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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 10:48

Chers lecteurs,

  Les soucis techniques liés à la migration d'Over-blog vers Over-blog-Kiwi génèrent un peu de retard dans les parutions. Je regroupe ici trois programmes d'émission, d'habitude placés après les chroniques. Avec un coup de coeur à la clef... Je précise qu'avec le nouvel éditeur de texte, je ne maîtrise plus pour le moment la place des images et des vidéos en dessous du texte : ça doit être le progrès...Courbons-nous bien bas !!

Programme de l'émission du lundi 29 avril 2013

The Alvaret Ensemble : BYD / EAC / DDE (Cd1, pistes 1 à 3, 21'30), extraits de AE (Denovali Records, 2013)

B/B/S : Brick / Mask (p.1-2, 18'), extraits de Brick Mask  (Miasmah Recordings, 2013)

Richard Emsley : For piano 12 (p.20 à 26, 8'34), extraits de British! par Steffen Schleiermacher, piano (Mdg Scene, 2011)

Programme de l'émission du lundi 6 mai 2013

Grandes formes :

Nico Muhly : Drones & piano (p.1 à 5, 14'), extraits de Drones (Bedroom Community, 2012)

  Howard Skempton : Notti Stellati a Vagli (p.9, 17'39), extrait de British! par Steffen Schleiermacher, piano (Mdg Scene, 2011)

The Alvaret Ensemble : WJU (Cd2 / p. 4, 13'53), extrait de AE (Denovali Records, 2013)

Land : Nothing is happening everywhere (p.1, 5'40), extrait de Night Within (Important Records, 2012)

Programme de l'émission du lundi 13 mai 2013

Nick Cave & The Bad Seeds : Push the sky away (p.9, 4'08), extrait de Push the sky away (Bad Seed, 2012)

Moinho : Movements & Variations (for Satie) / Du vent dans les branches / Marimba / Hi-Tango (p. 2-3-7-8, 10'), extraits de Baltika (Arbouse Recordings, 2012)

Nico Muhly : Drones & violin (p.10 à 13, 13'), extraits de Drones (Bedroom Community, 2012)

Piiptsjilling : Unkrûd / Tjsustere Leaten (p.1-2, 12'40), extrait de Wurskrieme (Experimedia, 2010)

Gareth Davis / Jan & Romke Kleefstra : It is goad sa / honger (p.3-4, 9'), extraits de Tongerswel (Home Normal, 2011)

À PROPOS DE LAND - Night Within

   Composé et produit par le duo Daniel Lea et Matthew Waters, mixé aux Greenhouse Studios de Reykjavik, Night Within est un disque chaleureux, qui combine heureusement les cinq familles d'instruments (percussions / clarinette, saxophones / trompette / deux pianos / cordes, mandoline à archet), la voix à l'élégance nonchalante de David Sylvian sur le premier titre, pour créer des ambiances feutrées, lourdes, parcourues de lentes fulgurations. Les compositeurs, eux, décrivent leur travail comme approchant une veine narrative noire, apocalyptique...Faisons la part des choses : du jazz coulé dans une sombre aciérie pour une musique urbaine vraiment habitée. Inhabituel sur INACTUELLES...je m'en régale les oreilles !!

Paru en 2012 chez Important Records (une maison de disques très éclectique, qui publie aussi Duane Pitre, par exemple) / 7 titres / 38 minutes (je l'aurais souhaité un peu plus long...)

Programmes / Coup de cœur : Land - Night Within

Une version instrumentale du premier titre, sur le Cd avec la voix de David Sylvian)

10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 18:22

   Quel point commun y a-t-il entre Peter Maxwell Davies, chantre du néosérialisme anglais, Meredith Monk, l’exploratrice du chant et de la voix et Jace Clayton, alias DJ Rupture ? Sans doute aucun et pourtant, un nom émerge de ce trio improbable : Julius Eastman. Et comme chaque fois que je découvre un compositeur dont j’ignorais jusqu’au nom, je me trouve enchanté de la découverte et un peu surpris si ce n’est vexé d’être passé à coté !

   Si j’avais déjà lu le nom de Julius Eastman sur deux livrets des disques de Meredith Monk (Dolmen Music et Turtle Dreams) il ne m’apparut alors que comme chanteur et organiste de l’ensemble vocal de Meredith Monk. De même à l’époque où je fis une tentative de m’intéresser à « l’avant garde britannique », j’aurais pu entendre sa magnifique voix de baryton dans « Eight Songs for a Mad King » de Peter Maxwell Davies, et même dans ce cas, Eastman ne me serait toujours pas apparu comme un compositeur, mais comme un interprète. C’est le disque de Jace Clayton paru chez New Amsterdam Records qui, par l’hommage qu’il rend à Julius Eastman, m’a fait découvrir ce compositeur.

   Né en 1940, Julius est un compositeur Afro-américain associé au courant minimaliste et répétitif. Après des études de piano et de composition à Philadelphie, il se fera connaître comme chanteur et occasionnellement danseur. En 1970, il cofonde avec Petr Kotik le S.E.M. Ensemble, qui se signale par des programmes non seulement consacrés aux compositeurs déjà consacrés comme John Cage ou Morton Feldman, mais aussi à  des originaux comme Cornelius Cardew (en hommage auquel Alvin Curran a écrit une pièce folle et superbe). En 1973, il enregistre pour le label Nonesuch « Huit chansons pour un roi fou » de Peter Maxwell Davies ; il participera à deux disques de Meredith Monk, Dolmen Music (1981), en tant que chanteur, et Turtle Dreams (1983), en tant qu’organiste. Parallèlement, il compose des oeuvres pour piano et petit ensemble, dont une vingtaine ont pu être sauvées de l’oubli. L'affirmation de sa négritude et de son homosexualité, son refus de faire parti du système médiatique et financier entourant le monde musical le conduisirent sur la pente de l’alcoolisme et de la misère. Il mourut dans l’anonymat  en 1990.

   Il n’existe à ce jour qu’un seul disque regroupant des oeuvres de Julius Eastman. Le coffret Unjust Malaise est la compilation d’archives historiques et d’enregistrements de concerts des années 1970/80. Six oeuvres pour découvrir un compositeur à la marge, au radicalisme exacerbé et au destin tragique.

   Datant de 1973 - c’est à dire avant Music for 18 Musicians de Steve Reich et avant Music in Twelve Parts de Glass - Stay on It, oeuvre pour  voix, piano, violon, clarinette, saxophones et percussion, fait penser dès les premières seconde à In C de Terry Riley, et convoque également avec son joyeux « bazar » le souvenir de Harry Partch, autre compositeur américain méconnu.

  La deuxième pièce avec son titre en forme de boutade, " If You’re So Smart, Why Aren’t You Rich" (1977) pour un piano, un violon, deux cors, quatre trompettes, deux trombones, chimes (jeu de cloches) et deux contrebasses, n’est pas d’inspiration répétitive. Cet exercice de style avec ces ascensions et ces descentes de la gamme chromatique, parfois un peu austère, éclaire une autre face du compositeur.

   "The Holy Presence of Joan D’Arc" (1981), est en deux parties, un prélude pour voix seule qui permet d’entendre la magnifique voix d’Eastman, pièce entre les vocalises de Meredith Monk et It’s Gonna Rain de Steve Reich, une oeuvre vocale de toute beauté et assez poignante. La deuxième partie, pour dix violoncelles, commence comme un morceau de rock, avec son ostinato énergique, qui n’est pas sans rappeler Led Zeppelin ou même Deep Purple; puis, passant au deuxième plan, la rythmique va être ornementée de phrases musicales frisant l’atonalité et le sérialisme et faire de cette pièce une aventure musicale des plus intéressantes.

   Eastman parlait de « formes organiques » pour décrire sa musique : « Chaque phase contient l’information de la phase précédente, avec des matériaux nouveaux qui viennent s’y ajouter progressivement et d’anciens qui en sont progressivement supprimés. » C’est ce coté organique qui est puissamment ressenti dans cette pièces pour dix violoncelles.

   "The Nigger Series" (1979/1980) est une oeuvre pour quatre pianos en trois parties (Gay Guerrilla, Evil Nigger et Crazy Nigger) d’une durée d’une heure quarante cinq environ. L’enregistrement proposé ici est celui d’un concert donné en janvier 1980 à la Northwestern University avec Julius Eastman au piano. Le critique musical et compositeur Kyle Gann, étudiant à l’époque, se souvient que, les titres des pièces faisant polémique, ils furent supprimés du programme imprimé. Ces trois pièces, par leurs apports d’éléments venant du blues, du rock et de la pop, produisent sur l’auditeur un effet tout à fait différent de Piano Phase ou Six Pianos de Steve Reich. "Evil Nigger" avec son rythme soutenu et cette voix qui crie « One, Two, Tree, Four », comme dans un vieux rock, semble un appel à taper du pied pour marquer le rythme, plus qu’à l’écoute méditative que crée souvent la musique répétitive.

   Le dernier document d’archive du coffret est l’introduction que fit Eastman lors du concert de la Northwestern University, il y explique ses « formes organiques » ainsi que les titres des trois compositions, un document touchant au regard de son destin.

   Le radicalisme d’Eastman, s’il se trouvait dans sa vie, dans sa démarche musicale et dans les titres de ses oeuvres, est finalement absent de sa musique. Sa musique est débarrassée de tout dogmatisme, elle n’est pas enfermée dans une forme rigide comme pouvait l’être la musique de Philip Glass et Steve Reich au début des années 70. Eastman s’est servi de l’oralité de la musique africaine pour la libérer du carcan dans lequel sa forme la maintenait. Je pense à ce que Michael Gordon fera subir à la belle mécanique répétitive dans Trance. Comme si les trains de Steve Reich déraillaient pour emprunter des chemins de traverse...

   Une oeuvre qui précède les grandes compositions de Steve Reich et Philip Glass, et qui, dans le même temps, préfigure ce que sera la deuxième génération de minimaliste par l’apport d’élément de musique pop, rock et blues dans ces compositions.

   Le disque de Jace Clayton The Julius Eastman Memory Depot n’est pas un  remix de DJ d’oeuvres d’Eastman. Le disque reprend deux des trois parties de la Nigger Series (Evil Nigger et Gay Guerrilla), interprétées par deux pianistes (David Friend et Emily Manzo), sur lesquelles, Jace Clayton va intervenir avec de l’électronique : c’est donc plus une oeuvre pour piano et électronique qu’un simple remix de DJ. Tout à la fois indispensable s’il permet de faire découvrir un compositeur et discutable quant à son réel intérêt musical !

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Unjust Malaise paru en 2005 chez New World Records / 3 cds / 8 titres / 3h10 environ.

The Julius Eastman Memory Depot paru chez New Amsterdam Records en avril 2013 / 9 titres / 53 minutes.

Une chronique de Timewind

Pour aller plus loin

- Un extrait de "Crazy Nigger" en concert :

Une des rares partitions subsistantes de Julius Eastman.

Une des rares partitions subsistantes de Julius Eastman.

Published by Dionys - dans Musiques Contemporaines - Expérimentales
4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 13:57

   The Alvaret Ensemble est un collectif de musique improvisée fondé très récemment par Greg Haines (piano), Jan Kleestra (poèmes, guitare, voix), son frère Romke Kleefstra à la guitare et aux effets, Sytze Pruiksma aux percussions. Les quatre musiciens sont rejoints par le tromboniste Hilary Jeffery, les violonistes Iden Reinhart et Peter Broderick, l'organiste Martyn Heyne à l'orgue d'église selon les morceaux. Enregistré en trois jours d'août 2011 par Nils Frahm dans l'église Grunewald de Berlin, ce double cd ne livre que peu à peu ses beautés, qui en valent la peine.

  Tous les titres sont composés de trois lettres. "BYD" ouvre le premier cd : atmosphère raréfiée, guitare lointaine, piano parcimonieux. Un rythme lent, une musique qui semble s'égoutter du silence. Le piano ponctue, le trombone déroule des volutes lourdes coupées de virgules percussives. Vous y êtes, c'est là. La voix de Jan Kleefstra peut poser son premier poème brumeux (en frison, je le rappelle ; la pochette bilingue - frison / anglais - permet de suivre cette belle langue). Il y a parfois comme un frissonnement de cloches. Le piano se fait plus puissant, mais c'est le même balancement presque imperceptible qui nous emporte dans une douce rêverie. Puis le morceau s'anime, le piano devient eau courante, la percussion s'anime, surgit le violon très agile : on sent le groupe soudé, ensemble pour une expérience musicale hors du commun. Le piano ouvre "DDE" par des grappes carillonnantes espacées de frottis percussifs. La pièce se suspend le temps de quelques secondes de quasi silence, le trombone, à nouveau, fournit son contrepoint puissamment cuivré. Jan glisse ses mots dans les creux, le trombone s'époumone, la percussion s'emballe, le piano rutile. Atmosphère de ferveur, attente lumineuse...Une musique qui traque l'ineffable, résolument éloignée de tout esprit démonstratif. Mais jamais ennuyeuse, car en perpétuel mouvement, en recherche, à l'affût, saisissant le moment pour en extraire la beauté dans des élans joyeux, emportée parfois par des ondes vibrantes, accélérant à l'assaut des racines du ciel dans des transes fusionnelles impressionnantes. Et des moments de grâce extatique, comme dans "OND", avec un superbe duo piano - violon souligné par une clochette.

   "YSJ", premier titre du second cd, cultive le mystère avec une ambiance de crypte segmentée de puissants roulements de tambour. Jan psalmodie son texte plus qu'il ne le dit, prélude à "TEQ", d'esprit très Arvo Pärt, où le silence sculpte le moindre geste musical. C'est une musique que les musiciens eux-mêmes écoutent, déjà, pour nous livrer leurs découvertes, leurs avancées patientes...Femmes, hommes pressés, vous serez agacés...à moins qu'enfin ces compositions organiques ne vous touchent, ne vous troublent par leur entêtement à débusquer la lumière au détour des ombres. Écoutez "MUO", une pièce prise par le tumulte en son centre, soulevée de l'intérieur sous les envolées acérées du violon, pièce proprement tellurique d'une incroyable force contenue résorbée dans des trainées d'une indicible douceur...Même surgissement dans le très long "WJU" illuminé par le flux pianistique de la seconde moitié, strumming crescendo accompagné par un violon en vrille, c'est d'une puissance sidérante...tout vibre, pulse, dans un fracas formidable, magnifique qui suffirait à écarter les critiques distraites pressées de parler de musique (trop) calme ! 

   Un très beau double cd d'une musique qu'on pourrait qualifier à la fois de néo-classique, ambiante, deux étiquettes insuffisantes de toute façon pour rendre compte de ce parcours exigeant... et si gratifiant lorsqu'on se livre à elle comme elle se livre à nous, dans l'oubli du monde, dans les retrouvailles avec l'essentiel.

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Paru en 2012 chez Denovali Records / 2 cds / 10 titres  / 83 minutes environ

Pour aller plus loin

- le blog de Greg Haines

- la page de Denovali Records consacrée à l'Ensemble

- "MUO" en écoute (fausse vidéo) :

Photographie © Dionys Della Luce (cliquez sur la photo pour l'agrandir)

Photographie © Dionys Della Luce (cliquez sur la photo pour l'agrandir)

4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 13:56

Blog en cours de migration : désolé pour les changements, disparitions. Je teste un fond bleu...

Published by Dionys
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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 16:58

Svarte-Greiner-Black-Tie.jpeg   Black Tie est le premier album de Svarte Greiner — qui a par ailleurs enregistré une bonne dizaine d'albums sous différentes formes depuis 2006 — , alias du projet solo d'Erik K. Skodvin, musicien norvégien, sur son propre label Miasmah Recordings. Conçu au départ comme la bande son pour une installation de l'artiste norvégienne Marit Følstad, le disque s'insère parfaitement dans les sombres perspectives de son catalogue.

  Deux plages d'un peu plus de vingt minutes chacune pour la version envoyée à la presse (apparemment un titre supplémentaire pour le disque à paraître fin avril). La première, au titre éponyme, est une longue méditation pour violoncelle, cordes et sons électroniques d'ambiance. Le violoncelle est utilisé pizzicato dans les graves, au premier plan, pour rythmer implacablement, tranquillement, le morceau, tandis que les cordes et autres sons créent un arrière-plan mouvant. De ce rapport entre statisme hiératique et dynamisme insaisissable naît une belle tension dans toute la première moitié, tension finissant diminuendo, relayée par une phase d'indifférenciation, le violoncelle se fondant dans la toile fond, réduit à des grattements, chuintements, tandis que surgissent des déflagrations, démultipliées par des échos, réverbérations dans une atmosphère raréfiée. D'autres cordes viennent fulgurer en longues traînées incandescentes qui s'entrecroisent avec les décharges régulières. C'est superbe, hanté, sculpté, avec une fin surprenante : retour du violoncelle percussif, en frappes plus troubles, quasi sépulcrales avec les résonances étirées, ces liaisons noires qui ont sans doute amené le titre.

   Le deuxième titre, "White noise", n'imaginez pas qu'il rayonne par sa blancheur...Le bruit blanc est un terme qui désigne « un processus aléatoire dans lequel la densité spectrale de puissance est la même pour toutes les fréquences » (dixit Wikip.) En somme, un processus d'écrêtage, de tassement qui produit au départ un bourdonnement, des drones oscillant légèrement sur un fond réduit à un souffle. On ne peut plus sombre, l'impression d'être enfermé dans un lieu saturé de sons très graves qui s'infiltrent au fond de vous. Là-dessus, car sinon ce serait...infernal, viennent se superposer plusieurs niveaux de sons plus aigus, comme des plaintes lointaines striant l'espace, cherchant à atteindre un ciel inaccessible, animées d'une énergie concentrée. On en est à sept minutes. Le bourdonnement cesse, les cordes continuent, leur mouvement se fait courbe, elles-mêmes génèrent un autre bruit blanc, vrille lancinante crescendo, épaissie par le retour des drones initiaux : longue stase decrescendo, puis triomphe de sons amorphes, millions de fourmis agglutinées, marche au supplice, escalade implacable, assourdissante clameur soutenue par un battement sourd et puissant qui scande seul les derniers instants de son halètement inhumain.

   Une musique sans concession pour un voyage dans la beauté trouble des espaces intérieurs ou de mondes dont l'homme est absent. Ambiante, en partie électronique, elle est aussi abstraite, en un sens, mais pour le meilleur ! Svarte Greiner / Erik K. Skodvin, un compositeur dont il sera question dans ces colonnes à nouveau très bientôt...

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À paraître fin avril 2013 chez Miasmah recordings / 3 titres / plus de 45 minutes..?

Pour aller plus loin

- la page du distributeur consacrée à l'album

- Un court extrait en pré-écoute sur souncloud

- une fausse vidéo d'un extrait d'un disque précédent, Knive (Type recordings, 2006) :

 

 

Programme de l'émission du lundi 8 avril 2013

Bachar Mar-Khalifé : Requiem / K-Cinera / Distance (Pistes 8 à 10, 17'10), extraits de Who's Gonna Get The Ball Behind The Wall Of The Garden Today (InFiné, 2013)

Ryan Teague : Coins & Crosses / Nephesch (p.2-3, 13'10), extraits de Coins & Crosses (Type recordings, 2006)

Grande forme :

Svarte Greiner : White noise (p.2, 21'02), extrait de Black  Tie (Miasmah Recordings, 2013)

6 avril 2013 6 06 /04 /avril /2013 17:47

Le bourdonnement ambiant de nos habitations

 

   Il m’est souvent arrivé l’expérience suivante : je mets sur ma platine un nouveau disque que je viens de recevoir, une oeuvre nouvelle que je découvre. J’écoute la musique, plus ou moins attentivement, quand unNico-Muhly-Drones.jpeg son, un bruit vient perturber mon attention, titiller mon oreille — un chant d’oiseau, une sirène, un vrombissement — et de me demander : est-ce dans le disque ou dans mon jardin, dans la rue, est-ce le réfrigérateur dans la cuisine ou un vrombissement dans le disque ?? Où s’arrête la musique, où commencent les bruits ambiants qui nous entourent dans nos habitats ?

« J’ai commencé à écrire les pièces de Drones (bourdonnements) comme une méthode de développement d’idées harmoniques sur une structure statique. Une idée de quelque chose pas très différente que de chanter seul avec un aspirateur, ou avec le subtil mais constant murmure que l’on trouve dans la plupart des habitations. Nous nous entourons d’un bruit constant, et les pièces de Drones sont une tentative pour honorer ses bourdonnements et les styliser. » écrivait Nico Muhly en 2012.

 

    En réfléchissant à cette idée de Drones en tant que bourdonnement, murmure ambiant, omniprésent dans nos habitats, je me suis mis à fredonner un air, puis à murmurer des paroles...

 

Gradually                                                                                 progressivement

we became aware                                                  nous avons pris conscience

of a hum in the room                                   d’un bourdonnement dans la pièce

an electrical hum in the room        un bourdonnement électrique dans la pièce

it went mmmmmmm                                          cela faisait hum m m m m m m

  Je fredonnais le premier couplet de la chanson d’ouverture de Songs from the liquid days de Philip Glass. « Changing Opinion », le texte écrit par Paul Simon était l’exact écho de ce que je venais de lire.

   L’album Drones est la compilation de trois maxis (Drones & Piano / Drones & Viola / Drones & Violin), qui furent d’abord téléchargeables sur le site de Bedroom Community avant d’être édités en cd avec un bonus, "Drones in Large Cycles" en forme de coda.

   Nico Muhly a enregistré sur bande des sons de piano et de violon, qu’il va utiliser comme un bourdonnement statique sur lequel il va faire jouer tour à tour un piano dans la première pièce, puis un alto et enfin un violon. "Drones & Piano" est en fait, la seule vrai pièce pour instrument solo des trois, les deux suivantes étant des « solos » avec piano (alto et piano, violon et piano).

   Ce qui frappe dès les premières secondes de "Drones & Piano", c’est un jeu de  piano sec, froid, sans aucun vibrato, une musique qui semble dénuée de toute émotion, presque une caricature de certaines oeuvres sérielles ; pourtant, la musique est parfaitement tonale. Ce n’est pas un hasard si Nico Muhly a choisi le pianiste  Bruce Brubaker  (bien connu de ces pages) pour interpréter ces pièces. Nico Muhly dit de lui : « Il a cette capacité à faire émerger des émotions d’une musique apparemment sèche, comme les études de Philip Glass, ou mes propres expériences étranges de drone ». Mais de cette apparente froideur, va naître une musique qui devient rapidement addictive. Drones est certainement le disque que j’ai le plus écouté l’été dernier.

   C’est à partir de "The 8th Tune", la partie la plus courte de "Drones & Piano", que le piano devient presque lyrique, puis quasiment élégiaque dans la partie suivante ; la mélodie est juste esquissée, comme une ombre entraperçue. Les  puissants accords de piano reviennent pour la dernière partie  qui se termine par une série d’accords au violon.

   Émergeant du brouillard du drone, l’alto de Nadia Sirota pose le décor pour "Drones & Viola", mais semble rester en arrière plan. Il faudra attendre la deuxième partie pour que l’alto prenne de l’ampleur et devienne le vrai soliste et que là aussi, un certain lyrisme l’emporte sur la froideur apparente de la musique.

   C’est bien le violon qui a le premier rôle au début de "Drones & Violin", mais dès la deuxième partie, le staccato du piano revient au premier plan et la pièce devient un duo. Un effet miroir se crée alors entre les deux solistes et leurs doubles murmurant dans le drone conçu par Nico Muhly.

    "Drones in Large Cycles", la coda du disque, beaucoup plus électro, est plus une ouverture vers d’autres oeuvres à venir qu’une conclusion d’un cycle. Tel ce "Drones, Variations, Ornaments" écrit pour le Crash Ensemble.

   À remarquer également, sur la pochette du disque, quatre magnifiques photos noir et blanc du photographe portugais Luis Filipe Cunha. Des photos de racine et de tronc d’arbre qui, à défaut d’avoir un lien évident avec les murmures de nos habitats, apportent une belle touche finale à ce superbe disque.

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Paru chez Bedroom Community en 2012 / 14 titres / 50 minutes


Une chronique de Timewind

Pour aller plus loin

- le site de Bedroom Community sur Bandcamp

- Bruce Brubaker enregistrant Drones :

 

 

- le pianiste Jeff Plessis interprète "Drones & piano" au Baff Center le 23 janvier 2013 (audio seulement) :

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 1er avril 2013

Missy Mazzoli : Overture / The World within me is too small / Capsized Heart / Interlude / I have arrived (Pistes 1 à 5, 20'), extraits de Song from the uproar (New Amsterdam Records, 2012)

The Alvaret Ensemble : WJU (Cd 2 / p.4, 13'53), extrait du double album sans titre paru chez Denovali Records, 2013.

Grande forme :

• Svarte Greiner : Black Tie (p.1, 20'37), extrait de Black Tie (Denovali Records, 2013)

26 mars 2013 2 26 /03 /mars /2013 13:59

Bachar-Mar-Khalife-Who-s-gonna.jpegAprès Oil Slick paru en 2010 chez InFiné, le pianiste Bachar Mar-Khalifé récidive sur le même label avec un disque  au très long titre, Who's Gonna Get The Ball From Behind The Wall Of The Garden Today. De formation classique, fils du grand joueur de oud et chanteur libanais Marcel Khalifé, cadet du pianiste Rami Khalifé que les lecteurs de ce blog connaissent pour sa participation au trio Aufgang, Bachar Mar-Khalifé a toujours baigné dans la musique. Aussi retrouve-t-on dans ce nouvel opus des airs qui lui traînaient dans la tête depuis longtemps et des versions remaniées de titres présents sur Oil Slick. Mais ce nouvel album est surtout l'éclatante confirmation d'un véritable talent d'auteur-compositeur, et de chanteur.

   Dès "Memories" et ses mélismes à l'orgue Hammond (?), l'auditeur est plongé dans un monde coloré, intense, vibrant. "Ya nas" nous entraîne avec sa ritournelle syncopée, piano percussif en boucles vives, percussion bondissante, chant nerveux. Et surtout, ah surtout, quel bonheur ce décrochage langoureux, cette échappée rêveuse au piano et clavier après une minute quarante, qui s'étoffe en choral presque techno, avant de rebondir en chant fou ! "Mirror moon" est une étourdissante et limpide suite de boucles concaténées de piano sur laquelle la voix dépose son chant vif et doux, relayé par un finale en majesté pianistique grave et la voix déployée dans la grande tradition moyen-orientale. Le quatrième titre est une superbe reprise de "Machins choses" de Serge Gainsbourg, en moins jazzy côté arrangement, le texte nappé dans un phrasé pianistique piqueté et des cordes élégiaques, dit en duo avec la délicieuse Kid A : c'est suave,vaporeux et aéré, deux minutes de plus que dans l'original sans qu'on s'ennuie, parce qu'il y a dans la musique da Bachar un sens de la suspension qui donne à l'ensemble une profondeur troublante, fragile. Très très beau ! Le ton change avec "Marea Negra", avec un texte du poète syrien Ibrahim Qashoush mort en 2011, dont le chant fait d'abord songer à la psalmodie du muezzin, mais le piano percussif martèle ses cassures graves, le chant se fait plus âpre, la petite mélodie insidieuse reprenant l'extraordinaire "Marée noire" de Oil Slick : on sent une rage contenue - la "pochette" de l'album promotionnel est hélas vide de toute indication, on aimerait bien avoir la traduction des textes arabes - dans ce parcours désarticulé de pantin. Puis, c'est "Xerîbî", sur un texte du kurde Ciwan Haco, splendide morceau d'esprit minimaliste : piano lumineux, grave, imprimant à l'ensemble un balancement cérémoniel renforcé par l'adjonction de clochettes, et chant, un chant magnifique de douceur et de force, qui éclate en brûlantes traînées.  Un sommet ! "Progeria" alterne tourbillons, ralentis hypnotiques et ascensions fulgurantes : morceau kaléidoscopique qui renvoie au curieux visuel de ce visage fragmenté, se terminant en quasi berceuse avec chœurs. Le chant déployé à pleine gorge surplombe le piano au rythme heurté, fracassé de "Requiem", autre sommet qui se permet là aussi des contrastes incroyables, un passage en bourdon, puis l'acier rythmique du piano rejoint par une probable darbouka et un habillage oriental aux claviers. Quel plaisir de sentir un compositeur se laisser aller à ses idées jusqu'aux éclats finaux puissamment martelés, pulvérisant par avance toute tentative pour l'étiqueter ! "K-Cinera" est encore un miracle : chant-murmure, piano lumière, quelques frottements d'invisibles cymbales, on avance dans la pureté de l'aube, nimbés d'harmoniques très douces. L'album se termine sur un dernier très beau titre, "Distance", chant pudique, piano retenu puis lâché dans de magnifiques moments contrapuntiques, une coda litanique bouleversante...qui serait parfaite sans l'intrusion inutile de claviers qui sentent trop leur programmation.

         La tribu musicale des Khalifé se porte bien. Bachar Mar-Khalifé vient de frapper très fort, très haut, avec ce disque magnifique et personnel qui se faufile avec bonheur entre musique contemporaine, minimalisme, chanson (orientale ou non), traces de techno et de jazz.

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Paru chez InFiné début mars 2013 / 10 titres / 53 minutes environ

Pour aller plus loin

- la page du label InFiné avec "Machins choses" en écoute.

- une fausse vidéo pour "Xerîbî", hélas avec une publicité préalable à massacrer...

 

 

Programme de l'émission du lundi 18 mars 2013

Poppy Ackroyd : Glass sea / Lyre (Pistes 4-5, 9'), extraits de Escapement (Denovali Records, 2013)

Bruno Sanfilippo : I et II (p.1-2, 14'), extraits de Piano textures 3 (AD21, 2012)

Erik K Skodvin : Neither Dust / Escaping the day (p.5-7, 6'), extraits de Flare (sonic pieces, 2010)

Grande forme :

• Machinefabriek : Koploop (p.3, 19'46), extrait de Daas (Cold spring, 2010)

Programme de l'émission du lundi 25 mars 2013

Le Ciel brûle :

• Godspeed you ! Black Emperor : Strung like lights at thee printemps erable (p.4, 6'32), extrait de Alleluyah Don't bend Ascend (Constellations, 2012)

Antony and the Johnsons : Swanlights (p.5, 7'18), extrait de Cut the world (Rough Trade, 2012)

Bachar Mar-Khalifé : Ya nas / Mirror moon / Machins choses (p.2 à 4, 14'), extraits de Who's Gonna Get The Ball Behind The Wall Of The Garden Today (InFiné, 2013)

Grande forme :

• Peter Adriannsz : Parties I à IV (p. 4 à 7, 24'), extraits de Three Vertical Swells (Unsounds, 2012)

19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 16:12

Missy-Mazzoli-Song-from-the-uproar.jpg  Vies et morts d'Isabelle Eberhardt

   C'est le sous-titre (traduit) du nouvel opéra de chambre de Missy Mazzoli, jeune compositrice américaine née en 1980 que les lecteurs de ce blog connaissent bien (une de ses oeuvres figure sur l’album  Sweet light crude de l’ensemble Newspeak, et elle est la compositrice attitrée de l’ensemble exclusivement féminin Victoire). Song from the Uproar - Chant du Tumulte - est basé sur la vie et les écrits d'Isabelle Eberhard.

  Constitué de cinq musiciens (clarinette/clarinette basse, contrebasse, guitare électrique, piano et flûte/piccolo), le Now Ensemble (pour lequel Missy Mazzoli a également déjà composé) est au pupitre ; au chant, la mezzo-soprano Abigail Fischer, qui a interprété entre autres des œuvres de Steve Reich, David Lang et Nico Muhly, dans le rôle d’Isabelle Eberhardt ; et à cela s’ajoute un chœur de cinq voix dans un rôle de narration et de mise en valeur du texte et de la musique.


   « Nomade j’étais, quand toute petite je rêvais en regardant les routes, nomade je resterai toute ma vie, amoureuse des horizons changeants, des lointains encore inexplorés. »*

   Née en 1877 à Genève, Isabelle Eberhardt, après une enfance peu conformiste, part à l’âge de vingt ans pour Bône en Algérie. Elle y mènera  une vie de nomade, découvrira le désert, une culture et une religion, l’Islam, à laquelle elle se convertira. À vingt-sept ans, elle meurt noyée dans la crue d’un oued, et laisse derrière elle une œuvre composée d’un roman inachevé, de nouvelles, de récits de voyages et de sa correspondance. Figure du féminisme, souvent comparée à Alexandra David-Néel (pour les voyages) ou à George Sand (pour ses habits d’homme), sa vie est également placée sous le signe de Rimbaud. Certains biographes iront même jusqu’à imaginer que ce dernier était son père !

« Je ne suis qu’une originale, une rêveuse qui veut vivre loin du monde, vivre de la vie libre et nomade, pour essayer ensuite de dire ce qu’elle a vu et peut-être de communiquer à quelques-uns le frisson mélancolique et charmé qu’elle ressent en face des splendeurs tristes du Sahara. »*

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   L’opéra se déroule comme une succession de treize tableaux courts, plus une ouverture et un interlude, évoquant les moments importants de la vie d’Isabelle Eberhardt en une sorte de série d’images d’Epinal. Musicalement, il est dans un style que certains se plaisent à appeler « post minimaliste » et que l’on peut rapprocher de celui du trio Gordon, Lang, Wolfe - un subtil mixte entre Lost Object et The Carbon Copy Bulding - en particulier dans le tableau "You are the dust".  La musique et le chant sont tour à tour lyriques, nostalgiques, doux, puissants, voire poignants : un univers à la fois sombre et lumineux à l’image de ce que pouvait être Isabelle Eberhardt. L’ouverture, avec ses vocalises, les chœurs et les craquements de ce que l’on imagine être de vieux microsillons, plonge immédiatement l’auditeur dans l’univers sonore que Missy Mazzoli a créé pour Isabelle Eberhardt.

   « Ce monde en moi est trop petit », premier tableau de l’opéra, résume assez bien le personnage d’Isabelle Eberhardt autant que l’oeuvre de Missy Mazzoli.  Soulignant le jeu du piano, une clarinette basse vient en contrepoint de la voix d’Abigail Fischer, avant l’entrée en scène d’une flûte aérienne. Un interlude, avec ses choeurs qui semble venir de très loin et ces sons de coques de bateaux qui grincent, ces  cris d’oiseaux marins sur lesquelles une clarinette vient se poser, crée une musique élégiaque de toute beauté. Le tableau "Chanson", chanté partiellement en français, nous emmène avec son ambiance de café concert et ses sonorités entre Poulenc et Ravel vers un univers proche d’Orphée de Philip Glass.

   Là ou l’œuvre de Missy Mazzoli est, à mon avis, vraiment réussie, c’est dans le mélange, la symbiose qu’elle opère entre l’ensemble orchestral, la mezzo-soprano, le chœur, et l’utilisation de l’électronique. Effets et bruitages viennent souligner la musique et les voix, sans jamais surcharger l’œuvre en l’étouffant - l’effet d’écho utilisé sur le chœur du tableau "I am not mine" est aussi subtil que magnifique.

   Au final une œuvre douce-amère, très nostalgique, mais parsemée d’éclats lumineux qui la rendent très attachante. Une compositrice à suivre sans aucun doute.

 


« Dehors, tout se tait, tout rêve et tout repose, dans la clarté froide de la lune. »*

 

*   Les extraits sont tirés des livres d’Isabelle Eberhardt et non du livret de l’opéra.

 

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Paru chez New Amsterdam Records en 2012 / 15 titres / 65 minutes


Une chronique de Timewind

Pour aller plus loin

- le site de Missy Mazzoli

- le site du Now Ensemble, avec deux vidéos de l'opéra.

- deux titres en écoute ci-dessous, le 2, "this world within me is too small" et le finale, "Here where footsteps erase the graves" :