. XI-XX) :

                                                                               la bible du minimalisme (suite)

VARIOUS                                     La fabrique électronique

VELDHUIS (Jacob ter)                           Le post-minimalisme bien tempéré

VICTOIRE                                         Cathedral City (2010)

VIZIER OF DAMASCUS                          sur Rednetic Recordings : Badshahi (2007 ?)

VRIES (Klaas de)                                    Le post-minimalisme bien tempéré

WALKER (Scott)                   The Drift (2006)

WOBBLE (Jah)                                         Les sombres eaux de la création

WOLFE (Julia)                 La musique en liberté !

                                                                 Multiple splendeur : Dark Full Ride (2009)

                                                                  Cruel sister (2011)

WYATT (Robert)          "comicopera", chansons de chambre d'un homme du monde

YORKE (Thom)                       Le concept de l'émission

                                                                  Les voix déchirées des anges nus : In Rainbows (2008)

ZAHIA                                                     Musique pour s'attabler au festin du destin

ZAVOLOKA                                               L'électronique surréaliste ?

ZORN (John)               The Gnostic Preludes (2012)

                                                                    The Hermetic Organ (2012)

ZVUKU                                                 Other room listening  (2012)

Published by Dionys - dans Index Musiciens
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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 16:00

(Suite de la mise à jour de mon index des musiciens)

Précision : Comme la date en tête de l'article ne l'indiquera pas longtemps, j'essaie de tenir à jour le plus régulièrement possible cet index. Signalez-moi les liens morts ou erreurs, merci.

   Dernière mise à jour : Mercredi 9 avril 2014

Deuxième partie de l'index.

HAINES (Greg)          L'évidence du sublime : Until the point of hushed Support (2010)

                                                                                                            et Digressions (2012)

HALF ASLEEP             Subtitles for the silent versions (2011) : Beauté grave

HARMONIC 313                           L'heure de la désincarnation :

                                                                    When Machines exceed human intelligence (2009)

HARRISON (Michael)         l'intonation juste, la révolution du piano harmonique

HARVEY (Polly Jean)                                dance hall at louse point (1996) avec John Parish

HEADPHONE                                 Les Disques de l'année 2006

HECKER (Tim)                Visions électroniques  

                                                                 Dropped pianos (2011)

                                                                Virgins (2013)

HELVACIOGLU (Erdem)          L'art de l'acoustique prolongée ou préparée :

                                                                          Altered realities (2006)   + Eleven Short Stories (2012)

HIGH TONE                                             Le dub urbain se prte bien : Out back (2010)

HOLT (Danny), pianiste   Fast Jump (2009) : Musiques de David Lang, Caleb Burhans...

HOLT (Simeon Ten)            Solo piano music (Volumes I -V) (2013)

HOPKINS (Jon)                                     Tranquilles dérives : Insides (2010)

HORVATH (Nicolas), pianiste    Nuit du piano minimaliste (à Kiev)

HRSTA                                                       Ghosts will come and kiss your eyes (2007)

IDEM                                                            The Sixth Aspiration Museum Overview

IMAGHO                                                  Rencontres avec une guitare sensible

                                                                    Méandres (2013)

ITAL TEK                                                Deux voies de l'électronique britannique

                                                                   (avec Marconi Union)

                                                               Rêveries électronocturnes : Midnight Colour (2010)

ITSNOTYOUITSME      Le post minimalisme sublime, simplement

                                                                     Everybody's pain is magnificent (2011)

                                                                    This I (2013)

JANUS                                                      I am not (2010)

JEANRENAUD (Joan)                   Le violoncelle éperdument : Strange Toys (2008)

JÓHANNSSON (Jóhann)           Dans la forêt des nouveautés

                                                                    Fordlandia, la mélancolie à l'ère des machines

JOHNSON (Dennis) November (2013) Le monument secret du minimalisme

JOHNSON (Tom)       An Hour for piano (1979 / 2000)

JOSEL (Seth)                                         The Stroke that kills (2008)

JOSS (Dani)                                 tout un monde d'épiphanies limpides : Shaper of form (2006)

KALYLIVEDUB                             De Kalylivedub aux Mélodies françaises

                                                                    Expérimentations électroniques dans des univers parallèles

KEATING (Zoe)                              Le violoncelle puissance 16

KEENE                                                     The River and the Fence (2007)

KIRKLAND SNIDER (Sarah)     Penelope (2010)

KLEEFSTRA (Jan & Romke)piiptsjilling (2008) : la langue musique

KLINE (Phil)                  compositeur américain éclectique et sensible

                                                     Cadavres exquis d'un livre d'heures dans une chambre bleue

KREMSKI (Alain)              résonance / mouvements... (2009)

LABÈQUE (Katia & Marielle), pianistes     Minimalist Dream House (2013)

LAGNAU (Frédéric)  Jardins d'oubli

                                                                       Promeneur minimaliste inspiré

LAND                                         Night Within (2012)                   

LANG (David)       Fleurs percussives

                                                              Les musiques de Peter Greenaway

                                                              Les disques de l'année 2005

                                                              The Carbon Copy Building (2006)

                                                                (avec Michael Gordon et Julia Wolfe)

                                                                Pierced (2008) : jusqu'à l'os de l'âme

                                                                Petite rétrospective (1)

                                                                Child (2003) Petite rétrospective (2)

                                                                The Little Match Girl (2009)

                                                                 this was written by hand (2011)

                                                                death speaks (2013)

LAUTEN (Élodie)             The Death of Don Juan (opéra)

                                                          Illuminations pour piano : Piano works revisited (2010)

LÉANDRE (Joëlle)                         La contrebasse "visible corps étonnant d'innocence"

LE MAGNIFIQUE (Robert )                      Variations sur l'(in)humain

LOSCIL                                                          Melencholia ? No !...Si !

LOUISVILLE                                                 Confluences rêvées : a silent effort in the night (2009)

MACÉ (Pierre-Yves)       Expérimentations électroniques dans des univers parallèles

                                                                        La troublante proximité des lointains : Passagenweg (2009)

MACHNEFABRIEK        Blank grey Canvas sky (2009), vidéo

                                                                       (avec Peter Broderick)

MAHLER (David)                 La rose fleurit en eau profonde :

                                                               Only Music Can Save Me Now (2010)

MAMAN                                     Les Disques de l'année 2006

MARCONI UNION                               Deux voies de l'électronique britannique (avec ITAL TEK)

MAR-KHALIFÉ (Bachar)     Who's Gonna Get The Ball Behind The Wall Of The Garden Today (2013)  

MARSHALL (Ingram)  Visions électroniques

                                                                   Les sombres eaux de la création

                                                               De drame et d'éther : September Canons (2009)

                                                            Martin Scorsese, Shutter Island et Ingram Marshall

                                                             Chophars, sirènes de navires et cornes de brume :

                                                           De quelques musiques d'Alvin Curran et Ingram Marshall

MATMOS                              Le bonheur est dans le son : Treasure State (2010)

                                                                avec So Percussion

                                                                        Remixes sur Quartets (2011)

                                                                        de Jefferson FRIEDMAN (voir ce nom)

                                                                        L'électronique décomplexée (1) :

                                                                               The Rose has Teeth in the Mouth of A Beast (2006)

                                                                        L'électronique décomplexée (2) :

                                                                                Supreme Balloon (2008)

MAZZOLI (Missy)                 Song from the Uproar (2012)

MELNYK (Lubomyr)               Laissez-vous emporter par le piano en mode continu

                                                                Corollaries (2013)

MENCHE (Daniel)                                 L'ailleurs électronique absolu

MENSELSON                  Triple album (2013)

MERTENS (Wim)                            Et le piano vous emportera

                                                                         Series of Ands / Immediate givens (2011)

MI & L'AU                                                       if Beauty Is A Crime (2011)

MOON ATE THE DARK      sans titre (2012)

MOORE (Kate)                    The Open Road (2010)

MORI (Ikue)                                L'électronique à la rencontre du moi le plus profond

                                                                           une belle vidéo de la musicienne

MOULTAKA (Zad)                        Les disques de l'année 2004 : Zarani

MUHLY (Nico)             Dans la cour des grands : Speaks volumes (2007)

                                                                           mothertongue (2008)

                                                                           I drink the air before me (2010)

                                                                        Seeing Is Believing (2011)

                                                                         Drones (2012)

MUMMA (Gordon)                                      Music for solo piano (2008) Le jardin secret d'un pionnier

MURAT (Jean-Louis)                           Tristan

MY BRIGHTEST DIAMOND      a thousand shark's teeth (2008)

                                                                  All Things will unwind (2011)

MYGÜK                                                  La musique des images

NAÏAL                                                    ...déviations sonores

NEWSPEAK                                            Sweet light crude (2010)

N-NAOS                                                  La Chine à l'heure de l'électro

NOTO (Alva)                L'accord parfait : insen (2005) + revep (2005)

                                                                 avec Ryuichi SAKAMOTO

                                                                 Xerrox, volume 2 (2009)

                                                                 mimikry (2010)

                                                                 Utp (2008 - 2011)

                                                           avec Ryuichi SAKAMOTO et l'Ensemble Modern

NURSE With WOUND     Chance Meeting on a Dissecting Table

                                                                                                                    (1980 / 2010)

                                                               Rupture (2011), avec Graham Bowers

                                                      La Beauté sera convulsive ou ne sera pas :

                                                                              Parade (2013), avec Graham Bowers

NYMAN (Michael)                           Les musiques de Peter Greenaway

ODD NOSDAM                                     Aux portes d'une nouvelle perception

ORNSTEIN (Leo)                                Fantasy and Metaphor (2008) Le piano, instrument de transport(s) !

OSWALD (Moritz von)                        Le mariage du classique et de l'électronique (avec Carl Craig)

OTTE (Hans)                       Phelan Sheppard / Hommage à Hans Otte : résonances cycliques

                                                                     Cadavres exquis d'un livre d'heures dans une chambre bleue

PALESTINE (Charlemagne)   Orages profonds pour papillons-vampires

                                                                       an aural symbiotic mystery (2006) avec Tony Conrad

PALOMO VINUESA (Daniel)               Musique libre pour homme approximatif

PANTHA DU PRINCE                           La forêt des sons neige : Black Noise (2009)

PÄRT (Arvo)             La musique d'Arvo Pärt : hommage-poème

PEDESTRIAN                                        Ghostly Life (2006)

PETIT (Didier)                                  Violoncelliste in vivo

PHELAN SHEPPARD                Phelan Sheppard / Hommage à Hans Otte : résonances cycliques

PIANO CIRCUS                   six pianos pour de nouveaux horizons musicaux

PIANO INTERRUPTED    The Unified Field (2013)

PICORE                                                  Assyrian vertigo (2011)

PIIPTSJILLING                           sans titre (2008)

PITRE (Duane)     Aux portes d'une nouvelle perception

                                                                 Pour découvrir l'intonation juste : The Harmonic series (2009)

                                                                 Feel free (2012)

PLANO (Sebastian)            Impetus (2013)

PORTISHEAD                 Les voix déchirées des anges nus

PORT ROYAL                          Dying in Time (2009)

PRITCHARD (Mark)                   Voir : HARMONIC 313

                                                                 La fabrique électronique

PROMISE AND THE MONSTER         Les couteaux transparents de la beauté

PSYCHOANGELO                     Paraunomni (2010)

PSYKiK LYRIKAH  C'est vers làs-bas qu'on vit d'éloquence

                                                                 souvent l'absence se lit dans nos quêtes

                                                                   Le rap lyrique

                                                         Derrière moi (2011)

                                                        Jamais trop tard (2013)

Published by Dionys - dans Index Musiciens
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