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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 14:17

Meph.- Ton "portail" de reprise ne risque pas de décourager maints internautes ?
Dio.- Écoute, tu ne vas quand même pas me dire d'abandonner ma voie ?
Meph.- Certes non, mais là tu vas fort. Ennui mortel, diront beaucoup...
Dio.- Moi, je me réjouis d'accueillir enfin l'un de mes compositeurs favoris. C'est vrai qu'il est mort depuis 1987, est-ce pour cela qu'il ne faudrait plus en parler ?
Meph.- Tu sais bien que j'adore les morts, le problème n'est pas là.
Dio.- Je t'arrête. Pas de démagogie ici, et puis je t'abandonne la chronique suivante, qui te réjouira, je le sais.

  Morton Feldman (1926-1987) figure depuis longtemps au panthéon de l'émission INACTUELLES, et s'il apparaît seulement maintenant dans ce blog, c'est que la plupart de ses oeuvres ont paru avant 2007. Ce n'est pas la première version de ce long morceau de 88 minutes (qui occupe tout le premier cd et une partie du second), mais j'en profite au passage pour célébrer une belle réalisation du label æ æon. Livret bilingue français / anglais, très intéressant, et interprétation formidable d'Arne Deforce au violoncelle et Yutaka Oya au piano, puisque le double cd réunit des pièces pour ces deux instruments ( à l'exception de deux oeuvres pour violoncelle solo).
   "Patterns in a chromatic field" (1981)appartient à cette série d'oeuvres longues qui marquent la dernière partie de la vie du compositeur. Ami de John Cage, de beaucoup de peintres comme Marc Rothko, Jackson Pollock, Feldman était aussi passionné par les tapis orientaux, leurs motifs répétés, jamais tout à fait à l'identique. « Fais-le d'une manière et puis d'une autre. Écris-le d'une manière et puis d'une autre.» écrit-il significativement au sujet de sa musique. Feldman s'attaque ainsi au temps : « Ce qui m'intéresse, c'est d'obtenir le temps dans son existence non structurée. Ce qui m'intéresse, c'est la manière dont cette bête sauvage vit dans la jungle - non au zoo.Ce qui m'intéresse, c'est la manière dont le temps existe avant que nous posions nos pattes sur lui - nos intelligences, nos imaginations, en lui..» Au terme de "composition", qu'il trouve impropre, il préfère substituer l'expression "toiles de temps". Il étend des toiles de temps. La musique est image, surface, grille, série de symétries tronquées. Tout est mis en œuvre pour désorienter la mémoire : s'abandonner à la trame, oublier au fur et à mesure, ou du moins se souvenir le moins possible pour être suspendu dans le présent pur. Chaque motif est surgissement, stase. Rien ne se construit ou ne se développe, tout se succède par répétitions variées, si bien que cette musique aiguise l'oreille au lieu de la saturer. Ou bien l'auditeur décroche au bout de deux minutes, ou bien il tombe sous le charme extraordinaire de ce champ virtuellement infini de sons qui éclosent entre les marbrures et les ombres des silences. Le dépouillement produit le ravissement, une apesanteur d'une sensualité purgée de tout souci. En ce sens, et je ne sais pas si Feldman aurait approuvé le terme, on a affaire à une musique mystique dont le dieu est le son.
   « Ma définition de la composition est celle-ci : la bonne note au bon endroit sur le bon instrument.» Ce sens de l'économie délasse dans une époque qui a souvent tendance à se laisser aller à une débauche d'effets, qui confond dynamisme et précipitation. Le goût du son le rapproche de l'italien Giacinto Scelsi, d'une génération antérieure, et, dans une certaine mesure, de son compatriote américain né en 1953, John Luther Adams.
  Qu'ajouter à ces quelques remarques ? Offrez-vous le seul vrai luxe, disposez de 88 minutes pour écouter l'une des plus belles musiques qui soient, car elle nous requiert en entier. Pas question de bruit de fond, à la rigueur sur une route la nuit, l'impression est étrange, on flotte comme si on allait arriver dans un ailleurs absolu. Même chez soi, très vite on décolle du quotidien pour connaître " a love supreme" comme dirait l'autre. Plus rien n'a d'importance que ce temps retrouvé grâce à l'alternance de longs passages méditatifs et de courts segments plus heurtés. Comme souvent chez Feldman, le piano est l'instrument du Mystère, celui qui avance note à note, ou grappe par grappe, pour écarter les parois du monde obscur. Le violoncelle chante à peine, il se retient, refuse tout lyrisme ostensible : il se fait entendre, voilà tout, par delà les affects. Il est comme l'écho prolongé du piano, à peine se permet-il de petites fioritures sous forme de ritournelles obsédantes. Pourquoi en faire plus, en vouloir dire plus, quand le moins suffit à l'essentiel ? Il faut faire un effort pour s'arracher à ce monde d'intense paix, à ces prémices d'éternité.
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Double CD paru en février 2009 chez æon
Quatre pièces plus courtes complètent le programme, dont la très belle "Duration II (1960), pour violoncelle et piano également, la dernière piste.
En complément, une autre version de Duration II, ici avec un "s", par James Iman, piano, et John Thorell, violoncelle (le morceau semble s'arrêter avant la fin...)
8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 19:16
   J'ai déconnecté...Je ne suis pas à Köln, mais Mark Pritchard s'y trouvait pour enregister ce morceau qui figure sur "When machines exceed human inteliigence", paru en février chez Warp records. Un peu de musique avant ma réapparition, si je sors indemne de ma lecture de Kafka sur la plage de Haruki Murakami...

1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 11:29
   Tout lecteur de Cortázar vit une étrange aventure. Très vite, il se sent happé par l'écriture, comme aspiré par les phrases qui courent devant lui pour l'entraîner vers l'autre côté. Il a le sentiment d'une urgence à dire, qu'il ne faudrait surtout pas s'arrêter pour y parvenir en même temps que le personnage, peut-être même avant lui pour le prévenir du danger, ou plutôt pour connaître le premier le doux vertige de la chute mortellement belle "dans le volcan" au centre de tout.
  Un court chapitre de Marelle, ce roman étonnant où l'on est convié de sauter de case en case pour atteindre le Ciel, éclaire un principe fondamental de l'écriture de Cortázar. Il permet aussi de saisir le rapport étroit entre le jazz et ses écrits. Peu de jazz sur ce blog, mais l'Argentin lutécien me le fait comprendre de l'intérieur, tant ses personnages baignent dans cet univers musical qui lui a aussi inspiré l'une de ses plus fortes nouvelles, "L'Homme à l'affût" (dans le recueil Les Armes secrètes ), sur la fin de vie de Charlie Parker.
  Le chapitre 82 appartient à la série des "Morelliennes", pages dans lesquelles l'écrivain Morelli, double de Cortázar, livre ses réflexions sur l'écriture, la composition romanesque. Le voici :
  « Pourquoi est-ce que j'écris cela ? je n'ai pas d'idées claires, ni d'idées du tout. Il y a des bribes, des élans, des morceaux, et tout cela cherche une forme, alors entre en jeu le rythme et j'écris dans ce rythme, c'est lui qui me fait écrire, qui me pousse, et non pas ce qu'on appelle la pensée et qui fait la prose, littéraire ou autre. Il y a d'abord une situation confuse, qui ne pourra se définir que par le mot ; je pars de cette pénombre, et si ce que je veux dire (si ce qui veut être dit) a suffisamment de force, immédiatement le swing, le branle est donné, un balancement rythmique qui me fait émerger à la surface, illumine tout, fond dans cette matière confuse et celui qui en est la victime est une troisième instance claire et pour ainsi dire fatale : la phrase, le paragraphe, la page, le chapitre, le livre. Ce balancement, ce swing dans lequel la matière confuse prend forme, est pour moi l'unique preuve de sa nécessité, car à peine a-t-il cessé je comprends que je n'ai plus rien à dire. C'est aussi l'unique récompense de mon travail : sentir que ce que j'ai écrit est comme un chat qu'on caresse et dont le dos arqué, électrisé, se lève et s'abaisse tour à tour, en cadence. Ainsi, grâce à l'écriture, je descends dans le volcan, je m'approche des Mères, je me branche sur le Centre — quel qu'il soit. Écrire, c'est dessiner mon "mandala", et le parcourir en même temps, inventer la purification en me purifiant ; corvée de pauvre "shaman" blanc en slip de nylon. »
 ( N.B. J'ai conservé les italiques, ajouté le gras et la couleur.)
  Traduire le mot "swing" par le "branle", voilà aussi au passage une belle idée de Cortázar, lecteur de Montaigne et de Rabelais.
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P.S. J'inaugure une nouvelle catégorie, "La musique et les mots", qui glanera citations, réflexions diverses sur la musique de musiciens ou d'écrivains lorsqu'ils interrogent les rapports entre l' écriture et la musique.
27 juillet 2009 1 27 /07 /juillet /2009 13:52
J'ai découvert Mark Pritchard grâce aux compilations de la Red Bull Music Academy, cette rencontre internationale de DJs sélectionnés qui se réunit chaque année dans une ville différente, avec conférences, concerts, publications, et bien sûr une radio à la clef (vous la trouverez sur le site). Sur la compilation de cette année-là, j'avais tout de suite repéré "Call to arms", et j'attendais avec impatience la sortie du titre sur un cd. C'est chose faite depuis février de cette année, sur l'excellent label électro Warp. J'ai commandé de suite le disque sur une plate-forme connue, mais pas moyen, j'ai dû annuler, puis commander directement chez Warp, ce fut assez long, d'où mon retrard, mais vous êtes indulgents, n'est-ce pas ici un quasi-principe philosophique que de ne pas obéir promptement à toutes les sirènes tyranniques de l'actualité?
   Bref, Harmonic 313, c'est l'Australien de Sydney dans sa splendeur électro-robotique. Le voilà dans les pas de Kraftwerk et de bien d'autres, sans doute. Pour une techno-électro-dub minimale comme pour "Dirtbox" et "Cyclotron", les deux premiers titres, bandes-sons idéales pour film de science-fiction avec androïdes et autres créatures d'après l'homme. Coups de fouet rythmiques implacables, primaires, notes en paquets répétés, micro-modules en deçà de l'harmonie. Mais d'autres titres proposent une vision plus lyrique, voire flamboyante, de cet univers libéré de la sentimentalité humaine. C'est le cas notamment de "Köln", le titre 5, où l'orgue sinueux déploie une ligne sombre et mélancolique à l'"arrière des beats désaxés, ou encore du déjà sus-nommé "Call to arms", le morceau-phare, grand jeu cathédralesque de l'orgue qui sonne la charge derrière les percussions glacées et sons graves de basse en bourdon épais qui malaxent nos tripes pour le grand saut dans le trou noir de l'anti-matière, du gothique techno en quelque sorte pour une claque magistrale si vous l'écoutez comme il se doit, c'est-à-dire très fort... "Word problems", qui joue de manière lancinante du vocoder pour épeler le nom du groupe, est un autre grand moment de cet album inspiré : morceau très post-kraftwerkien, quand les robots deviennent presque facétieux, au final meilleur que "Battlestar", honnête morceau hip-hop encore trop humain...avec la participation  de Kat & Elzhi. "Falling away", second morceau avec une participation, celle de Steve Spacek, offre un bref répit presque émouvant quand l'homme réclame sa liberté. Mais la fin de l'album est sans appel : les machines triomphent, et c'est le court titre éponyme et le splendide titre final, "Quadrant 3" : six minutes qui ne dépareraient pas un album d'Autechre, morceau impérial dans son développement méta-mélancolique (si j'ose dire !) pour déblayer toutes les rengaines lacrimo-menteuses. N'ayez plus peur des machines, elles sont la dernière beauté d'un monde ravagé (le lecteur attentif ne manquera pas de voir le lien subtil avec l'article précédent...).

15 titres / Parution en février 2009 chez Warp records.
Pour aller plus loin
- le site Myspace de Mark Pritchard
- la page Harmonic 313 de Warp Records
- le titre "Call to arms" en vidéo fixe :
25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 19:18
   On aura peut-être un peu vite déduit de mon dernier article que Jean-Philippe Goude faisait une sorte de variété bien arrangée, légère, qui ne tire pas à conséquence. Halte-là, vous allez trop vite ! Son dernier album, que j'ai chroniqué en son temps (voir le lien dans l'article précédent), contient de belles pages méditatives sur la condition de l'homme d'aujourd'hui. Pour preuve, ce morceau, "L'Homme dévasté", extrait de aux solitudes, enregistré en concert le 12 novembre 2008 à l'Opéra de Rennes.
21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 14:56
Le second était en solde chez un disquaire connu. Premier disque acheté depuis bien longtemps dans un magasin, c'est-à-dire depuis mon passage à Internet, il faut bien l'avouer (j'achète en ligne, n'allez pas croire, non, j'aime les vrais disques, avec pochette, notes, pas les fichiers dépersonnalisés, les morceaux orphelins d'albums inconnus...) Le premier se trouvait sur une brocante. D'habitude, c'est le désert pour les musiques inactuelles. Mon dernier achat marquant sur une brocante remonte à la trouvaille de Out of season de Beth Gibbons, un de ces disques qui nous poursuivent, allez savoir pourquoi, quelque chose de fêlé dans la voix, le temps qui roule ses galets d'infini, attrapé dans les filets de mélodies rouillées.
   Bref, me voilà avec deux disques de 1996, le beau hasard en somme, deux fragments d'une année qui s'éloigne à la même vitesse que les autres. 1996 qui semble avoir quelque chose à me dire. En effet, comme j'enlève le cd de Jean-Philippe Goude pour le mettre dans le lecteur, je découvre une citation d'un livre déjà lu plusieurs fois, d'un livre admirable à mes yeux :
   "Quand on aura allégé le plus possible les servitudes inutiles, évité les malheurs non nécessaires, ilrestera toujours, pour tenir en haleine les vertus héroïques de l'homme, la longue série des maux véritables, la mort, la vieillesse, les maladies non guérissables, l'amour non partagé, l'amitié rejetée ou trahie, la médiocrité d'une vie moins vaste que nos projets et plus terne que nos songes : tous les malheurs causés par la divine nature des choses."
   Quel rapport entre les Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar et la musique de Jean-Philippe Goude, l'extrait pris comme titre mis à part ? Tout semble les opposer : gravité et hauteur chez Yourcenar, légèreté variée chez Goude. Deux voies pour parvenir à circonscrire "la divine nature des choses". Le personnage romanesque est fasciné par les danseurs barbares aux confins des terres danubiennes, par les rites exotiques de peuplades qui pétrissent le mystère sans vergogne. Jean-Philippe Goude, échappé solitaire des terres Magma et Weidorje, joue les cavaliers de l'air. Rien qui pèse, des mélodies simples, qui deviennent parfois ritournelles à la Wim Mertens, morceaux de chambre façon Michael Nyman. Les timbres apparaissent, se mêlent avant de s'éclipser pour distiller mélancolie ou gaieté. L'orgue de cristal cède la place au piano, aux clarinettes, au violoncelle, au xylophone, et à bien d'autre
s instruments qui sont un peu l'équivalent des différents peuples tant contemplés par Hadrien. Tout cela danse, "je suis chose lègère", "fugace", "léger et disposé", ce sont quelques-uns des titres de cet album sans prétention. Qui a dit que le divin devait être lourd, pesant comme une statue de marbre ? Variété de chambre à air, si j'ose dire..., pour apprendre à devenir impalpable.
   En 1996, Polly Jean Harvey co-signe avec John Parish "dance hall at louse point", les mots pour elle, la musique pour lui. Un album écorché, intimiste, avec la voix qui dérape parfois vers des aigus sidérants. A la confluence du rock et du blues, c'est un parcours chargé d'émotions, d'électricité, qui n'a rien perdu de sa charge humaine, de sa fulgurance parfois maladroite. Si Goude vous semble trop primesautier, voire inconsistant, plongez chez PJ Harvey et John Parish, c'est l'autre manière d'appréhender la divine nature des choses.
Pour aller plus loin
- Le site officiel de Jean-Philippe Goude.
- Jean-Philippe Goude sur MySpace (quelques morceaux en écoute, dont un extrait de cet album).
9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 23:18
  J'aime toujours beaucoup la musique de Duane Pitre. Avec lui, la musique de chambre s'étire, se fait voluptueuse, s'enroule autour du temps qui perd son agressivité. Lente hypnose qui le décompose pour qu'il se pose au centre des choses..., au centre de notre incessante et méconnue métamorphose.
  Un extrait d'une de ses compositions, ED09, en concert.

Cette composition fait l'objet d'une publication en CD à série limitée, disponible ici.
7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 16:16
   Finian Greenall, alias Fink, persiste et signe un nouvel album de chansons entre folk, trip-hop, soul et blues. Après Biscuit for breakfast et Distance and time, Sort of revolution éloigne plus que jamais le gallois de ses platines. Guitare sèche et voix, c'est la base de compositions simples, mélodieuses, étoffées çà et là avec un rare discernement. "Come so far", le premier titre se déploie lentement sur un rythme discret, cordes qui crissent, claquements secs, choeurs en sourdine, petites touches de piano, de Fender Rhodes aussi, avec un côté presque reggae vers la fin. Tout est dit, Fink travaille dans de la belle dentelle. Dès le deuxième titre, "Move on me", on sait qu'on n'oubliera plus ce bijou. Composé et interprété par John Legend au piano, il permet à la voix grave et chaude de Fink de montrer tout son potentiel de séduction bluezzy. Des cordes se joignent à la mélodie hypnotique, puis tout s'efface, ne restent que le piano et les coups frappés sur la guitare pour une coda mélancolique très belle. La guitare, frappée et grattée avec parcimonie, revient en force avec "Six weeks", blues lancinant et dépouillé dont l'économie est prolongée de quelques nappes électroniques. Ce qui frappe à chaque fois, c'est le sens de la mesure, rien d'appuyé, des ajouts qui forcent l'attention plutôt que de l'accaparer. Vous allez me dire, voilà justement la musique, la vraie, je suis d'accord, mais force est de reconnaître que les orfèvres sont rares, que beaucoup de chanteurs / compositeurs travaillent plus avec le bulldozer qu'avec le burin du graveur, non ? "Nothing is Ever finished" étale sa nonchalance feutrée, "temptation happens to everyone", pourquoi se hâter puisque "Baby blue, i waVoici l'homme !nt to kiss you", cela s'appelle la sensualité. Deuxième chef d'oeuvre avec "See it all", piano à nouveau, en boucles rapides, coups frappés sur la caisse de la guitare, la voix nue, presque a capella entre les cellules harmoniques, le morceau s'amplifie par brefs moments lyriques, cymbales rares, batterie sèche, fin chorale à tendance minimaliste superbe. "Q&A" , claquements de mains, murmures en choeurs sourds, coups métalliques, est le morceau le plus soul ou gospel, là encore très tenu, aéré, émaillé de trouvailles sonores par touches légères. De la musique à déguster avec toutes nos papilles auditives, affalé dans un divan moelleux, en bonne ou mauvaise compagnie !! "If I had a million" fait claquer les cordes, la voix se laisse glisser dans des répétitions lancinantes, et je ne crie pas au scandale, car la pauvreté, on la sent un choix esthétique, pas une limitation de l'inspiration. Battements et intrusions sonores diverses animent le frémissant "Pigtails", marqué par une splendide micro-intervention d'harmonica. Ouverture à l'orgue électrique pour "Maker", joli morceau à nouveau très soul, avec une allure dub marquée et une courte flambée de guitares électriques un peu avant la fin. L'album se conclut par "Walking In the Sun", voix  -cette voix qui me fait penser à Chris Whitley, et guitare, à la fois dépouillé et si chaleureux, que de courts fragments choraux tirent à nouveau vers le gospel. Le parcours est impeccable, aucun morceau faible, pas de remplissage.
Paru en mai 2009 chez Ninja Tune / 10 titres, environ 50 minutes.
Pour aller plus loin
- Ma liste de titres de Fink.

- Fink sur MySpace.
- le site de Fink.

Programme de l'émission spéciale du dimanche 5 juillet 2005 (dernière avant la reprise en septembre)
Fedaden : Danseur inutile (avec Dominique A, piste 2, 4' 59)
                         Music box / Mélodie (p.4-5, 8' 24), extraits de Broader (Nacopajaz, 2009)
Torso : Mona / Je suce des piles au lithium / Dresseur d'animaux (p.2-3-5, 12' 30), extraits de Rien de nouveau [en quelque sorte] (Factotum records, 2009)
Fink : Move on me / See it all (p.2-5, 9' ), extraits de Sort of revolution (Ninja Tune, 2009)
Neon : 22:22 / Il se faufila entre les arbres (p.1-2, 6' 23)
                perpétuelle / La mer, indifférente (p.3-', 6' 09), extraits de au théâtre des sons imaginaires (¨Poeta Negra, 2007)
Daniel Lentz : Point conception (p.1, 36' 48), extrait de Point conception (Cold blue music, 2007)
Spyweirdos : Seven ways to kill a tree / Come down (p.1-2, 6' 08)
                                Swamp of sorrow / Desert people (p.3-4, 5' 40), extraits de Seven ways to kill a tree (Creative space, 2007)
Nota Le blog restera en principe actif en juillet et (un peu moins...) en août.