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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 18:36

 Wim Mertens Series of Ands Immediate Givens   Wim Mertens, compositeur flamand minimaliste né en 1953, pianiste et chanteur à l'étrange voix haut perchée de haute-contre, n'était pas encore dans mon index ! Évoqué de temps à autre, certes, mais c'est tout. Après l'avoir écouté, je ne dis pas assidûment - je ne fréquentais que quelques uns de ses nombreux enregistrements - , je l'avais oublié, submergé par le flot des sorties, passionné surtout par bien d'autres musiciens. J'avais à son égard un peu le même sentiment que pour Philip Glass : disons-le tout net, oui, il était pour moi comme une sorte de Philip Glass belge. Comme lui, à la fois très populaire, grâce notamment à leurs musiques de film, ressassant des airs, recyclant sans cesse des ritournelles, presque jusqu'à la nausée pour l'auditeur. Et puis, en même temps, ce sont deux musiciens beaucoup plus subtils qu'ils n'en ont l'air, capables au détour d'une phrase mélodique, d'une reprise, d'atteindre au sublime, à une grâce limpide. En somme, ils ont en commun d'être tantôt agaçants, insupportables même lorsqu'ils flirtent avec la mièvrerie, tantôt fins ensorceleurs, mélodistes et harmonistes accomplis. Cette double face les rend aussi assez attachants : deux musiciens qui ne s'en laissent pas compter, qui persistent dans leur voie sans souci des modes ; deux hommes qui cherchent inlassablement, à partir de leur vocabulaire, de leur syntaxe musicale si reconnaissable que d'aucuns s'en gaussent un peu vite, oubliant sans doute que le génie n'est pas une donnée, qu'il est parfois, et parfois seulement, de manière discontinue, imprévisible le plus souvent, au bout des méandres du parcours. Je ne sais plus pourquoi il m'est venu à l'idée d'entendre ce qu'il devenait. J'ai constaté qu'il était toujours aussi prolifique, et me voici tombé sur ce double album, son dernier en date.

   Le premier, titré "Series of Ands", ne dépayse pas tout de suite l'auditeur. On reconnaît des airs, les paysages sont connus, si bien que l'on se dit d'abord : « Tiens, Wim fait encore du Mertens. », et l'on s'apprête à faire la moue, dépités, à lâcher le fiel de notre semi déception. Tout tourne si rond. Mais il s'agit de réécritures, de vraies réécritures, qui nous prennent au dépourvu. Cela m'est arrivé avec "Sonsigns", le deuxième morceau : le piano caracole, surmonté d'une ligne de cuivre, enveloppé de cordes ; survient la voix, en virgules aiguës, serrées, une boucle se boucle dans un arrondi ralenti, et puis cela arrive, à une minute et quarante sept secondes, pour être précis, rupture de rythme et bascule dans un monde délicat, d'un baroque raffiné, sorte de danse disloquée magnifique, avec de belles envolées filées. On respire, on se laisse reprendre par cette musique de chambre colorée, tout en spirales, en volutes empilées. L'album ne cessera d'ailleurs d'osciller entre quasi ambiances de fêtes foraines, de kermesses à flonflons - vous imaginez ma tête dans ces moments ! -, et sarabandes esquissées dans un crépuscule à la Watteau, bluettes translucides et si belles dans leur naïveté : qui d'autre en serait capable ? Écoutez "Face à main", simplicité touchante, grâce surannée du piano, puis la fanfare se déchaîne sans que le pire survienne, car une habile surenchère des textures qui s'enchevêtrent dessine des entrechats fascinants, pièges voluptueux qui - je l'imagine - ont dû inciter Peter Greenaway à faire appel à Wim Mertens pour la musique du Ventre de l'Architecte. Le dernier titre, "Man-in-person", est un majestueux autoportrait sous forme d'élégie en demi-teintes, volte-face inattendue qui dévoile le Wim introverti pudiquement caché derrière la façade ostensiblement chargée, parfois outrancière, dont il s'affuble : cordes nues, retenues, graves, suaves, beau pied de nez à ceux qui le voyaient en bouffon grotesque se contorsionnant dans la poussière des arènes populaires , superbe transition vers le second cd, Immediate givens.

  "Kerf width" nous introduit dans de nouveaux territoires :  cet austère solo de percussion creuse l'écart avec l'empreinte sonore de l'univers mertien, véritable ascèse invitant l'auditeur à chasser tous ses préjugés. Le second titre "The biggest fable of all", un solo de harpe d'un peu plus de trois minutes, est tout aussi surprenant par la rigueur économe de son dialogue entre une cellule refrain et des réponses énigmatiques qui procèdent souvent par grappes de notes répétées, obstinées. Avec "In.Zones", le plus long titre avec plus de treize minutes, on revient vers des rivages plus connus, mais c'est le meilleur du musicien : magnifique mélodie au piano, reprise très vite par tout l'ensemble de chambre, la trompette répondant tout en haut, et un jeu de variations éblouissant, des fractures franches donnant au développement une fraîcheur, un dynamisme irrésistibles. On sent le plaisir des musiciens à nous donner une musique de chambre à la fois évidente et d'une belle élaboration. Un des sommets de ce double-album qui met ensuite en avant tantôt le trombone, la harpe à nouveau, les percussions encore pour finir, en alternance avec des morceaux de bravoure où l'ensemble brille autour du piano chantant, comme dans "Tactility", sa merveilleuse aisance, ce goût de l'étourdissement qui serait factice s'il n'était pas le signe d'un besoin de chaleur, de bonheur facile : n'oublions pas la Flandre balayée par les vents glaciaux ! Il y a du funambule en Wim Mertens, une manière de se tenir sur la corde, de refuser le clivage entre musique populaire et musique savante, et s'il lui arrive de faire quelques faux pas, il se rattrape le plus souvent par des pirouettes et des échappées confondantes pour qui accepte de l'écouter vraiment.

   Un double album à facettes pour (re)découvrir un musicien au fond mal connu (presque rien sur le net au sujet de cette parution...). À noter sur la pochette ce reptile à deux têtes trouvé en Chine et qui daterait d'il y a cent millions d'années... mais qui me semble une manière indirecte d'annoncer la double face de ce disque.

Paru en 2011 chez Usura - EMI Classics / 2 Cds / 8 et 11 titres / Presque deux heures.

Pour aller plus loin :

Quatre titres en écoute ci-dessous :

 

Programme de l'émission du lundi 7 novembre 2011

Institut : Ils étaient tombés amoureux instantanément et avaient trouvé ensemble un modèle économique approprié / les Pensions de retraite / Gelé (Pistes 7-9-11, 9'30), extraits de ils étaient tombés amoureux instantanément (Institut & rouge-déclic, 2011)

Son Lux : Flickers / All the right things (p.1-2, 9'), extraits de We are rising (Anticon, 2011)

Jody Redhage : I dreamed I was floating ( Joshua Penman / p.1, 3'12), extrait de of minutiae and memory (New Amsterdam Records, 2011)

L'Intégrale / Grande forme :

Steve Reich : WTC 9/11 (p.1 à 3, 16'), extrait de WTC 9/11 // Mallet quartet // Dance patterns (Nonesuch, 2011)

Caleb Burhans : A moment in the rothko Chapel (10'27), sur l'album Release de Danny Holt.

30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 15:43

Institut-Ils-etaient-tombes-amoureux-instantanement.jpg   De la chanson française, et qui s'écoute sans qu'on détourne les oreilles. Ce n'est pas si fréquent, une fois éliminés ceux qui n'ont rien à dire, et le disent mal ou en anglais châtrévomi, et ceux dont la musique fait mal tant elle est faible. Arnaud Dumatin, qui a déjà publié deux albums sous le nom d'Emma - deux albums que je ne connais pas, je dois le dire - , a collaboré avec plusieurs musiciens, dont Olivier Mellano, ce qui n'a pas manqué de retenir mon attention, ce dernier étant un compagnon de longue date d'Arm de Psykick Lyrikah. Il signe textes et musiques, accompagné par Emmanuel Mario. Beaucoup de guitare, des claviers, de la programmation, un peu de batterie, mais aussi du thérémin, un soupçon de trombone ou de saxophone. Et les voies additionnelles d'Emmanuelle Ferron, et même de Liz Bastard de  Del Cielo sur le titre 9 : pas de chœurs douceâtres, mais de vraies doublures qui approfondissent le champ.

   J'aime bien la voix fragile et douce d'Arnaud Dumatin, qui dit-chante des textes en prise directe sur aujourd'hui, des textes qui décollent insidieusement d'une réalité trop ordinaire pour nous emmener dans une douce folie. Voici un extrait du titre éponyme : « Frédéric et Melba s'étaient rencontrés chez france Coiffure. Melba lui avait dit : "Votre moustache semble douce sous vos doigts." ne voulant pas flatter sa vanité, frédéric avait répondu : "Je vous donne 7/10 et je suis généreux". "Ne changez-vous pas de femme comme de chaussettes ?" osa-t-elle. "Je sais être fidèle à mes chaussettes". Ils étaient tombés amoureux instantanément et avaient trouvé ensemble un modèle économique approprié. Ils ne voyaient pas comment les lignes pourraient bouger. » Délicieuse parodie de scène de rencontre, comme un écho au très beau début d'Aurélien, l'un des romans de Louis Aragon les plus étincelants. "On vit dans un manège"...qui bascule dans des lointains flous nimbés d'électricité légère, style post-rock. La politique et la vie amoureuse se rejoignent pour de surprenants délires décalés : ah ! leINSTITUT réjouissant Les Pensions de retraite : « La nuit, je pense encore à Rachida Dati, quand nous marchions ensemble le long de la mer Adriatique, on se racontait tout, nos troubles obsessionnels, nos conduites addictives, on se donnait la main, comme les rescapés d'un camp. La nuit, je pense souvent à rachida Dati, quand on faisait le point sur les progrès induits par la révolution industrielle, on descendait en barque jusqu'à l'estuaire, avec une bouteille de vin d'Anjou et quelques tubes des années 80 sur un radio-cassettes ». Les musiques sont aérées, rock délicat, pop harmonieuse aux rythmes entraînants. Je ne peux pas rester, le titre 13 (ou 12 si l'on néglige le silence), est l'une des grandes réussites de l'album, avec un texte subtilement inquiétant, teinté de sadisme vengeur, mi-chanté sur un rythme mécanique, véritable départ vers la folie : « Je jette une valise pleine de vieux métaux sur un couple qui passe dessous, en plein sur leur bonheur qui fatiguait les yeux. Ils étaient en mouvement vers un endroit que j'ignorais, et je pensais "tout ce qui n'est pas gris ne doit plus exister". Et ils n'existent plus. » Un disque qui mine de rien dit un monde "sans aucun lendemain", saturé de listes d'objets et et procédures techniques, de conventions et de soucis de confort : seul le vent nous sauvera, car " il peut tout balayer s'il le veut et (nous) laisse sans rien. Tout est délimité, devient illimité, juste là, à cet instant sans aucun lendemain ", et "la nuit qui nous enveloppera"  nous protègera du monde factice, après avoir descendu "les falaises (qui) tombent à pic". « Nous nagerions jusqu'à la pointe si nous savions aller aussi vite que nos joies soudaines. » Une belle invitation à revenir aux sources fraîches que ce disque où le désespoir se mue en malice et en transgressions minuscules.

Paru en 2011 chez Institut / Rouge-déclic / 14 titres / 40 minutes.

Pour aller plus loin

- quelques morceaux en écoute sur Bandcamp.

- le site de la revue Rougedéclic, revue de littérature française et contemporaine dont Arnaud Dumatin est le directeur artistique.

Programme de l'émission du lundi 17 octobre 2011

Institut : Les méduses / Installation imprimante / Comme on traverserait la rue (pistes 3-4-5, 8'15), extraits de ils étaient tombés amoureux instantanément (Institut & rouge-déclic, 2011)

Itsnotyouitsme : The snake of forever / Gardens of Loss / It might be time to leave this place and mingle with our heroes (p.1-4-5, 22'30), extraits de Everybody's pain is magnificent (New Amsterdam Records, 2011)

Brian Eno : Breath of crows (p.16, 6'43), extrait de Drums between the bells (Warp / Opal, 2011)

AGF : Auf diesem Hugel / Ich wollt ich wär des Sturmer Weib / drei bögen : bougainville (p.2-3-6, 10'40), extrait de Gedichterbe (Agf Produktion, 2011)

24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 11:19

Steve-Reich-WTC-9_11-Mallet-Quartet.jpg   Je ne m'étendrai pas sur la polémique qui a conduit Nonesuch et le compositeur à renoncer à la couverture avec la photographie de Masatomo Kuriya. Je constate qu'on a hélas plus parlé d'elle que de la musique de Steve. 

   Je sais que, mis à part les détracteurs qui lui reprochent de créer une œuvre à partir d'un événement terrifiant, certains trouvent ce disque incohérent, voire anecdotique. Je voudrais ici répondre aux uns et aux autres.

   Concernant le reproche d'incohérence, d'abord. Les trois compositions de l'album, si différentes d'allure, s'inscrivent dans la cohérence  globale du parcours de Steve. WTC 9/11 appartient à une veine que je qualifierai d'impure - sans connotation péjorative - : confrontation d'un quatuor à cordes et d'une bande pré-enregistrée, dans la lignée de Different Trains en 1988, avec déjà le Kronos Quartet, ou encore de City Life (1995), même si les sons préenregistrés sont joués en principe en direct sur deux claviers à échantillons. La pureté acoustique se confronte au trouble des sonorités électroniques, des voix retraitées. Le Mallet Quartet représente la ligne pure, plus ancienne, pures percussions dans la lignée de Drumming (1970-1971) ou de Music for Mallet Instruments (1973). Quant à Dance patterns, je la rattacherai à un filon hybride, dont le caractère dansant  a été perçu par nombre de chorégraphes, et ce filon ne comprend pas que des pièces de commande de ces derniers, puisque j'y ferais figurer Music for 18 instruments  de 1978, une de mes préférées, magnifiquement chorégraphiée notamment par une troupe belge dont j'ai oublié le nom. Des percussions, plus deux pianos dans le cas présent, et parfois un véritable orchestre de chambre qui chante la vie. Aussi la réunion des trois ne me paraît-elle pas hétéroclite, dans la mesure où elle fait se côtoyer trois lignes compositionnelles de la galaxie reichienne, et pas non plus le fruit du hasard.

   Steve précise avoir voulu que WTC 9/11 soit brève, ramassée : pièce "documentaire", dramatique, poignante sans commisération appuyée, remémoration et non monument aux morts, car ouverte sur le monde à venir, "World To Come", comme le lui suggérait la composition éponyme de son ami David Lang. L'ouverture, c'est le Mallet Quartet, dans sa pureté, sa transparence, son évidence lumineuse, et ce sont les Dance Patterns, n'en déplaise à ceux qui rêvent de transformer le 11 septembre en apocalypse noire, en événement interdit de représentation sous prétexte qu'il serait au-delà de toute possibilité de le dire, d'en rendre compte. Quelle naïveté de leur part, et quel orgueil ! L'artiste ne représente jamais le réel : il en propose une vision subjective pour donner à penser. De plus, la tragédie du 11 septembre, aussi épouvantable soit-elle, n'est hélas ni unique ni pire que bien d'autres : c'est pourquoi s'offusquer qu'un artiste s'en empare est à mon sens rien moins que ridicule. Reproche-t-on à Delacroix sa vision des Massacres de Chios ? à Francis Ford Coppola son Apocalypse now ? Le paradoxe du véritable artiste, c'est qu'il parvient à tirer de la beauté de l'horreur, et il n'y a pas à s'en scandaliser si l'on y réfléchit - à moins d'une volonté évidente d'exploitation commerciale dont on ne saurait soupçonner Steve - , car le tabou, le refoulement, produisent de facto une véritable putréfaction de leur contenu qui, faute d'être appréhendé, alimente toutes les phobies liées au sacré, à l'inhumain. La musique de WTC 9/11 ne fait rien d'autre que de s'approprier l'événement pour lui restituer sa dimension humaine : il va falloir que tous les Américains acceptent l'évidence et cessent d'être honteux de ce qui leur est arrivé. Les États-Unis ne sont pas intouchables, le rêve américain s'est écroulé avec les deux tours, c'est arrivé à bien d'autres dont on ne parle même pas.

   J'ai fait écouter à une jeune fille la composition de Reich, sans donner aucune information à son sujet. Elle était très impressionnée, mal à l'aise : "C'est une musique de meurtre, d'épouvante", m'a-t-elle dit. Steve ne triche pas, ne maquille pas : il donne à entendre avec une incroyable justesse, une puissance dramatique rarement atteinte. Il faut écouter WTC 9/11 à pleine puissance, comme du rock. L'impact est extraordinaire : le Kronos étincelant, en archange-keroubim flamboyant, démultiplié, comme des sirènes striées, bloquées, cerné de ces voix voilées, fantomatiques, de ces creux peuplés de nuages de particules, dans un climat de compte-à rebours. Une réalité irréelle à force d'intensité chaotique, cauchemardesque, un dies irae d'après la mort de dieu : une punition, un châtiment, d'une certaine manière la fin d'un monde, mais non pas la fin du monde ! Les deux mouvements suivants prennent en charge l'humain, avec ces témoignages de voisins, de pompiers. La musique des voix est bouleversante : la monstruosité ne parvient pas à bout de la beauté de l'homme, voilà ce que nous dit Steve. Dans cette procession de voix distordues, harmonisées, coulées dans la musique du quatuor à cordes se donne à entendre la dignité, l'éminente dignité de l'homme face au pire. Le 11.jpgsymbole orgueilleux est tombé, restent les hommes et les femmes qui témoignent, et c'est beau, je ne trouve pas cela choquant, car l'homme est musique lorsqu'il se contente de son humble dimension, qu'il exprime ses émotions vraies. À cet égard le dernier mouvement est le plus abouti : distorsion des voix filées, insertion de fragments psalmodiés de la Shmira, cette pratique juive qui consiste à s'asseoir près du mort et à réciter des psaumes ou des passages de la Bible jusqu'à l'enterrement : majesté de la douleur, et juste après la tête se relève, il y a un monde qui attend, le quatuor tranche en gestes clairs, à peine nuancés par le violoncelle élégiaque, « and there's the world right here ». On entend à nouveau les sirènes du début, mais le coup d'archet final y met un terme péremptoire : le temps des lamentations est fini, place à l'espérance, à la vie qui continue.

   Le Mallet Quartet rompt avec tout pathos. On y retrouve le pulse dionysiaque, la joie de la frappe sur les deux marimbas et les deux vibraphones, et même de véritables mélodies. Comme d'habitude, l'ensemble So Percussion y est extraordinaire, lumineux, précis. Le dvd qui accompagne l'album les montre dans leur studio garage, hyper concentrés et détendus à la fois. D'une durée très voisine de WTC 9/11, c'en est le contrepoint idéal. Après le concret éprouvant, l'épaisseur d'un réel inquiétant, voici l'abstrait translucide, la ferveur attentive à capter les harmoniques, la joie qui surgira plus belle encore après le second mouvement lent, intériorisé. De quoi dissiper les fumées noires, ne faut-il pas vivre quand même après ? La danse de la vie, syncopée, tout en déhanchements, on l'entend dans les Dance Patterns qui terminent cet album. Deux vibraphones et deux xylophones, plus deux pianos pour une pièce à la limite du facétieux, avec un moment miraculeux de retenue et de grâce très rare chez Steve - j'ai pensé à Peter Garland - avec cette formidable intrication rythmique, ce tricotage rigoureux qui font tout le charme de ce musicien au meilleur de sa forme.

   Un disque remarquable, l'un des grands chefs d'œuvre de Steve Reich, dont j'admire et salue l'intégrité rigoureuse, l'humanité simple. À écouter dans les meilleures conditions pour entendre le remarquable travail sur le son, d'une précision magnifique.

    On n'échappe pas à la polémique. La pochette écartée était évidemment meilleure...

Paru en 2011 chez Nonesuch / 7 titres / 37 minutes.

Pour aller plus loin

- le Kronos Quartet interprète "WTC 9/11" :

 
Published by Dionys - dans Steve Reich
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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 16:22

itsnotyouitsme-Everybody-s-pain-is-magnificent.jpg  Après walled gardens sorti début 2008 et fallen monuments deux ans plus tard, le duo formé par Caleb  Burhans, violoniste-compositeur, et Greg McMurray, guitariste, sort sur le même label New Amsterdam Records son troisième album, un double cd de 88 minutes qui confirme leur exceptionnel talent. Quatorze titres sur deux faces : six introductions ou interludes entre une et trois minutes, huit morceaux amples entre sept et douze. Autrement dit deux longues suites soigneusement agencées, deux plongées dans ces harmonies post-minimalistes, ambiantes, où s'opère l'idéale fusion entre les sonorités électriques du violon de Caleb et/ou de la guitare de Greg, et des effets électroniques, résonateurs, claviers fender rhodes ou casio. Il en résulte une musique hypermélancolique somptueuse qui vous transporte doucement, insidieusement, vers des contrées paradoxalement belles et lumineuses. Les textures sont riches, épaisses, en perpétuelle lente évolution, parcourues de boucles qui en tirent d'autres de l'arrière-plan. On pense à des étoffes lourdes soulevées par le vent, à des froissements irisés. Tout se voile parfois dans des sonorités densifiées par une saturation bien dosée, des effets de flou, si bien que les rares "attaques" acoustiques dépouillées, par exemple au oud (si je ne me trompe...) sur "words we weren't allowed to say"acquièrent un relief saisissant. Le début de l'album, au titre si beau, "The Snake of forever", avec ses trompes, cornes de brume dirait-on, me fait irrésistiblement penser au début de  Dark Waters sur l'album éponyme du grand Ingram Marshall, un des plus inspirés compositeurs de musique électronique, qui sait sertir son cor anglais dans un fourreau d'harmoniques issues de bandes préenregistrées. Les amateurs de Slow Six, ceux des deux premiers albums, les meilleurs, trouveront quant à eux en itsnotyouitsme un groupe frère. Cette musique lente est pourtant animée d'un feu intérieur, d'une folie qui éclate ça et là en gerbes troubles, tandis que la lumière ne cesse de sourdre comme une source vive des amples développements harmonieux, que les notes discrètes sont peu à peu rejointes par des queues de comètes aux multiples particules frémissantes. Les sons filent dans la nuit infinie, réberbérés, sublimés. Oui, les fantômes parmi nous, "the Ghosts among us", nous apprennent à regarder le ciel "until the end of (our) time", parce que nous pourrions quitter ce lieu et nous mêler à nos héros : phrase tissée à partir de quelques titres qui en disent plus que très souvent. Un disque à l'image de nos vies fragiles, déchirantes, d'autant plus magnifiques qu'elles sont vouées à la disparition, à la perte, "glowing embers, pillared palaces". Précipitez-vous, la beauté seule nous sauve de nos vies obscures !

Paru fin septembre 2011 chez New Amsterdam Records / deux cd / 2x7 titres / 88 minutes.

Pour aller plus loin

- le disque en écoute sur bandcamp.

- le duo en concert au Poisson rouge avec Ryan Lott, alias Son Lux :

 

 

Programme de l'émission du lundi 10 octobre 2011

Brian Eno : The Real / Fierce aisles of light / sounds alien (pistes 6-8-11, 13'), extraits de Drums between the bells (Warp / Opal, 2011)

Zavoloka : Splendent viscid fluid / vivid chains / vedana is laid by her will (p. 1-2-4, 16'), extraits de Vedana (Kvitnu, 2011)

Julia Wolfe : Fuel (p. 5 à 9, 21'24), extrait de Cruel Sister (Cantaloupe Music, 2011)

Institut : Au beau fixe (p.1, 2'44), extrait de Ils étaient instantanément tombés amoureux (Institut & Rouge-déclic, 2011)

12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 19:13

Eno-Drums-between-the-bells-1.jpg

Petit hommage conjoint au musicien et artiste visuel qu'est Eno, avec en contrepoint le texte de "The Real" de Rick Holland, poète avec lequel le premier collabore depuis 2002.

Eno-Drums-between-the-bells-The-Real.jpeg

Eno Drums between the bells 2

 

Eno-Drums-between-the-bells-5.jpg

 

Eno-Drums-between-the-bells-6.jpg

 

Programme de l'émission du lundi 3 octobre 2011

L'Intégrale (quasi...)

Terry Riley : In C (titre unique, 55' sur les 65), par le Salt Lake Electric Ensemble (2010) 

10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 16:39

Brian-Eno-Drums-Between-TheBells.jpg   Un an après ses débuts chez Warp Records avec Small Craft on a milk sea, Brian Eno récidive sur le label anglais de musique électronique et revient à l'un de ses vieux démons : créer un environnement sonore pour des textes, ici les poèmes de Rick Holland très en phase sur notre monde envahi par la cybernétique. Disons-le tout de suite : on regrettera la présence de quelques scories ! "A Title", titre dix envahi par des synthétiseurs antédiluviens, du plus mauvais goût, ou "Dow", le douze à la ligne mélodique bien pauvre, agrémentée d'une diction syncopée sommaire, ou encore "Cloud 4", un des rares morceaux chantés, ligne d'orgue sommaire et, autour de la voix de Brian, des chœurs qui sonnent piètrement. Je ne trouve pas non plus que l'entrée en matière fournie par "Bless this space" soit trépidante, déjà entendue sur d'autres albums de Brian, même si la fin plus free, avec guitares électriques survoltées, est plus inattendue. Seize titres, moins quatre : il en reste douze qui méritent le détour. Dès "glitch", on entrevoit un autre monde, là encore malgré une rythmique qui n'est pas neuve. C'est que Brian a obtenu la collaboration d'un certain nombre de voix qui s'ajoutent à la sienne. D'autres timbres, d'autres inflexions qui disent superbement les textes de Rick Holland. Plus que jamais, Eno travaille les textures, les grains, comme on le voit sur ses images qui illustrent l'album. Après la frénésie détraquée de "glitch", « there is a glitch in the system / outside the brain flow / armoured shelles melt down / explode in the main code », le miracle de "dreambirds", un piano seul, une voix, non plus synthétique et déformée comme sur le titre précédent, non, nue, posée, ambigüe pour une voix de femme, celle de Caroline Wildi - que l'on retrouve deux fois encore sur l'album -, grave et légèrement épaisse, pour dire le miracle de l'invention de nouvelles couleurs qui s'envolent dans un frémissement de sons éparpillés. "Pour it out" sonne d'abord comme des titres plus anciens de Brian, pas des meilleurs à mon sens, un peu lourdaud, mais est sauvé par la voix lumineuse de Laura Spagnuolo qui décortique les mots comme sur une table de dissection élocutoire. On se laisse porter par le flot des synthétiseurs, leurs mélodies évidentes : un moment lyrique très...anglais, why not ? "seedpods" s'inscrit dans l'évocation d'un monde synthétique à la fois intriguant et agaçant.

   Et puis c'est l'envol, le grand Eno, l'orfèvre : abandonnés les synthés lourdauds, voici la musique électronique d'aujourd'hui, splendide et délicate, légère et mystérieuse, qui épouse "The Real", texte magnifique et magnifiquement dit par Elisha Mudly. Sept minutes de grâce, avec une structure en miroir qui oppose la voix naturelle et la voix retravaillée par l'électronique pour traquer le point où l'on ne peut plus dire avec certitude de quel côté l'on est, sujet de ce texte justement, qui parle de la confusion entre le réel et l'apparence.  Comment ne pas passer sur les faiblesses d'un tel artiste, capable de nous transporter aussi loin ?  Le texte servi avec une telle intelligence, une vraie écoute. Réussite aussi sur le troublant "The Airman", dit par Aylie Cooke, une des excellentes diseuses de cet album. Rick Holland dit en personne le texte du titre huit, "Fierce Aisles of Light" : diction détachée, glaciale, impressionnante, rejointe par deux autres voix, masculine de Nick Robertson et féminine d'Anastasia Afonina, pour un dialogue halluciné. Deuxième coup de maître sur fond de musiques industrielles sourdes. Le titre neuf sert d'interlude épuré avant le dernier tiers, plus inégal comme je le disais. Mais on y trouve le remonté "Sounds Alien", véritable patchwork coloré, très drum & bass, "Multimedia" qui claque, bien envoyé par Aylie Cooke, et l'étonnant chant fantomatique "breath of crows" qui termine l'album. La voix d'Eno y est bouleversante, avec un arrière-plan de cloches ou bols chantants, de sons résonnants. Troisième grand moment, totalement au-delà de tout. On aimerait que la poésie soit plus souvent aussi bien servie. Je m'étonne de lire ici ou là qu'elle ne le soit pas, au prétexte que la diction serait ampoulée ou déclamatoire. Rien de tel : les mots sont dits, articulés pour être entendus, ce qui surprend peut-être des auditeurs habitués à une bouillie verbale ânonnée pour en cacher l'insignifiance ou pire encore.

   À noter que l'album existe en version double cd : cet article ne porte que sur le cd simple.

Paru en 2011 chez Warp Records - Opal / 15 titres plus un silence / 51 minutes

Mes titres préférés : "The Real" (6) / "Fierce Aisles of light" (8) / "breath of crows" (15)

Pour aller plus loin :

- j'aime beaucoup cette vidéo sur "The Real": bien, vu, non ?

 

 

Le disque pourrait figurer dans ma catégorie "Du côté des pochettes" (à paraître d'ailleurs), comme on le voit ci-dessous.

Eno Drums between the bells 4

  

3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 16:10

Terry-Riley-In-C-Salt-Lake-Electric-Ensemble.jpg1913 : Le Sacre du Printemps d'Igor Stravinski

1946-1948 : Les Sonates et Interludes pour piano préparé de John Cage

1964 : In C de Terry Riley

Meph. - Eh ! Je t'arrête !

Dio. - Quoi ?

Meph. - Que prétends-tu faire ?

Dio. - Tu n'as pas deviné ? Je fais une liste des grandes dates de l'histoire de la musique du vingtième siècle : les œuvres qui ont tout changé...

Meph. - Pour qui me prends-tu ? Mon pauvre, t'es devenu complètement maboul ! Ta liste, c'est pire qu'une passoire dont on ne voit plus les trous tellement les siècles en ont ajouté. Va au but !

Dio. - Je passerai donc sur les innombrables interprétations de ce morceau-phare du minimalisme. Tout le monde s'approprie In C, signe que la pièce fait partie du paysage musical. En 2010, Innova Recordings nous donnait la version du New Music Ensemble de Grand Valley State University, accompagnée de dix-huit remixes : un magnifique double album.

Meph. - D'accord, mais alors là !!!

Dio. - Une relecture radicale, audacieuse. Le Salt Lake Electric Ensemble est né pendant l'été 2009 du désir de son fondateur Matt Dixon d'interpréter ce classique du minimalisme en utilisant un ordinateur portable. Au fil des répétitions, le groupe s'est élargi de trois à huit membres : il comprend des artistes multimédia, des musiciens adeptes de l'électronique et des rockers.

Meph. - Un beau mixage. Le résultat : la musique réinventée à partir d'une batterie d'ordi et de percussions acoustiques.

Dio. - L'original sonnait très oriental, avec son instrumentation  - non spécifiée il faut le rappeler - colorée par les cuivres et les bois, marquée par des percussions qui n'étaient pas sans rappeler les orchestres balinais.  Une version chinoise, pour orchestre traditionnel, existe d'ailleurs aussi, tout naturellement.

Meph. - Le tempo était souvent nettement marqué par les percussions, ou un piano. D'où un aspect rutilant, claironnant des 53 motifs, une tenue du ton.

Dio. - Là, tout est intériorisé, fondu. Quelque chose d'organique, plus souple...

Meph. - Velouté, mœlleux, avec des écarts de niveau sonore très sensibles.

Dio. - Des boucles qui nous enlacent...

Meph. - On va éviter une étude musicologique : ...et une fin totalement imprévue, énergie rock et magie électronique !

Dio. - Une musique d'aujourd'hui, fascinante, envoûtante.

Meph. - À voir avec le travail vidéo de Patrick Munger. Curieusement, je trouve cette version plus psychédélique encore que celle de 1964.

Paru en 2010 / Autoproduit par le SLEE / 65 minutes

Pour aller plus loin

Une petite comparaison entre la version originale...

 

 

...et la première partie de la nouvelle version (il faudrait bien sûr aller jusqu'à la cinquième vidéo !) :

 

 

 

Programme de l'émission du lundi 26 septembre 2011

The National : Terrible Love / Sorrow / Little faith (Pistes 1-2-4, 12'40), extraits de High violet (4AD, 2010)

Brian Eno : glitch / dreambirds / the airman (p.2-3-7, 8'40), extraits de Drums between the bells (Warp / Opal, 2011)

Peter Broderick : Pulling the rain / Hello to Nils (p.6-7, 10'), extraits de how they are (Bella Union, 2010)

Florent Ghys : Laurine (1) / L'air du baobab (p.11-12, 16'45), extraits de Music for dimensions (Autoproduit, 2008)

                                    Béchamel (p.5, 3'), extrait de Baroque tardif : soli (Cantaloupe Music, 2009)

Published by Dionys - dans Terry Riley
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26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 16:32

Julia-Wolfe-Cruel-Sister.jpg  Co-fondatrice avec David Lang et Michael Gordon de Bang On A Can, Julia Wolfe assène une nouvelle preuve de son formidable talent. Interprétées par l'Ensemble Resonanz, ensemble de cordes - sous la direction de Brad Lubman - qui enregistra le superbe Weather de son mari Michael Gordon en 1997, les deux compositions de l'album sont rien moins qu'impressionnantes. On y retrouve le ton âpre, la densité fougueuse de l'univers de Julia. Musique sculptée à la hache, tout en blocs massifs, avec quelques échappées élégiaques. Onze violons, quatre altos, trois violoncelles et une contrebasse : rien d'autre !

   La pièce éponyme, en quatre parties pour trente minutes, est inspirée d'une vieille ballade anglaise, déjà mise en musique par le groupe Pentangle en 1970, avec la voix magnifique de Jacqui Mcshee, et complètement explosée plus récemment par Nico Muhly dans Mothertongue. Mais aucune parole ici, aucune référence explicite à cette histoire terrible. Deux sœurs, l'une lumineuse, l'autre sombre, sont courtisées par le même homme. La sœur sombre, jalouse, pousse la sœur lumineuse dans la mer afin qu'elle se noie, et peut ainsi seule prétendre à l'amour du galant. Tandis que leur mariage se prépare, deux ménestrels ambulants trouvent le corps de la sœur flottant. Ils fabriquent une harpe avec sa cage thoracique, font leur apparition au mariage de la survivante. Au sons émis par l'instrument, cette dernière en reconnaît la provenance et, submergée par le chagrin, laissera enfin ses pleurs couler. La musique évoque à grands traits ce canevas : première partie frémissante, insidieuse, celle de la montée de la jalousie jusqu'au crime ; deuxième partie partagée entre registre élégiaque et une fièvre frénétique qui vient recouvrir le souvenir de l'abomination : la troisième correspond à la trouvaille macabre des ménestrels, lesquels réussissent à tirer une musique enveloppante, somptueuse, des os de la lumineuse, qui accompagne leur lente marche vers la cérémonie ; la quatrième partie s'ouvre sur une danse syncopée, comme disloquée, devenue folle, trouée de hoquets et de silences inquiétants : surgit alors une mélodie poignante, se répandant comme une vague énorme.

   "Fuel", en cinq mouvements pour vingt-et-une minutes, né d'une conversation entre la compositrice et le réalisateur Bill Morrison au sujet des controverses liées au pétrole, répond à la demande de l'ensemble allemand de les entraîner aux limites de ce qu'un orchestre à cordes peut donner comme intensité et virtuosité. Le résultat est étourdissant, constamment magnifique. L'écriture, nerveuse, juxtapose des moments doux et des poussées irrésistibles, met en valeur les timbres luxuriants des cordes. Cela rutile, cela flamboie, parcouru d'explosions étincelantes, sans jamais faiblir, avec des surgissements majestueux comme dans la troisième partie, mais le tout sans aucun sentiment d'emphase, il faut le souligner. L'ensemble sonne naturel, organique : tout y est nécessaire. La quatrième partie, la plus virtuose et aérienne à la fois, joue subtilement de références romantiques pour faire surgir un baroque contemporain d'une suprême élégance et d'une force enthousiasmante, qui débouche sur un final éblouissant, ramassé autour d'un bouquet de glissandis.

Paru en 2011 chez Cantaloupe Music / 2 pièces pour 9 plages / 51 minutes

Pour aller plus loin

- le site officiel de Julia Wolfe

- une fausse vidéo à partir des deux derniers mouvements de "Fuel":

 

 

 

- Je ne résiste pas au plaisir de vous faire entendre le sublime "Cruel sister" avec la voix de Jacqui : du folk, et du meilleur !

 

 

Programme de l'émission du lundi 19 septembre 2011

Peter Broderick : Human Eyeballs on toast / With a key (pistes 2-5, 9'20),  extraits de How they are (Bella Union, 2010)

                                             The Dream // awaken / panic / restraint (p.4-5, 8'), extraits de Music for Falling from Trees (Western Vinyl, 2009)

Frédéric Lagnau : À quelle heure arrive le vent (p.1, 23'08), extrait de Journey to Inti (Théâtre d'Évreux, Scène Nationale, ?)

Alva Noto & Ryuichi Sakamoto : microon 1 / reverso (p.1-2, 11'), extraits de Summus (Raster Noton, 2011)