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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 12:39
Le pianiste norvégien Jon Balke, musicien de jazz, et la chanteuse marocaine Amina Alaoui, formée dans la tradition gharnati (genre musical de la ville de Grenade) sur un même disque, "Siwan", qui signifie équilibre ou balance. Si l'on ajoute que participent également Jon Hassell, trompettiste et musicien électronique qui joua avec Brian Eno, Keir Eddine M'Kachiche, violoniste virtuose algérien, Pedram Khavar Zamini, percussionniste iranien, Andreas Arend, luthiste allemand, Helge Norbakken, percussionniste norvégien, et les Barokksolisten sous la direction du violoniste Bjarte Eike, on se dira peut-être que voilà encore la énième rencontre pseudo-fusionnelle entre musiques du monde et jazz ou autres. La rencontre a été pensée, et elle est magnifiquement réussie. Jon Balke, qui dirige plusieurs ensembles de jazz, est fasciné  depuis trente ans par la musique d'Oum Kalsoum, la grande chanteuse égyptienne morte en 1975, celle qui fut surnommée "l'Astre d'Orient", véritable légende aujourd'hui encore. Invité au Maroc par un club marocain pour composer du jazz, il découvre la chanteuse Amina Alaoui, qui s'inspire de la musique andalouse. Il la rencontre, le projet "Siwan" prend forme, se traduit par la constitution d'un orchestre qui réunit des musiciens venus du jazz, de la musique traditionnelle et de la sphère baroque. Qu'ont-ils en commun ? Un certain rapport avec l'improvisation. De plus, Jon Balke sait que la musique andalouse est l'une des sources de la musique baroque. Quelques concerts de Bergen au Caire, des sessions d'enregistrement  entre 2006 et 2008, témoignent de l'activité de cet orchestre utopique. Et ce disque, qui renouvelle heureusement le catalogue ECM.
   L'album s'ouvre sur "Tuchia", instrumental dans l'esprit oriental, avec un beau dialogue entre le violon  tout en mélismes et l'orchestre baroque somptueux de toutes ses cordes suaves. Atmosphère recueillie, prélude à un voyage qui va convoquer toute la culture andalouse. Car les textes interprétés en espagnol, en arabe, sont tirés des grands mystiques ou grands penseurs des trois monothéismes présents en Andalousie, cet âge d'or où  ils se côtoyèrent pour créer une civilisation brillante et raffinée que la reconquête catholique brisera définitivement. De Al Hallaj, le grand mystique soufi supplicié à Bagdad en 922, à Jean de la Croix, mystique catholique espagnol mort en 1591. "Ya Andalucin" juxtapose la voix pleine, vibrante d'Amina, le clavecin et les cordes baroques avant l'entrée en scène du percusionniste iranien et du violoniste algérien  pour un court morceau intense sur un texte en espagnol de
Ibn Khafaja, poète andalou. "Jadwa" s'enchaîne au précédent, baroque et oriental dans un bel équilibre souligné par le violon qui virevolte, le chant intériorisé d'un texte de Al Homaidi. La trompette de Jon Hassell ouvre le morceau suivant, accompagnée discrètement aux percussions : on retrouve le timbre brumeux de l'américain, très inspiré par la musique classique indienne à ses débuts et qui n'a pas dédaigné, notamment dans "Maarifa Steet", de nous entraîner vers l'Orient. Le miracle de ce disque, c'est de ne jamais donner  l'impression d'un collage, ni d'une fusion. Tout coexiste, en équilibre comme le dit le titre, tout à fait justifié. Tout respire et s'écoute, grâce à l'intelligence de compositions à la fois denses et aérées, et grâce à la voix d'Amina Alaoui, interprète inspirée de textes que l'on devine sublimes (faute d'avoir les traductions pour l'instant : la pochette les fournira-t-elle, ou au moins les originaux ?). Un bonheur constant, ce disque !
Mes morceaux préférés : "Jadwa", le 3 / "Thulathyath", sur un texte d'Al-Hallaj, le 10 / "Toda sciencia Transcendiento", sur un texte de Jean de la Croix, le 11.
Pour aller plus loin :
- le site de Siwan.
- Siwan, des extraits sur le lecteur ECM.
Une nouvelle petite rubrique...
A écouter également
- le pianiste grec Vassilis Tsabropoulos et la violoncelliste allemande Anja Lechner : voir article ici.
Zarani, de Zad M
oultaka. Sorti en octobre 2004 sur le label L'Empreinte digitale, la magnifique rencontre entre un pianiste libanais, soliste et compositeur, et la voix impressionnante de Fadia Tomb El-Hage, chanteuse libanaise. Choc extraordinaire entre la musique contemporaine et le répertoire traditionnel, là aussi avec un choix judicieux de poèmes anonymes ou non de différentes époques.



Programme de l'émission du dimanche 17 mai 2009
Spyweirdos : Fallen / Bubble of dreams / Innsbrück (pistes 5-6-9, 15' 10), extraits de Wetsound Orchestra (Poeta Negra, 2006)
Jon Balke : Tuchia / Ya Andalucin / Jadwa (p.1 à 3, 12' 30), extraits de Siwan (ECM, 22mai 2009)
Archive : Bullets / Words on signs / Dangervisit (p.2 à 4, 17' 30), extraits de Controlling Crowds (Warner, 2009)
Keene Patch / Stroked trees / Door of glass (p.1-2-6, 20' ), extraits de The River and the Fence (Poeta Negra, 2007)
13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 18:36
   Troisième disque de Spyros Polychronopoulos, alias Spyweirdos, "Wetsound Orchestra" est un double album d'électronique ambiante d'une abyssale beauté. De l'eau goutte quelque part, l'orgue sourd de tous les coins, piqueté de craquements. Fissurations, invasions dans un univers liquide : c'est "cellar", ouverture qui donne le ton, ponctuée de notes de claviers en boucles obstinées. "already happened tomorrow" est d'abord tout en déhanchement rythmique de micro-cellules avant le surgissement épisodique de nappes d'orgue, de drones et de cordes plaintives. Spyweirdos sculpte des atmosphères raréfiées dans un esprit minimaliste abstrait. "3.5 ec" surfe sur un rythme binaire obsédant de claquements secs, s'interrompt pour repartir, nimbé la plupart du temps d'une brume d'orgue tournoyant. "portal" se  réduit à une substructure rythmique de piquetis parcourue de gargouillements, suggérant un infra-monde de machines organiques livrées à elles-mêmes. L'eau est omni-présente pendant "fallen", le disque semble rayé, mêle le bruit liquide des rames et le beat sec d'une boîte à rythme qui bégaie, sur fond d'orgue mélancolique, de voix qui s'appellent : aura de désastre, d'après rencontre avec les sirènes...Reste la bulle des rêves, "bubble of dreams", vaporeux et lointain poudroiement de lumière d'obstinato d'orgue tandis que la rythmique s'agite au premier plan, se débat avant de se fondre dans la comète persistante. "u", syncopes et borborygmes, rabat le rêve au niveau d'une sorte Spyweirdos, chef d'orchestre électronique.d'inconscient tissé de matières et de voix dévitalisées. Le morceau suivant, "the key",est l'un des plus exemplaires de ce disque habité, d'une écriture inventive où l'électronique digère les sons acoustiques pour les intégrer dans cet orchestre des mondes perdus et retrouvés. Percussions qui rejaillissent comme les gouttes précipitées dans un bassin, piano impérial, claviers insinuants, frémissements de frottis sonores minuscules : monde magique, né à l'instant, intense et pur ! Musicien visionnaire, ce Spyweirdos : écoutez le morceau suivant, "innsbruck", son atmosphère discrètement industrielle suggérée à petites touches, l'emploi de cordes graves en leitmotiv émotionnel encadré de forces sourdes, statiques jusqu'au vertige, peu à peu saturées comme de cris d'oiseaux métalliques charmeurs... Lorsque l'humanité aura disparue, restera la beauté sans appel des incantations supra-humaines, le chant des chants de la matière enfin libérée, libre de s'exprimer. "should be a spell" fait entendre un violon cosmique dans la brume merveilleuse des origines éternelles, inentendues des hommes-narcisses.
   Le deuxième cd prolonge cet opus magnifique par des remix passionnants, inspirés. Alva Noto, Gyro-Gyro, B.Fleischmann, Funckarma, Horchata et quelques autres, prouvent à nouveau la fécondité inépuisable de la musique électronique d'aujourd'hui lorsqu'elle est au service d'un projet artistique authentique.
Paru en 2006 chez Poeta Negra, label grec disparu depuis peu. Disque disponible si on cherche bien, notamment ici)
Pour aller plus loin
- mes articulets (le mot existe !) du 28 avril, du 15 juillet, et l'article consacré au disque en collaboration avec John Mourjopoulos et Floros Floridis.
- Spyweirdos sur MySpace.
- Alva Noto sur My Space.

Programme de l'émission du dimanche 10 mai 2009.
Dani Joss : Expectations / of change (pistes 3 et 5, 9' )
                           approxima / of goodbyes (p.6 et 8, 10' 20), extraits de Shaper of form (Poeta Negra, 2006)
Tod Dockstader : Raga / tremblar / Myst (p.5-7-9, 11' 12)
                                          Aw / March (p.10-11, 9' 52), extraits de aerial#1 (Sub rosa, 2005)
Spyweirdos : cellar / cellar remix (cd1, p.1, 4' 57 / cd2, p.8, 5' 06)
                                already happened tomorrow / wiesbaden (cd1, p.2, 6' 06 / cd2, p.1, 5' 12), extraits de Wetsound Orchestra (Poeta Negra, 2006)

7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 17:03
Il existe une autre pochette.   Qui connaît aujourd'hui Tod Dockstader ? Né en 1932, ce compositeur américain est pourtant une des grandes figures de la musique électronique ou de la musique concrète. Fellini s'est servi de ses "Eight electronic pieces" de 1960 pour son film Satyricon en 1969.
Dio.- Je sens ta pernicieuse influence.
Meph.- Quoi ? Tu n'aimes pas ce disque ?
Dio.- Si, mais je crains la spécialisation, mon cher.
Meph.- Je ne m'en plaindrais pas. L'électronique me convient. Tod tire des ondes courtes un véritable chant qui me rappelle celui, doux à mes oreilles, de mes damnés chéris.
Dio.- C'est vrai que ce compositeur a sans doute beaucoup souffert de ne pas pouvoir pendant si longtemps produire la musique qu'il entendait. Il n'avait pas assez de références universitaires pour avoir accès aux studios. Il a dû, lui qui n'avait rien moins qu'élaboré quelques unes des oeuvres les plus ambitieuses de la musique électronique dans les années 60, comme son "Apocalypse" ou sa "Quatermass" (on en reparlera bientôt), travailler dans un studio spécialisé dans les films éducatifs, les dessins animés où il fournissait images et sons.
Meph.- Heureusement qu'une nouvelle génération de musiciens s'est rendu compte de son importance.
Dio.- Oui, il est devenu célèbre. Il a pu se remettre à composer dans les années 90.
Meph.- Il est revenu à la radio qui a bercé son enfance, celle des ondes courtes, des stations qu'on a du mal à capter, des grésillements, des plages incroyables entre les stations, avec des espaces sonores inouïs. Il s'est mis à collectionner ces matériaux sur des centaines de bandes magnétiques.
Dio.- Et l'ordinateur est arrivé...
Meph.- Le coup de pouce qui a facilité le mixage et qui a permis un transfert de qualité, sans déperdition, des sons utilisés.
Dio.- D'accord. mais ça ne me dit pas pourquoi tu aimes tant la musique électronique, et celle de Tod en particulier.
Meph.- Tod est une sorte de matérialiste. Il est emballé par la nature physique du son, cette matière concrète qu'il va faire chanter. Il écoute dans le vide la chute éternelle des corps.
Dio.- Tu t'y connais dans ce domaine...
Meph.- Qui ne chute pas ne connait rien au sublime !
Dio.- Ne te vexe pas. Revenons à "aerial #1", le premier d'une trilogie. Des ondes courtes, toujours des ondes courtes, ce n'est pas un peu lassant ?
Meph.- Tod a tiré de son stock, pour ce premier volume, 15 titres qui se fondent les uns dans les autres pour créer un continuum d'une surprenante variété. Les douze minutes de "Song" , l'ouverture de l'album, nous plongent dans un véritable space-opéra pour voix spectrales, anges déchus : surgissements constants, froissements, traînées de météorites magnétiques créent une atmosphère dramatique accrue par de brusques déflagrations. ll faut écouter ça assez fort pour profiter des textures sonores qui se déploient à grande vitesse. Les titres suivants sont éloquents : "OM", pour sa psalmodie statique, aux raclements gutturaux ; "Rumble", grondements et gargouillis en boucles obsédantes, striées d'ondes aiguës ; "Shout", comme une révolte survoltée ; "Raga", oriental en diable -si tu me le permets, j'entends presque le sitar ; "Dada", vertige et hallucination...
Dio.- Laissons la suite aux cosmonautes !
Meph.- Même sur terre, nous sommes des cosmonautes, l'oublierais-tu ?
Dio.- Certes...C'est vrai que ce disque, déconcertant de prime abord, finit par être très attachant. Et puis, pour ce qui est d'être singulier, je ne crains pas tes sarcasmes comme avec les Gutter Twins...
Meph.- Oseras-tu encore parler de mon influence pernicieuse ?
Dio.- Tu es pardonné.
Meph.- J'ai horreur de ça... Disons aux sceptiques d'écouter "Myst", le neuvième titre, formidable de fulgurances rebelles. J'aimerais pour finir proposer une expérience. Ecoutez Tod en contemplant cet extraordinaire tableau de Rubens, Der Höllensturz der Verdammten, La Chute des Damnés, qui se trouve dans l'Ancienne Pinacothèque de Münich.
Dio.- Tu leur payes le déplacement ?
Meph.- J'ai des pouvoirs, moi. Le voici. N'éclairez que le tableau, n'écoutez que Tod. Si vous ne frémissez pas jusqu'au fond de vos carcasses, vous n'êtes même plus bon pour moi...
La Chute des Damnés
Pour aller plus loin
- The Unofficial Tod Dockstader Web Site, très bien fait , où l'on peut écouter une grande partie de son oeuvre.
- Tout "aerial #1" est en écoute sur Deezer. J'essaie ma playlist...

Programme de l'émission du dimanche 3 mai 2009
Autechre : Eggshell / Maetl (pistes 6 et 8, 15' 40), extraits de Incunabula (Warp Records, 1993)
Dani Joss : Souls // circles /fingers // misconception population (p.1-2-4, 22' ), extraits de Shaper of form (Poeta Negra, 2006)
Tod Dockstader : OM / Rumble/ Spout (p.2-3-4, 14' 10), extraits de aerial #1 (Sub Rosa, 2005)
Autechre : rale / notwo / outh9 (p.11-19-20, 16' ), extraits de Quaristice (Warp Records, 2008)
4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 16:46
   Deuxième disque de l'allemand Dani Joss après Liquid photography sorti en 2004 sur le remarquable label grec Poeta Negra, Shaper of form, sorti en 2006 sur le même label, est une révélation majeure, pas très facile à se procurer (absent des grandes plates-formes, l'une d'entre elles ne proposant que des MP3s du premier album, mini-album pour être exact).
  Dani Joss est bien un fabricant, un créateur de forme(s), comme l'indique le titre du disque. Aucune forme préétablie, reconnaissable, ne structure des morceaux qui évoluent enveloppés de silence. Des sons surgissent et s'ordonnent dans l'espace, viennent offrir leurs textures, esquissent peut-être une histoire : apparitions, disparitions, dans un climat de hiératisme merveilleux, d'intense concentration. Rien d'appuyé, la sobriété est de mise, qui met en valeur le grain des instruments, la finesse de la mise en scène. Chaque morceau se fait incantation grâce à une véritable symbiose entre sons acoustiques et électroniques. C'est dire qu'il est malaisé de classer une telle oeuvre. Six musiciens grecs, au piano, basson, cymbales frottées, percussions, violoncelle, fournissent la trame acoustique, tandis que Dani Joss assure l'environnement électronique. "Souls" ouvre l'album : sur continuum d'orgue, le piano picore quelques notes en boucles lentes, le violoncelle joue pizzicato, claviers et drones se croisent dans une atmosphère orageuse, des bruits éclatent comme de petites bulles, des pas s'éloignent, une porte grince. Cinq minutes huit secondes pour entrer dans la chambre hantée, dans cette musique habitée, dépaysante. "Circles/Fingers" commence par une stridulation aigue et douce à la fois, ponctuée de clochettes cristallines, vibrantes. Un vent grave se lève au loin, un gong rejoint le concert de clochettes, chants d'oiseaux synthétiques, pépiements, grincements, battements liquides comme des envols lourds, coda de crépitements rythmiques. La musique est constamment passionnante, parce qu'elle semble toujours naissante, couler de source, libre d'aller où elle veut. "Expectations" a des airs de musique thibétaine avec ses cymbales, son arrière-plan de chants de drones. Troué de brutales interruptions, il renaît chaque fois plus intense, agité dans la seconde moitié de ses un peu plus de cinq minutes par de puissantes percussions. Dani Joss relève à l'évidence autant de la pure musique contemporaine que de la seule sphère électronique par ce souci des textures, ce goût constant de l'expérimentation. Je songe en l'écoutant à l'univers de Kaija Saariaho, par exemple. L'album culmine avec les douze minutes de "Misconception population". Formidable ouverture de basson et drones, fanfare solennelle parcourue de déflagrations somptueuses, de déchirements dramatiques. Des chuchotements s'invitent,  un texte poétique semble se dire, tandis que les sons électroniques tissent un réseau mouvant d'aigus à la limite du perceptible. Reviennent les clochettes, tintinnabulantes, un tambour bat quelque part, les claviers nous encerclent, le temps s'étire, fasciné par la musique envoûtante et envoûtée, peu à peu parasitée par des grappes minuscules de notes d'une sorte de xylophone.
   Lecteurs, vous êtes habitués à mes chroniques enthousiastes - je ne chronique ici que ce qui me plaît, notez-le bien, mais j'essaie de les graduer, et quand je lâche le mot de "chef d'oeuvre", j'aimerais qu'il ait encore pour vous tout son sens. Les belles musiques ne sont pas rares pour ceux qui cherchent vraiment, les chefs d'oeuvre le sont un peu plus. "of change", le cinquième titre, confirme l'impression. Cohérence globale d'un projet ambitieux, déconcertant sans doute pour tous ceux qui attendent des schémas musicaux, magnifique et stimulant pour ceux qui s'abandonnent à la splendeur de ces épiphanies limpides. "approxima" s'approche de la musique industrielle par son atmosphère saturée de percussions sauvages, de bruits métalliques, avant d'être transformé par l'irruption sans appel du piano qui nous transporte vers les carillons de "destinations", court morceau de moins de deux minutes où apparaît une improbable guitare. Et c'est "of goodbyes", entrée magistrale au piano, cordes genre dulcimer avec une parcimonie brouillée, élégie tremblée qui prend des allures de thrène antique très retenu, digne. Second sommet de ce disque admirable, qui rejoint mon panthéon personnel d'oeuvres nécessaires !!

Pour aller plus loin :
- le site de Dani Joss.
- Dani Joss sur Myspace, avec trois morceaux phares de l'album en écoute.
- le très beau site du label Poeta Negra semble avoir disparu (il fonctionnait encore voici peu, et on pouvait commander... à condition d'être patient, environ trois mois et demi avant de voir arriver les galettes convoitées ! Le label lui-même a cessé ses activités en 2008. Je vous signale la très bonne plate-forme Discogs, où tout le catalogue est répertorié et disponible à la vente.
- une vidéo utilisée par Dani Joss pendant ses performances: celle du second titre, "cercles/fingers".
28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 18:00
  J'y reviens, il me hante. Pour moi l'un des très grands de la musique dite atmosphérique, tout simplement une porte ouverte vers l'ailleurs, le trouble mystère du monde. Comme je n'ai pas le temps de chroniquer l'un des disques de ce grec, je vous propose pour l'instant une des très belles vidéos réalisées pour la sortie de l'album Ten Numbers, ainsi qu'une sélection à écouter.



  
22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 17:18

  "Incunabula", sorti en 1993 chez Warp records, et "Amber", l'année suivante sur le même label, inaugurent la carrière d'un des groupes phares de la musique électronique. Comme tout a été dit, ou presque, sur eux, je laisse parler les titres, les couvertures et la musique. Des incunables d'ambre, assemblage merveilleux qui fait rêver. Qui a dit que la musique électronique était froide et sans âme ?
Meph.- Ce serait désolant. De toute façon, c'est impossible, même pour la musique, car elle procède de l'homme, qui en a une.
Dio.- Tiens, te revoilà. Tout à fait d'accord avec toi, même si au mot "âme" je préfère le mot "esprit", je le signale en passant. J'ai envie de me rouler dans le sable de la pochette d' "Amber", de dévaler la falaise ravinée, découpée en milliers de cônes, comme leur musique, tout en facettes prismatiques.
Meph.- Tu fais dans le joli. Je préfère les incunables, avec leurs lettres gothiques. On y parle beaucoup de moi et de mes sectateurs. Regarde la pochette, ça tremble, ça s'effrite, et ça se pulvérise. Tout à fait comme quand je tente un humain. Leurs belles résolutions se fendillent, je me faufile par les interstices. Et j'anime le bal.
Dio.- Je continue à rêver. Un berceau d'ambre, l'enfance de leur art, l'alpha et l'epsilon. L'ambre des sons dans le berceau des soirs d'or...Le velouté et le moelleux qu'ils semblent renier avec "Quaristice".
Meph.- Il faut bien perdre son duvet, vieux rêveur !
Pour aller plus loin
Une nouvelle sélection en écoute...
Programme de l'émission du dimanche 12 avril 2009
Autechre The Plc / Io / PlyPhon / Perlence (pistes 2 à 5, 13' 30), extraits de Quaristice (Warp Records, 2008)
                           
Nine / Further / Yulquen (p. 7 à 9, 20' 30), extraits de Amber (Warp Records, 1994)
Tamara Williamson : West coast / Counting sheep / Little voice (p.1-3-6, 17' ), extraits de More than a decade (Ocean Music, 2009)

Keith Fullerton Whitman / HRVATSKI : Stereo music for Serge Modular prototype (cd1, p.3, 5' 30)
Scott Gibbons / Lilith : Stone : Reciprocal (cd1, p.7, 3' 30)
 Francisco Lopez : untitled#148 (cd1, p.9, 10' 03)
Michel Chion : Requiem : Dies Irae (cd1, p.12, 6' ), extraits de an anthology of noise & electronic music, volume 3 (Sub Rosa, 2004)
16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 10:13
   Sean Booth et Rob Brown signent avec les vingt titres de ce neuvième album une oeuvre toujours aussi  méticuleusement abstraite, mais qui surprendra plus d'un amateur du duo par la brièveté des morceaux et le caractère à première écoute disparate de l'ensemble. L'impression d'une série de chutes, d'un univers en lambeaux. Quelques parcelles d'ambient flottent dans un univers tout en hachures, en pointillés. L'électronique glacée refuse toute emphase, laisse surgir des froissements, des chiffonnements interrompus comme dans "Fol3". Elle est souvent en apesanteur, presque fantaisiste dans ses déhanchements imprévus, et cela donne le superbe "Simmm", le dégingandé "Perlence",  "Plyphon" troué de partout par des marteaux-piqueurs, qui bute sur des notes bloquées. La musique tend vers le micro-borborygme, s'éparpille en nuages magnétiques de poussières traversés de courtes zébrures. Panorama d'un univers déconstruit, qui survit à peine, comme s'il se retenait, avait peur de trop se montrer, la vie dans les plis des polyrythmies géométriques. L'album est loin d'être désagréable, mais se veut tout sauf séduisant. Il hésite entre pièces paralysées, à l'hiératisme presque poussif comme "WNSN", et titres affolés dans le vide comme "Chenc9", écartelé entre percussions implacables, claviers en boucles rapides, titre superbe d'ailleurs. La fin de l'album corrige un peu cette trajectoire émiettée par des plages plus longues, mélodico-planantes comme "Notwo", ou incantatoires comme "Outh9X",  sept minutes de minimalisme raffiné et envoûtant.
Paru en mars 2008 chez Warp records.
Pour aller plus loin

  

Comme Deezer n'est plus fiable, je teste une nouvelle sélection, dépendante de ce que je trouve sur le site playlist.com..(plus moyen pour le moment de vous faire entendre bien des musiques singulières, hélas...)

Programme de l'émission du dimanche5 avril 2009
Yoshihiro Hanno / Multiphonic Ensemble : On/Off Edit (cd2, piste 2, 9' 12)
Sean Booth / Rob Brown /Autechre : Bronchus one I (cd2, p.1, 6' 04)
Meira Asher/ Guy Harries : Torture-Bodyparts (cd2, p.3, 3' 42), extraits de an anthology of noise & electronic music , volume 2 (Sub Rosa, 2004)
Autechre : clipper / rotar (p.2 et 4, 16' 38), extraits de tri repetae (Warp Records, 1995)
John Luther Adams : Dark waves // red arc/blue veil (p.1 et 4, 25' ), extraits de red arc / blue veil Cold Blue Music, 2007)
Philip Glass : They say Paradise will be perfect (p.10, 5' 22)
                                The New Rule (p.11, 5' 51), extraits de Monsters of Grace (Orange Mountain Music, 2007)
10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 21:42
John Luther Adams, musicien de l'espace.   Après avoir célébré For Lou Harrison (l'article comporte une notice biographique) sorti en 2007 chez New World Records, je reviens vers ce compositeur majeur, pratiquement inconnu en France. " Je ne veux plus être en dehors de la musique, l'écouter comme un objet séparé. Je veux habiter la musique, être totalement présent et à l'écoute de cet espace infini que Malevich appelait "un désert de sensation pure." affirme-t-il. Sur cette photographie, il est dans un espace d'écoute qu'il a conçu pour une installation sonore et lumineuse, "The Place Where You Go to Listen", dans le Museum of the North de Fairbanks, en Alaska. Cette expression fait référence à Naalagiagvik, un lieu au bord de l'Océan Arctique où, selon la légende, une femme Inupiaq (une branche des Inuits)spirituellement sensible se rendait pour écouter les chants des oiseaux, des baleines et des choses invisibles qui l'environnaient. Assis sur le banc dans cette salle aux murs blancs, l'auditeur peut se tourner ou non vers cinq panneaux de verre qui changent de couleur selon l'heure et la saison. Ici, dans ce lieu que je ne connais pas, avec cette musique qui réagit aux  petits tremblements de terre locaux ou au degré de luminosité du ciel, que je n'ai pas entendue,  mais que j'imagine,  John Luther Adams poursuit son rêve, celui d'une musique qui épouse l'espace, informée par le lieu secret sous tous les lieux. Avec lui, comme chez Morton Feldman qu'il admire, toute musique s'étire pour remplir l'espace, au point d'être virtuellement infinie. Elle est consubstantiellement méditation, abandon, dissolution des frontières.
    "Le blanc n'est pas l'absence de couleur. C'est la plénitude de la lumière.
Le silence n'est pas l'absence de son. C'est la présence du calme.
(...) Comme John Cage nous le rappelait, le silence n'existe pas littéralement. De plus, dans un monde devenant sourd à cause du bruit généré par l'homme, le silence perdure comme une métaphore profonde et sonore.
(...) J'aspire à une musique qui soit à la fois rigoureuse par la pensée et sensuelle par le son."
   Ces quelques extraits de propos du compositeur figurant sur le livret de In the white silence, paru en 2003 chez New World Records, sont une bonne entrée en matière à cette musique d'une grâce ineffable, lumineuse et transparente. Le disque est tout entier consacré à une longue pièce orchestrale pour cordes, harpe, célesta, vibraphones et cloches, subdivisée en courtes sections enchaînées de 3 à 5 minutes ayant pour titres"Beginning", puis des lettres de "B" à "S". Il préfigure For Lou Harrison par sa structure de concerto grosso fondée sur l'alternance entre sections orchestrales et solistes. Le blanc se retrouve dans les notes blanches, le rythme piano ou pianissimo reposant sur de courts motifs répétés, des lignes mélodiques longues et descendantes issues de différents points de l'espace, John Luther Adams étant très attentif à la disposition des musiciens. Cinq couches instrumentales distinctes convergent, se superposent pour créer un tapis sonore chatoyant, champ de neige sonore animé de frémissements, parcouru d'ondes cristallines. Musique merveilleuse, éblouissante, sereine, source fraîche et intarissable. Soixante-quinze minutes hors du temps mesuré des hommes, dans le Temps essentiel, à la fois presque statique et toujours différent...
  red arc/blue veil, paru en novembre 2007 chez Cold Blue Music regroupe quatre pièces très différentes. Le disque s'ouvre sur "Dark waves" , morceau pour deux pianos interprété par Stephen Drury et Yukiko Takagi : assaut répété de vagues sombres, en effet, grondantes d'harmoniques graves, constellées cependant d'arpèges étincelants. C'est Sisyphe dédoublé, colère sourde et lumière emprisonnée, condamné à la résignation. Suit "Among Red Mountains", solo pour piano interprété par Stephen Drury. Notes plaquées, massives, rageuses, obstinées qui donnent à la pièce sa minéralité impressionnante. Quelque chose résiste, est cherché, le piano s'acharne, arrache des étincelles jusqu'au sur place final. "Qilyaun", le titre suivant pour deux percussions basses, déploie un véritable vent percussif à base de roulements qui traversent l'espace sonore en cercles rapides, puis ralentis, entrecoupés : travail rigoureux sur le rythme, d'abord presque fou, ensuite déconstruit et recomposé pour nous envelopper de battements d'ailes. Oui, les percussions s'envolent, libérées, tout l'espace devient rythme ! Ce disque étonnant se termine avec le titre éponyme, Stephen Drury au piano et Scott Deal, l'un des deux percussionnistes du morceau précédent (le second étant Stuart Gerber) aux crotales et au vibraphone. Morceau fusionnel, symbiotique,
d'une beauté cristalline, agité de pulsations puissantes, de houles déferlantes de drones de piano. 
Pour aller plus loin (et en attendant que les playlistes Deezer constituées de morceaux absents de leur plate-forme refonctionnent...)
Les deux disques sont disponibles, soit directement chez New world Records pour le premier, Cold blue Music pour le second (voir les liens dans la colonne de gauche) soit sur Amazon par exemple.
- Une vidéo d'un large extrait du quatrième titre interprété par :
Clint Davis - Piano /Charlie Olvera - Vibraphone, Crotales ; avec Jason Corder, Jordan Munson - Video. en concert à l'université du Kentucky en mars 2008.