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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 18:01

 My Brightest Diamond - All Things Will Unwind cover  Troisième album de My Brightest Diamond, All things will unwind marque un retour vers la chanson après l'essai de formats hybrides à mi-chemin entre pop et musique contemporaine (et d'ailleurs réussis !). Mais quel retour ! J'avais d'abord écrit "chanson pop" : j'ai très vite enlevé le "pop", qui ne veut rien dire ici. Shara Worden, chanteuse et compositrice du groupe qu'elle a fondé, redonne à la chanson toute sa noblesse native, alliant textes poétiques et orchestrations raffinées. Plus d'une fois, en l'écoutant, j'ai songé à Manos Hadjidakis, ce crétois génial qui haussait sans cesse la chanson au rang de la mélodie (au sens classique du mot), de la musique de chambre, réussissant le mariage entre cultures populaire et savante. Solidement épaulée par toute une pléiade d'excellents instrumentistes, parmi lesquels les membres de yMusic, ensemble qui sort actuellement son premier album sur New Amsterdam records, Shara rayonne littéralement. Chaque chanson est un bijou délicat bourré de trouvailles, de surprises : rien de moins convenu que ces pièces dont aucune n'excède quatre minutes trente.

   "We Added It Up"commence avec des accents folk, guitare sèche en avant, puis la voix presque guillerette, moqueuse, pourtant déjà ourlée de ce velours qui lui donne tant d'expressivité. Très vite, d'autres instruments rejoignent Shara pour un petit conte facétieux sur les différences au cœur du couple. La pièce dérape alors vers une tonalité rêveuse pour évoquer la fusion / confusion opérée par l'amour, entre hymne langoureux et spiritual, chœurs à l'appui. Ravissant ! "Reaching through to the Other Side" a des accents plus graves pour chanter la vie mystérieuse. La voix s'envole, archangélique, frémissante, soutenue par cordes, flûte ; tout ralentit, extatiquement, avant que ne sonnent comme des éclats de fanfare pour finir. Introduction de chambre pour "In the beginning" : la voix vient s'y poser comme un colibri sur une fleur, fragile, retenue, immatérielle, elle bat des ailes dans des vocalises transparentes, des ralentis fervents. Qu'est-ce que la vie, cette bobine à dévider ? : "This is the oldest story, this the finest tale / Our time, our question awaits / Will we seize it / Can we catch it, our reel to reel / My only chance at this / I will take hold of it." Les interrogations se résolvent à nouveau en un alleluia approfondi par une pointe de mélancolie. Le plus bouleversant dans ces pièces, c'est la capacité de Shara à changer de registre, à passer de la légèreté à une suavité confondante, voire à une puissance, une gravité diaphane. "Be Brave", le cinquième titre, est à cet égard un chef d'œuvre. S'identifiant successivement à un oiseau, une baleine, aux éléments, à un(e) esclave, au bourreau puis à la victime, elle virevolte, comme si elle éprouvait les affres de ceux pour lesquels elle s'inquiète, dans le temps même où elle constate "It's so light, it's so easy just to be", se demandant "Oh God, what's my responsability". La chanson suivante n'est pas moins envoûtante, la voix de soprano Shara comme en apesanteur, traversée d'inflexions plus graves soulignées par la clarinette. Le texte énumère tout ce qu'elle ne fait pas, lui opposant à chaque fin de couplet "but she saves the day", chute tout simplement sublime. Un piano préparé accompagne "Ding Dang", chanson plus amère sur les apparences trompeuses. La réussite de cet album tient au sens inné du dosage : la légèreté n'y est jamais mièvre ou agaçante et vaine, tandis que la gravité n'est ni emphatique ni ennuyeuse. Shara nous promène de semi-confidences en mini-contes amusés, comme le délicieux "There's a Rat", traitant aussi le sérieux sur le mode fantaisiste, maîtresse d'une cérémonie étincelante de ces ombres mêmes. On retrouve DM Stith pour un court et émouvant duo sur "Everything is in Line". Que du beau monde pour cette fête ! Un aveu pour terminer : la pochette m'inquiétait, d'autant plus qu'un chroniqueur anglo-saxon signalait le "repli" de Shara sur la chanson sans en souligner les qualités si particulières. Derrière les plumes et les couleurs, en l'ouvrant, cette pochette on voit Shara regardant dans les yeux une tête aux orbites noires coiffée d'un bonnet rayé, un peu de rouge sur les pommettes comme un écho des siennes : posture d'Hamlet tenant la tête de mort dans la célèbre scène. La fête est d'autant plus belle que la mort est là, en filigrane, à peine déguisée, qui nous rappelle que la vie est mascarade. 

Paru en 2011 chez Blue Sword - Asthmatic Kitty Records/ 11 titres / 43 minutes.

Pour aller plus loin

- mon article sur l'album précédent,  a thousand shark's teeth, avec une courte notice biographique.

- un vidéo, superbe, de "Be Grave" :

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 2 janvier 2012

Douwe Eisenga : Motion (Piste 1, 6'58), extrait de House of Mirrors (Zefir Records, 2011)

Jody Redhage : A thousand tongues (composition : Missy Mazzoli / p.5, 6'40), extrait de of minutiae and memory (New amsterdam records, 2011)

Grande forme :

Michael Gordon : Timber 3 et 4 (p.3-4, 20,15), extrait de Timber (Cantaloupe Music, 2011)

My Brightest diamond : We added it up / Reaching through to the other side (p.1-2, 7'50), extrait de All things will unwind (Blus Sword / Asthmatic Kitty Records, 2011)

Me & L'Au : 360 / Magic 80 (p.3-5, 9,30), extrait de If Beauty is a crime (Alter K, 2011)

24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 23:54

Des matériaux recyclés deviennent des machines sonores, des machines à rêver : " Les machines merveilleuses :  installations mécaniques sonores"

Il s'agit d'un parcours de construction de machines analogico-mécaniques qui produisent des sons et éveillent un monde merveilleux. Ces machines sont issues du recyclage créatif de matériaux et déchets industriels. De ce Laboratoire sont nées les machines musicales de l'Océan et de l'expérience de pirophonie.

Jusqu'a ce jour, ont été imaginées, conçues et fabriquées des machines qui fonctionnent et produisent des sons à travers l'eau, l'air et le feu ; ce sont les principaux instruments utilisés lors de la performance avec une guitarre basse associée à des effets, un mixer audio ...des sons mélodiques et des bruits naissent d'un volcan primitif comme du monde industriel...

 

C'est le texte envoyé par Luca Valisi, l'un des membres de Pirofonia. Une présentation de leur travail dans la vidéo ci-dessous, sinon allez voir le très beau site Tana -Creatures, notamment la superbe vidéo "Tana 07".

 

 

19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 19:03

   Avec un peu de recul, je vous propose un panorama des musiques singulières de 2010. Classement subjectif, fluctuant selon l'humeur, qui procède par "blocs", tant il est impossible de décréter qui est le meilleur dans un ensemble de disques magnifiques. Disons que le bloc 1 correspond à ce que j'appelle "les absolus" : il comprend deux rééditions, j'assume, c'est le côté "INACTUELLES", auquel je tiens. Les noms des interprètes sont en italiques pour les différencier des compositeurs. Les liens vers les chroniques sont dans les titres des albums, au centre. Vous remarquerez que figurent des disques non chroniqués, parce que je n'ai pas pris le temps de le faire, et que finalement je les aime bien, en dépit de leurs imperfections.

Meph. - Tu penses à Élastik, par exemple.

Dio. - Oui, parce que tu as insisté...

Meph. - Les participations d'Horror 404 me ravissent !

Dio. - Je sais que tu te complais dans le sombre.

Meph. - Ça réveille, ça décape ! Salutaire ! Mais pourquoi Natacha Atlas, dont tu n'as jamais parlé ? Tu te guimauvises ?

Dio. - Nostalgie d'Orient, besoin de suavité. Elle figure quand même dans certains programmes d'émissions. Ce qui reste des musiques du monde, que je fréquentais davantage voilà quelques années.

Meph. - Un grand merci pour avoir fait figurer Kafka, excellent groupe français de post-rock.

Dio. - J'aime assez ce lyrisme flamboyant des guitares. Mais laissons nos amis internautes découvrir notre rétrospective, sans doute cruellement incomplète. D'autant que certains musiciens ont disparu mystérieusement de la sélection...

Meph. - Tu es imprévisible ! Nous attendons de pied ferme leurs suggestions enthousiastes, indignées. Il nous restera à constituer des addenda...

Dio. - Et à rejoindre les cortèges de pénitents noirs, je te vois venir...


1/ David Mahler              Only Music Can save Me Now                  New World Records

Alvin Curran                      Solo Works : the 70's                                  New World Records

Élodie Lauten                     piano works                                                Unseeen Worlds Records

Jeroen van Veen & Friends  Minimal piano Collection (Vol.X-XX)    Brilliant Classics

Disques Année 2010 bloc 1

2/ Grand Valley State University New Music Ensemble

                                                  In C remixed                                               Innova Recordings

Terry Riley                            In C (par le Salt Lake Electric Ensemble)  (autoproduit)

itsnotyouitsme                      Fallen monuments                                      New Amsterdam Records

Steve Reich                           Double Sextet / 2x5                                     Nonesuch

Disques Année 2010 bloc 2

3/ Maya Beiser                    Provenance                                                  Innova Recordings

Nico Muhly                          I drink the air before me                             Bedroom Community

Sarah Kirkland Snider       Penelope                                                     New Amsterdam Records

Peter Broderick                   How they are                                              Bella Union

Disques Année 2010 bloc 3

4/ Brian Eno                         Small Craft on a milk sea                           Opal / Warp

Autechre                               Oversteps                                                    Warp

Psychoangelo                     Panauromni                                                 Innova Recordings

Guillaume Gargaud           Lost Chords                                                DeadPilot Records

Disques Année 2010 bloc 4

5/ Olivier Capparos & Lionel Marchetti

                                                 Kitty Hawk, le sable et le vent                    Césaré

Fuse Ensemble                     L'Usina mekanica                                       (autoproduit) 

So Percussion / Matmos    Treasure state                                              Cantaloupe Music

Alva Noto & Blixa Bargeld  mimikry                                                      Raster-Noton

Disques Année 2010 bloc 5

6/  Antony & the Johnsons  Swanlights                                                Rough Trade

Max Richter                           Infra                                                            FatCat

Victoire                                   Cathedral City                                            New Amsterdam Records

Slow Six                                 tomorrow becomes you                              Western Vinyl

Disques année 2010 bloc 6

7/ Laurie Anderson             Homeland                                                   Nonesuch

Clogs                                       The Creatures in the garden of Lady Walton

                                                                                                                     Brassland

Sig                                            Freespeed sonata                                       Makasound

Elastik                                       Metalik                                                      Sounds Around Records

Disques Année 2010 bloc 7

  8/ Pantha du Prince                  Black noise                                                 Rough Trade

Kafka                                       Geografia                                                    Pyromane Records

Dawn of Midi                          First                                                            Accretions

Brain Damage                          Burning before sunset                                 Jarring Effects

Disques Année 2010 bloc 8

Natacha Atlas                          Mounqaliba                                                 World Village / Harmonia Mundi

Published by Dionys - dans Classements
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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 16:21
Michael Gordon - Timber : Foisonnant désert percussif !

    Michael Gordon, l'un des trois cofondateurs du festival Bang On A Can, ce creuset formidable où se rencontrent les énergies des musiques pop-rock et la rigueur de l'écriture contemporaine, avait décidé de quitter pour un temps le domaine orchestral, dans lequel il avait donné des pièces amples, ambitieuses. Invité en 2009 par le Slagwerk Den Haag, un ensemble de jeunes percussionnistes néerlandais, il a donc décidé que Timber serait pour des percussions non accordées, et que chaque percussionniste ne jouerait que d'un instrument. Il voyait le processus compositionnel comme un voyage dans le désert, espérant que le paysage désolé et la lutte pour la survie l'aideraient à clarifier son esprit et lui apporteraient des visions... Tel est le point de départ d'une des œuvres les plus abouties, les plus stupéfiantes de Michael Gordon, qui m'avait moyennement convaincu dans ses grandes "machines" orchestrales comme Decasia (2001). Avec cette pièce, je le retrouve au meilleur de son énergie, de son sens inné de la transe.

    Comme il voulait une percussion au son très sec, proche de l'électronique, après quelques essais le directeur artistique de l'ensemble néerlandais, Fedor Teunisse, lui a apporté des simantras en bois qu'ils conservaient parmi leurs instruments et matériaux divers. Ce beau mot désigne d'abord uneSimantras percussion liturgique grecque. Iannis Xenakis en a utilisé. Ce sont plus couramment des poutres de bois, appelées 2x4, posées sur des sortes de tréteaux, frappées avec des mailloches. Le défi, c'était en somme de produire de la musique avec...des matériaux de construction ! On entend bien la frappe très claire, qui produit des champs harmoniques évidemment exploités par Michael Gordon.

   La composition, en cinq parties pour presque cinquante-cinq minutes, est fondée sur des motifs montant et descendant. Les six interprètes forment un cercle, chacun frappant un seul simantra, puis deux dans les parties quatre et cinq. Curieusement, on est très vite enveloppé par les vagues rythmiques produites par les frappes rapprochées. Si la pièce exige concentration et virtuosité de ses exécutants, elle exerce sur l'auditeur une fascination hypnotique impressionnante. Sous le crépitement des chocs circulent des nappes sonores profondes, fluides. Comme de la lave qui se vaporiserait dans des halètements, des lâchers de bulles rutilantes. Et n'imaginez surtout pas que l'on s'ennuieMichael Gordon Timber 6 pendant l'écoute, tant la composition est vivante, animée de mouvements quasi respiratoires, de girations, de contractions et d'expansions qui font de l'œuvre un nuage percussif, une constellation mouvante, un univers en soi !

   Le boîtier en bois massif, si agréable au toucher, est un prolongement naturel de cette composition magistrale : l'équipe de Cantaloupe ne néglige rien !

Paru chez Cantaloupe Music en 2011 / 5 titres / 55 minutes

Pour aller plus loin

- Timber en écoute sur Soundcloud.

- un large extrait, interprété en public à l'Université de Princeton en 2014 :

- si vous souhaitez écouter d'autres compositions de Michael Gordon, ma sélection (provisoire...) :

Michael-Gordon-Selection.jpeg

 

Trance est initialement sorti sur le label Argo en 1996, avec une autre couverture / Weather et Light is calling chez Nonesuch Records en 1998 et 2004.

Programme de l'émission du lundi 5 décembre 2011

Amute : drive / violent blur (Pistes 7-8, 9'), extraits de Black Diamond blues (Humpty Dumpty Records, 2011)

Doctor Flake : Lost on the beach / Hollow people (p.1-2, 7'30), extrait de Flake up (New Deal records / Differ-Ant, 2011)

David Lynch : Pinky's dream / Good day today (1-2), extrait de Crazy clown time (Sunday Best Recordings, 2011)

Elastik : Ekymose / Automatik (p.2-3, 10'), extraits de Critik (Koma Records, 2011)

Michael Gordon : Part 2 (p.2, 12'11), extrait de Timber (Cantaloupe Music, 2011)

3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 15:38

Jeroen-van-Veen-Minimal-piano-collection-X-XX.jpg   Jeroen van Veen, compositeur et pianiste néerlandais, est un infatigable ambassadeur du minimalisme. Le deuxième volet de l'anthologie Minimal piano Collection, commencée en 2007 sur le label Brilliant Classics, est sorti depuis un an. Un travail monumental à mettre en parallèle avec l' Anthology of noise and electronic music dirigée par Guy Marc Hinant sur le label bruxellois Sub Rosa. Le coffret rassemblant les dix premiers volumes pour piano solo se terminait sur une adaptation pour plusieurs pianos de l'incontournable "In C" (version, à ma connaissance, la plus récente ici) de Terry Riley, transition vers ces nouveaux Cds consacrés aux compositions pour deux à six pianos.

   Ceux-ci s'ouvrent sur les soixante-dix-neuf minutes et seize secondes des vingt-cinq sections du "Canto Ostinato" de son compatriote Simeon ten Holt, né en 1923, qui fut l'élève à Paris d'Arthur Honegger et de Darius Milhaud : une adaptation pour deux pianos, interprétée par Jeroen et son épouse Sandra, de cette composition monumentale, à l'origine pour quatre pianos, écrite entre 1976 et 1979. Magnifique entrée que cette musique d'une incroyable fraîcheur, au rythme entraînant, constamment chantante : l'auditeur est porté par une douce houle, dont la surface est aérée par des bulles mélodiques récurrentes. Cette musique est naïve, dans la plus belle acception du terme, animée d'un rêve de jouvence, de perpétuelle renaissance. Vous voilà prêts au long bain de vigueur qu'est le minimalisme bien compris, chaque Cd gorgé à bloc. Si les minimalistes américains se taillent évidemment la part du lion, vous y rencontrerez aussi le sud-africain Kevin Volans, l'anglais Tim Seddon, le russe Alexander Rabinovitch, l'estonien Arvo Pärt, le belge  Wim Mertens, quelques autres néerlandais, mais aucun français...la renommée de Frédéric Lagnau étant peut-être trop limitée. Je n'irai pas jusqu'à dire que tout est admirable dans ces dix volumes, mais que de pages splendides rassemblées : le "Long night" de Kyle Gann  pour trois pianos, "Two pianos" et "Piece for four pianos" de Morton Feldman, "Piano phase" et "Six pianos" (évidemment !) de Steve Reich, avec un volume XIX extraordinaire. D'abord , du Philip Glass, du meilleur : "In Again Out Again" (en écoute plus bas), de 1968, une pièce qui s'apparente à "Piano phase" de  Steve Reich, avec une structure en miroir, chaque pianiste jouant vingt motifs, le premier de 1 à 20, le second de 20 à 1. Puis "Theme von Wiek", de son compatriote Douwe Eisenga, une de mes belles découvertes récentes : une ronde envoûtante, gracieuse, tout en transparences mélancoliques. Puis les deux pianistes attaquent "Orpheus Over and Under" (en écoute aussi plus bas) de David Lang, composition de 1989 basée sur des tremolos crescendo et decrescendo, en strumming à la Charlemagne Palestine, mais avec la rigueur implacable de David. C'est un obstiné forage pour accoucher d'une beauté vertigineuse. Enfin le capricieux et concertant "Incanto" (en écoute plus bas) du pianiste-compositeur lui-même, inspiré par sa machine à café de marque Incanto, nous confie-t-il, et par une chanson pop qu'il écoutait beaucoup dans sa voiture, chanson réduite, augmentée, variée : pièce enjouée, qui caracole en grapillant des notes nouvelles, rebondit, virevolte, se suspend pour mieux repartir.

   La musique minimaliste est au fond un hymne vibrant au bonheur de vivre, un refus de la crise, de la déprime fabriquée par des médias trop souvent aux bottes de la finance ivre de son pouvoir illusoire. Il faut revenir aux sources, par delà les artefacts d'une civilisation égarée.

Paru en 2010 chez Brilliant Classics / 10 Cds / 83 pièces / 854 minutes

Pour aller plus loin

- le site de Jeroen van Veen

- l'intégrale de "Canto Ostinato" de Simeon ten Holt, en concert à Eindhoven le 2 avril 2011, interprété par Jeroen et Sandra van Veen, Elizabeth et Marcel Bergmann :

 

 

- trois des quatre pièces du volume XIX en écoute :

 

Programme de l'émission du lundi 28 novembre 2011

Amute : Black diamond blues / thierry / so easy to fall (pistes 4-5-6, 13'30), extraits de Black Diamond blues (Humpty Dumpty Records, 2011)

Max Richter : on the nature of daylight (p.2, 6'12), extrait de The Blue Notebook (FatCat Records, 2004)

Jasha Narveson : Ripple (p.10, 4'59), extrait de Fast Jump du pianiste Danny Holt (Innova, 2009)

Christopher Roberts : The Channel (p.2, 9'22), extrait de Last Cicada singing (Cold Blue Music, 2009)

Michael Gordon : Timber 1 (p.1, 8'33), extrait de Timber (Cantaloupe Music, 2011)

Alain Kremski : L'Oubli, l'Eau et les Songes (p.6, 7'05), extrait de Résonances / mouvements.. (Cézame/Iris, 2009)

28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 17:16

 Amute-Black-Diamond-Blues.jpg  Dès le premier titre, j'ai su que je chroniquerai cet album, le quatrième d'Amute, pseudonyme du musicien belge Jérôme Deuson. "When it begins", entrée éblouissante, nous emporte d'emblée par son lyrisme sombre, tendu, celui d'un Tangerine Dream des premiers albums, Phaedra (1974) surtout avec l'envoûtant "Mysterious semblance at the strand of nightmares" : vagues de claviers, chavirements grandioses sur les rivages de l'Ailleurs, voix archangéliques lointaines, tout cela s'échouant sur quelques notes de guitare. Les marteaux piqueurs flous ouvrant le titre suivant, "Everyday is", donnent la couleur d'une pièce à la fois plus industrielle, puissante, post rock aussi pour tout dire, et en même temps toujours dans une veine ambiante et électronique, quelque part entre un Tim Hecker sur son orgue dans une cathédrale abandonnée et presque un Père Ubu par les vocaux rageurs, d'une pâte très épaisse.

Méph. - Ah oui, ça fait du bien !

Dio. - Tiens, il faut que tu t'en mêles ?

Méph. - Je suivais avec inquiétude ta dérive vers une quiétude néo-classicisante soporifique...

Dio. - Je ne réponds pas à tes insinuations. Parfois, je me demande si tu n'es pas sourd : comme quoi malice ne rime pas avec finesse de l'oreille...Ce qui compte, c'est que tu me rejoignes !

Méph. - Merci pour les compliments. Je reviens à l'album. "Fast forward the past" est une belle ballade post rock, guitare lumière dans une temporalité distendue - on a l'impression que le temps patine - peuplée d'étranges objets sonores qui envahissent le devant de la scène, chœurs voilés...

Dio. - Quant au titre éponyme, il ne ment pas. Nappes d'anthracite, forages dans des mines étranges, envols légers nimbés d'une atmosphère irréelle.

Meph. - Appelle ça par son nom, de la poésie sonore, attention pas de la mièvre, de la brute, pleine de chauves-souris dont les ailes battent dans le noir profond.

Dio. - Et l'on descend encore avec "Thierry" où soufflent des vents souterrains violents de particules électroniques : guitare distordue en flamme, quelque chose d'infernal, non ?

Meph. - Tu me tends la perche : Thierry doit être un damné dont le corps torturé produit ce qu'on n'attendrait pas de lui, une fulgurance sourde, belle...Le titre suivant me semble autoriser mon audace : "So easy to fall", chant fragile et maladroit en boucles hypnotiques, bientôt se gonflant d'énergies telluriques, puissamment rythmées. Superbe métamorphose, les damnés se redressent et clament du fond des cavernes obscures. J'applaudis !

Dio. - Dans ce contexte, "Drive" est d'abord un miracle de transparence avant de devenir l'hymne doucement implacable de la délivrance : une force est en marche, irrésistible, fascinante.

Meph. - Dont "Violent blur" serait la dispersion dans les espaces infinis. On arrive logiquement - par la logique imaginaire de cette musique visionnaire - dans le "Desert" du titre neuf, titre lentement pulsé, le plus ambiant, hanté par des voix fragmentées, murmurantes, de lumineuses et glauques sidérations. Comme un territoire à réinventer, d'où la remontée des énergies, le superbe crescendo habillé de violoncelle sensuel, menacé en fin de parcours par une dépression lourde déchirée d'une clarté déclinante. Nous voici au pays du "Dead hero", balayé de drones opaques animés de déflagrations intérieures : puis un paysage désolé envahi par une rythmique machinique...

Dio. - Un disque très intense, sombre...

Meph. - Déjà dit, vieux ! Mieux que cela : un superbe opéra des espaces enfouis, une odyssée ténébreuse, qui réussit une confondante fusion entre l'acoustique et l'électronique. Les amateurs de Guillaume Gargaud, et de quelques autres créateurs inspirés, seront ravis !

Dio. - Et c'est publié par un label indépendant bruxellois, Humpty Dumpty Records, que nous saluons chaleureusement. 

Paru chez Humpty Dumpty Records en Octobre 2011/ 10 titres / 46 minutes

Pour aller plus loin

- le disque est en écoute sur la page du label consacrée à l'album.

- une fausse vidéo pour le premier titre :

 

 

Programme de l'émission du lundi 21 novembre 2011

Jody Redhage : paint box / of minutiae and memory (Pistes 2-3, 13'30), extraits de of minutiae and memory (New Amsterdam Records, 2011)

Amute : when it begins / everybody is / fast forward the past (p.1-2-3, 14'), extraits de Black Diamond blues (Humpty Dumpty Records, 2011)

Wim Mertens : Man-in-person / The biggest fable of (p.8 Cd1- p.2/Cd2, 12'40), extrait de Series of Ands / Immediate Givens (Usura -EMI, 2011)

itsnotyouitsme : I will watch the sky until the end of my time (p.6/Cd2, 12'06), extrait de Everybody's pain is magnificent (New Amsterdam Records, 2011)

21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 15:05

  Jody-Redhage-of-minutiae-ad-memory.jpg Second album de la violoncelliste et chanteuse Jody Redhage, of minutiae and memory, qui vient de sortir sur le label New Amsterdam Records, comprend deux nouvelles versions de titres de son précédent album All summer in a day, paru en 2007, une version remasterisée d'un autre titre, et cinq nouvelles pièces. Au total huit compositions de huit compositeurs différents. Si son précédent album mettait l'accent sur la diversité des approches du violoncelle et du chant, celui-ci joue la mixité électro-acoustique. Chaque pièce recourt à l'électronique, tandis que la voix et le violoncelle sont souvent pré-enregistrés et retraités pour être intégrés au mix électronique.

   "I dreamed I was floating" de Joshua Penman ouvre l'album : une composition d'un peu plus de trois minutes qui donne le ton. L'environnement électronique nous plonge dans une musique ambiante caractéristique, traversée de flux lumineux, de sons distordus de violoncelle, puis le chant reconnaissable, nu, du violoncelle s'élève, lyrique, tout en coulées limpides, tandis que l'arrière-plan s'anime, tourbillonne, donnant une impression d'apesanteur. Un prélude convaincant, bien travaillé par Ben Wittman au mixage et Dave Glasser à la mise en place sonore. On est prêt au voyage... "paint box" d'Anna Clyne commence par une prise de respiration, comme quand un nageur remplit ses poumons avant de plonger. C'est un morceau fascinant, parsemé de gargouillis, de battements étranges, de fragments de mots, de dialogue, le tout transcendé par un violoncelle fastueux qui donne des frissons : tous les sons viennent de la voix de Jody et de son instrument, agencés en couches successives pour donner cette trame à la fois hoquetante, hachée, et unifiée par les glissements sensuels des cordes, d'où l'impression d'avoir affaire à un véritable orchestre. Le titre éponyme, une composition de Paula Matthusen, permet de mettre en valeur la voixJody Redhage magnifique de Jody sur un texte inspiré d'un registre norvégien de prières utilisé par la grand-mère de la compositrice dans son enfance. Le chant se déploie, s'absente, se reconstruit dans une atmosphère éthérée au travers d'élans successifs vers un firmament de la mémoire qui nous entraîne de plus en plus loin. Il y a du Arvo Pärt dans ce chant épuré, un Arvo retravaillé par un Alva Noto qui aurait pigmenté le tissu sonore d'un infime mouchetis électronique percussif. Trois titres, trois belles claques ! Et ce n'est pas fini, même si le ton change. "Static line" de Wil Smith est un continuum post ligétien en perpétuelle et lente métamorphose, constitué dans cette version studio de jusqu'à trente-six couches de violoncelles. Plus intériorisé que les précédents, il n'en est pas moins splendide, suggérant des images de sphère dérivant et s'enroulant sur elle-même en libérant des flux harmoniques très suaves. On retrouve la compositrice Missy Mazzoli pour le titre suivant, "A Thousand tongues", savant entrelacement de violoncelle élégiaque et d'électronique syncopée dont finit par se détacher la voix de Jody pour un texte du poète Stephen Crane :

Yes, I have a thousand tongues,

And nine and ninety-nine lie.

Though I strive to use the one,

It will make no melody at my will,

But is dead in my mouth.

  La voix semble s'engluer progressivement dans l'empâtement sonore qui la cerne et la presse. Impressionnant. L'album se fait plus grave encore avec "the light by which she may have ascended", composé par Ryan Brown qui dit l'avoir écrit en mémoire de son arrière grand-mère, dont il était très proche. La pièce est un requiem envoûtant structuré par le retour en canon de quatre violoncelles gravissant l'échelle mélodique sur un paysage sonore d'enfants sur un terrain de jeux proche de son vieil appartement à San Francisco. Le violoncelle entre en scène d'abord seul sur "Everywhere Feathers" de Stefan Weisman, puis se dédouble avant le surgissement de la voix de Jody pour ce qui s'apparente à un aria sur un texte d'Anna Rabinowitz. Véritable fragment d'opéra électro-acoustique, la pièce est l'occasion d'apprécier à nouveau cette voix déliée, souple et pleine, qui s'élance avec aisance dans les aigus pour chanter l'histoire bouleversante d'une nouvelle mariée juive polonaise qui quitte sa terre natale, s'embarquant vers New-York avant le début de la Seconde guerre mondiale,  et éprouve un sentiment d'impuissance face au drame en cours. Sur un poème de Frank O'hara et une musique de Derek Muro, "Did You See Me Walking" juxtapose un phrasé vocal entre musique contemporaine et jazz parfois a capella, souligné par un violoncelle parcimonieux, tantôt glissando, tantôt en courts pizzicati : le côté bluette sentimentale du texte, sauvé par les allusions à un environnement urbain, donne lieu à de subtils mélismes sur fond allusif de bruits de rue. Ce n'est pas mon morceau préféré, mais je lui accorde un certain charme, et je vais même jusqu'à concéder qu'il constitue une fin assez originale dans son dépouillement mélodieux, son retour à de simples sentiments humains.

   Encore un excellent disque de ce label passionnant !

Paru en 2011 chez New Amsterdam Records / 8 titres / 47 minutes.


Pour aller plus loin

- le site personnel de Jody Redhage.

- Jody en concert pour la sortie de son album interprète "The Light by which she may have ascended" :

 

Programme de l'émission du lundi 14 novembre 2011

itsnotyouitsme : Little wish / mammoth super column to the towers of / glowing embers, pillared palaces (Cd1 / piste 7 //Cd2 p.2-4, 16'10), extraits de Everybody's pain is magnificent (New Amsterdam Records, 2011)

Institut : Capturer l'instant / Je ne peux pas rester / Sans aucun lendemain / Les Falaises (p.12-13-14-15, 11'), extraits de ils étaient tombés amoureux instantanément (Institut & rouge-déclic, 2011)

Wim Mertens : Sonsigns / Face à main (Cd Series of ands, p.2-4, 15'), extrait de Series of Ands / Immediate Givens (Usura -EMI, 2011)

Peter Broderick : Low Light (p.6, 6'44), extrait de Glimmer (Côté labo, ?) avec Takumi Uesaka.

11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 18:36

 Wim Mertens Series of Ands Immediate Givens   Wim Mertens, compositeur flamand minimaliste né en 1953, pianiste et chanteur à l'étrange voix haut perchée de haute-contre, n'était pas encore dans mon index ! Évoqué de temps à autre, certes, mais c'est tout. Après l'avoir écouté, je ne dis pas assidûment - je ne fréquentais que quelques uns de ses nombreux enregistrements - , je l'avais oublié, submergé par le flot des sorties, passionné surtout par bien d'autres musiciens. J'avais à son égard un peu le même sentiment que pour Philip Glass : disons-le tout net, oui, il était pour moi comme une sorte de Philip Glass belge. Comme lui, à la fois très populaire, grâce notamment à leurs musiques de film, ressassant des airs, recyclant sans cesse des ritournelles, presque jusqu'à la nausée pour l'auditeur. Et puis, en même temps, ce sont deux musiciens beaucoup plus subtils qu'ils n'en ont l'air, capables au détour d'une phrase mélodique, d'une reprise, d'atteindre au sublime, à une grâce limpide. En somme, ils ont en commun d'être tantôt agaçants, insupportables même lorsqu'ils flirtent avec la mièvrerie, tantôt fins ensorceleurs, mélodistes et harmonistes accomplis. Cette double face les rend aussi assez attachants : deux musiciens qui ne s'en laissent pas compter, qui persistent dans leur voie sans souci des modes ; deux hommes qui cherchent inlassablement, à partir de leur vocabulaire, de leur syntaxe musicale si reconnaissable que d'aucuns s'en gaussent un peu vite, oubliant sans doute que le génie n'est pas une donnée, qu'il est parfois, et parfois seulement, de manière discontinue, imprévisible le plus souvent, au bout des méandres du parcours. Je ne sais plus pourquoi il m'est venu à l'idée d'entendre ce qu'il devenait. J'ai constaté qu'il était toujours aussi prolifique, et me voici tombé sur ce double album, son dernier en date.

   Le premier, titré "Series of Ands", ne dépayse pas tout de suite l'auditeur. On reconnaît des airs, les paysages sont connus, si bien que l'on se dit d'abord : « Tiens, Wim fait encore du Mertens. », et l'on s'apprête à faire la moue, dépités, à lâcher le fiel de notre semi déception. Tout tourne si rond. Mais il s'agit de réécritures, de vraies réécritures, qui nous prennent au dépourvu. Cela m'est arrivé avec "Sonsigns", le deuxième morceau : le piano caracole, surmonté d'une ligne de cuivre, enveloppé de cordes ; survient la voix, en virgules aiguës, serrées, une boucle se boucle dans un arrondi ralenti, et puis cela arrive, à une minute et quarante sept secondes, pour être précis, rupture de rythme et bascule dans un monde délicat, d'un baroque raffiné, sorte de danse disloquée magnifique, avec de belles envolées filées. On respire, on se laisse reprendre par cette musique de chambre colorée, tout en spirales, en volutes empilées. L'album ne cessera d'ailleurs d'osciller entre quasi ambiances de fêtes foraines, de kermesses à flonflons - vous imaginez ma tête dans ces moments ! -, et sarabandes esquissées dans un crépuscule à la Watteau, bluettes translucides et si belles dans leur naïveté : qui d'autre en serait capable ? Écoutez "Face à main", simplicité touchante, grâce surannée du piano, puis la fanfare se déchaîne sans que le pire survienne, car une habile surenchère des textures qui s'enchevêtrent dessine des entrechats fascinants, pièges voluptueux qui - je l'imagine - ont dû inciter Peter Greenaway à faire appel à Wim Mertens pour la musique du Ventre de l'Architecte. Le dernier titre, "Man-in-person", est un majestueux autoportrait sous forme d'élégie en demi-teintes, volte-face inattendue qui dévoile le Wim introverti pudiquement caché derrière la façade ostensiblement chargée, parfois outrancière, dont il s'affuble : cordes nues, retenues, graves, suaves, beau pied de nez à ceux qui le voyaient en bouffon grotesque se contorsionnant dans la poussière des arènes populaires , superbe transition vers le second cd, Immediate givens.

  "Kerf width" nous introduit dans de nouveaux territoires :  cet austère solo de percussion creuse l'écart avec l'empreinte sonore de l'univers mertien, véritable ascèse invitant l'auditeur à chasser tous ses préjugés. Le second titre "The biggest fable of all", un solo de harpe d'un peu plus de trois minutes, est tout aussi surprenant par la rigueur économe de son dialogue entre une cellule refrain et des réponses énigmatiques qui procèdent souvent par grappes de notes répétées, obstinées. Avec "In.Zones", le plus long titre avec plus de treize minutes, on revient vers des rivages plus connus, mais c'est le meilleur du musicien : magnifique mélodie au piano, reprise très vite par tout l'ensemble de chambre, la trompette répondant tout en haut, et un jeu de variations éblouissant, des fractures franches donnant au développement une fraîcheur, un dynamisme irrésistibles. On sent le plaisir des musiciens à nous donner une musique de chambre à la fois évidente et d'une belle élaboration. Un des sommets de ce double-album qui met ensuite en avant tantôt le trombone, la harpe à nouveau, les percussions encore pour finir, en alternance avec des morceaux de bravoure où l'ensemble brille autour du piano chantant, comme dans "Tactility", sa merveilleuse aisance, ce goût de l'étourdissement qui serait factice s'il n'était pas le signe d'un besoin de chaleur, de bonheur facile : n'oublions pas la Flandre balayée par les vents glaciaux ! Il y a du funambule en Wim Mertens, une manière de se tenir sur la corde, de refuser le clivage entre musique populaire et musique savante, et s'il lui arrive de faire quelques faux pas, il se rattrape le plus souvent par des pirouettes et des échappées confondantes pour qui accepte de l'écouter vraiment.

   Un double album à facettes pour (re)découvrir un musicien au fond mal connu (presque rien sur le net au sujet de cette parution...). À noter sur la pochette ce reptile à deux têtes trouvé en Chine et qui daterait d'il y a cent millions d'années... mais qui me semble une manière indirecte d'annoncer la double face de ce disque.

Paru en 2011 chez Usura - EMI Classics / 2 Cds / 8 et 11 titres / Presque deux heures.

Pour aller plus loin :

Quatre titres en écoute ci-dessous :

 

Programme de l'émission du lundi 7 novembre 2011

Institut : Ils étaient tombés amoureux instantanément et avaient trouvé ensemble un modèle économique approprié / les Pensions de retraite / Gelé (Pistes 7-9-11, 9'30), extraits de ils étaient tombés amoureux instantanément (Institut & rouge-déclic, 2011)

Son Lux : Flickers / All the right things (p.1-2, 9'), extraits de We are rising (Anticon, 2011)

Jody Redhage : I dreamed I was floating ( Joshua Penman / p.1, 3'12), extrait de of minutiae and memory (New Amsterdam Records, 2011)

L'Intégrale / Grande forme :

Steve Reich : WTC 9/11 (p.1 à 3, 16'), extrait de WTC 9/11 // Mallet quartet // Dance patterns (Nonesuch, 2011)

Caleb Burhans : A moment in the rothko Chapel (10'27), sur l'album Release de Danny Holt.