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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 17:22
   Hendrick Weber, alias Pantha du Prince, connu aussi sous le nom de Glühen 4, Dj, compositeur et bassiste notamment du groupe Stella, sort début février son troisième album, "Black noise". L'allemand a quitté le laPantha du Princebel de Hambourg Dial Record, surtout connu dans le milieu de la deep house, pour signer chez le britannique Rough Trade, marqué rock, mais reste fidèle à une musique électronique minimale, au croisement de la techno et de la house. Musique limpide, à l'image du lac de montagne de la pochette. Cloches et clochettes, peut-être sous l'influence d'un récent séjour dans les Alpes suisses. Micro-bulles rythmiques, prédominance d'éléments percussifs métalliques et cristallins, sont la base d'une œuvre sous-tendue de sons enregistrés en pleine nature, ces sons dont le spectre sonore échappe en partie aux processus d'enregistrement, d'où le titre de bruit noir choisi, l'expression désignant ce bruit silencieux au cœur des compositions. Certains titres font songer au gamelan de Java et Bali, tant l'électronique fait surgir un orchestre cohérent de métallophones qui déploie d'arachnéennes structures cycliques. Les ombres d'Autechre  ou d'Aphex Twin planent aussi sur cet univers d'abstraction vibrante et lumineuse. L'intensité ramassée des premiers titres laisse peu à peu la place à des paysages sonores sublimes aérés de sobres envolées aériennes. Un superbe parcours qui s'achève sur le carillonnant - tourbillonnant "Es schneit", magnifique apothéose !
Pour aller plus loin
- Trois morceaux en écoute ici, dont "Es schneit".
- Pantha du Prince sur MySpace
- le site de Pantha du Prince

Programme de l'émission du dimanche 20 décembre 2009 (Je suis un peu en retard, je sais...)
The Unthanks : Annakie gordon / Nobody knows she was there (pistes 3-8, 14' 10), extraits de here's the tender coming (The Leaf Label, 2009)
Nancy Elizabeth :
Winter, baby(p.11, 3' 10), extrait de Wrought iron (The Leaf Label, 2009)
Evangelista : Crack teeth / On the captain's side (p.6-7, 14' ), extraits de Prince of truth (Constellation, 2009)
Dan Trueman : It is not in the eye / Martin's garden (p.1-2, 8' 30)
                                    The piano student's assigment book / Matisse's garden lesson (p.3-4, 10' 10), extraits de Five gardens (and-a-half) (Shhh Productions, 2007), interprété par So Percussion + Trollstilt
Ingram Marshall :
September canons (p.1, 13' 13), extrait de September Canons (New World Records, 2009

9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 12:24
So Percussion : parce que les percussions sont les nouveaux violons.  Trollstilt : du folk aux musiques électroniques  Revoilà nos percussionnistes de So Percussion (Eric Beach, Josh Quillen, Adam Sliwinski, et Jason Treuting), cette fois au service d'un compositeur et polyinstrumentiste étonnant, Dan Trueman, cheville ouvrière du duo Trollstilt. Dan joue du violon traditionnel norvégien, mais aussi d'autres violons, et utilise volontiers son ordinateur portable, si bien que sa musique transcende allègrement les genres. Monica Mugan pratique la guitare classique et des guitares à cordes en acier. Pour "Five gardens (and-a-half)", sorti en 2007 sur le label Shhh Productions, le renfort des gars de So Percussion propulse cette musique parmi les plus expérimentales d'aujourd'hui. Le résultat n'est pas très éloigné des propres productions des quatre percussionnistes, on pense So Percussion Five Gardensen particulier à "Amid the noise"(Cantaloupe, 2006). En plus des instruments déjà cités, tubes amplifiés, pots en terre cuite,  pianos jouets, morceaux de bois et de métal, coquillages marins et brouette (vous n'avez pas la berlue...) sont traités par ordinateur pour produire des textures sonores diffusées sur des enceintes hémisphériques (conçues par Dan) disséminées parmi les interprètes. L'idée est de produire des jardins inspirés de grands artistes : trois peintres (Agnes Martin, Henri Matisse, Georges Noël), un musicien (John Cage), et un photographe (Harry Callahan). Et le demi en sus ? Celui des peintures animées de Judy Trueman sur  le superbe DVD qui accompagne le disque.
  Si les premiers titres font encore penser au folk, sans doute en raison de la place des violons, l'album devient très vite plus inclassable, expérimental et méditatif. Splendeurs étranges, en apesanteur, de gouttes percussives ; murmures et scansions courtes ; appels feutrés du violon méconnaissable, de flûtes veloutées.  "Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir", phrase leitmotiv, donne l'esprit des treize titres ponctués de petits textes dits en anglais ou en français par Rinde Eckert et Jennifer Trueman. Rien à redire à ce parcours riche et varié d'un raffinement absolu, d'une sensibilité exquise qui comble l'oreille si souvent maltraitée. On est dans un jardin enchanté pour 55 minutes. Les peintures animées du DVD sont d'une légèreté rafraîchissante, dessinant tableaux abstraits aux lignes géométriques frêles, aux couleurs à la fois douces et vibrantes.
Pour aller plus loin
- le site de l'album, passionnant, qui éclaire les sources, propose des extraits sonores et vidéo.
- le site de Dan Trueman.
- le site de So Percussion.
- un très bel extrait de "Amid the noise" ici.
- un Matisse pour finir, La Leçon de piano, l'une des sources d'inspiration.
Matisse La leçon de piano
 
4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 00:13
   Meilleurs vœux à tous les lecteurs, blogueurs, fidèles, curieux, en quête du son des sons. Vous retrouverez bientôt dans ces colonnes cet extraordinaire ensemble de percussionnistes. En attendant, une vidéo en public de plusieurs morceaux composés par Jason Treuting, l'un des quatre membres permanents du groupe, morceaux parus sur Amid the noise (Cantaloupe, 2006).
20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 19:55
julia wolfe photo1 COPYRIGHT 2009 PETER SERLING   « Avec chaque pièce, j'ai essayé de plonger dans un paysage psychédélique, à la fois multicouches, fracturé, extatique, silencieux, énergique, cacophonique et direct. » dit la compositrice de son dernier opus. Co-fondatrice et co-directrice artistique du Bang On A Can Festival, Julia Wolfe ne se manifeste pas souvent sur disque, le dernier remontant à 2003. Raison de plus pour frapper très fort. Après des quatuors étonnants, voici des "Musiques pour multiples", comme l'indique le sous-titre programmatique de l'album. "Dark full ride" propose quatre équipées autour de quatre instruments. La cornemuse est multipliée par 9 avec "Lad", extraordinaire odyssée qui ravirait Naïal, ce duo français déjà chroniqué dans ces pages : l'instrument se prête à des jeux répétitifs sur fond de bourdon. La batterie par 4 dans le titre éponyme, qui m'inquiétait beaucoup a prioriJulia Wolfe Dark Full ride. Passé la première écoute déroutante, je dois avouer que le morceau est une réussite, Julia réussissant à créer de véritables envolées. On oublie la sécheresse de la frappe pour se concentrer sur la structure, le dynamisme : la première partie joue seulement des cymbales, tandis que la seconde fait dialoguer celles-ci avec les caisses, le résultat est fascinant... et musical ! "my lips from speaking" est une relecture déstructurée d'un standard du rhythm & blues pour 6 pianos : pièce énergique, puissamment syncopée, pleine de grondements et de silences imprévus, avec des allures de piano mécanique à la Conlon Nancarrow par moment. C'est tout simplement ébouriffant. Le parcours se termine avec "Stronghold" pour 8 contrebasses, où l'intrication des textures est d'une complexité redoutable et belle, avec des dérapages veloutés, des frémissements et des échappées magmatiques. La fin très sombre est un hymne à la lumière noire d'un hiératisme farouche. L'un des grands disques de ce début de siècle, pour amateurs de sensations fortes et de libres expérimentations.
Pour aller plus loin
- la page du label Cantaloupe, avec un MP3 disponible.
- le titre éponyme interprété par des membres de l'ensemble Talujon Percussion :

Programme de l'émission du dimanche 13 décembre 2009
Nancy Elizabeth : Divining / The Act / Ruins (pistes 5-9-10, 12' 40), extraits de Wrought iron (the Leaf Label, 2009)
Danton EEprom : The Feminine Man / Unmistakabebly yours (p.7-8, 10' 05), extraits de Yes is more InFiné, 2009)
John Luther Adams : The Place we began (p.4, 8' 15), extrait de the place we began (Cold Blue Music, 2009)
Evangelista : Tremble dragonfly / Iris didn't spell (p.2-5, 13' 30), extraits de Prince of truth (Constellation, 2009)
William Duckworth : Préludes 8 à 14 (p.8 à 14, 19' ), extraits de The Time Curve Preludes (Lovely Music, 1990) Au piano : Bruce Neely
The Unthanks :
Because he was a bonny Lad / Sad February (p.1-2, 7' 15), extraits de Here's the tender coming (The Leaf Label, 2009)

18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 22:46
William Duckworth Time CurveQue voilà un cycle admirable ! Découvert grâce à l'interprétation du livre I par Bruce Brubaker (voir mon article précédent). On peut encore se procurer l'enregistrement intégral des deux livres, 24 préludes comme chez Debussy, par un autre pianiste américain, Bruce Neely : c'est un des très beaux disques du label new-yorkais Lovely Music, fondé en 1978 et consacré aux nouvelles musiques américaines. L'enregistrement initial remonte à 1979, le cd est de 1990, d'une fraîcheur extraordinaire. Rien à ajouter à l'article précédent, le second livre est aussi beau que le premier. Bien sûr, l'écoute des deux livres permet de mieux percevoir l'architecture en courbe du cycle. Tout ce que l'on peut attendre de la musique : force et douceur, limpidité et chatoiements, éclat et mystère. Quelques morceaux sont en écoute ici.
Pour aller plus loin :
Walter Frank, Argentine Pianist, Composer and Improviser performs Duckworth's Argentine premiere of his piano music 

13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 16:49
Bruce-Brubaker-hope-street-tunnel-blues.jpg  Bruce Brubaker fait décidément partie de ces rares pianistes qui n'ont peur de rien, qui vont jusqu'au bout de leurs enthousiasmes musicaux. Sur hope street tunnel blues, sorti en 2007, il propose un programme qui alterne des œuvres de Philip Glass et d'Alvin Curran. Si le premier a gagné les faveurs du grand public, le second reste dans l'ombre alors qu'il est l'un des compositeurs majeurs de ce temps. De Glass, Bruce interprète une transcription de "Knee Play 4", un fragment de l'opéra Einstein on the beach", "Wichita Vortex sutra", deux morceaux typiques de ce minimaliste au lyrisme fluide, le célébrissime "Opening",  un morceau que je ne me lasse pas de réécouter, mais aussi une des très belles études pour piano, la cinquième, intériorisée et frémissante, un versant moins grand public de ce compositeur prolifique. D'Alvin Curran, Bruce retient le morceau éponyme, prodigieux, une machine à accumuler de l'énergie avant de se résoudre en fleuve irrésistible, en vrai blues lancinant. Et il se lance à nouveau dans ce monument pour piano, "Inner cities", dont il interprète cette fois, après la première pièce sur son disque précédent, la seconde, tout aussi radicale dans sa beauté  lumineuse et désolée, dans son obstinée recherche d'absolu. Plus de vingt minutes si loin des vaines agitations, si près du son originel et ultime à la fois...
      Bruce-Brubaker-time-curve.jpgFidèle à Philip Glass, Bruce Brubaker a sorti voici quelques mois un nouvel opus où il interprète ses six études dans la version originale de 1994. À écouter pour ne pas enfermer le minimaliste dans des clichés injustes ! Comme dans ses disques précédents, le pianiste en profite pour entraîner ses auditeurs vers de nouveaux continents. Cette fois,  vers un autre de ses compatriotes, né en 1943, William Duckworth, compositeur, professeur de musique à l'université de Bucknell, à qui l'on doit un superbe cycle pour piano,  "The time curve preludes"(1977-1978), que certains considèrent comme l'une des premières manifestations du postminimalisme. En tout cas, un grand cycle, dont nous n'avons ici que le premier livre de 12 préludes. Alors, un Debussy du postminimalisme ? Assez juste pour quelques pièces vaporeuses, lignes impalpables et clapotements. Il y a aussi du John Cage - compositeur qu'il a beaucoup étudié, dans ces pièces imprévisibles, discrètement envoûtantes, je pense au sixième prélude, carillon en boucles serrées, l'une des pièces où le titre d'ensemble se comprend le mieux, l'auditeur pris dans les filets du temps courbe. Comme des miniatures d'une extraordinaire fraîcheur, labiles, des truites qui s'échappent dans les éclaboussures, éblouissantes et rieuses.
Pour aller plus loin
- Bruce Brubaker sur MySpace, mais oui, les musiques contemporaines envahissent la célèbre plate-forme !!
- mon article précédent consacré au pianiste, le 19 novembre.
- une vidéo où Bruce montre comment il "prépare" son piano pour jouer la musique de William Duckworth.

Programme de l'émission du diamnche 6 décembre 2009
Iggy Pop : A machine for loving / She's a business (pistes 10 et 11, 6' 30), extraits de Préliminaires  (Emi, 2009)
Nancy Elizabeth : Tow the line / Cat bells / Canopy / Lay low (p.3-6-7-8, 16' ), extraits de Wrought iron (The Leaf label, 2009)
Danton EEprom : Desire no more / Confessions of an english Opium-Eater (p.5-6, 16' ), extraits de Yes is more (InFiné, 2009)
Julia Wolfe : my lips from speaking (p.5 à 7, 15' 40), extraits de Dark Full Ride (Cantaloupe Music, 2009)
The Backlash : Myers mood / Overblast (p.1-7, 10' ), extraits de Scratch'n win (Waxurecords, 2009)
6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 19:10
   Ce qui frappe dès l'abord, c'est la présence massive du piano. La jeune galloise, pour son second album "Wrought iron", a été conquise par l'instrument dans un bâtiment abandonné en Espagne, où elle était partie enregistrer. L'anecdote laisse rêver. On imagine les grilles lourdes, baroques, en fer forgé, le piano comme un appel dans les grandes salles désertes. Alors que "Battle and Glory" faisait retentir toute la panoplie idéale des instruments folk, de la harpe 12 cordes au dulcimer, dans des morceaux souvent très enlevés, "Wrought iron" est d'une veine plus intime. D'autant plus bouleversant que l'accompagnement s'est resserré, ce qui ne veut pas dire appauvri d'ailleurs, mais moins d'instruments en même temps. Guitares, mais aussi une belle apparition de la trompette sur le très folk "Lay low", harmonica sur le bluesy "The act", cloche sur le miraculeux "Winter, baby" et sur "Cat Bells" à la beauté suspendue,  pincée de choeurs, percussions diverses...tous servent la voix fine, fragile, flexible, transparente de Nancy Elizabeth et ses superbes mélodies. Ce deuxième disque confirme l'émergence d'une grande chanteuse, compositrice accomplie, capable de se renouveler profondément d'un disque à l'autre. On le sait dès le premier morceau, "Cairns", piano presque solo, morceau au hiératisme si doux, ponctué de choeurs séraphiques : paysage immémorial, un rêve d'harmonie. "Bring on the Hurricane", le titre suivant, est un petit bijou folk où la voix de Nancy joue de toutes ses nuances tandis que la guitare nous emporte, relayée par de courts choeurs puissants. Le piano revient au premier plan (il n'avait pas tout à fait disparu...) avec "Tow the Line", chanson dépouillée un brin mélancolique sur laquelle s'appuie avec parcimonie l'harmonica On le retrouve sur l'un de mes titres préférés, "Divining", complètement hanté par "Videotape", le magnifique dernier morceau de In Rainbows de Radiohead : la jeune galloise peut tout se permettre ! "Canopy", parfois a capella, la voix qui semble se renverser, et les fées qui viennent vous caresser, encore un morceau envoûtant, le meilleur du celtique, et rien à voir avec le catastrophique dernier album d'Alan Stivell -qui fut parfois capable du meilleur, dans un autre siècle..., une douceur fulgurante. Et puis il y a "Ruins", somptueuse ballade d'une sirène pudique et suave, la raucité étrange de la voix par moments, le piano royal doublé par un piano jouet sur la fin. Magique, cet album, enchanteur. Nous avions Merlin, voici Nancy Elizabeth !
Paru sur The Leaf label. 11 titres, environ 41 minutes.
Pour aller plus loin
- Nancy Elisabeth sur MySpace
- Chronique du premier album sur ce blog.
- Une video en concert du titre "Lay low" (elle est à la guitare, pas au piano...) :


Programme de l'émission du dimanche 29 novembre 2009
Larvae : Polemic dub / 164 spin (pistes 1 et 2, 9' 30), extraits de How to desintegrate (Creative space, 2007)
Didier Petit : Coupes et découpes / Élision / Interlude rituel / Almost / Soleil bleu / La Tour de Babel (p.1 à 6, 16' 30), extraits de Don't explain (Buda Musique, 2009)
William Duckworth : The Time Curve preludes I à IV, Book I (p.10 à 13, 12' ), extraits de time curve (Arabesque Recordings, 2009), disque du pianiste Bruce Brubaker.
Fuse Ensemble
: Big skate / Train (p.1 et 3, 12' 10), extraits de Big skate (2009)
Julia Wolfe : Lad (p.1-2, 17' ), extraits de Dark Full Ride (Cantaloupe Music, 2009)
Larvae : Nothing ends (p.4, 5' 38), extrait du même disque que ci-dessus (un mini cd vendu avec un autre de Spyweirdos).
26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 11:40
   Ancien rocker, DJ et producteur électro installé à Londres, le français d'origine marseillaise Danton EEProm signe son premier véritable album Yes is more (après des maxis, des remix...) sur le label InFiné, qui continue à frapper décidément très fort après nous avoir proposé l'excellent trio Aufgang voici peu. L'album est dans la lignée d'un Agoria, pour aller vite, assez éclectique, inégal aussi, disons-le d'emblée..
Meph.- Tu me rassures ! J'ai cru que tu allais faire comme tout le monde, encenser sans nuance le nouveau petit génie, car il est de bon ton de confondre information et publicité, n'est-ce pas ?
Dio.- Encore à me surveiller ! Tu es un code de déontologie à toi tout seul, ma parole ! Pire qu'un ange gardien !! Mais tu as raison, beaucoup de blogueurs hurlent dans le sens des sirènes médiatiques, s'effacent pour relayer des informations quasiment publicitaires, par manque d'audace ou par crainte de décevoir leurs visiteurs (attention, je n'ai pas dit "tous les blogueurs"...Ouh, le paquet d'ennemis virtuels que je risque de m'attirer !). Pour revenir à moi, le début de l'album me laisse sur ma faim. "Thanks for nothing" a tout du tube, morceau dance avec un petit côté rock, assez ennuyeux pour tout dire à part deux envolées un peu après deux minutes et à la fin. "Give me pain" commence de manière surprenante, à l'accordéon presque façon Piazzolla. Comme dans le titre précédent, Danton chante, voix cette fois plus nasale, plus aiguë. Le morceau traîne un peu, dynamisé par des accès funky, cuivrés et un beat pulsant. "Stillettos rising" est déjà nettement mieux, plus dépouillé au ras des beats (si j'ose dire), ambiance épaisse, alternance entre voix masculine basse et voix féminines en hoquets secs...
Meph.- Allez crache, avoue...
Dio.- C'est vrai, j'ignorais tout des stilettos, ces fins talons aiguilles comme d'affilés couteaux pour blesser nos cœurs.
Meph.- Romantique de pacotille, précieux commun. Tu préfères encore le morceau suivant, pourtant, comme moi. Tu aimes ce qui est ferme, serré, étroit, ajusté, "Tight", chef d'œuvre de techno sensuelle, érotisé par les brefs soupirs féminins qui émaillent ces neuf minutes, au secours, parfois les sirènes déchirent l'air vibrant pendant ce coït machinique virtuellement infini.
Dio.- Comme tu y vas, Meph...
Meph.- Ne fais pas l'effarouché. Tu as bien regardé la pochette, comme tout le monde, et ce qui pend là entre les pattes du cheval, c'est le canal musical de Danton, l'envers du chapeau, le vrai visage du dandy qui éclabousse les conventions.
Dio.- Ce que certains nomment son côté "révolutionnaire", pseudonyme oblige ?
Meph.- "Desire no more", moi je traduis "désir pas mort", voilà ma réponse. Ne pas se fier aux apparences. Avec ce morceau (celui-là ou le susdit comme le nez  lubrique au milieu du cheval, c'est du pareil au même...), on est au centre de la libido, voix des profondeurs abyssales, leit-motiv techno-gothiques. La salle capitulaire souterraine de l'album, chambre aux fantasmes. Splendide.
Dio.- Tout à fait d'accord. Et ça continue...
Meph.- Oui, le sommet... (morceau en écoute après l'article)
Dio.- Déjà sorti sur un maxi en 2007, je l'avais manqué.
Meph.- "Confessions of an english opium-eater", ça s'appelle, car Danton puise son inspiration un peu partout. Confessions d'un mangeur d'opium de Thomas de Quincey, traduites dès 1828... par notre délicat romantique, Alfred de Musset. Plus de dix minutes de techno minimale, implacable, magnifique, la quintessence du genre, diabolique à me donner son âme, vraiment.
Dio.- Avec une fin...on voit les flammes noires, la combustion par le dedans. On a oublié le début laborieux de l'album, tout pardonné.
Meph.- Et le morceau suivant est d'une sensualité (faussement)perverse réjouissante !" The feminine man" entremêle la voix masculine épaisse, caverneuse et la petite voix délicieuse de Chloé sur fond de pulsations douces, de cloches et claviers langoureux.
Dio.- Comment ne pas fondre...Même veine pour "Unmistakably You", peuplé de voix déformées, grimaçantes, beats sautillants, musique de transe pour des fantômes ou des morts-vivants.
Meph.- Influences cinématographiques dans l'air, films de vampires ou d'épouvante passés à la moulinette du mixage.
Dio.- C'est le moment d'émerger , perdus dans la musique, "Lost in music", musique de club...
Meph.- Tu ne sais pas t'arrêter d'admirer. Musique bavarde pour draguer la minette... Je préfère "Attila", plus sombrement jouissif.
Dio. Tu m'aurais laissé parler... Danton cède à la facilité, même à la fin de ton morceau. Des titres chantés, "Vivid love" est peut-être le plus convaincant, mais les claviers sonnent assez ringards.
Meph.- Sans parler du dernier morceau, sans parole, juste un sac d'air, comme son titre l'indique.
Dio.- Tu es vraiment excessif, je trouve, c'est joli. Oublions les faiblesses, le début et la fin ; le disque vaut pour son cœur...
Meph.- Tu m'exaspères avec ton vocabulaire sentimental. Le disque vaut pour sa caverne centrale, son gouffre basaltique, les titres 3 à 8..
Dio.- Un peu le 9, et je te concède la moitié d'"Attila" pour complaire à ta sauvagerie hongroise...
Meph.- Bougre d'hongre !! Tu n'as même pas parlé du pseudonyme, à part "Danton"...
Dio.- EEprom ? Strange ! Pas un nom d'écrivain exotique, ni de cinéaste-culte underground. Un acronyme :
Electrically Erasable Read Only Memory, une forme de mémoire morte effaçable électriquement et programmable, que disent les spécialistes. Une manière d'afficher son implantation dans les musiques électroniques, en somme.
Pour aller plus loin
-le morceau-culte, sur You Tube (fausse vidéo...)

- Danton EEprom sur MySpace
- l'intégralité du disque en écoute ici.
Programme de l'émission du dimanche 22 novembre 2009
Zahia : Zahia (piste 11, 8' ) extrait du disque éponyme.(2009)
Danton EEprom : Stilletos rising / Tight (p. 3 et 4, 15' ), extraits de Yes is more (In Finé, 2009)
Nancy Elizabeth : Cairns / Bring on the Hurricane / Divining (p.1-2-5, 10' 30), extraits de Wrought Iron (The Leaf Label, 2009)
Radiohead : Videotape (p.10, 4' 42), extrait de In rainbows (Warner Chappell, 2008)
Philip Glass : Opening / Knee play (p.4-1, 13' 50), extraits de hope street tunnel blues (Arabesque recordings, 2007)
William Duckworth :Préludes I à III (p.7 à 9, 7' 20), extraits de time curve (Arabesque recordings, 2009            deux disques du pianiste américain Bruce Brubaker.
Aufgang : 3 vitesses (p.7, 5' 03), extrait du disque éponyme (In Finé, 2009)