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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 19:31

   Après ma présentation de Soundings for a new piano interprété par R. Andrew Lee, je reviens comme prévu vers l'œuvre d'Ann Southam, compositrice canadienne décédée en 2010, cette fois avec deux disques longs qui confirment et amplifient mon admiration, ma fascination. 

   La pianiste Christina Petrowska Quilico interprète dans Pond Life, double cd paru en 2009, des pièces que la compositrice a spécialement écrites pour elle à la suite du succès remporté par Rivers. Toutes sont inspirées par des rivières, les cycles Spatial View of Pond I et II empruntant leur titre au tableau de l'artiste nippo-canadienne Aiko Suzuki. Quelques compositions sont plutôt virtuoses, comme "Noisy river" ou "Commotion Creek", suggérant le cours tumultueux des eaux vives par l'intrication des lignes mélodiques, la répétition rapide de brefs motifs rythmiques. La musique est flexible, changeante, débordante d'une joie simple, élémentaire, celle du mouvement perpétuellement renaissant. Précisons que l'ensemble de l'album  a été composé pour la danseuse et chorégraphe Terrill Maguire...Mais la majorité des titres sont plus calmes, introspectifs. Ils semblent interroger dans une danse légère, comme une fumée qui s'élève, s'estompe, reprend. Ce sont des lignes esquissées, subtilement variées, autant de montées vers l'immuable. D'une certaine manière, il s'agit de propositions méditatives, d'une grande pureté, la compositrice alliant un dodécaphonisme non dogmatique à une approche intuitivement minimaliste dont l'extraordinaire cycle des dix "Soundstill", répartis  par Ann Southam et par la pianiste dans les deux disques, est un sommet admirable. Au bout d'un certain temps, bien que les techniques de composition diffèrent, la musique d'Ann Southam me paraît créer un effet assez analogue à celle de Morton Feldman, peut-être justement parce que tous les deux cherchent à modifier notre rapport au temps dont ils élargissent les mailles, travaillent sur la durée, elle avec une rigueur et une douce obstination, lui en s'abandonnant aux labyrinthes nés du tissage erratique des motifs. 

   Avant de poursuivre, "Soundstill" I à III en écoute (comme toujours, patientez une quinzaine de secondes...) :

   Returnings, paru en 2011, propose les deux dernières compositions d'Ann Southam, "Returnings I" et "Returnings II", ainsi que deux pièces de 1998 et 2204. À nouveau, comme pour le disque précédent, la compositrice a travaillé en étroite collaboration avec son interprète, la pianiste Eve canadienne Egoyan, pour laquelle elle a écrit ces pièces.

   "Returnings I" et "Returnings II : a meditation", qui ouvent et referment l'album, sont des œuvres amples, construites sur une série de douze sons, avec un point d'appui constant sur des graves. L'ambiance est très mystérieuse, presque hiératique : musique de lévitation, qui danse à peine, sur place, dans le frémissement de ses harmoniques. Bien que plus sombre, la musique ne se fait jamais plainte : elle se tient, digne, et fière, insaisissable dans son effort vers la lumière des médiums, rarement des aigus. Pureté minimaliste du dépouillement, et dans le même temps, plénitude et richesse des consonances.

  "In retrospect" est la pièce la plus vertigineusement minimaliste, mais très loin d'un minimalisme à la Philip Glass : ici, tout est tenu, chaque note sonne à sa place, résonne, donne le meilleur d'elle-même avant de laisser la place à la suivante. La construction est arachnéenne : la musique se tisse pour prendre sa proie, envoûter l'auditeur dans le savant agencement de son économie. Pièce prodigieuse qui renforce mon rapprochement avec l'univers de Morton Feldman. Pièce sublime, comme le ressent d'ailleurs la pianiste soulignant l'effet produit, celui de mettre « le temps commun et le temps céleste en parallèle ».

   "Qualities of consonance", la plus ancienne des pièces sur l'album, est la plus tumultueuse, articulée entre une coulée chaotique récurrente, à intervalles très irréguliers, et des passages d'un calme souverain, eux-mêmes plus contrastés. C'est un paysage où alternent la force et la grâce, oui, la grâce fragile, sereine et magnifique de phrases calmes, ponctuées de silences après lesquels la phrase reprend, légère, lumineuse, traversée d'ombres au moment des graves et de sons comme ceux d'un piano préparé. On ferme les yeux, on est au cœur des choses, dans l'ineffable, l'indicible. Peut-on parler de sommet dans un tel disque ?

    Ann Southam, merci pour cette musique qui parle à l'âme, intemporelle et belle. Décédée à 73 ans, elle portait en elle d'autres musiques, qui resteront non écrites. Je continuerai d'explorer cette œuvre immense, l'une des plus importantes de la fin du siècle précédent et de ce début de siècle.

Pond Life paru chez Centrediscs / Centredisques en 2009 / deux cds / 10 et 10 pistes / 48 et 53 minutes.

Returnings paru chez Centrediscs / Centredisques en 2011 / 4 titres / 61 minutes

Pour aller plus loin

- "Soundstill VII" par Christina Petrowska Quilico au studio Glenn Gould de Toronto :

"Returnings II : a meditation" en écoute (même patience demandée...) :

Programme de l'émission du lundi 17 mars 2014

Hommage à Michel Banabila :

* Michel Banabila & Machinefabriek :  Runner / Debris (Pistes 7 & 8, 10'30), extraits de Travelog (Tapu Records & Lumberton Trading Company, 2013)

* Michel Banabila : A giant Cyborg and tiny insect drones / Alien World / Tesla's Lab (p. 4 à 6, 16'30), extraits de More Research from the same dept. (Tapu Records, 2014)

Les états du piano :

Jocelyn Robert : Versöhnungskirche (p. 1, 23'03), extrait de Versöhnungskirche (merles, 2012)

25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 22:00

(Fin de la mise à jour et nouvelle publication de cet index en 3 parties)

Dernière partie de cet index. Je m'aperçois de doublons, que je supprime. Évidemment, le commentaire de Bourbaki à propos de Frédéric Lagnau devrait se trouver avec la seconde partie...

Précision : Comme la date en tête de l'article ne l'indiquera pas longtemps, j'essaie de tenir à jour le plus régulièrement possible cet index...Signalez-moi les liens morts ou erreurs, merci.

Dernière mise à jour : 26 mars 2014 (je ne cesse de corrriger des liens défectueux depuis le passage à la nouvelle version d'Overblog-kiwi...)

RADIOHEAD                              Les voix déchirées des anges nus : In Rainbows (2008)

REDHAGE (Jody)                         of minutiae and memory (2011)

RED BULL MUSIC ACADEMY           La fabrique électronique

REICH (Steve)      Le concept de l'émission

                                                                  Spéciale Maya Beiser

                                                                  Le pulse plus que jamais : Daniel Variations (2008)

                                                                  Le Triomphe d'Éros : Double Sextet / 2x5 (2010)

                                                                  Kuniko plays Reich (2011)

                                                                   WTC 9/11 - Mallet Quartet (2011) : lavielamortsansarrêt

REVERSE ENGINEERING                      Highly complex machinery (2010)

REVO                                                        Haro sur le marasme

                                                                  In Vacuum (2012)

RICHTER (Max)          La quintessence arlequine du minimalisme

                                                             Recomposed by Max Richter (2012)

                                                    De la recomposition : réflexions sur une pratique musicale

RILEY (Terry)      La troisième oreille de l'absolu

                                                                  Les quatuors de la nuit cadencée

                                                             Michael Harrison, Terry Riley, LaMonte Young et l'intonation juste

                                                                  Le retour du magicien

                                                                  Keyboard Studies 1 & 2

                                                                  In C Remixed - L'âge de la recomposition (2010)

                                                                  "In C" par le Salt Lake Electric Ensemble (2010)

                                                                  Aleph (2012) Splendeurs de l'intonation juste

ROBERT (Jocelyn)   poète du piano Disklavier :

                                                          immobile (2012) + Versöhnungskirche (2012)

ROUMAIN (Daniel Bernard)                   Un violoniste pour aujourd'hui : etudes4violin&electronix (2007)

SAARIAHO (Kaija)     Fleurs percussives

SAKAMOTO (Ryuichi)          Insen, revep (2005)

SALT LAKE ELECTRIC ENSEMBLE     In C de Terry Riley, version 2011

Satie (Erik)                           Le Fils des étoiles (vidéo)

SCHLEIERMACHER (Steffen)   British ! (2011)

SCHROEDER (Phillip) nuance, mystère et grâce...(1) :

                                                                                   Music for piano (2005)

                                                                    nuance, mystère et grâce...(2) :

                                                                                   Move in the Changing Light (2006)

SCOTT (Stephen)                  un orchestre à l'intérieur du piano

SENTIERI SELVAGGI                 La musique libère l'esprit

SHANTEL                                                Musiques pour "time feelers"

SIG                                                          Sonate hip-hop pour le temps présent : Freespeed sonata (2010)

SISSOKO (Ballaké)                                   Boire à la source : Chamber Music (2009) avec Vincent Segal

SHEA (David)                  Hommage à David Shea

                                                                 Sorcier de la musique électronique

SLOW FLOW                                          Petits plaisirs du dire

SLOW SIX                           Splendeur sereine du post-minimalisme...

                                                                 Le post-minimalisme bien tempéré

                                                                   Parce que nous sommes tissus d'étoiles :

                                                                           Tomorrow becomes you (2010)

SMITH (Chas)                                     Harmoniste des sphères : Descent (2005) / Nakadai (2008)

SMITH (Peter)                                     Musique de l'étrange

                                                                  Visions de l'Autre côté

SOMNA                                                   L'imaginaire limpide des lointains

SONIC YOUTH                    Les disques de l'année 2004 : Nurse

SOUTHAM (Ann)   Soundings for a new piano (2011)

                                                         le piano danse à travers le temps :

                                                                       Pond Life (2009) + Returnings (2011)

SO PERCUSSION                       Fleurs percussives

                                                                  Un jardin d'instruments : Five gardens (and a half) (2007)

                                                                                        avec Trollstilt

                                                                  Le bonheur est dans le son : Treasure State (2010),

                                                                                        avec Matmos (voir ce nom)

SPYWEIRDOS             Un musicien grec pour incanter l'été

                                                                  Epistrophy at Utopia (avec John Mourjopoulos...)

                                                                  dans les ténèbres de la lumière : Wetsound orchestra (2006)

                                                                  Épiphanie de l'invisible : Ten Letters (2009)

STARS of THE LID                      Orages profonds pour papillons-vampires

STITH (DM)                                             Envols d'amour : Heavy Ghost (2009)

STONE (Carl)                                       L'ailleurs électronique absolu

STOTT (Andy)                                           Passed me by / We stay together (2011)

SUBOTNIK (Morton)   la musique électronique vivante :

                                                                                 Volume 3 - Electronic Works (2011)

(SUB ROSA) :  Label                    an anthology of noise and electronic music (à suivre) : 1 & 2

SUPKO (John)                         Voir le duo DUE EAST : drawn only once (2011)

SVARD (Loïs), pianiste       Pianiste à la recherche de nouveaux paysages musicaux

                                                                    With and Without Memory (1993) :

                                                                     "Blue" Gene Tyranny / William Duckworth / Robert Ashley

TANADA (Fumidori)                                 Autour d'Harold Budd...

TARAF de Haïdouks                                 Melencholia ? No !...Si !

TEKNIC OLD SCHOOL                        Teknic Old Skool / Ethel : la vieille école revisitée

THE AlBUM LEAF                                L'émission du 11/02/07 : dans la forêt des nouveautés.

THEE, STRANDED HORSES                Rivages de nulle part

The NATIONAL                                Trouble will find me (2013)

The UNTHANKS                              Here's the tender coming (2009)

The STREETS                        Original pirate material

TRISTANO (Francesco)                Pour le meilleur ! (petite rétrospective)

TSABROPOULOS (Vassilis)    Quand le piano réinvente la tradition

                                                                  Melos (2008) (avec Anja Lechner) Chants d'un Orient intemporel

UNDER BYEN                                        Sept mots sous des arbres géants

UNDER THE SNOW                               The Vanishing Point (2012)

VANTZOU (Christina)                   N°1 (2011) La signature du mytère

VEEN (Jeroen Van)  Et le piano vous emportera

                                                                  Minimal piano collection (vol. XI-XX) :

                                                                               la bible du minimalisme (suite)

VARIOUS                                     La fabrique électronique

VELDHUIS (Jacob ter)                           Le post-minimalisme bien tempéré

VICTOIRE                                         Cathedral City (2010)

VIZIER OF DAMASCUS                          sur Rednetic Recordings : Badshahi (2007 ?)

VRIES (Klaas de)                                    Le post-minimalisme bien tempéré

WALKER (Scott)                   The Drift (2006)

WOBBLE (Jah)                                         Les sombres eaux de la création

WOLFE (Julia)                 La musique en liberté !

                                                                 Multiple splendeur : Dark Full Ride (2009)

                                                                  Cruel sister (2011)

WYATT (Robert)          "comicopera", chansons de chambre d'un homme du monde

YORKE (Thom)                       Le concept de l'émission

                                                                  Les voix déchirées des anges nus : In Rainbows (2008)

ZAHIA                                                     Musique pour s'attabler au festin du destin

ZAVOLOKA                                               L'électronique surréaliste ?

ZORN (John)               The Gnostic Preludes (2012)

                                                                    The Hermetic Organ (2012)

ZVUKU                                                 Other room listening  (2012)

Published by Dionys - dans Index Musiciens
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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 16:00

(Suite de la mise à jour de mon index des musiciens)

Précision : Comme la date en tête de l'article ne l'indiquera pas longtemps, j'essaie de tenir à jour le plus régulièrement possible cet index. Signalez-moi les liens morts ou erreurs, merci.

   Dernière mise à jour : Mercredi 9 avril 2014

Deuxième partie de l'index.

HAINES (Greg)          L'évidence du sublime : Until the point of hushed Support (2010)

                                                                                                            et Digressions (2012)

HALF ASLEEP             Subtitles for the silent versions (2011) : Beauté grave

HARMONIC 313                           L'heure de la désincarnation :

                                                                    When Machines exceed human intelligence (2009)

HARRISON (Michael)         l'intonation juste, la révolution du piano harmonique

HARVEY (Polly Jean)                                dance hall at louse point (1996) avec John Parish

HEADPHONE                                 Les Disques de l'année 2006

HECKER (Tim)                Visions électroniques  

                                                                 Dropped pianos (2011)

                                                                Virgins (2013)

HELVACIOGLU (Erdem)          L'art de l'acoustique prolongée ou préparée :

                                                                          Altered realities (2006)   + Eleven Short Stories (2012)

HIGH TONE                                             Le dub urbain se prte bien : Out back (2010)

HOLT (Danny), pianiste   Fast Jump (2009) : Musiques de David Lang, Caleb Burhans...

HOLT (Simeon Ten)            Solo piano music (Volumes I -V) (2013)

HOPKINS (Jon)                                     Tranquilles dérives : Insides (2010)

HORVATH (Nicolas), pianiste    Nuit du piano minimaliste (à Kiev)

HRSTA                                                       Ghosts will come and kiss your eyes (2007)

IDEM                                                            The Sixth Aspiration Museum Overview

IMAGHO                                                  Rencontres avec une guitare sensible

                                                                    Méandres (2013)

ITAL TEK                                                Deux voies de l'électronique britannique

                                                                   (avec Marconi Union)

                                                               Rêveries électronocturnes : Midnight Colour (2010)

ITSNOTYOUITSME      Le post minimalisme sublime, simplement

                                                                     Everybody's pain is magnificent (2011)

                                                                    This I (2013)

JANUS                                                      I am not (2010)

JEANRENAUD (Joan)                   Le violoncelle éperdument : Strange Toys (2008)

JÓHANNSSON (Jóhann)           Dans la forêt des nouveautés

                                                                    Fordlandia, la mélancolie à l'ère des machines

JOHNSON (Dennis) November (2013) Le monument secret du minimalisme

JOHNSON (Tom)       An Hour for piano (1979 / 2000)

JOSEL (Seth)                                         The Stroke that kills (2008)

JOSS (Dani)                                 tout un monde d'épiphanies limpides : Shaper of form (2006)

KALYLIVEDUB                             De Kalylivedub aux Mélodies françaises

                                                                    Expérimentations électroniques dans des univers parallèles

KEATING (Zoe)                              Le violoncelle puissance 16

KEENE                                                     The River and the Fence (2007)

KIRKLAND SNIDER (Sarah)     Penelope (2010)

KLEEFSTRA (Jan & Romke)piiptsjilling (2008) : la langue musique

KLINE (Phil)                  compositeur américain éclectique et sensible

                                                     Cadavres exquis d'un livre d'heures dans une chambre bleue

KREMSKI (Alain)              résonance / mouvements... (2009)

LABÈQUE (Katia & Marielle), pianistes     Minimalist Dream House (2013)

LAGNAU (Frédéric)  Jardins d'oubli

                                                                       Promeneur minimaliste inspiré

LAND                                         Night Within (2012)                   

LANG (David)       Fleurs percussives

                                                              Les musiques de Peter Greenaway

                                                              Les disques de l'année 2005

                                                              The Carbon Copy Building (2006)

                                                                (avec Michael Gordon et Julia Wolfe)

                                                                Pierced (2008) : jusqu'à l'os de l'âme

                                                                Petite rétrospective (1)

                                                                Child (2003) Petite rétrospective (2)

                                                                The Little Match Girl (2009)

                                                                 this was written by hand (2011)

                                                                death speaks (2013)

LAUTEN (Élodie)             The Death of Don Juan (opéra)

                                                          Illuminations pour piano : Piano works revisited (2010)

LÉANDRE (Joëlle)                         La contrebasse "visible corps étonnant d'innocence"

LE MAGNIFIQUE (Robert )                      Variations sur l'(in)humain

LOSCIL                                                          Melencholia ? No !...Si !

LOUISVILLE                                                 Confluences rêvées : a silent effort in the night (2009)

MACÉ (Pierre-Yves)       Expérimentations électroniques dans des univers parallèles

                                                                        La troublante proximité des lointains : Passagenweg (2009)

MACHNEFABRIEK        Blank grey Canvas sky (2009), vidéo

                                                                       (avec Peter Broderick)

MAHLER (David)                 La rose fleurit en eau profonde :

                                                               Only Music Can Save Me Now (2010)

MAMAN                                     Les Disques de l'année 2006

MARCONI UNION                               Deux voies de l'électronique britannique (avec ITAL TEK)

MAR-KHALIFÉ (Bachar)     Who's Gonna Get The Ball Behind The Wall Of The Garden Today (2013)  

MARSHALL (Ingram)  Visions électroniques

                                                                   Les sombres eaux de la création

                                                               De drame et d'éther : September Canons (2009)

                                                            Martin Scorsese, Shutter Island et Ingram Marshall

                                                             Chophars, sirènes de navires et cornes de brume :

                                                           De quelques musiques d'Alvin Curran et Ingram Marshall

MATMOS                              Le bonheur est dans le son : Treasure State (2010)

                                                                avec So Percussion

                                                                        Remixes sur Quartets (2011)

                                                                        de Jefferson FRIEDMAN (voir ce nom)

                                                                        L'électronique décomplexée (1) :

                                                                               The Rose has Teeth in the Mouth of A Beast (2006)

                                                                        L'électronique décomplexée (2) :

                                                                                Supreme Balloon (2008)

MAZZOLI (Missy)                 Song from the Uproar (2012)

MELNYK (Lubomyr)               Laissez-vous emporter par le piano en mode continu

                                                                Corollaries (2013)

MENCHE (Daniel)                                 L'ailleurs électronique absolu

MENSELSON                  Triple album (2013)

MERTENS (Wim)                            Et le piano vous emportera

                                                                         Series of Ands / Immediate givens (2011)

MI & L'AU                                                       if Beauty Is A Crime (2011)

MOON ATE THE DARK      sans titre (2012)

MOORE (Kate)                    The Open Road (2010)

MORI (Ikue)                                L'électronique à la rencontre du moi le plus profond

                                                                           une belle vidéo de la musicienne

MOULTAKA (Zad)                        Les disques de l'année 2004 : Zarani

MUHLY (Nico)             Dans la cour des grands : Speaks volumes (2007)

                                                                           mothertongue (2008)

                                                                           I drink the air before me (2010)

                                                                        Seeing Is Believing (2011)

                                                                         Drones (2012)

MUMMA (Gordon)                                      Music for solo piano (2008) Le jardin secret d'un pionnier

MURAT (Jean-Louis)                           Tristan

MY BRIGHTEST DIAMOND      a thousand shark's teeth (2008)

                                                                  All Things will unwind (2011)

MYGÜK                                                  La musique des images

NAÏAL                                                    ...déviations sonores

NEWSPEAK                                            Sweet light crude (2010)

N-NAOS                                                  La Chine à l'heure de l'électro

NOTO (Alva)                L'accord parfait : insen (2005) + revep (2005)

                                                                 avec Ryuichi SAKAMOTO

                                                                 Xerrox, volume 2 (2009)

                                                                 mimikry (2010)

                                                                 Utp (2008 - 2011)

                                                           avec Ryuichi SAKAMOTO et l'Ensemble Modern

NURSE With WOUND     Chance Meeting on a Dissecting Table

                                                                                                                    (1980 / 2010)

                                                               Rupture (2011), avec Graham Bowers

                                                      La Beauté sera convulsive ou ne sera pas :

                                                                              Parade (2013), avec Graham Bowers

NYMAN (Michael)                           Les musiques de Peter Greenaway

ODD NOSDAM                                     Aux portes d'une nouvelle perception

ORNSTEIN (Leo)                                Fantasy and Metaphor (2008) Le piano, instrument de transport(s) !

OSWALD (Moritz von)                        Le mariage du classique et de l'électronique (avec Carl Craig)

OTTE (Hans)                       Phelan Sheppard / Hommage à Hans Otte : résonances cycliques

                                                                     Cadavres exquis d'un livre d'heures dans une chambre bleue

PALESTINE (Charlemagne)   Orages profonds pour papillons-vampires

                                                                       an aural symbiotic mystery (2006) avec Tony Conrad

PALOMO VINUESA (Daniel)               Musique libre pour homme approximatif

PANTHA DU PRINCE                           La forêt des sons neige : Black Noise (2009)

PÄRT (Arvo)             La musique d'Arvo Pärt : hommage-poème

PEDESTRIAN                                        Ghostly Life (2006)

PETIT (Didier)                                  Violoncelliste in vivo

PHELAN SHEPPARD                Phelan Sheppard / Hommage à Hans Otte : résonances cycliques

PIANO CIRCUS                   six pianos pour de nouveaux horizons musicaux

PIANO INTERRUPTED    The Unified Field (2013)

PICORE                                                  Assyrian vertigo (2011)

PIIPTSJILLING                           sans titre (2008)

PITRE (Duane)     Aux portes d'une nouvelle perception

                                                                 Pour découvrir l'intonation juste : The Harmonic series (2009)

                                                                 Feel free (2012)

PLANO (Sebastian)            Impetus (2013)

PORTISHEAD                 Les voix déchirées des anges nus

PORT ROYAL                          Dying in Time (2009)

PRITCHARD (Mark)                   Voir : HARMONIC 313

                                                                 La fabrique électronique

PROMISE AND THE MONSTER         Les couteaux transparents de la beauté

PSYCHOANGELO                     Paraunomni (2010)

PSYKiK LYRIKAH  C'est vers làs-bas qu'on vit d'éloquence

                                                                 souvent l'absence se lit dans nos quêtes

                                                                   Le rap lyrique

                                                         Derrière moi (2011)

                                                        Jamais trop tard (2013)

Published by Dionys - dans Index Musiciens
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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 15:00

      Près de 400 articles, et tant de musiciens cités. Il est temps de republier un index dont la première mouture remonte à décembre 2010.

     Comment s'y retrouver ? Je vous propose un index alphabétique des musiciens qui apparaissent dans ce blog, soit dans une ou plusieurs chroniques de disques, soit en tant que représentatifs de la nébuleuse musicale que je défends avec enthousiasme. L'index, en raison de la contrainte de longueur maximale d'article, est en trois parties pour l'instant : A-G / H-P / Q-Z. Comme la conception a changé en cours d'élaboration, il vous faut tantôt cliquer sur un titre d'article ou un titre d'album. Typographie et couleurs tentent de donner une idée (subjective, très approximative, et susceptible de varier) de l'importance respective de chacun, histoire de tailler un petit panthéon personnel !!

Précision : Comme la date en tête de l'article ne l'indique pas forcément, j'essaie de tenir à jour le plus régulièrement possible cet index... Signalez-moi les liens morts ou erreurs, merci.

Dernière mise à jour: Mercredi 9 avril 2014

Première partie

ACKROYD (Poppy)                                Escapement (2012)

ADAMS (John)                                  Et le piano vous emportera

ADAMS (John Luther)    For Lou Harrison, 2007

                                                     Le désert lumineux de la sensation pure :                                                                                 In the white silence (2003) /  red arc / blue veil (2007)

                                                               Four Thousand Holes (2011)

ADRIAANSZ (Peter)                 Three Vertical Swells (2010) : Un pont entre deux rives

AGF (Antye Greie)                 Pour une poétique plastique du son : Einzelkämpfer (2008)

                                                   L'éloquence électronique : Word are missing (2008)

                                                    L'électronique surréaliste ?

                                                     Orlando (2011) avec Craig Armstrong

AGORIA                                                            Go fast

                                                                             Impermanence (2011)

ALBUM LEAF (The)                                         A Chorus of Storytellers (2010)

ALTAÏ                                                                  La musique des images

The ALVARET Ensemble            sans titre (double cd) (2012)

AMADOR (Diego)                                              Quand le piano réinvente la tradition

AMUTE                                                  Black Diamond Blues (2011)

ANDERSON (Laurie)                             Chants de l'Esprit et du Cœur : Homeland (2010)

AN ON BAST                                         La fabrique électronique

                                                                              sur Rednetic Recordings : Words are dead (2007)

ANTONY AND THE JOHNSONS    Another world (2008)

                                                                             Mystère d'Envols : Swanlights (2010)

APOSTLE of HUSTLE                                       Rivages de nulle part

APPARAT                                                            La fabrique électronique

ARCHIVE                                                           le temps tranquille de la chute : Controlling crowds (2009)

ARMSTRONG (Craig)                                  Orlando (2011) avec Antye Greie AGF

ASTOLFI (Jeri-Mae G), pianiste : Here (and There) (2013)

ASTRÏD                                                             High Blues (2012)   

AUFGANG                                              Un trio exaltant

AUTECHRE                                               Le monde en morceaux : Quaristice (2008)

                                                                              Les débuts : Incunabula (1993) / Amber (1994)

                                                                              S'abîmer dans le beau massacre des sons : Oversteps (2010)

BALKE (Jon)                                                       entre Orient et Occident : Siwan (2009) avec Amina Alaoui

BALMORHEA                                                     Constellations (2010) / All is wild, all is silent (2009)

BANG On A Can                            Australie-Allemagne via New-York

                                                                            la jubilation et la grâce

BAKKER (Anne Kris)          Weerzien (2012)

                                                                     Tussenlicht (2013)

BANABILA (Michel)                         Sculpteur de l'imperceptible sonore :                                                                                                      More research from the same dept (2014)

BARGELD (Blixa)                                mimikry (2010) avec Alva Noto

BEGLARIAN (Eve)                       Variations sur l'(in)humain

                                                                                   Les sombres eaux de la création

                                                                             La musique en liberté !

                                                                             The Stroke that kills (2008)

BEISER (Maya)                  C'est vers làs-bas qu'on vit d'éloquence

                                                                              Variations sur l'(in)humain

                                                                              Spéciale Maya Beiser

                                                                              Le frisson des origines : Provenance (2010)

BEL (Thomas)                                    Innerly (2012) Et quelque chose lentement d'ap(dis)paraître

BITTOVA (Iva)                                                la jubilation et la grâce

BIVER (Gina)                                                    Sur l'aile de la musique ; Fuse (2009)

                                                                                    L'Usina Mekanica : réenchanter le monde.

BORDEN (David)                             L'Histoire ininterrompue du contrepoint

                                                                   / The Continuing Story of Counterpoint

BOZULICH (Carla)                                         Evangelista (2006) (voir Evangelista, son groupe)

BRAIDS                                                       Dans l'ombre de Steve Reich : Flourish // Perish (2013)

BRAIN DAMAGE                                                     L'électro-dub sans dommage

BRETON                                                                     Other people's problems (2011)

B R OAD WAY                                                           L'infinie mélancolie des robots

BRODERICK (Peter)                    Music for Falling from Trees (2009)

                                                                            How they are (2010)

avec MACHINEFABRIEK                    Mort aux vaches (2011)

BRUBAKER (Bruce), pianiste             Interprète sensible des musiques d'aujourd'hui

                                                                                    Défricheur des musiques d'aujourd'hui

BRYARS (Gavin)                                  Piano Concerto (The Solway Canal) (2011)

                                                                            Discographie sélective

BUDD (Harold)                                   Autour d'Harold Budd...

                                                                           Folk revisité et arabesques zen

                                                                           A Song for Lost Blossoms  (2008), avec Clive Wright

BURHANS (Caleb) voir itsnotyouitsme

BYRD (Joseph)                               NYC (1960 - 1963) (2013)

BYRNE (Andrew)                                        White Bone Country (2009)

BYRON (Michael)                                             Dreamers of pearl (2008) Le piano en mouvement perpétuel

CAMPO (Régis)                                    jeux animés / au piano : Jay Gottlieb

CAPELLI (Marco)                                   Extrem Guitar Project, à l'extrême de la beauté

CLOGS                                                           Harmonies d'avant la Chute :

                                                                                   The Creatures in the Garden of Lady Walton (2010)

COLLEEN                                                          Rivages de nulle part

CRAIG (Carl)                                      Sessions (2007)

                                                                           Recomposed by C.C. & Moritz von Oswald (2008)

CURRAN (Alvin)              Jardins d'oubli

                                                                       Spéciale Alvin Curran (1) : Le piano intérieur

                                                                      Spéciale Alvin Curran (2) : le piano sans peur

                                                                       Les disques de l'année 2005

                                                               Canti Illuminati   

                           Chants de l'Innocence extatique : Solo Works : the '70s                                                  (2010)

                                                     The Painted song : Etreindre le corps astral de la Beauté

                                                       Shofar rags (2013)

                                                       Chophars, sirènes de navires et cornes de brume :

                                                         De quelques musiques d'Alvin Curran et d'Ingram Marshall

DAKOTA SUITE                             The North Green Down (2011)

DÄLEK                                            Rivages de nulle part

                                                                     Le Rap haute-tension : Gutter tactics (2009)

DALY (Ross)                                      Les disques de l'année 2004  : Microkosmos

DAWN OF MIDI                                            Leçons d'équilibre au bord du mystère : First (2010)

DEATH AMBIENT                           Le son inouï des abysses : Drunken Forest (2007) Fred Frith

DEL CIELO                                                 un orage de douceur au bord du vide : sous les cendres (2009)

                                                                      Sur des braises (2011)

DELPLANQUE (Mathias)                   Passeports (2010)

DENNEHY (Donnacha)   Grá agus Bás (2011)

                                                                        Stainless staining (2012) Piano : Lisa Moore                                

DEPTH AFFECT                                         Haro sur le marasme

DEVASTATIONS                                        Australie-Allemagne via New-York

DIDKOVSKY (Nick)                                  Une écriture contemporaine décomplexée

DOCKSTADER (Tod)                              l'étrange symphonie des ondes courtes : aerial#1 (2005)

DOCTOR FLAKE                                      le pré vert de la musique : Minder surprises (2009)      

DOMINIQUE A                                      La chanson sans fard, probablement (Sur nos forces motrices)

DORA (Delphine)                           A Stream of Consciousness (2012)

DUCKWORTH (William)   Chef d'œuvre du post-minimalisme : The Time Curve Preludes (1990)

                                                          par le pianiste Bruce Brubaker

DUE EAST                                            drawn only once (2012) La musique de John Supko

DUSAPIN (Pascal)      Les disques de l'année 2004 : À quia

EASTMAN (Julius)                       Unjust malaise (2005)

EEPROM (Danton)                                 mémoire vive d'un dandy de l'électro : Yes is more (2009)

EFTERKLANG                                      Sept mots sous des arbres géants

EIGNER (Richard)                       La fabrique électronique

EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN         Aux portes d'une nouvelle perception

EISENGA (Douwe)              Music for Wiek (2009)

                                                                 The Piano Files (2009)

                                                                  House of mirrors (2011)

ELIZABETH (Nancy)                  Folk revisité et arabesques zen

                                                                 La forge de la grâce : Wrought Iron (2009)

ELLEN ALLIEN                                     La fabrique électronique

ELLIOTT (Matt)                          Les Disques de l'année 2006

ELUVIUM                                               Musiques pour "time feelers"

EMSLEY (Richard)                       British ! (2011)

ENO (Brian)                  Le concept de l'émission

                                                                  L'Art de l'épure : Small Craft on a Milk Sea (2010)

                                                                  Drums between the bells (2011)

                                                                   Lux (2012) : Quand la musique est habit de lumière

ERRANTE (Emanuele)                 The North Green Down (2011)

EXPLOSIONS IN THE SKY                  Dans la forêt des nouveautés

EVANGELISTA                                        Hello, voyager (2008)

                                                                   In Animal Tongue (2011)

FAFCHAMPS (Jean-Luc)     Hommage à JL Fafchamps 1

                                                                  Melencholia ? No !...Si !/ Hommage 2

FEI (Wu)                                                    Yuan (2008)

FELDMAN (Morton)  toiles de temps : Patterns in a chromatic field (2009)

FIDAY (Michael)                   The Stroke that kills (2008)

                                                                    Toutes les lunes sont dans la mer : Same rivers different (2010)

FINK                                              La chanson sans fard, probablement (Distance and Time, 2007))

                                                                  Sort of Revolution (2009)

FITKIN (Graham)                    Spéciale Graham Fitkin

                                                                 Une cure de Jouvence pour la harpe

FOX (Jim)                           Last things (2000)

                                                        Here (and There) (2013)

FRAHM (Nils)                                   En concert (vidéo)

FRITH (Fred)                         Back to Life (2008)

                                                                  To sail, to sail (2008)

FUSE ENSEMBLE                                  L'Usina Mekanica (2010) (voir Gina Biver)

GANN (Kyle)        L'élégance abolit le temps

                                                                   Quand la technique mène au sublime...

GARGAUD (Guillaume)               Le Chant bruissant des corps célestes

GLASS (Philip)       ...déviations sonores

                                                         deux disques essentiels pour le découvrir

                                                                            (à la fin du long article consacré à November de Dennis Johnson)

GONG GONG                                          Facéties et bonheurs de l'électro inventive

GORDON (Michael)              Timber (2011)

                                                                   De la recomposition : Weather (1999)

GOSFIELD (Annie)             La musique est l'avenir de tous les sons

                                                                 Le chant retrouvé des machines

GOUBAIDULINA (Sofia)            Sept mots sous des arbres géants

GOUDE (Jean-Philippe)               aux solitudes (2008)

                                                                   la nature divine des choses (1996)

GRAVENHURST                                      La chanson sans fard, probablement

GUSTAVSEN (Tord)                                 Quand le piano réinvente la tradition

GUTTER TWINS (The)                    Le rock débridé : Saturnalia (2008)

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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 17:11

   Musicien, artiste sonore, friand de collaborations diverses qui mélangent disciplines et styles, auteur de musiques pour des films, documentaires, chorégraphies, le néerlandais Michel Banabila a participé à plus de trente albums. Je l'ai connu grâce à son travail sur Travelog avec Machinefabriek, pseudonyme de Rutger Zuydervelt, autre musicien important de la scène électronique néerlandaise. Avec More research from the same dept., il rompt clairement avec une approche musicale encore traditionnelle, où mélodies et rythmes renvoient à une expressivité plus ou moins sentimentale.

   Huit titres sans pratiquement aucun instrument, tout au plus de brefs passages de piano ou clavier sur "Tesla's lab" ou "Sunbeams", respectivement titres six et sept. Pour le reste, huit titres résolument électroniques, bruitistes : sons de réfrigérateurs, de tubes luminescents, d'objets trouvés, enregistrements divers, et, bien sûr, échantillonneur, modulateur, synthétiseurs et autres logiciels de traitement du son. On pourrait s'attendre à une musique glaciale, désincarnée. Il n'en est rien. Comme d'autres partisans de la musique électronique, expérimentale, je pense par exemple à Morton Subotnick, ou encore à Mathias Delplanque, Pierre-Yves Macé en France, il parvient à rendre passionnante son odyssée vers l'intérieur des sons du quotidien, à peine écoutés, qui peuplent notre univers. Mais ici, tout s'écoute à fort volume, c'est conseillé pour s'immerger dans ce monde étrange.

   "Cricket robotics" donne le ton : des sons amplifiés, fortement stratifiés par des coupures multiples, des sons qui tourbillonnent, surgissent en grésillant, des silences, un peu comme si l'on écoutait une bande d'ondes courtes, mais tout cela orienté par la captation d'une montée inexorable de sons qui oscillent à grande vitesse, sombrent dans une sorte de trou noir démultipliant les graves, tout cela sous-tendu par des sons courbes de drones qui s'agitent sous la surface. Étonnant, et vivant ! Le titre éponyme sonne très industriel : signaux de machines qui s'entrechoquent, se mélangent..."The Magnifying Transmitter" amplifie des bruits lumineux ( si j'ose dire !), nous plaçant au cœur des émissions sonores, dans la matrice trouble des bruits plus complexes qu'on ne le pense, le tout animé par des ponctuations sourdes paradoxalement beaucoup plus fines que bien des battements techno. À nouveau, comme le premier titre "Cricket robotics" le titre suivant, "A giant cyborg and tiny insect drones" renvoie aux insectes. Ce n'est pas un hasard. Ces micro buits amplifiés nous plongent dans le monde de l'imperceptible, du minuscule, celui des vibrations élémentaires, des frictions d'ailes multiples, des montées et baisses de tension. Quelque chose se tord, s'agite entre les fréquences, une musique ténue, têtue, désireuse de venir au jour. Morceau énigmatique et superbe !

   Tout le reste s'écoutera d'autant mieux que vous aurez supporté ces prolégomènes intransigeants. "Alien world" est une merveille de dentelle électronique, jouant du contraste entre fond dense de drones et sons cristallins, fins et transparents, comme irisés par une lumière rasante, avant une fin marquée par des sons percussifs graves, sourds, tandis que des poussières sonores forment un gravier mœlleux. "Tesla's lab" nous plonge dans la tourmente élémentaire des drones : on voit les planètes s'éloigner les unes des autres, les particules s'agiter dans le vide intersidéral. Car ce monde infime, c'est le même que celui des espaces cosmiques, d'une certaine manière, même si Michel Banabila s'en défend dans la présentation de sa musique, ce sont les rayonnements mutiples des astres, des corps, des particules, essentiellement comparables, l'infiniment petit consonant avec l'infiniment grand. Un piano s'invite dans ce laboratoire extraordinaire, pose des notes parcimonieuses, curieusement décalées, étrangères, dans une lumière pulsante de forces antagonistes et solidaires. Écoutez au casque, vous y serez !! "Sunbeams" rejoint les visions éthérées d'un Chas Smith, réjouira les amateurs de musique électronique ambiante : pièce plus onctueuse en raison des claviers en nappes radieuses, mais cependant également parcourue par la folie douce des mouvements de particules. Au total, une pièce enivrante, une pièce de transe lente, une des plus rythmées, envahie sur la fin par des traversées sonores crépitantes. "Cryptography" parachève cette belle trajectoire : palpitations, petits marteaux piqueurs, interrruptions, court circuits sonores, déflagrations, disent la vie secrète et merveilleuse des choses. Lumière de l'obscur, beauté des chocs et des convergences, Michel Banabila conduit un fascinant orchestre subliminal. 

    Un grand disque de musique électronique, expérimentale, pour les amateurs d'autres paysages sonores.

Paru chez Tapu Records en 2014 / 8 pistes / 40 minutes

Pour aller plus loin

- le site de Michel Banabila, avec de nombreuses vidéos (j'adore notamment la 4, mais j'avoue ne pas avoir tout écouté et regardé...)

- le disque en écoute et en vente sur bandcamp

- un beau travail mêlant texte(s), langue(s), video et sons électroniques. Ce n'est pas sur l'album, mais donne une bonne idée des recherches de Michel Banabila.

 

Programme de l'émission du lundi 10 mars 2014

Spéciale piano Disklavier :

* Jocelyn Robert : für Eli (Piste 3, 25'58), extrait de immobile (merles, 2012)

* Kyle Gann : Unquiet Night (p. 10, 16'20), extrait de Nude Rolling down an escalator / Studies for Disklavier (New World Records, 2005) Très grand disque, il faut le rappeler !!

* Jocelyn Robert : Le pont #2 (p.4, 11'05), extrait de Versöhnungskirche (merles, 2012)

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   En prime, pour ceux qui voudraient découvrir un Michel Banabila plus "traditionnellement" musical, des extraits de Travelog, une collaboration avec Machinefabriek, un grand nom de la scène ambiante et électronique. J'aime surtout les derniers titres de l'album. Il s'agit malheureusement d'extraits...

 

10 mars 2014 1 10 /03 /mars /2014 17:15

   Jocelyn Robert, directeur de l'École des arts visuels de l'université Laval (ville de Québec, Canada), est l'inventeur d'un logiciel qui permet à un piano à queue de jouer tout seul. Je sais, certains vont frémir en lisant cela... Ce piano, un piano Disklavier, est relié à un ordinateur, en même temps qu'un autre clavier éventuellement. Autrement dit, le piano est piloté par l'ordinateur, formule qui n'est en somme que l'ultime avatar des pianos mécaniques d'antan. Vous voilà rassurés. Si j'ajoute qu'il s'inscrit ainsi dans la lignée d'un Conlon Nancarrow (1912 - 1997), lequel s'intéressait au piano mécanique parce que le seul instrument à pouvoir exécuter ses études très portées sur la polytythmie, la polytemporalité, et que Frank Zappa rend hommage à Conlon dans son album Tinseltown Rebellion, cette fois vous êtes détendus : il s'agit donc encore de musique... L'instrument ainsi piloté peut d'ailleurs réaliser ce que recherche une autre technique, très utilisée aussi bien en musique contemporaine qu'en musique électronique, je veux parler de l'enregistrement multi piste, avec ajout éventuel de retardements programmés. Il est parfaitement en phase, en somme, avec bien des recherches d'aujourd'hui : exit le spectre d'une musique désincarnée !

   Jocelyn Robert rejoint le club pour l'instant confidentiel des amateurs de ce piano aux diaboliques possiblités. J'ai chroniqué les études pour disklavier de Kyle Gann en septembre 2008. Je ne sais pas si les deux compositeurs se connaissent. Ce qui est certain, c'est que le piano disklavier n'est pas qu'un artefact repoussant les limites de la virtuosité, ce qu'il est parfois à mon sens chez Conlon Nancarrow, d'où mes réticences par rapport à son œuvre. Rien de tel chez les eux autres. Laissons de côté Kyle Gann, pour lequel mon admiration est immense, j'aurai l'occasion de le redire bientôt (suspense...).

   immobile, paru en 2012, forme diptyque avec mobile, que je ne connais pas encore. Aucune apparente virtuosité : des couches sonores superposées, entrelacées, formant un réseau en apesanteur, comme pour le premier titre, "bolerun 1", écho lointain de Maurice Ravel peut-être. Clapotements, rides sonores, vagues qui se contrarient, une étrange danse aux reflets irisés. C'est étonnant, superbe ! Suit un malicieux intermède intitulé "für Louisa", probable détournement d'une certaine "Lettre à Élise" d'un dénommé Ludwig van Beethoven : mime de la maladresse enfantine, sautillements...avant l'immense "für eli", longue pièce hésitante de presque vingt-six minutes, comme d'un débutant, et c'est là je crois l'un des intérêts du Disklavier, de lui faire exécuter ce qu'un interprète talentueux répugnerait à jouer. La pièce est cousue de remords, de bifurcations qui tournent court, de micro variations, de dislocations rythmiques ou plutôt là aussi de tentatives obstinées qui font éclater l'habituel continuum, l'homogénéité attendue, le déroulement. Cela ne se déroule pas : ça s'enroule, se noue autour de points d'ancrage, pour former un labyrinthe fascinant de notes, isolées ou en grappes, prolongées par l'action de la pédale ou brèves, se détachant sur le discret martèlement des marteaux. Un très grand moment, une merveille ! "bolerun 2", s'il fait écho au numéro 1, joue plus évidemment de la boucle, de la répétition, des décalages entre couches sonores, comme des faux canons. Techniquement plus complexe, c'est un mille-feuille en pleine fermentation, animé, cette fois, d'un rythme qui, s'il est claudicant au début, se fait de plus en plus puissant, irrésistible, avec un extraordinaire crescendo final qui se résoud haut perché. Vous êtes prêt pour "la pluie", échappée méditative de dix-sept minutes. Notes longues, tenues très souvent au début, aérées de silences. Ce sont les premières gouttes, erratiques, qui tombent parfois par deux ou trois, une plus grosse avec une ou deux petites. Elles rebondissent plus ou moins sur le sol, selon l'endroit de leur chute. Puis la pluie s'intensifie, elle chante, s'étage...elle recouvre le monde avec éclat, avec douceur, dans un réseau de transparences liquides, de petites et multiples fulgurances. Elle tombe où elle veut, à son rythme, pusiqu'elle est le rythme même. C'est une pièce forte, exquise, adorable qui signe la réussite de l'entreprise de Jocelyn Robert. La technique ne se sent pas, elle sert une vision poétique du monde. En cela, cette musique est infiniment supérieure à bien des musiques synthétiques balourdes qui ne songent qu'à exhiber leurs puissants moyens...

   Deux extraits en écoute avant de continuer (attendez toujours une bonne quinzaine de secondes, ça vient...) :

   Paru également en 2012, Versöhnungskirche est inspiré de la destruction de l'Église de la Réconciliation à Berlin  en 1985. Le fameux mur avait fait une exception pour elle : il l'avait entourée...mais les autorités, vingt quatre ans plus tard, jugèrent qu'il était temps de remettre de l'ordre, et la firent sauter à la dynamite. Des habitants récupérèrent les cloches dans le bâtiment détruit, les cachèrent. En 1992, trois ans après la démolition du Mur, les gardiens des cloches les rapportèrent...

   Le long titre éponyme ouvre l'album de son tintinnabulement tâtonnant. La fraîcheur limpide des harmoniques monte lentement dans l'air du soir, prend peu à peu de l'assurance. Chaque note s'épanouit comme une fleur sonore, accompagnée par une corolle d'autres notes avec lesquelles elle entre en résonance dans un savant contrepoint. Je n'insiste pas : encore un sommet ! "Montaigne" est à sauts et à gambades, comme il se doit, par moments comme suspendu dans une extase jubilatoire, avant de repartir de plus belle à travers les champs sonores fortement charpentés. Ici, l'écriture en strates superposées est particulièrement adaptée à l'évocation du texte de Montaigne, lui-même tissé d'autres textes grecs ou latins et d'anecdotes multiples, d'incidentes et de digressions. "Rouge" résoudra-t-il le problème des correspondances entre notes et couleurs ? Tentative rimbaldienne ? Notes profondes, vives, intenses ; dégradés et cascades brèves...encore une pièce passionnante et belle ! "Le pont #2" est une composition plus mystérieuse, en effet un jeu de ponts, de passerelles entre notes qui se répondent, s'appellent par dessus le vide, une série d'arches invisibles construite par l'oreille. Vous l'avez compris : ce disque est aussi admirable, abouti, que le précédent, et ce n'est pas la dernière pièce, "Le lointain", qui me fera changer d'avis. Le lointain, c'est ce qui chante dans l'ici des entrelacs, des entre-là...

Deux autres titres en écoute (patience, vous y êtes...) : 

Parus en 2012 chez merles :

immobile / 5 titres / 61 minutes

Versöhnungskirche / 5 titres / 55 minutes

Pour aller plus loin :

- le site de Jocelyn Robert

- la page du label consacré aux disques de Jocelyn Robert. Tout est bilingue chez nos amis québécois. Je crois que je vais me faire québécois. J'en ai assez de tous ces français qui, comme DSK et autres Jean-Claude Trichet, tournent le dos à notre langue, ne s'adressent plus à nous, mais au marché international...

- pour trouver les disques, c'est ici

 

27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 14:30

(Suite de l'article précédent) 

   Move in the Changing Light confirme l'impression donnée par le disque de compositions pour piano solo. Phillip Schroeder est étonnant aussi dans le domaine de l'écriture pour ensemble électro-acoustique, avec ou sans voix. Le titre éponyme, en deux parties qui ouvrent et referment l'album dans l'ordre inverse de leur conception,  est à rattacher au meilleur de la musique minimaliste. Les motifs se succèdent, s'entrelacent avec fluidité, virtuosité même. La voix de la soprano se fond, se démultiplie dans le courant lyrique  également démultiplié par l'enregistrement multi-piste (cinq pianos avec système de retardateur). On suit les ondulations d'une plongeuse dans les eaux vives, constellées de perles de lumière, d'éclats. C'est une musique enveloppante, tonique et douce, superbe.

   "Rising, See the Invisible", c'est encore un choc, un moment d'absolue beauté... Une parfaite osmose entre la voix du baryton, les deux pianos avec retard programmé, synthétiseur, vibraphone et violoncelle. La composition coule, oscille, ponctuée vigoureusement par les pianos, structurée sur des intervalles inégaux et des reprises de motif. L'atmosphère est celle d'une intense sérénité, nimbée de grâce mystérieuse, avec parfois un léger voile mélancolique, des suspensions rêveuses. Une pièce à trembler de joie.

   De joie il est question dans la composition suivante, "Where Joy May Dwell", quasiment seize minutes, pour deux pianos et deux autres avec retard programmé, autre chef d'œuvre à tomber dans les astres lointains (façon de parler, bien sûr) !! Le frisson me saisit : c'est à écouter, écouter jusqu'au bout de la nuit. Un piano (ou deux) dans les médiums ou les graves, les autres en arrière-plan pulsent dans une aura lumineuse, giclent, s'élancent, inlassablement. Je ne pourrai vous le proposer en écoute, le fichier est trop lourd pour ma version gratuite. C'est une méditation transcendentale, évidente, toujours enrichie de nouvelles idées, une source qui court sans se soucier d'avancer, un bouquet constamment rafraîchi. Une musique illuminante comme on en entend rarement.  

    "Make a distinction" est un intermède très reichien pour piano et synthétiseur, avant "The Patience It Contains" pour deux pianos, un troisième avec retard programmé, synthétiseur et cymbale suspendue, dans la même veine que les précédents, plus chantant dans la mesure où la pièce prend presque la forme d'un mini concerto pour l'un ou l'autre des trois pianos, les autres instruments l'enrobant d'une traîne orchestrale fluide, irisée, avec de très beaux moments de retenue sur fond de graves veloutés.

   "This We Have" ajoute aux instruments déjà rencontrés la voix de la soprano Amy McGinty, comme dans le premier titre. Une belle pièce animée, mais qui n'atteint pas le niveau des précédentes, peut-être parce que la voix ne fait guère que survoler le reste de ses vocalises, sans imposer sa marque comme dans "Rising, See the Invisible". 

  La première partie du titre éponyme conclut l'album. C'est un ballet féérique pour cinq pianos et synthétiseur, une longue coulée étincelante, chatoyante et puissante, un irrésistible hymne à la vie entouré d'un halo d'harmoniques mêlées, tourbillonnantes. Un bain revigorant dans le torrent des énergies.

   Tout simplement l'un des grands disques de ce début de vingt-et-unième siècle. Phillip Schroeder marie avec bonheur et fougue un minimalisme expansif, très élaboré et personnel, qui joue des diférentes couches sonores avec une confondante aisance, et un lyrisme radieux, intemporel.

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Paru chez Innova Recordings en 2006 / 7 pistes / 63 minutes

Pour aller plus loin

- deux titres en écoute (toujours attendre quelques secondes...) :

Programme de l'émission du lundi 24 février 2014

Hommage à Phillip Schroeder :

* Phillip Schroeder : Moons (Pistes 16 à 19, 17'), extraits de Music for piano (Capstone Records, 2005)

                                      Move in the changing light 2 / Rising, See the Invisible (p. 1 & 2, 22'), extrait de Move in the changing light ( Innova Recordings, 2006)

Le Ciel brûle...: (retour de la séquence consacrée aux musiques de la constellation post-rock)

* John 3 : 16 : The Ninth Circle / Abyss of Hell - Clouds of fire (p. 1 - 3, 12'30), extrait de Visions of the Hereafter : Visions of Heaven, Hell and Purgatory (Alrealon Musique, 2012 - 2013)

24 février 2014 1 24 /02 /février /2014 16:07

 

   Né en 1956 dans le nord de la Californie, Phillip Schroeder a commencé très tôt une carrière musicale sous le signe de la diversité. Trompettiste, choriste dans des chœurs de garçons ou mixtes, joueur de basse électrique dans des groups de rock, chef d'orchestre de chambre, membre d'ensembles d'improvisation...et pianiste, il a à son actif de très nombreuses œuvres pour ensemble de vents, orchestres de chambre, mais aussi pour piano, compositions électroniques en direct, voix... Il enseigne depuis de nombreuses années la composition et la théorie musicale à l'université d'état de Henderson, dans l'Arkansas. Cet article et le suivant présentent deux disques qui lui sont entièrement consacrés, le premier pour piano solo, le second pour piano multi-piste, synthétiseur, voix, violoncelle et basse électrique. C'est le beau disque de la pianiste Jeri-Mae G. Astolfi, Here (and there), chroniqué voici quelques articles, qui m'a mis sur la piste de Phillip Schroeder. Comme quoi des programmes bien conçus par des interprètes sensibles ouvrent des horizons...

Phillip Schroeder : nuance, mystère et grâce...(1)

   À nouveau interprété par la pianiste Jeri-Mae G. Astolfi, Music for piano rassemble un cycle de douze pièces de 2003, trois pièces de longueurs inégales et un petit cycle consacré  aux différentes phases de la lune sous le titre Moons.

   Comprises entre un peu plus de une minute et un peu plus de trois, les douze quasi miniatures de "Twelve Pieces for piano" s'ouvrent sur une atmosphère doucement hypnotique de boucles lentes, augmentées et variées. La pièce n°2 contraste avec la précédente et la prolonge : courts arpèges brillants coupés de silences et d'interrogations intenses. On revient avec la trois vers la un, mais en plus chantant, une fragile mélodie s'esquisse sur une base obsédante de graves, monte dans les aigus sur un rythme decrescendo, s'interrompt pour poser à nouveau ses quelques notes sur le silence. La quatre cavalcade, brillante et narquoise. La cinq est à nouveau lente, lointaine, brumeuse dans ses aigus tenus ponctués de notes plus graves : c'est un ralenti, une retenue qui forcent l'écoute, comme une cloche qui appelle, insistante. On comprend avec la six que le cycle est construit sur une alternance de pièces calmes et de pièces plus brillantes, sans jamais d'excès. Cette six joue sur une note répétée, agrémentée de grappes sonores chatoyantes, rapides, une eau vive coule autour d'un caillou, d'une roche tranquille. La sept sonnerait presque romantique si elle n'était découpée par des plans imprévus, des contrastes comme des à-plats. La huit nous entraîne un peu du côté de Morton Feldman, quoique sur un rythme légèrement plus rapide : un motif intrigant, une succession d'interrogations mystérieuses soudain résolue en source fraîche fragmentée en petits jets gracieux. Un strumming marque la neuf : fleuve puissant et clair, jeu des arrière-plans, notes répétées jusqu'au silence. On reçoit d'autant mieux l'évanescente dixième, d'abord descendante, puis montante, renforcée de graves profonds et qui s'épanouit dans des médiums lumineux. La onze fait contraster des graves profonds, martelés, avec des aigus ou médiums chargés d'harmoniques. Le cycle se termine sur une pièce méditative qui laisse résonner les notes, dans une sobre alternance de graves et d'aigus. Un vrai cycle, absolument passionnant, jamais démonstratif, ciselé avec un vrai sens de la mesure et du mystère.

   "No Reason Why" (2003), c'est le coup de la grâce. Une fluidité, une lumière changeante à partir de notes répétées, de motifs délicats écartelés entre différents registres, d'où comme une légère ondulation traversée de traînes harmoniques lorsque les graves se prolongent. C'est un paysage : de petites vagues viennent s'amortir sur le sable dans la lueur diffuse de l'aube ou du crépuscule. Splendeur, joie immense et immobile, extatique, toutes les lignes convergent vers cette note pointée qui éclabousse de lumière la totalité. Un chef d'œuvre !

   "Floating" (1980/2003) joue sur deux plans : un accord énigmatique dans les aigus, auquel répond un grondement prolongé de graves. L'étrange dialogue se poursuit, enrichi, décomposé en notes tenues, avec irruption de frottements de cordes dans l'intérieur du piano. Suspension, mystère... très belle pièce également.

   "From the Shadows of Angels" (2003) se tient constamment au seuil du mystère, qu'elle entoure d'une série d'interrogations, d'envolées tranquilles et insinuantes. C'est la promesse d'un chant, l'écho démultiplié d'une grâce ineffable, inépuisable, à l'ombre de laquelle on s'essaie à la lévitation, avec un court moment pendant lequel on sent que l'on tient, avant de repartir dans l'instable et répétée reconquête, mais transcendée. Du niveau de "No Reason why"...

   "Moons" (2003) n'est pas moins intéressant que le reste. La nouvelle lune est fraîche, hypnotique avec ses motifs répétés, surprenante avec ses profondeurs soudaines : elle nous attire, nous déconcerte, envoûtante. Le premier quartier se tient dans une lumière irréelle, arpégée, presque narquoise : il se montre et se cache, brillant et toutefois lointain...Musique frémissante et subtile, nimbée d'harmoniques vives. La pleine lune est la plus mélodique, mais elle ne dit pas tout, se reprend dans un réseau d'entrelacs lumineux. Elle danse entourée de voiles diaphanes, pose parfois sa tête alanguie sur nos oreilles. Le dernier quartier carillonne volontiers, virevolte, tout cela comme un somnambule, ébloui, qui se réveille à moitié avant de sombrer à nouveau dans un rêve obsédant.

   Je ne connaissais pas Phillip Schroeder : je viens de découvrir un très grand compositeur !

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Paru chez Capstone Records en 2005 / 19 pistes / 62 minutes

Pour aller plus loin

 - le site du compositeur

Pas de vidéo, mais deux titres en écoute (toujours attendre quelques secondes...) :    

Programme de l'émission du lundi 17 février 2014

Musiques contemporaines nord-américaines :

* Ann Southam : Pièces 1à à 12 (8'), extraites de Soundings for a new piano / 12 meditations on a twelve tone row (Irritable Hedgehog Music, 2011) R. Andrew Lee, piano.

* Phillip Schroeder : No reason Why / Floating / From the Shadow of Angels (p. 13 à 15, 21'), extraits de Music for piano (Capstone Records, 2005)

* Jim Fox : Last things (p. 2, 21'01), extrait de Last things (Cold Blue Music, 2000)