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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 10:40
En septembre 2009 sortait le très beau "Chamber Music" de Ballake Sissoko et Vincent Segal (voir  Ballaké Sissoko / Vincent Segal : "Chamber Music", boire à la source. ), Les voici en concert au festival Rhino à Lyon.
13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 23:51
Port Royal dying in time   Un album janséniste ? Pas catholique, en tout cas. Des odalisques pâmées à peine sur des nuages de velours, un tapis moelleux de synthétiseurs, c'est "hva (failed revolution)", l'ouverture de ce fort beau disque d"électro ambiante, sorti en octobre 2009 sur le très recommandable label  indépendant français debruitetdesilence. Port Royal, ce sont quatre gênois. dying in time est leur troisième album, gonflé à bloc de morceaux à écouter très tard ou dans le crépuscule qui monte, qui monte. "nights in Kiev" est entre techno soft et post-rock incandescent, voix masculines qui chantent dans le brouillard des beats et des sirènes synthétiques. Guitares timides au début d'"anna ustinova", deuxième titre tourné vers l'est, déflagrations et brusques dépressions pleines de chuchotements. "Exhausted muse/Europe" propose un voyage suave au pays des guitares qui échoïsent (néologisme revendiqué !), non, ce n'est pas du Pink Floyd, la tempête se lève, les beats se déchaînent dans la plaine couverte de neige, court déchaînement, tout est si vertigineusement doux, comme une aspiration vers l'infini qui laisse traîner ses thrènes. "i used to be sad" commence presque comme les meilleurs morceaux de Carla Bozulich, orgue et claviers dramatiques à souhait, murmures, longue stase angélique avant l'entrée des beats pulsants, d'une chanteuse brumeuse :  préparation à "susy : blue east fading", la dance immobile des choeurs presque silencieux dans le vent des galaxies là-haut si loin que c'est en nous que ça tremble, que les cascades s'engouffrent. Un intermède pop glamour avec "the photoshopped prince" (le néologisme, là, c'est eux...), le seul morceau vraiment chanté, pas pour le meilleur à mon sens, difficile d'être parfait quand on n'est que de pauvres humains, surtout que les synthés en font un peu trop. Ils sont pardonnés, car toute la fin est d'une superbe envolée diaphane et forte à la fois. "balding generatrion (losing air as we lose hope)", d'abord, très post-rock flamboyant de rythmes fougueux, en altitude toujours, au plus proche de l'éther, des orages magnétiques, la charge des esprits errants et sans pitié (merci Charles, ô grand inspirateur !) qui finissent pourtant par s'adoucir. Et puis le tryptique "hermitage", titres 9 à 11, allez, je ne résiste pas, le port royal, le havre auquel nous aspirions, grisés par le morne, le sublime ennui. Le son s'épaissit, ménageant des plages transparentes, rendez-vous de toutes les muses épuisées à l'orée des cauchemars que nous chérissons, ambiance à la "Phaedra", ce sublime opus de Tangerine Dream, éclairs courbes dans le tournoiement des particules. Le guitares ondulent, une batterie se lève dans l'aube intemporelle, pour un nouveau départ ? Pour mieux mourir, mon enfant, à temps ou avec le temps, come tu preferisci...S'enfouir dans le temps pour mieux vivre, ne vous laissez pas abattre par le titre, la mélancolie est un vêtement de merveilles.
Pour aller plus loin
- Port-Royal sur le site de debruitetdesilence
- un bel article sur l'album
- une (fausse) vidéo de "susy : blue east fading":


8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 19:38
Voici le texte de John Donne, "Air & Angels", dit (fort bien dit !) par Pc Muñoz sur l'album "Strange toys" de Joan Jeanrenaud (voir article précédent). En écoute ici (+ "Livre", avec le vibraphone de William Winant)

AIR AND ANGELS.
by John Donne


TWICE or thrice had I loved thee,
    Before I knew thy face or name ;
    So in a voice, so in a shapeless flame
Angels affect us oft, and worshipp'd be.
    Still when, to where thou wert, I came,
Some lovely glorious nothing did I see.
    But since my soul, whose child love is,
Takes limbs of flesh, and else could nothing do,
    More subtle than the parent is
Love must not be, but take a body too ;
    And therefore what thou wert, and who,
        I bid Love ask, and now
That it assume thy body, I allow,
And fix itself in thy lip, eye, and brow.

Whilst thus to ballast love I thought,
    And so more steadily to have gone,
    With wares which would sink admiration,
I saw I had love's pinnace overfraught ;
    Thy every hair for love to work upon
Is much too much ; some fitter must be sought ;
    For, nor in nothing, nor in things
Extreme, and scattering bright, can love inhere ;
    Then as an angel face and wings
Of air, not pure as it, yet pure doth wear,
    So thy love may be my love's sphere ;
        Just such disparity
As is 'twixt air's and angels' purity,
'Twixt women's love, and men's, will ever be.


Programme de l'émission du dimanche 31 janvier 2010 (reprise le 21 février)
Gina Biver Train / L'Infini (pistes 3 et 5, 13' 40), extraits de Big skate (2009)
The Unthanks : Here's the tender coming / Flowers of the town (p.12-9, 12' 50), extraits de Here's the tender coming (The Leaf Label, 2009)
Joan Jeanrenaud : Sling shot / Axis / Kaleidoscope / Transition (p.1 à 4n 22' ), extraits de Strange toys (Talking House Records, 2008)
Zoe Keating : Legions (rêverie) (p.6, 5' 06), extrait de One cello x 16 : natoma (2005)
Antye Greie-Fuchs
Words are useless / Letters make no meaning (p.1-2, 10' ), extraits de Words are missing (agf produktion, 2008)
Pantha du Prince : Welt am Draht / Im Bann (p.9-10, 11' ), extraits de Black Noise (Rough Trade, 2010)
4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 16:29
Joan Jeanrenaud 2   Le temps est venu de célébrer une violoncelliste dont la carrière a été associée pendant vingt ans à celle du Kronos Quartet, c'est-à-dire à l'un des quatuors les plus étonnants de notre temps, à la fois par la qualité de ses interprétations et son engagement indéfectible du côté des meilleures musiques contemporaines. Joan Jeanrenaud a rejoint le quatuor de David Harrington en 1978, pour le quitter en 1999. Depuis, elle se consacre à une carrière solo tournée vers  diverses expérimentations. "Strange toys", sorti en 2008 sur le label californien Talking House Records est le résultat d'une série d'envies sonores, d'un face à face avec son violoncelle en studio, et de rencontres avec quelques musiciens.
  Le premier titre, "Sling shot", nous plonge dans une ambiance mystérieuse, un jeu d'écho entre glissendi langoureux et pizzicati énigmatiques. Étirement des cordes, lâcher du projectile qui rebondit dans des jungles courbes. "Axis" : le violoncelle se déploie somptueusement, se multiplie sur fond de boucles. Joan ne s'enfonce pas dans des expérimentations pénibles pour l'oreille. Son violoncelle chante, magnifié par une utilisation intelligente de la technologie. "Kaleidoscope" peut ainsi proposer un curieux duo avec les beats acidulés de Pc Muñoz, juste avant que ne surgisse...deux violes de gambe sur "Transition", le plus long titre, presque treize minutes intemporelles, sur un schéma ABA : majestueuse introduction des violes dans le goût baroque ; développement d'esprit
Joan Jeanrenaud Strange toys minimaliste aux deux violoncelles, tout en inflexions capricieuses et décrochements, violes en sourdine ; court retour au premier plan des violes pour une languide extase. On peut être catalogué "avant-garde" et jouer et composer dans la grande tradition ! "Tug of wars" prolonge "Transition" par une plainte dépouillée, le violoncelle dans un jeu de miroirs exsangues. La suite de l'album invite à deux reprises le percussionniste William Winant, au marimba sur "Dervish" et au vibraphone sur "Livre", l'un des morceaux les plus fascinants de cet album atypique et si personnel. "Air & Angels" convoque  autour du violoncelle une sculpture  carillonnaire, un quadrachord -instrument électroacoustique à longues cordes, pour accompagner la lecture par Pc Muñoz d'un poème de John Donne : moment extraordinaire aussi ! Bref, laissez-vous transporter par le violoncelle réinventé d'une musicienne pleinement d'aujourd'hui. Une grande !!
Pour aller plus loin
- Joan Jeanrenaud sur MySpace
- une video : Joan en concert à la soirée d'ouverture du Mills College Festival. (un extrait de "Vermont Rules", l'avant-dernier titre du disque)
28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 10:45
Fuse EnsembleGina Biver appartient à cette catégorie de compositeurs américains décomplexés, qui font miel de toutes les influences sans se soucier des appartenances à telle secte ou courant musical. « Je laisse le monde m'influencer. », écrit-elle : jazz, musiques du monde ou contemporaines, électroniques, la sollicitent. Pas étonnant qu'on la retrouve sur INACTUELLES. C'est d'ailleurs par l'intermédiaire d'Eve Beglarian, compositrice célébrée dans ces colonnes, que nous nous sommes "rencontrés". Guitariste de formation, elle écrit aussi bien des pièces acoustiques qu'électroniques, se plaît à tisser des rencontres entre les deux grâce à son ensemble FUSE, créé conjointement par l'artiste nouveau média Edgar Endress. Cet ensemble - qui réunit guitare électrique, piano et claviers électroniques, clarinette, flûte, basson, violon et violoncelle, percussions,  a pour vocation d'interpréter non seulement la musique de sa fondatrice, mais aussi les musiques nouvelles, et de proposer une expérience multimédia qui « fonde ensemble musique, vidéo et humains dans un état liquéfié » comme l'indique son site.
   Je ne connais pas le travail vidéo de l'Ensemble, mais on peut se faire une idée de sa musique par Gina Biver Big Skatedeux cds et les nombreux MP3s disponibles sur son site. "Big Skate" est le premier de l'Ensemble, un cinq titres attachant. Le premier titre éponyme s'ouvre par une grappe sautillante à la clarinette, reprise au violon électrique puis par les autres musiciens. Le morceau est vif, tout en reprises incisives de petits motifs, dans un esprit post-minimaliste, avec des échappées lyriques plus caressantes. S'agit-il de mimer les mouvements de la grande raie qui donne son nom au morceau ? Il y a comme des ondulations, l'atmosphère bucolique des plaines sous-marines suggérée par le rôle solo de la flûte, de brusques accélérations étincelantes, un art du surplace survolté. "Unhinge" joue du trouble des textures, qui bousculent une introduction champêtre à la flûte pour y introduire cassures, superpositions dissonantes, irruptions facétieuses de percussions, glissendi acides ou suaves de cordes. Musique frétillante, virevoltante pour les djinns si prompts à s'évanouir après d'imprévues apparitions. La flûte tente de reprendre le contrôle, tournée en dérision par les autres instruments. Gina dispose les timbres en peintre de miniature, parvenant à donner à la composition à la fois une étonnante profondeur et une grâce acérée dans les transparences. "Train" est le morceau phare de ce petit album. Deux marimbas nous entraînent dans un périple dynamique sur fond de sons électroniques mystérieux. Décidément, le train reste une source d'inspiration pour les musiciens. Après Darius Milhaud et Steve Reich, Gina Biver propose un voyage plus exotique. Le jeu entre les marimbas et l'arrière-plan est fascinant d'un bout à l'autre de ces 5'18. Le disque se poursuit avec un exercice difficile, accompagner musicalement un texte poétique, "Those who last", réflexion sur les forces de vie, le temps et l'univers. Je commence seulement à accepter cette composition, agacé d'abord par les intrusions de trompette. Elle a voulu éviter le piège de l'emphase, par un contrepoint volontiers jazzy, après tout concevable lorsqu'il s'agit d'évoquer l'énergie vitale. Ce qui n'empêche pas une fin tissée d'impalpable. Le disque se termine avec "L'infini" (titre en français), très belle composition : sonorités étirées de la clarinette, du violon et du violoncelle qui se répondent en échos majestueux pour une longue introduction, suivie d'un développement dansant traversé de phrases lyriques de violoncelle. J'aime assez que l'infini prenne le visage d'une danse, d'une cadence pleine d'accidents imprévus, de rebonds, sans pesanteurs appuyées. Quelques pirouettes diminuendo en guise de fin.
   Je suis tout étonné d'avoir tant écrit. Je regarde la pochette, si délicate. Une musique papillonnante, ailée, qui tournoie jusqu'au vertige, le vertige de vivre.
Pour aller plus loin
- le site de Gina Biver
- deux photographies de Steven Biver, son mari, que je publie avec sa très aimable autorisation.
Steven Biver 1
Steven Biver 2
25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 19:24
Après le long article précédent, une vidéo cette fois : une pièce pour guitare classique, avec retardement et boucles, présente sur Savage Altars (New Albion Records, 2006). Ici interprétée par un guitariste néo-zélandais homonyme, magnifique hasard...

J'en profite pour rattraper mon retard...
Programmme de l'émission du dimanche 10 janvier 2010
Dan Trueman Martin's Garden / The piano student assigment Book / Matisse's garden (pistes 2 à 4, 19' ), extraits de Five Gardens (and-a-half) (Shhh Productions, 2007), interprété par So Percussion + Trollstilt
Ingram Marshall :
Peaceable Kingdom (p.2, 17' 58), extrait de September Canons (New World Records, 2009)
David Lang I'm still shaking / Ray's entrance / Chopin / my very empty mouth / Gallery humiliation (p.2-4-5-6-7, 6' ), extraits de Untitled (Cantaloupe, 2009) Pour ceux qui ne connaissent pas David Lang, une introduction que cette bande originale du film de  Jonathan Parker (bandes annonces ici). Sinon, disque composite : fragments inédits qui montrent que David peut le faire...et reprises de compositions majeures sous formes d'extraits, du digest agaçant. Préférer les "vrais" disques du maître !
Phelan Shepard : Broken in the wrong place / Weaving song (p.2 et 3, 13' ), extraits de Harps old master (The Leaf Label, 2006)
Eve Beglarian : Until it blazes (p.1, 10' 35), extrait de The Stroke that kills (New World Records, 2008)
                                            
à la guitare : Seth Josel
Programme de l'émission du dimanche 17 janvier 2010
Ingram Marshall Woodstone (p.3, 17' 38), extrait de September Canons (New World records, 2009)
Pantha du Prince : Abglanz / The Splendour / Bohemian Forest (p.2-3-8, 20' ), extraits de Black Noise (Rough Trade, 2010)
The Unthanks : Annachie Gordon / The Testimony Kershaw / Nobody knew she was There (p.3-5-8, 18' ), extraits de Here's the tender coming (The Leaf label, 2009)
Dan Trueman : Matisse's Coastal Garden/ The Wheelbarrow Piece (p.8-9, 15' 40),
extraits de Five Gardens (and-a-half) (Shhh Productions, 2007), interprété par So Percussion + Trollstilt
21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 15:40
Ingram Marshall - September Canons
  De drame et d'éther
   Introduction majestueuse, brumeuse : les violons frémissent sur place tandis que le violon soliste chante éperdu sur les eaux primordiales. Pas de doute, on est bien sur la galaxie Ingram Marshall, compositeur américain passionnant né en 1942. Pionnier de la musique électronique la plus radicale, assistant de Morton Subotnick au California Institute of Arts, connaisseur de la musique de Java et Bali qu'il a étudiée lors d'un voyage effectué en compagnie de Charlemagne Palestine, il refuse de se laisser enfermer dans un style, une tendance. Dans les marges du minimalisme, il écrit une oeuvre post-romantique hantée par Sibelius, Bach et Charles Ives, ou encore les hymnes de son pays. Aucun dogme, une recherche constante du beau : « Le mot "beau" est difficile à définir, mais d'une certaine manière, il est toujours à l'arrière-plan de ma pensée lorque je compose. Je cherche toujours une expression du magnifique, du beau, du splendide, du sensuel, quelque chose qui saisit, qui est palpable et qui n'est pas désagréable en surface. Je pense vraiment qu'une expérience musicale devrait être enveloppante, et que la réussite d'une pièce est liée à l'implication totale de l'auditeur, presque d'une manière narcotique - pas pour s'enfermer dans une transe, mais pour être vraiment en elle. » Ces propos d'Ingram sur le livret d'accompagnement de "September Canons" sont la base de son art de la composition en tant qu'art poétique en effet. On peut y ajouter cette remarque, qui relativise l'importance de la structure : « La structure est très importante, mais j'en suis venu à faire confiance à mon attirance intuitive pour le sombre et le beau et l'inépuisable. » Les quatre titres de cet album en sont une éblouissante illustration, en même temps qu'ils offrent une traversée à rebours de trente années de composition.
   "September Canons" (2002) - en écoute plus bas - ouvre l'album de manière somptueuse, bel exemple de la manière dont Ingram Marshall transcende l'électronique. Pièce pour violon avec processus électroniques, notammment d'amplification et de retardement, c'est un lamento sur les événements du 11 septembre 2001, d'où son titre. Rien de funèbre pourtant, un lyrisme voluptueux qui transporte très loin, avec cette faculté  impressionnante de donner à entendre les esprits, une musique spirite en un sens, envahie par des nuées virevoltantes, des balbutiements de pizzicati.
  "Peacable Kingdom" combine des sons enregistrés lors d'une procession funéraire sur l'île dalmate de Korcula, des sons de cloche d'église à Belago en Italie, et un ensemble de chambre. C'est au départ une commande d'un cousin de sa femme, fatigué d'entendre  toujours les mêmes marches funèbres  dans cette île où un enterrement est une affaire collective. L'atmosphère est sombre, sans doute influencée par l'histoire pleine de violence et de guerre de la Yougoslavie, mais Ingram précise qu'il pensait beaucoup à une vieille ferme du Vermont baptisée "The Peacable Kingdom" par ses habitants.  La guerre est effacée par un lieu référent à une imagerie pacifique. Là encore, un pas de côté vers l'ailleurs, les circonstances dépaysées pour que surgisse la beauté , pour que s'engouffre le sublime.
   "Woodstone" (1981) est un double hommage. C'est la seule composition pour orcherstre gamelan d'Ingram  -un orchestre non pas indonésien ici, mais bien américain, The Berkeley Gamelan, qu'assez facétieusement il se plaît à farcir d'un thème emprunté à la Waldstein Sonata de Beethoven !  Le titre est l'équivalent anglais de "Waldstein". En tout cas, le résultat est un morceau réjouissant aux sonorités cristallines et transparentes, ponctué de brefs moments introspectifs ouatés d'ombres.
   La flûte gambuh, la plus grande des flûtes de la musique balinaise, déploie ses mystères dans le dernier titre, entièrement interprété par le compositeur, qui joue aussi du synthétiseur et utilise en direct des processus électroniques. On remonte aux années 70, pendant lesquelles il élaborait "The Fragility Cycles", dont on trouve des fragments épars dans sa discographie. Magnifique fragilité, évanescente et tendre, lointaine et insinuante, très proche dans l'esprit et les inflexions de la symphonie pour cuivres et synthetiseurs "Light over Water" composée par John Adams en 1983, une des meilleures compositions de ce dernier, publée d'ailleurs sur le label New Albion, comme la majeure partie de l'oeuvre d'Ingram Marshall.
   Le disque n'est toutefois pas sorti sur New Albion, qui semble en veilleuse, mais sur New World Records, qui accomplit un travail remarquable de diffusion des musiques américaines les plus... singulières !
Pour aller plus loin
- ma chronique d'un disque précédent d'Ingram, Dark Waters.
- la sonate n°21 de Beethoven en écoute ici (je ne recule devant rien !).
- un bel article consacré à Ingram Marshall sur Néosphères.
- "September canons", le premier titre, en écoute ci-dessous :

                                                             
14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 17:22
   Hendrick Weber, alias Pantha du Prince, connu aussi sous le nom de Glühen 4, Dj, compositeur et bassiste notamment du groupe Stella, sort début février son troisième album, "Black noise". L'allemand a quitté le laPantha du Princebel de Hambourg Dial Record, surtout connu dans le milieu de la deep house, pour signer chez le britannique Rough Trade, marqué rock, mais reste fidèle à une musique électronique minimale, au croisement de la techno et de la house. Musique limpide, à l'image du lac de montagne de la pochette. Cloches et clochettes, peut-être sous l'influence d'un récent séjour dans les Alpes suisses. Micro-bulles rythmiques, prédominance d'éléments percussifs métalliques et cristallins, sont la base d'une œuvre sous-tendue de sons enregistrés en pleine nature, ces sons dont le spectre sonore échappe en partie aux processus d'enregistrement, d'où le titre de bruit noir choisi, l'expression désignant ce bruit silencieux au cœur des compositions. Certains titres font songer au gamelan de Java et Bali, tant l'électronique fait surgir un orchestre cohérent de métallophones qui déploie d'arachnéennes structures cycliques. Les ombres d'Autechre  ou d'Aphex Twin planent aussi sur cet univers d'abstraction vibrante et lumineuse. L'intensité ramassée des premiers titres laisse peu à peu la place à des paysages sonores sublimes aérés de sobres envolées aériennes. Un superbe parcours qui s'achève sur le carillonnant - tourbillonnant "Es schneit", magnifique apothéose !
Pour aller plus loin
- Trois morceaux en écoute ici, dont "Es schneit".
- Pantha du Prince sur MySpace
- le site de Pantha du Prince

Programme de l'émission du dimanche 20 décembre 2009 (Je suis un peu en retard, je sais...)
The Unthanks : Annakie gordon / Nobody knows she was there (pistes 3-8, 14' 10), extraits de here's the tender coming (The Leaf Label, 2009)
Nancy Elizabeth :
Winter, baby(p.11, 3' 10), extrait de Wrought iron (The Leaf Label, 2009)
Evangelista : Crack teeth / On the captain's side (p.6-7, 14' ), extraits de Prince of truth (Constellation, 2009)
Dan Trueman : It is not in the eye / Martin's garden (p.1-2, 8' 30)
                                    The piano student's assigment book / Matisse's garden lesson (p.3-4, 10' 10), extraits de Five gardens (and-a-half) (Shhh Productions, 2007), interprété par So Percussion + Trollstilt
Ingram Marshall :
September canons (p.1, 13' 13), extrait de September Canons (New World Records, 2009