Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
N.B Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

Recherche

Publicités imposées !

Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 19:59
Antye Greie alias AGF   Pas question d'abandonner si vite Antye Greie, alias AGF. Poussés par l'actualité vers de nouveaux rivages (réminiscences, vous êtes partout...),nous l'aurions déjà oubliés, sauf que l'un des principes de ce blog est de résister, de s'arrêter, d'orner la mémoire des plus beaux fleurons rencontrés en chemin. Je remonte donc un peu dans la carrière solo d'Antye. En 2008, sortie de Words are missing sur son label Agf producktion. Album conceptuel ? L'abandon des langues connues a été pratiqué par bien d'autres. Pas question en tout cas d'inventer une langue. Retour à la lettre du son, oserait-on dire. Comme une tentative de poésie sonore lettriste. Phonèmes et échantillons électroniques sont ici sur le même plan, traités comme des matériaux pour d'étonnants poèmes électroniques. "Letters Make No Meaning (Weapons No War Germs No Disease"), l'un des titres les plus emblématiques de l'album, est construit sur des rafales de phonèmes doublées de beats métalliques, ponctuées de vocalisations déformées, de coups de gong mystérieux. "Food Combination Chart" est d'abord dominé par les métallophones, les froissements de textures, puis comme illuminé par des notes tenues d'orgue et une pulsation cardiaque trouble. "Die Ufer Sind in Feindes Hand" repose sur de micro séquences fracturées alliant voix et éructations de bruits compressés qui libèrent après une minute un univers en fermentation, celui des infra sensations peut-être. C'est dire que l'album est tout sauf froid, parcouru d'une vie frémissante dans les plis et replis des sons. Agf explore l'en deçà du langage, ses fondements rythmiques primordiaux, organiques. Écoutez "Cognitive Agf Words are missingModules Party II", le chant de l'apprentissage des phonèmes, la voix adulte doublée par une voix infantile, ou "Dread in Strangers Eyes", véritable marmite bouillonnante de sons en construction. Nous voilà "Head Inside Cloud", la tête à l'intérieur d'un nuage où les sons s'agglomèrent avant une courte pluie mélodique. Il arrive que l'on danse dans les rebondissements répétés des phonèmes,  que dans leur tremblement émouvant surgisse une musique de très loin, choeurs retenus au seuil de la formulation, c'est le très beau "Ooops For Understanding III", préfiguration des derniers titres de  l'album, comme le magnifique "Kz", diamant farouche au sein duquel la voix nue s'émeut. Les phonèmes eux-mêmes sont abolis, rognés dans le troublant "I-War" : faut-il comprendre que dans cette guerre électronique ils sont progressivement fondus, absorbés, pour nous précipiter "Under Water (RUN!)", dans les eaux primordiales, le clapotis si doux des enfants sons ? Un très grand disque, d'une impressionnante tenue et, au final, d'une musicalité profondément apaisante, sans doute parce qu'elle est épurée, débarrassée des clichés, conventions.
   Un beau livret de 16 pages accompagne le cd, livret illustré de calligraphies, dessins et photographies d'Agf. Sur son site, vous pourrez télécharger un document pdf de présentation de l'album.
56 minutes / 16 titres.
Pour aller plus loin
- Comme ce blog va avoir trois ans, une sélection de quatre titres en écoute ici.
- Une video...avec des paroles, un extrait de Westernisation completed, sorti d'abord sur le label Orthlorgng Musork en 2003, republié en 2004 sur  Agf Producktion.
                                                                                                                                                                                            
21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 17:09
Agf einzelkämpfer   Est-allemande de naissance, Antye Greie, alias AGF, s'est installée à Berlin au milieu des années quatre-vingt dix pour former avec Jürgen Kühn le groupe Laub, dont le premier album est sorti en 1997. Trois autres ont suivi sur le label Kitty-Yo, un quatrième sur son propre label AGF Producktion. À côté de nombreuses collaborations, elle développe depuis 2001 une carrière solo jalonnée de six albums. Einzelkämpfer, sorti en 2009, est le dernier d'entre eux.
   Autant le dire d'emblée : la découverte de cette poétesse, musicienne, plasticienne du son,  est pour moi une révélation majeure. À qui la comparer ? Peut-être à Ikue Mori et son extraordinaire travail à partir de l'ordinateur portable. Je ne sais pas du tout comment Agf conçoit sa musique électronique, mais le résultat est sidérant. L'unité sonore n'est plus la note, c'est l'échantillon, la touche élémentaire à partir de laquelle elle peint sa musique. "Quand je peins le son en couches -  je brille", a-t-elle placé en exergue  de ce "combattant solitaire". Le début de l'album évoque fugitivement le travail vocal de Tamia, qui prêtait sa voix démultipliée aux sculptures percussives de Pierre Favre dans quelques  beaux albums des années  80 sur les New Series d'ECM. Chaque titre est ici comme un poème électronique autonome, invente sa rythmique propre, loin des boîtes trop prévisibles. La voix énonce quelques phrases, se fond dans les textures d'une constante inventivité. Ni concrète, ni abstraite -  la musique n'est-elle pas par essence le plus abstrait des arts ?, la musique d'Agf semble naître à l'instant pour nos oreilles  ravies d'être si bien considérées. Naissances, métamorphoses, mélanges, glissements, brisures : "because few people are willing to go  through the disconfort, we quiet", c'est pour ceux-là qui n'ont pas peur de lâcher la sacro-sainte mélodie qu'elle résiste, qu'elle force l'attention et, ce faisant, crée les mélodies nouvelles de notre temps avec les moyens d'aujourd'hui. Voix nue ou distordue, méconnaissable, entrelacée aux sons de l'imaginaire le plus fertile, avec des fragments de chansons qui surnagent comme dans le titre éponyme traversé de moments punk, arrachés très loin en dedans. Et puis surgit "Her Beauty  Kills me", on s'agenouillerait pour un peu, majestueuse et lacérée de coups de fouets, granulée de poussières cosmiques, parcourue de flux telluriques, de coulées douces et sombres, -aurait-elle écouté Annie Gosfield ? Le titre "Worin Mein Mund Zur Bewegung Fand", creuse la veine, nous sommes dans les mines du roi Salomon pour édifier un temple de lumière noire.  Nous sommes dans l'attente d'un événement, d'un avènement, tout est possible dans l'univers de la musique électronique, quelque chose monte, échappé de l'inconscient. "A poem", justement, métallique et râpeux, tout en borborygmes, oscillations, tremblements chuintés. Le morceau suivant nous entraîne "Alone In The Woods (The Fox, The Skunk And The Rabbit)", chambre d'échos des peurs dépouillées, la voix toute petite cernée, puis submergée par le vortex archangélique des âmes perdues. "Practicing Beat  Anarchy" est l'un des titres programmatiques de l'album et, passé un début  répétitif et déclamatoire,  un hymne tumultueux et décalé à l'énergie. "Rhythm, Rules And Ink" repose sur un texte dit dans une atmosphère étrange traversé d'une soudaine déflagration électrique, exemple même de l'extravagance poétique de la création musicale d'Agf. "In Battle" offre un autre exemple de  cette belle extravagance, autrement dit de l'usage entier de la liberté de l'artiste : véritable morceau orchestral, où l'on croit reconnaître guitare, cordes, accommodées dans un maelstrom toujours stupéfiant.  Les abysses d'outre-tombe hantent "Kopffüsser (Cephalopod)", mini-opéra magnétique de voix et de respirations en couches ondulées qui témoigne de la capacité d'Agf à susciter des paysages sonores complexes d'une effarante beauté. Le périple se termine avec "On Earth", lent survol hypnotique des forces sourdes que doit maîtriser le combattant solitaire. Un album rare, passionnant d'un bout à l'autre, qui figurera en bonne place dans mon classement à venir  des disques de 2009 
(bientôt...je n'attendrai pas d'avoir tout écouté et découvert, puisque c'est évidemment impossible !).
Pour aller plus loin 
- le site d'Antye Greie-Fuchs, bien des choses à découvrir, télécharger. Aussi une présentation de chacun des treize morceaux de l'album, que je lis après avoir écrit l'article. À vous de comparer, de faire la synthèse ?
- une vidéo, très belle, d'un morceau du groupe Laub, extraite de l'album Filesharing (2002) : de quoi plaire à ceux qui veulent de la mélodie, il en faut pour tout le monde...
                                  
17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 10:40
En septembre 2009 sortait le très beau "Chamber Music" de Ballake Sissoko et Vincent Segal (voir  Ballaké Sissoko / Vincent Segal : "Chamber Music", boire à la source. ), Les voici en concert au festival Rhino à Lyon.
13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 23:51
Port Royal dying in time   Un album janséniste ? Pas catholique, en tout cas. Des odalisques pâmées à peine sur des nuages de velours, un tapis moelleux de synthétiseurs, c'est "hva (failed revolution)", l'ouverture de ce fort beau disque d"électro ambiante, sorti en octobre 2009 sur le très recommandable label  indépendant français debruitetdesilence. Port Royal, ce sont quatre gênois. dying in time est leur troisième album, gonflé à bloc de morceaux à écouter très tard ou dans le crépuscule qui monte, qui monte. "nights in Kiev" est entre techno soft et post-rock incandescent, voix masculines qui chantent dans le brouillard des beats et des sirènes synthétiques. Guitares timides au début d'"anna ustinova", deuxième titre tourné vers l'est, déflagrations et brusques dépressions pleines de chuchotements. "Exhausted muse/Europe" propose un voyage suave au pays des guitares qui échoïsent (néologisme revendiqué !), non, ce n'est pas du Pink Floyd, la tempête se lève, les beats se déchaînent dans la plaine couverte de neige, court déchaînement, tout est si vertigineusement doux, comme une aspiration vers l'infini qui laisse traîner ses thrènes. "i used to be sad" commence presque comme les meilleurs morceaux de Carla Bozulich, orgue et claviers dramatiques à souhait, murmures, longue stase angélique avant l'entrée des beats pulsants, d'une chanteuse brumeuse :  préparation à "susy : blue east fading", la dance immobile des choeurs presque silencieux dans le vent des galaxies là-haut si loin que c'est en nous que ça tremble, que les cascades s'engouffrent. Un intermède pop glamour avec "the photoshopped prince" (le néologisme, là, c'est eux...), le seul morceau vraiment chanté, pas pour le meilleur à mon sens, difficile d'être parfait quand on n'est que de pauvres humains, surtout que les synthés en font un peu trop. Ils sont pardonnés, car toute la fin est d'une superbe envolée diaphane et forte à la fois. "balding generatrion (losing air as we lose hope)", d'abord, très post-rock flamboyant de rythmes fougueux, en altitude toujours, au plus proche de l'éther, des orages magnétiques, la charge des esprits errants et sans pitié (merci Charles, ô grand inspirateur !) qui finissent pourtant par s'adoucir. Et puis le tryptique "hermitage", titres 9 à 11, allez, je ne résiste pas, le port royal, le havre auquel nous aspirions, grisés par le morne, le sublime ennui. Le son s'épaissit, ménageant des plages transparentes, rendez-vous de toutes les muses épuisées à l'orée des cauchemars que nous chérissons, ambiance à la "Phaedra", ce sublime opus de Tangerine Dream, éclairs courbes dans le tournoiement des particules. Le guitares ondulent, une batterie se lève dans l'aube intemporelle, pour un nouveau départ ? Pour mieux mourir, mon enfant, à temps ou avec le temps, come tu preferisci...S'enfouir dans le temps pour mieux vivre, ne vous laissez pas abattre par le titre, la mélancolie est un vêtement de merveilles.
Pour aller plus loin
- Port-Royal sur le site de debruitetdesilence
- un bel article sur l'album
- une (fausse) vidéo de "susy : blue east fading":


8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 19:38
Voici le texte de John Donne, "Air & Angels", dit (fort bien dit !) par Pc Muñoz sur l'album "Strange toys" de Joan Jeanrenaud (voir article précédent). En écoute ici (+ "Livre", avec le vibraphone de William Winant)

AIR AND ANGELS.
by John Donne


TWICE or thrice had I loved thee,
    Before I knew thy face or name ;
    So in a voice, so in a shapeless flame
Angels affect us oft, and worshipp'd be.
    Still when, to where thou wert, I came,
Some lovely glorious nothing did I see.
    But since my soul, whose child love is,
Takes limbs of flesh, and else could nothing do,
    More subtle than the parent is
Love must not be, but take a body too ;
    And therefore what thou wert, and who,
        I bid Love ask, and now
That it assume thy body, I allow,
And fix itself in thy lip, eye, and brow.

Whilst thus to ballast love I thought,
    And so more steadily to have gone,
    With wares which would sink admiration,
I saw I had love's pinnace overfraught ;
    Thy every hair for love to work upon
Is much too much ; some fitter must be sought ;
    For, nor in nothing, nor in things
Extreme, and scattering bright, can love inhere ;
    Then as an angel face and wings
Of air, not pure as it, yet pure doth wear,
    So thy love may be my love's sphere ;
        Just such disparity
As is 'twixt air's and angels' purity,
'Twixt women's love, and men's, will ever be.


Programme de l'émission du dimanche 31 janvier 2010 (reprise le 21 février)
Gina Biver Train / L'Infini (pistes 3 et 5, 13' 40), extraits de Big skate (2009)
The Unthanks : Here's the tender coming / Flowers of the town (p.12-9, 12' 50), extraits de Here's the tender coming (The Leaf Label, 2009)
Joan Jeanrenaud : Sling shot / Axis / Kaleidoscope / Transition (p.1 à 4n 22' ), extraits de Strange toys (Talking House Records, 2008)
Zoe Keating : Legions (rêverie) (p.6, 5' 06), extrait de One cello x 16 : natoma (2005)
Antye Greie-Fuchs
Words are useless / Letters make no meaning (p.1-2, 10' ), extraits de Words are missing (agf produktion, 2008)
Pantha du Prince : Welt am Draht / Im Bann (p.9-10, 11' ), extraits de Black Noise (Rough Trade, 2010)
4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 16:29
Joan Jeanrenaud 2   Le temps est venu de célébrer une violoncelliste dont la carrière a été associée pendant vingt ans à celle du Kronos Quartet, c'est-à-dire à l'un des quatuors les plus étonnants de notre temps, à la fois par la qualité de ses interprétations et son engagement indéfectible du côté des meilleures musiques contemporaines. Joan Jeanrenaud a rejoint le quatuor de David Harrington en 1978, pour le quitter en 1999. Depuis, elle se consacre à une carrière solo tournée vers  diverses expérimentations. "Strange toys", sorti en 2008 sur le label californien Talking House Records est le résultat d'une série d'envies sonores, d'un face à face avec son violoncelle en studio, et de rencontres avec quelques musiciens.
  Le premier titre, "Sling shot", nous plonge dans une ambiance mystérieuse, un jeu d'écho entre glissendi langoureux et pizzicati énigmatiques. Étirement des cordes, lâcher du projectile qui rebondit dans des jungles courbes. "Axis" : le violoncelle se déploie somptueusement, se multiplie sur fond de boucles. Joan ne s'enfonce pas dans des expérimentations pénibles pour l'oreille. Son violoncelle chante, magnifié par une utilisation intelligente de la technologie. "Kaleidoscope" peut ainsi proposer un curieux duo avec les beats acidulés de Pc Muñoz, juste avant que ne surgisse...deux violes de gambe sur "Transition", le plus long titre, presque treize minutes intemporelles, sur un schéma ABA : majestueuse introduction des violes dans le goût baroque ; développement d'esprit
Joan Jeanrenaud Strange toys minimaliste aux deux violoncelles, tout en inflexions capricieuses et décrochements, violes en sourdine ; court retour au premier plan des violes pour une languide extase. On peut être catalogué "avant-garde" et jouer et composer dans la grande tradition ! "Tug of wars" prolonge "Transition" par une plainte dépouillée, le violoncelle dans un jeu de miroirs exsangues. La suite de l'album invite à deux reprises le percussionniste William Winant, au marimba sur "Dervish" et au vibraphone sur "Livre", l'un des morceaux les plus fascinants de cet album atypique et si personnel. "Air & Angels" convoque  autour du violoncelle une sculpture  carillonnaire, un quadrachord -instrument électroacoustique à longues cordes, pour accompagner la lecture par Pc Muñoz d'un poème de John Donne : moment extraordinaire aussi ! Bref, laissez-vous transporter par le violoncelle réinventé d'une musicienne pleinement d'aujourd'hui. Une grande !!
Pour aller plus loin
- Joan Jeanrenaud sur MySpace
- une video : Joan en concert à la soirée d'ouverture du Mills College Festival. (un extrait de "Vermont Rules", l'avant-dernier titre du disque)
28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 10:45
Fuse EnsembleGina Biver appartient à cette catégorie de compositeurs américains décomplexés, qui font miel de toutes les influences sans se soucier des appartenances à telle secte ou courant musical. « Je laisse le monde m'influencer. », écrit-elle : jazz, musiques du monde ou contemporaines, électroniques, la sollicitent. Pas étonnant qu'on la retrouve sur INACTUELLES. C'est d'ailleurs par l'intermédiaire d'Eve Beglarian, compositrice célébrée dans ces colonnes, que nous nous sommes "rencontrés". Guitariste de formation, elle écrit aussi bien des pièces acoustiques qu'électroniques, se plaît à tisser des rencontres entre les deux grâce à son ensemble FUSE, créé conjointement par l'artiste nouveau média Edgar Endress. Cet ensemble - qui réunit guitare électrique, piano et claviers électroniques, clarinette, flûte, basson, violon et violoncelle, percussions,  a pour vocation d'interpréter non seulement la musique de sa fondatrice, mais aussi les musiques nouvelles, et de proposer une expérience multimédia qui « fonde ensemble musique, vidéo et humains dans un état liquéfié » comme l'indique son site.
   Je ne connais pas le travail vidéo de l'Ensemble, mais on peut se faire une idée de sa musique par Gina Biver Big Skatedeux cds et les nombreux MP3s disponibles sur son site. "Big Skate" est le premier de l'Ensemble, un cinq titres attachant. Le premier titre éponyme s'ouvre par une grappe sautillante à la clarinette, reprise au violon électrique puis par les autres musiciens. Le morceau est vif, tout en reprises incisives de petits motifs, dans un esprit post-minimaliste, avec des échappées lyriques plus caressantes. S'agit-il de mimer les mouvements de la grande raie qui donne son nom au morceau ? Il y a comme des ondulations, l'atmosphère bucolique des plaines sous-marines suggérée par le rôle solo de la flûte, de brusques accélérations étincelantes, un art du surplace survolté. "Unhinge" joue du trouble des textures, qui bousculent une introduction champêtre à la flûte pour y introduire cassures, superpositions dissonantes, irruptions facétieuses de percussions, glissendi acides ou suaves de cordes. Musique frétillante, virevoltante pour les djinns si prompts à s'évanouir après d'imprévues apparitions. La flûte tente de reprendre le contrôle, tournée en dérision par les autres instruments. Gina dispose les timbres en peintre de miniature, parvenant à donner à la composition à la fois une étonnante profondeur et une grâce acérée dans les transparences. "Train" est le morceau phare de ce petit album. Deux marimbas nous entraînent dans un périple dynamique sur fond de sons électroniques mystérieux. Décidément, le train reste une source d'inspiration pour les musiciens. Après Darius Milhaud et Steve Reich, Gina Biver propose un voyage plus exotique. Le jeu entre les marimbas et l'arrière-plan est fascinant d'un bout à l'autre de ces 5'18. Le disque se poursuit avec un exercice difficile, accompagner musicalement un texte poétique, "Those who last", réflexion sur les forces de vie, le temps et l'univers. Je commence seulement à accepter cette composition, agacé d'abord par les intrusions de trompette. Elle a voulu éviter le piège de l'emphase, par un contrepoint volontiers jazzy, après tout concevable lorsqu'il s'agit d'évoquer l'énergie vitale. Ce qui n'empêche pas une fin tissée d'impalpable. Le disque se termine avec "L'infini" (titre en français), très belle composition : sonorités étirées de la clarinette, du violon et du violoncelle qui se répondent en échos majestueux pour une longue introduction, suivie d'un développement dansant traversé de phrases lyriques de violoncelle. J'aime assez que l'infini prenne le visage d'une danse, d'une cadence pleine d'accidents imprévus, de rebonds, sans pesanteurs appuyées. Quelques pirouettes diminuendo en guise de fin.
   Je suis tout étonné d'avoir tant écrit. Je regarde la pochette, si délicate. Une musique papillonnante, ailée, qui tournoie jusqu'au vertige, le vertige de vivre.
Pour aller plus loin
- le site de Gina Biver
- deux photographies de Steven Biver, son mari, que je publie avec sa très aimable autorisation.
Steven Biver 1
Steven Biver 2
25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 19:24
Après le long article précédent, une vidéo cette fois : une pièce pour guitare classique, avec retardement et boucles, présente sur Savage Altars (New Albion Records, 2006). Ici interprétée par un guitariste néo-zélandais homonyme, magnifique hasard...

J'en profite pour rattraper mon retard...
Programmme de l'émission du dimanche 10 janvier 2010
Dan Trueman Martin's Garden / The piano student assigment Book / Matisse's garden (pistes 2 à 4, 19' ), extraits de Five Gardens (and-a-half) (Shhh Productions, 2007), interprété par So Percussion + Trollstilt
Ingram Marshall :
Peaceable Kingdom (p.2, 17' 58), extrait de September Canons (New World Records, 2009)
David Lang I'm still shaking / Ray's entrance / Chopin / my very empty mouth / Gallery humiliation (p.2-4-5-6-7, 6' ), extraits de Untitled (Cantaloupe, 2009) Pour ceux qui ne connaissent pas David Lang, une introduction que cette bande originale du film de  Jonathan Parker (bandes annonces ici). Sinon, disque composite : fragments inédits qui montrent que David peut le faire...et reprises de compositions majeures sous formes d'extraits, du digest agaçant. Préférer les "vrais" disques du maître !
Phelan Shepard : Broken in the wrong place / Weaving song (p.2 et 3, 13' ), extraits de Harps old master (The Leaf Label, 2006)
Eve Beglarian : Until it blazes (p.1, 10' 35), extrait de The Stroke that kills (New World Records, 2008)
                                            
à la guitare : Seth Josel
Programme de l'émission du dimanche 17 janvier 2010
Ingram Marshall Woodstone (p.3, 17' 38), extrait de September Canons (New World records, 2009)
Pantha du Prince : Abglanz / The Splendour / Bohemian Forest (p.2-3-8, 20' ), extraits de Black Noise (Rough Trade, 2010)
The Unthanks : Annachie Gordon / The Testimony Kershaw / Nobody knew she was There (p.3-5-8, 18' ), extraits de Here's the tender coming (The Leaf label, 2009)
Dan Trueman : Matisse's Coastal Garden/ The Wheelbarrow Piece (p.8-9, 15' 40),
extraits de Five Gardens (and-a-half) (Shhh Productions, 2007), interprété par So Percussion + Trollstilt