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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 18:00
  J'y reviens, il me hante. Pour moi l'un des très grands de la musique dite atmosphérique, tout simplement une porte ouverte vers l'ailleurs, le trouble mystère du monde. Comme je n'ai pas le temps de chroniquer l'un des disques de ce grec, je vous propose pour l'instant une des très belles vidéos réalisées pour la sortie de l'album Ten Numbers, ainsi qu'une sélection à écouter.



  
22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 17:18

  "Incunabula", sorti en 1993 chez Warp records, et "Amber", l'année suivante sur le même label, inaugurent la carrière d'un des groupes phares de la musique électronique. Comme tout a été dit, ou presque, sur eux, je laisse parler les titres, les couvertures et la musique. Des incunables d'ambre, assemblage merveilleux qui fait rêver. Qui a dit que la musique électronique était froide et sans âme ?
Meph.- Ce serait désolant. De toute façon, c'est impossible, même pour la musique, car elle procède de l'homme, qui en a une.
Dio.- Tiens, te revoilà. Tout à fait d'accord avec toi, même si au mot "âme" je préfère le mot "esprit", je le signale en passant. J'ai envie de me rouler dans le sable de la pochette d' "Amber", de dévaler la falaise ravinée, découpée en milliers de cônes, comme leur musique, tout en facettes prismatiques.
Meph.- Tu fais dans le joli. Je préfère les incunables, avec leurs lettres gothiques. On y parle beaucoup de moi et de mes sectateurs. Regarde la pochette, ça tremble, ça s'effrite, et ça se pulvérise. Tout à fait comme quand je tente un humain. Leurs belles résolutions se fendillent, je me faufile par les interstices. Et j'anime le bal.
Dio.- Je continue à rêver. Un berceau d'ambre, l'enfance de leur art, l'alpha et l'epsilon. L'ambre des sons dans le berceau des soirs d'or...Le velouté et le moelleux qu'ils semblent renier avec "Quaristice".
Meph.- Il faut bien perdre son duvet, vieux rêveur !
Pour aller plus loin
Une nouvelle sélection en écoute...
Programme de l'émission du dimanche 12 avril 2009
Autechre The Plc / Io / PlyPhon / Perlence (pistes 2 à 5, 13' 30), extraits de Quaristice (Warp Records, 2008)
                           
Nine / Further / Yulquen (p. 7 à 9, 20' 30), extraits de Amber (Warp Records, 1994)
Tamara Williamson : West coast / Counting sheep / Little voice (p.1-3-6, 17' ), extraits de More than a decade (Ocean Music, 2009)

Keith Fullerton Whitman / HRVATSKI : Stereo music for Serge Modular prototype (cd1, p.3, 5' 30)
Scott Gibbons / Lilith : Stone : Reciprocal (cd1, p.7, 3' 30)
 Francisco Lopez : untitled#148 (cd1, p.9, 10' 03)
Michel Chion : Requiem : Dies Irae (cd1, p.12, 6' ), extraits de an anthology of noise & electronic music, volume 3 (Sub Rosa, 2004)
16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 10:13
   Sean Booth et Rob Brown signent avec les vingt titres de ce neuvième album une oeuvre toujours aussi  méticuleusement abstraite, mais qui surprendra plus d'un amateur du duo par la brièveté des morceaux et le caractère à première écoute disparate de l'ensemble. L'impression d'une série de chutes, d'un univers en lambeaux. Quelques parcelles d'ambient flottent dans un univers tout en hachures, en pointillés. L'électronique glacée refuse toute emphase, laisse surgir des froissements, des chiffonnements interrompus comme dans "Fol3". Elle est souvent en apesanteur, presque fantaisiste dans ses déhanchements imprévus, et cela donne le superbe "Simmm", le dégingandé "Perlence",  "Plyphon" troué de partout par des marteaux-piqueurs, qui bute sur des notes bloquées. La musique tend vers le micro-borborygme, s'éparpille en nuages magnétiques de poussières traversés de courtes zébrures. Panorama d'un univers déconstruit, qui survit à peine, comme s'il se retenait, avait peur de trop se montrer, la vie dans les plis des polyrythmies géométriques. L'album est loin d'être désagréable, mais se veut tout sauf séduisant. Il hésite entre pièces paralysées, à l'hiératisme presque poussif comme "WNSN", et titres affolés dans le vide comme "Chenc9", écartelé entre percussions implacables, claviers en boucles rapides, titre superbe d'ailleurs. La fin de l'album corrige un peu cette trajectoire émiettée par des plages plus longues, mélodico-planantes comme "Notwo", ou incantatoires comme "Outh9X",  sept minutes de minimalisme raffiné et envoûtant.
Paru en mars 2008 chez Warp records.
Pour aller plus loin

  

Comme Deezer n'est plus fiable, je teste une nouvelle sélection, dépendante de ce que je trouve sur le site playlist.com..(plus moyen pour le moment de vous faire entendre bien des musiques singulières, hélas...)

Programme de l'émission du dimanche5 avril 2009
Yoshihiro Hanno / Multiphonic Ensemble : On/Off Edit (cd2, piste 2, 9' 12)
Sean Booth / Rob Brown /Autechre : Bronchus one I (cd2, p.1, 6' 04)
Meira Asher/ Guy Harries : Torture-Bodyparts (cd2, p.3, 3' 42), extraits de an anthology of noise & electronic music , volume 2 (Sub Rosa, 2004)
Autechre : clipper / rotar (p.2 et 4, 16' 38), extraits de tri repetae (Warp Records, 1995)
John Luther Adams : Dark waves // red arc/blue veil (p.1 et 4, 25' ), extraits de red arc / blue veil Cold Blue Music, 2007)
Philip Glass : They say Paradise will be perfect (p.10, 5' 22)
                                The New Rule (p.11, 5' 51), extraits de Monsters of Grace (Orange Mountain Music, 2007)
10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 21:42
John Luther Adams, musicien de l'espace.   Après avoir célébré For Lou Harrison (l'article comporte une notice biographique) sorti en 2007 chez New World Records, je reviens vers ce compositeur majeur, pratiquement inconnu en France. " Je ne veux plus être en dehors de la musique, l'écouter comme un objet séparé. Je veux habiter la musique, être totalement présent et à l'écoute de cet espace infini que Malevich appelait "un désert de sensation pure." affirme-t-il. Sur cette photographie, il est dans un espace d'écoute qu'il a conçu pour une installation sonore et lumineuse, "The Place Where You Go to Listen", dans le Museum of the North de Fairbanks, en Alaska. Cette expression fait référence à Naalagiagvik, un lieu au bord de l'Océan Arctique où, selon la légende, une femme Inupiaq (une branche des Inuits)spirituellement sensible se rendait pour écouter les chants des oiseaux, des baleines et des choses invisibles qui l'environnaient. Assis sur le banc dans cette salle aux murs blancs, l'auditeur peut se tourner ou non vers cinq panneaux de verre qui changent de couleur selon l'heure et la saison. Ici, dans ce lieu que je ne connais pas, avec cette musique qui réagit aux  petits tremblements de terre locaux ou au degré de luminosité du ciel, que je n'ai pas entendue,  mais que j'imagine,  John Luther Adams poursuit son rêve, celui d'une musique qui épouse l'espace, informée par le lieu secret sous tous les lieux. Avec lui, comme chez Morton Feldman qu'il admire, toute musique s'étire pour remplir l'espace, au point d'être virtuellement infinie. Elle est consubstantiellement méditation, abandon, dissolution des frontières.
    "Le blanc n'est pas l'absence de couleur. C'est la plénitude de la lumière.
Le silence n'est pas l'absence de son. C'est la présence du calme.
(...) Comme John Cage nous le rappelait, le silence n'existe pas littéralement. De plus, dans un monde devenant sourd à cause du bruit généré par l'homme, le silence perdure comme une métaphore profonde et sonore.
(...) J'aspire à une musique qui soit à la fois rigoureuse par la pensée et sensuelle par le son."
   Ces quelques extraits de propos du compositeur figurant sur le livret de In the white silence, paru en 2003 chez New World Records, sont une bonne entrée en matière à cette musique d'une grâce ineffable, lumineuse et transparente. Le disque est tout entier consacré à une longue pièce orchestrale pour cordes, harpe, célesta, vibraphones et cloches, subdivisée en courtes sections enchaînées de 3 à 5 minutes ayant pour titres"Beginning", puis des lettres de "B" à "S". Il préfigure For Lou Harrison par sa structure de concerto grosso fondée sur l'alternance entre sections orchestrales et solistes. Le blanc se retrouve dans les notes blanches, le rythme piano ou pianissimo reposant sur de courts motifs répétés, des lignes mélodiques longues et descendantes issues de différents points de l'espace, John Luther Adams étant très attentif à la disposition des musiciens. Cinq couches instrumentales distinctes convergent, se superposent pour créer un tapis sonore chatoyant, champ de neige sonore animé de frémissements, parcouru d'ondes cristallines. Musique merveilleuse, éblouissante, sereine, source fraîche et intarissable. Soixante-quinze minutes hors du temps mesuré des hommes, dans le Temps essentiel, à la fois presque statique et toujours différent...
  red arc/blue veil, paru en novembre 2007 chez Cold Blue Music regroupe quatre pièces très différentes. Le disque s'ouvre sur "Dark waves" , morceau pour deux pianos interprété par Stephen Drury et Yukiko Takagi : assaut répété de vagues sombres, en effet, grondantes d'harmoniques graves, constellées cependant d'arpèges étincelants. C'est Sisyphe dédoublé, colère sourde et lumière emprisonnée, condamné à la résignation. Suit "Among Red Mountains", solo pour piano interprété par Stephen Drury. Notes plaquées, massives, rageuses, obstinées qui donnent à la pièce sa minéralité impressionnante. Quelque chose résiste, est cherché, le piano s'acharne, arrache des étincelles jusqu'au sur place final. "Qilyaun", le titre suivant pour deux percussions basses, déploie un véritable vent percussif à base de roulements qui traversent l'espace sonore en cercles rapides, puis ralentis, entrecoupés : travail rigoureux sur le rythme, d'abord presque fou, ensuite déconstruit et recomposé pour nous envelopper de battements d'ailes. Oui, les percussions s'envolent, libérées, tout l'espace devient rythme ! Ce disque étonnant se termine avec le titre éponyme, Stephen Drury au piano et Scott Deal, l'un des deux percussionnistes du morceau précédent (le second étant Stuart Gerber) aux crotales et au vibraphone. Morceau fusionnel, symbiotique,
d'une beauté cristalline, agité de pulsations puissantes, de houles déferlantes de drones de piano. 
Pour aller plus loin (et en attendant que les playlistes Deezer constituées de morceaux absents de leur plate-forme refonctionnent...)
Les deux disques sont disponibles, soit directement chez New world Records pour le premier, Cold blue Music pour le second (voir les liens dans la colonne de gauche) soit sur Amazon par exemple.
- Une vidéo d'un large extrait du quatrième titre interprété par :
Clint Davis - Piano /Charlie Olvera - Vibraphone, Crotales ; avec Jason Corder, Jordan Munson - Video. en concert à l'université du Kentucky en mars 2008.



4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 15:48
    J'ai survécu ! Ils étaient en concert hier soir à La Cartonnerie de Reims, après Idem+Vunneny, et Oddatee, - très bien tous les trois, un peu court pour Idem, et pas moyen de s'endormir, je vous le garantis. Leur concert a été à l'image de leur dernier disque, "Gutter Tactics" : implacable, d'une rigueur formidable. Voici un trio, Dälek au micro, Oktopus aux machines et Still(?) sur une sorte de guitare préparée jouée à plat, qui s'engage totalement dans une musique d'une puissance sidérante. Le flux précipité des paroles se coule dans des nappes répétitives, industrielles, très noisy mais aussi atmosphériques. Le monde devient musique, coagulé par le flux hypnotique qui bat comme un coeur de foudre noire. Still , assis, gratte éperdument son manche sans lever les yeux vers le public, et Oktopus règne majestueux sur ses boucles, ses claviers qu'il déchaîne avec de larges gestes emphatiques, le visage baigné d'une grande sérénité.Tandis que la sueur dégouline sur le visage de Dälek qui empoigne, soulève son micro, tire convulsivement sur son pantalon flottant sur son corps trappu, les vagues lourdes, brûlantes, envahissent nos entrailles, massent notre cerveau soudain "débué" [je trouve ce mot, employé par Villon dans sa célèbre Ballade des Pendus, très beau, et je me permets de l'employer  à peu près dans son sens originel que vous allez comprendre] de toute sa mauvaise eau des mornes jours. C'est le paradoxe de cette musique si sombre, dense, que de nous remplir d'une joie intense, d'une lumière fulgurante, sans doute en vertu de la loi des vases communicants : l'énergie concentrée des musiciens passe dans nos veines. Les échantillons se téléscopent dans un climat d'apocalypse zébré de tournoiements de sirènes, de nuages de particules électrifiées. S'agit-il encore de révolte ? Les musiciens de Dälek sont des démiurges qui transforment le réel en lave. "Gutter Tactics" est une ode incandescente qui tente dans un geste superbe d'annuler la laideur du monde, et en fin de compte de la réenchanter en lui insufflant l'esprit de feu. C'est ma manière de gloser sur "A Collection of miserable thoughts Laced with wit", le sixième titre.
   Dälek, au meilleur de sa forme, signe avec ce cinquième album l'un des plus forts de ce début d'année ! Le onzième titre lui conviendrait assez bien : "Atypical stereotype".
Pour aller plus loin
- Dälek sur MySpace.
- un articulet de ce blog alors balbutiant, en avril 2007, sur "Abandoned language"(augmenté d'un morceau en écoute !)
Programme de l'émission du dimanche 22 mars 2009
Doctor Flake : Introduction / Amours obscurs (pistes 1 et 2, 4' 43)
                                  Fight clubbing / Let us play with your brain (p.4-5, 9' 39), extraits de Minder Surprises (New deal / Differ-Ant, mars 2009)
Dälek : Who Medgar Evers was (p.4, 8' 04)
                 Street Action (p.5, 5' 29), extraits de Gutter Tactics (Ipecac recordings, 2009)
The Gutter Twins : (vous apprécierez la transition...)
                                             Seven Stories underground (p8, 3' 22)
                                             Bête noire (p.10, 3' 50), extraits de Saturnalia (Sub Pop, 2008)
(an anthology of noise & electronic music, volume#1):
Angus Mac Lise/Tony Conrad/John Cale :
Transe #2 ( disque 1, p.6, 5' 07)
Edgard Varèse : Poème électronique (disque 2, p.4, 8' )
Paul D. Miller, alias DJ Spooky That Subliminal Kid : Bundle / Conduit 23 (disque 2, p.6, 8' 07)      (Sub Rosa, 2002)
(an anthology of noise & electronic music, volume#2):
Tod Dockstader : Song (disque 1, p.3, 12' 56)
Programme de l'émission du dimanche 29 mars 2009
Idem : Up to good / Trauma (p.2 et 6, 9' 05), extraits de The Sixth / Aspiration Museum Overview (Jarring Effects, 2008)
Dälek : Los Macheteros, Spear of a nation / We lost sight (p.7 et 8, 7' 48), extraits de Gutter Tactics (Ipecac recordings, 2009)
(an anthology of noise & electronic music, volume#2):
Daphne Oram : Four aspects (disque 1, p.6, 8' 10)
Robin Rimbaud / Scanner : Emily (disque 1, p.7, 4' 49)    
(Sub Rosa, 2003)
HRSTA : Kotori / Holiday (p.8 et 9, 7' 40), extraits de  Ghosts will come and kiss your eyes (Constellation , 2007)
                         
L'éclat du ciel était insoutenable / Li me kiln (p.1 et 2, 8' 34), extraits de L'Eclat du ciel était insoutenable (Constellation, 2004)

31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 16:12
   Le second volume de anthology of noise and electronic music vol.IIl'anthologie parue chez Sub Rosa s'ouvre sur un court morceau emblématique de l'étrangeté  véhiculée par la musique électronique. "Incantation for tapes", composé en 1953 par Vladimir Ussachevsky et Otto Luening, deux musiciens respectivement d'origine allemande et russe ayant tous les deux émigrés aux Etats-Unis, mêle ondulations sonores, voix mystérieuses, gongs, échos, pour créer une ambiance mystico-éthérée très prenante. L'auditeur, transporté, est alors prêt à découvrir les différents "visages" de la musique électronique. "Visage V" est d'ailleurs le titre suivant, une pièce de la fin des années cinquante de Luc Ferrari : musique concrète façon Groupe de Recherches Musicales, collage disparate peu enthousiasmant. Ce double Cd réserve heureusement de belles surprises. Le très atmosphérique "Song"(2002)de Tod Dockstader, extrait d'un vaste cycle baptisé "Aerial", ample pièce telle une nébuleuse ondoyante, à la fois ténue et tenace. "Music of the sphere"(1938) de Johanna M. Beyer, musique cristalline pour sirènes cosmiques, à la grâce dangereuse qui associe acoustique et électronique. Morton Subotnik est représenté par "Mandolin"(1962), composition en perpétuelle métamorphose d'une superbe plasticité sonore. L'anglaise Daphne Oram, avec "Four Aspects"(1960), joue subtilement avec des harmonies construites sur les fréquences les plus basses pour susciter un mini-opéra dramatique et poétique. "Emily"(2003) de Robin Rimbaud, alias Scanner, est d'une beauté bouleversante, avec pour point de départ une conversation téléphonique : voilà un musicien que vous risquez de retrouver bientôt ! Quant au "Quintet"(1967-68) de Hugh Davies, une performance associant 6 haut-parleurs, onduleurs, cinq microphones et cinq artistes dans un jeu de réverbérations, force est de reconnaître que, passé un début assez ingrat, le morceau invente en effet un nouveau quintette. C'est toutefois loin d'être mon morceau préféré... "Space travel with changing choral textures" (1983) de Alan R. Splet, collaborateur musical de David Lynch, renoue avec la veine atmosphérique de ce premier cd : titre limpide pour une oeuvre sombre, nuage insaisissable. Kim Cascone, avec "Zephirum Scan"(2002) conclut cette première moitié avec une composition qui travaille en finesse sur la nature spectrale du son.
   Le second disque est très différent : rythmé, industriel, bruitiste, brutal même. Sean Booth et Rob Brown, les deux membres d'Autechre, ouvrent le bal avec  "Bronchus One.I"(1991), géométries rythmiques élaborées sur fond pulsant, superbe début suivi par l'un des plus étonnants titres de ce second volume, "On/Off Edit"(2001) de Yoshihiro Hanno, alias Multiphonic Ensemble, pièce qui fractionne à l'ordinateur un morceau de piano virtuose, hallucinant au casque, une merveille de précision. J'accroche encore à l'intense "Torture-Bodyparts (2001) de Guy Harries, sorte d'inventaire litanique d'éléments insupportables dit sur une rythmique pointilliste. Je suis peu réceptif aux morceaux qui suivent, le bombardement sonore effarouchant mes délicates oreilles, à l'exception de "Lathe"(1988) de David Lee Myers, alias Arcane Device, magnifique travail sur les souffles et vents (démoniaques !) à base de sons rétroactifs de guitare (nous dit la pochette aves prudence, tant les sons sont étranges...). Pour les morceaux industriels, je leur préfère de beaucoup les compositions d'Annie Gosfield, ,à laquelle j'ai consacré au moins deux articles (vous avez les deux liens séparément...). Je reconnais toutefois que le morceau de Laibach, "Industrial Ambients"(1980-82), est impressionnant de rigueur glacée.
 
Paru en 2003 chez Sub Rosa / 10 et 11 titres / 70 et 65 minutes environ.
28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 17:43
   Les musiques électroniques sont régulièrement présentes dans ces colonnes : elles risquent de voir leur place s'accroître avec la découverte de cette anthologie magistrale menée par le label Sub Rosa depuis quelques années (toujours difficile avec eux d'avoir les années exactes, mais sans doute 2002...peu importe à dire vrai). Tous les volumes, qui comprennent deux cds généreux,  sont le fruit des recherches de Guy Marc Hinant, membre fondateur du label bruxellois. Ils sont accompagnés d'un livret d'une quarantaine de pages qui situe chaque compositeur, dessine des filiations. Beaucoup des morceaux proposés sont inédits, certains retrouvés dans des archives privées. L'anthologie est tantôt chronologique, tantôt a-chronologique, suscitant des rencontres, des côtoiements qui sont tout à fait dans l'esprit de ce que j'essaie de faire. Le présent article est consacré au volume 1 ; j'ai renoncé, comme je l'avais prévu initialement, à présenter aussi le second : il n'est évidemment pas question de doubler les excellentes présentations de Hinant, ce sera d'ailleurs vrai pour les volumes suivants. Je superpose un nouvel itinéraire à celui des disques, je cueille quelques merveilles sonores dans ce dédale extraordinaire qui témoigne d'une des plus singulières aventures du vingtième siècle et du nôtre.
   "an anthology of  noise & electronic music/ first a-chronology 1921-2001" commence aux origines de la musique électronique avec une des nombreuses curiosités de cette entreprise. On y entend sans doute le premier morceau composé pour une machine à bruits par l'italien Antonio Russolo, frère de Luigi Russolo, compositeur et théoricien  auquel on doit dès 1913 le manifeste "L'Art des bruits", qui se joignit au mouvement futuriste de Marinetti. La machine de Luigi portait le poétique nom d'intonarumori. Il donna en 1921 un concert à Paris recourant à 27 de ces instruments. "Corale", courte pièce de moins de deux minutes, est comme un au revoir mélancolique aux fastes orchestraux d'antan. Dès le titre suivant, les bases de la musique concrète sont posées en 1929-30 par Walter Ruttmann dans "Weekend", étonnant collage de bruits et de fragments de dialogues sans images de ce cinéaste d'avant-garde qui fit ensuite partie des services de propagande nazie. Le parcours se poursuit avec les pionniers des années 50, Pierre  Schaeffer et Henri Pousseur, le premier livrant de véritables poèmes sonores avec ses "études de bruits", ici la très élaborée "Etude violette" de 1948, le second parmi les premières compositions entièrement électroniques, notamment ce "Scambi" de 1957, accompagnement sonore idéal pour un tableau de Tanguy ou de Miro. On passe ensuite par Gordon Mumma, -dont j'ai chroniqué l'oeuvre pour piano, qui nous plonge avec "Dresden Interleaf 13 february 1945" dans un univers industriel inquiétant, ponctué de silences imprévisibles. Puis vient un fragment retrouvé d'une improvisation d'Angus MacLise, Tony Conrad et John Cale, "Trance#2" , témoin de ces longues nuits folles des années 60, dans la mouvance de La Monte Young : électronique inspirée à partir d'orgue et de percusssions métalliques, l'un des joyaux du premier disque. Mais je m'aperçois que me voici pris au piège du disque, que je suis parti pour tout passer en revue ? Cette anthologie bouscule toutes les idées reçues sur ce genre de musique, beaucoup plus varié qu'on ne le pense. Je suis converti à l'abstraction, à la poésie bruitiste !! "Untitled#1", de Philip Jeck, Ottomo Yoshihide et Martin Tétreault,  convoque toute une mémoire sonore avec une grande subtilité, tandis que "Oktober 24, 1992, Graz, Austria" du Survival Research Laboratories des américains Mark Pauline et Gerald Jupitter-Larsen (je n'invente pas, foudre et déformation en perspective...) nous soumet à un bombardement  très réglé de sons déchaînés, bouillonnants et couinants comme dans un chaudron cosmique. On ne sera pas surpris de retrouver les allemands de Einsturznde Neubauten, mais conquis par un titre presque boy-scout, bruits d'ustensiles de cuisine amplifiés et modifiés dans un climat très apaisé, quasi planant., un très beau moment. Le premier cd se termine avec "Aspekt"(1966) de l'allemand  Konrad Boehmer, l'une des musiques idéales possibles pour Les Oiseaux d'Alfred Hitchkock : crépitements, envols, nuées, dans une atmosphère sous haute tension...
  Le disque 2  se concentre sur les années 50 à 2001, faisant se côtoyer John Cage et Sonic Youth, Yannis Xenakis et Paul D. Miller. Ce n'est pas l'un des moindres mérites de cette anthologie que d'effacer les clivages entre musique sérieuse ou savante et musiques électroniques nées des expériences de groupes pop. D'abord parce que les frontières n'existent pas, et l'on s'aperçoit de tout ce que les djs d'aujourd'hui doivent aux musiciens chercheurs, avant-gardistes que l'on croyait confinés dans leurs laboratoires acousmatiques. Ensuite, parce que les compositeurs de musique contemporaine sont beaucoup plus fantaisistes, iconoclastes, inventifs, extravagants que nombre de musiciens électro qui feraient bien de toute urgence d'écouter les incroyables univers sonores concoctés au fil des décennies.  Le coréen Nam June Park est à l'aise dans un "Hommage à John Cage" de 1958-59 qui est déjà un fabuleux remix d'un des musiciens les plus imprévisibles du vingtième siècle. Quant à Edgar Varèse, cet ascète de la musique électronique, qui garda le silence pendant des années en attendant les progrès technologiques qui rendraient possibles la réalisation des sons qu'il désirait, il est représenté par son magnifique "Poème électronique" de 1957-8, émouvant et drôle, d'une finesse de composition imparable. L'autre sommet de ce deuxième disque  est dû à Paul D.Miller, alias DJ Spooky That Subliminal Kid , mixeur hyper-talentueux comme un David Shea : les atmosphères se succèdent au long des huit minutes de "Bundle / Conduit 23", morceau fascinant, frémissant, qui mêle instruments acoustiques et sons électroniques dans une fresque dense, nourrie de fragments mélodiques splendidement retravaillés.  Pour finir, un morceau de 30 minutes de Pauline Oliveros, "A little Noise in the System", précède le "One minute"  de Ryoji Ikeda : une implacable progression électronique bruitiste générée par un Moog System  avant la délicatesse fracassée du japonais...
(à suivre, avec des morceaux en écoute prévus, c'est promis !) 
  Quand même, en attendant, une vidéo à partir du "Poème électronique" d'Edgar Varèse : qu'en pensez-vous ?
                                                                            
26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 19:14
 Idem, dont j'ai salué le dernier album, est en tournée en compagnie d'un groupe bosniaque, Vuneny, vraiment à découvrir, qui propose une électro mâtinée d'ambient, morceaux amples solidement construits, avec de belles envolées rageuses. Si l'on ajoute que les deux groupes seront parfois rejoints par Dälek, son hip-hop industriel, noisy, extrêmement dense, j'ai l'impression qu'on nous prépare des concerts mémorables, notamment à la Cartonnerie de Reims le 3 avril, où la soirée sera particulièrement généreuse avec en plus la présence d'un groupe américain de hip-hop, Oddateee.
Sur MySpace :
- Idem.
- Vuneny.
- Dälek
Une présentation vidéo du  groupe Idem :

En attendant de vous présenter le dernier album de Dälek, Gutter Tactics, voici une vidéo d'un concert en Tchéquie : impressionnant !