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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 21:33
   Non, je ne vous abandonne pas, c'est le temps qui me fait défaut depuis quelques jours. La matière ne manque pourtant pas, soyez rassurés. Je ratisse les ondes, le net surtout, vaste prairie fleurie de petites maisons de disques attachantes, qui méritent bien mieux que la petite niche où l'incuriosité, le conformisme...et le mercantilisme ravageur tendent à les confiner. Après avoir débusqué Debruit&desilence, ce très beau label parisien, je braque mon puissant projecteur sur Rednetic recordings, label anglais consacré aux musiques électroniques. C'est en suivant la piste d'An on Bast, artiste de la scène électro polonaise, que j'ai trouvé son asile actuel et que j'ai ainsi pu me procurer son deuxième disque, Words are dead, un sept titres dans la lignée de Welcome scissors : électro délicate, tout en textures fines, avec des flambées lyriques inspirées de musiciens comme Mozart, Liszt ou Arvo Pärt. Elle invoque également l'influence d'Autechre..."sth important", le quatrième titre, est sans doute le sommet : claviers en boucles lancinantes, beats démultipiés, texte dit fragmenté et traité comme la pâte feuilletée musicale. Du très beau travail, décidément une artiste à l'univers très personnel.
   Sur le même label, après quelques écoutes, j'ai aussi déniché
Arfan Ezra Munir Rai, alias Vizier of Damascus, un anglais dont les racines familiales sont en Arabie, vers Samarcande, bref dans un Orient peut-être en partie fantasmé -comme on peut le voir sur son site Myspace. "Badshahi", un neuf titres, est un disque prenant inspiré par ses voyages de la Lybie à l'Ouzbékistan. Morceaux emprunts d'une poignante mélancolie, avec "Lament halves", lui aussi très inspiré par l'estonien Arvo Pärt, un canon magnifique piqueté de beats et de scratches ; paysages sonores apaisés, baignés de lumière diffuse dans l'hypnose des soirs interminables, comme sur le titre éponyme hanté par un hypothétique muezzin. L'impression que le temps s'est arrêté, soudain, immémorial à jamais, déconnecté de toutes les folies humaines. Il y a du mystique chez ce voyageur en quête d'origines, sculpteur attentif d'espaces sonores denses déchirés par des percussions erratiques.
Pour aller plus loin
- le site de Rednetic recordings, sur lequel vous trouverez des extraits à écouter.
- la page Myspace de An on Bast : je vous recommande particulièrement "cyesmolik".
- la page Myspace de Vizier of Damascus, très belle.
- une vidéo sur "Foible", deuxième titre de Words are dead. Vous pourrez la voir en direct sur la vidéo associée suivante, sur le titre 5, "moonsiso".

Programme de l'émission du dimanche 7 juin 2009
Fink : Move on me / Six weeks / Nothing is ever finished (pistes 2 à 4, 11' ), extraits de Sort of Revolution (Ninja Tune, 2009)
Doctor Flake : Comedy / Loveless / Fin (p.10 à 12, 8' 10), extraits de Minder surprises New deal / Differ-ant, 2009)
Louisville : the only thing to come now in the sea / Soir / Forest (p.4 à 6, 16' ), extraits de a silent effort in the night (debruit&desilence, 2009)
Keene The River / Here / Weir of fog (p.3 à 5, 16' ), extraits de The River and the fence (Poeta Negra, 2007)
9 juin 2009 2 09 /06 /juin /2009 18:23

Paris at night

Trois allumettes une à une allumées dans la nuit
La première pour voir ton visage tout entier
La seconde pour voir tes yeux
La dernière pour voir ta bouche
Et l'obscurité tout entière pour me rappeler tout cela
En te serrant dans mes bras.

 

Pour toi mon amour

 Je suis allé au marché aux oiseaux
Et j'ai acheté des oiseaux
Pour toi
Mon amour
Je suis allé au marché aux fleurs
Et j'ai acheté des fleurs
Pour toi
Mon amour
Je suis allé au marché à la ferraille
Et j'ai acheté des chaînes
De lourdes chaînes
Pour toi
Mon amour
Et je suis allé au marché aux esclaves
Et je t'ai cherchée
Mais je ne t'ai pas trouvée
Mon amour


   Doctor Flake, pour son troisième album Minder surprises, a choisi de nous raconter un conte. Dans un coin, alors que les musiciens parlent des instruments qu'ils jouent, n'écoutent même pas la musique, un homme se tait. L'un des musiciens finit par lui demander de quel instrument il joue, lui qui se tait. Sa réponse, c'est le disque tout entier, qui s'ouvre sur un phrasé obsédant de clavier et.. .sur deux poèmes presque enchaînés de Jacques Prévert (reproduits ci-dessus), extraits du recueil Paroles publié en 1945. Quel rapport me direz-vous ? Quels rapports plutôt. Rapport à la langue française, déjà, qui regagne sa place dans la musique électro, laquelle se marie admirablement à la poésie, l'auriez-vous oublié ? Rapport à une esthétique du collage, ensuite, dont le chirursicien - non, ce n'est pas une coquine de coquille, vous comprendrez bientôt si vous ne faites pas partie du clan des Flakiens, est un expert patenté. Après l'introduction, "Amours obscurs" nous introduit dans un univers mélancolique et doux, ritournelle pour clavier, guitare et percussions ponctuée de soupirs féminins. "A last dance with Leon" est une danse obsédante pour pantin désarticulé. Et c'est le magnifique "Fightclubbing", boucles de piano, paroles chuchotées et déformées de Vale Poher, guitares grondantes qui strient l'arrière-plan, l'incendie sensuel de la voix enfin nue, atmosphère lourde, on voudrait toucher le ciel...des pas se rapprochent, puis s'éloignent... La suite alterne morceaux franchement hip-hop, comme les excellents "Let us play with your brain" et "Hip hop tourist", ou résolument électro-atmosphériques comme l'ensorcelant "Sweep Out", le brumeux "Comedy", le délicat "Eclaircie", ou encore quasi techno comme l'exsangue et alangui "Loveless", sur lequel on retrouve la voix insinuante de Vale Poher. Collage parfait en son genre, qui digère tous les échantillons prélevés par le Docteur ChirurSicien pour distiller des morceaux évidents, prenants, voire très émouvants. L'air de rien, un bel album poétique, qui coule ...comme du Prévert.

Paru en mars 2009 chez New Deal / Differ-ant, 12 titres (10 si l'on enlève l'introduction et la fin), environ 36 minutes

Pour aller plus loin

- un joli travail vidéo sur "Comedy"

 

 

- Doctor Flake sur My Space.

- le site officiel de Doctor Flake

A écouter également

Les deux albums précédents de Doctor Flake, Intervention chirursicale (2006) et Paradis dirtyficiels (2007), tous les deux en écoute sur Musicme.

4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 15:49
"Des champs / de l'eau / Chicago", le refrain murmuré du premier titre, "LouisEville", donne le ton de ce disque étonnant, d'une liberté poétique et musicale superbe. Un disque de rêve, aéré, sensuel, fougueux, mystérieux, qui passe du folk au post-rock et à l'expérimental, l'électronique, du texte dit du bout des lèvres, qui nous fait tendre l'oreille, aux ballades limpides, évidentes, du français à l'anglais (et au russe ou au polonais comme en passant).
  Olivier Cavaillé, multi-instrumentiste, Félicia Atkinson, textes et voix, Nikolu, guitare et basse, sont à l'origine de ce voyage imaginaire entre Louisville et Chicago.  "Dans LouisEville il y a Louisville", ça commence ainsi, par une évocation litanique des groupes mythiques de Louisville, avec un banjo balbutiant en fond, puis la guitare survient, le banjo lui emboîte le pas, la ballade surgit, le poème s'efface pour reprendre ensuite, et plus tard le texte dit par Félicia" se mêlera à la voix masculine chantée. Quel bonheur ! "a silent effort", quelques griffures électroniques,  la voix distordue de Félicia entre chant et murmure, les cordes suaves, le morceau vire au post-rock, guitare brûlante. "Matin" est un interlude brumeux, piano ouaté, miracle de la venue de la lumière sur les eaux,  bruits feutrés. Le monde est mystère, claviers suspendus, voici "The only thing to come now in the sea", " Tout n'est pas doux / Les aiguilles, les eaux croupies / Les stades, les stades vides / à contourner sans conduire / Les trombes couchées autour forment un rectangle / Autour de l'ovale vert et blanc / Une flaque, une mare / Une larme sur le gazon sec / Clairsemé / ", le morceau s'échauffe, "c'est l'été vers sa chute / la chute de la lumière sur les écorces", l'anglais prend le relais, le poème se fait vibrant, les guitares rageuses ou obsédantes pour une fin de morceau entre incandescence et intensité radieuse, apaisée. "Soir" répond à "Matin", à peine deux minutes hantées par le piano et le violoncelle dans une atmosphère trouble à la Harold Budd, avec les accents cristallins d'un glockenspiel dansant dans le crépuscule. Nous entrons dans la "Forest", le plus long titre avec ses un peu plus de huit minutes, morceau extraordinaire, atmosphérique, "Forest glass / Forest / hidden.(...) The evening is falling down / The forest locked us on / It's around us / A green circle made of leaves / With a visible hole inside", touffeur moite, mots troués de russe, crépitements, résonnances sourdes, le français revient, l'eau est là, voda, l'envolée soudaine des sons électroniques (Jean-Yves Macé n'est pas loin !?), dans le marais des sons d'inquiétants dérapages, "La rivière est un lasso / Chaque tige dans l'eau dévie la surface". Musique idéale pour Dans la brume électrique de Bertrand Tavernier, car elle aussi peuplée de revenants, saturée de présences. On peut alors s'abandonner, dans la lumière revenue et les repères retrouvés, à la magnifique ballade finale, interprétée par Sylvain Chauveau : entrée dans la légende country... L'un des plus beaux disques de ces premiers mois de 2009, celui qui me touche le plus en tout cas.
7 titres / 32 minutes environ (album court, mais intégralement superbe... aucune allusion à la chronique précédente ?)
Pour aller plus loin
- Louisville sur MySpace
- Pour acheter l'album, sur le site du label debruit&desilence
- le blog de Félicia Atkinson
Programme de l'émission du dimanche 31 mai 2009
Archive : Bullets / Words on signs / Dangervisit  (pistes 2-3-4, 17' 40), extraits de Controlling crowds (Warner, 2009)
Louisville : LouisEville / a silent effort / Matin (p.1 à 3, 12' 20), extraits de a silent effort in the night (debruit&desilence, 2009)
Jon Balke : Toda sciencia trancendiendo (p.11, 12' 22), extrait de Siwan (ECM, 2009)
 Doctor Flake : Melting feelings / Eclaircie / Hip Hop tourist (p.6 à 8, 10' 20), extraits de Minder surprises (New deal / differ-ant, 2009)
An on Bast : permissum sulum / foible / sth important (p.1-2-4, 16' ), extraits de Words are dead (Rednetic records, 2008)
30 mai 2009 6 30 /05 /mai /2009 16:04
Je cède. Archive fait son entrée sur INACTUELLES avec son huitième album, "Controlling crowds".
Meph.- Alors ? Boursouflure pseudo-onirique ? Camembert planant indigeste ? Soporifique hip-hop plombé à l'électro ? Symphonies de soupirs synthétiques ?
Dio.- Je me doutais que tu te manifesterais. J'avais écouté distraitement les précédents albums(pas tous, mea culpa), mis en mémoire "Londinium", le premier, que j'ai ensuite effacé. Je trouvais ça emphatique, lourdaud, pas désagréable d'ailleurs...
Meph.- Parce que maintenant ils chaussent des semelles de vent ?
Dio.- Je n'irai pas jusque là. L'emphase ici est en phase (ah ! ah !) avec leur projet. Album long, qui prend son temps, creuse son sillon, soigné, entre post-rock mâtiné d'électro et hip-hop assez sombre et plutôt rare à dire vrai.
Meph.- Oui, l'excellent "Bastardised ink", avec Rosko John, ou "Quiet time" et ses beats enveloppés de claviers en nuages sombres
Dio.- La voix voilée de "Whore"...
Meph.- Relent d'apocalypse confisquée, nous sommes loin du rap, ça patauge dans la guimauve sur la fin, non ?
Dio.- Je te l'accorde, et on tombe dans le joli avec "Chaos", piano domestiqué et l'orchestre de Cannes /Provence / Côte d'Azur sévit sévère...
Meph.- Il est présent sur d'autres titres, heureusement moins envahissant. Jamais entendu un "Chaos" aussi calme : allez plutôt voir Caos calmo, le superbe film d'Antonello Grimaldi. "Razed to the ground" est plus réjouissant, légions démoniaques en sourdine lointaine, je suis dans mon élément, retour de Rosko John, rythmes bondissants et grondeurs, claviers superposés. Dommage que "Funeral" verse dans le grandiloquent, le funèbre pour pompes à cirer. Consternant. Faudrait leur dire d'écouter "The Carbon Copy building" et son extraordianire "Funeral march of the unfinished desserts"
Dio. Tu sais qu'on fait tout à l'envers ? On n'a pratiquement pas parlé de la première moitié de l'album, et notre discussion tourne à l'éreintement.
Meph.- J'aime l'ouverture éponyme, orgue balbutiant, comme enrayé. Long et lourd décollage, trop lourd diront certains. C'est qu'ils ne se prennent pas pour des anges. Musique incarnée, hantée par la chute, ça revient dans les paroles, fly with me falling through the night, ça sue la solitude traquée, une épouvante sourde. Une revendication d'être ici, the world is my playground too, cour de récréation menacée par la venue des controlling crowds, foules contrôlées et contrôleuses qui haïssent la différence.
Dio.- D'où "Bullets", belle invitation à regarder un homme ordinaire dans les yeux, à le toucher, superbe chanson pop au lyrisme incantatoire.
Meph.- Et la plainte écorchée de "Words on signs": Close those eyes down, we all fall down, into the space, gone with no trace(...)There's nobody for me here now.
Dio.-Et le chant fragile de "Dangervisit", le morceau le plus émouvant, rageur sur la fin.
Meph.- La boucle est bouclée. On en est à "Quiet time", le cinquième titre.
Dio. Tu vas rire. Je vais encore parler des illustrations. Je ne trouve pas le nom de l'artiste, c'est curieux. Elles sont à l'image de ce monde naufragé, perdu dans l'espace, où l'organique déchiré dévoile le squelette, tout s'agglutine et se replie dans un camaïeu de bleu froid. Je pense à un artiste comme Miodrag  Djuric, alias Dado : il a un site étonnant, à découvrir !!
Meph.- Pas de conclusion? Tu t'échappes !!
Dio.- Très bien pour la première moitié, parfois calamiteux pour la seconde, à part "Bastardised Ink",  et, partiellement, "Kings of speed" et "Whore", qui ont tendance à s'enliser. Ne boudons pas notre plaisir : nobody's perfect !
Meph.- Reste à méditer sur le titre de cet article, que je trouve vraiment mauvais...
Dio.- J'ai cru qu'il te plairait !
Pour aller plus loin
- le site officiel du groupe.
- une vidéo très minimale (un "viral teaser" ad libitum !! ) sur l'ouverture éponyme.


Programme de l'émission du dimanche 24 mai 2009
Jon Balke : Ya safwa / Ayshyin Raquin / Thulathyath (Pistes 4-9-10, 19' 40), extraits de Siwan (ECM, 2009)
Doctor Flake : Fightclubbing / Let us play with your brain / Sweep out (p.4-5-9, 14' 15), extraits de Minder surprises (New deal / Differ-ant, 2009)
Archive : Controlling crowds / Quiet time / Kings of speed (p.1-5-9, 20' 30), extraits de Controlling crowds (Warner, 2009)
Spyweirdos : First / Second (p.1-2, 11' ), extraits de Ten Numbers (Creativespace, 2008)
26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 21:02
  Avec "Siwan", Jon Balke, Amina Alaoui et les musiciens qui les accompagnent nous invitent à poursuivre le voyage. Je vous propose deux pistes. La première, celle du dernier titre, sur le texte de Jean de la Croix, que l'on peut trouver dans la collection Poésie / Gallimard, bilingue avec la très belle traduction de Jacques Ancet. (désolé, je n'arrive pas à mettre sur deux colonnes...)

COPLAS

 hechas sobre un éxtasis
de harta contemplación

Entréme donde no supe,
y quedéme no sabiendo,
toda sciencia trascendiendo.

1. Yo no supe dónde entraba,
pero cuando allí me vi,
sin saber dónde me estaba,
grandes cosas entendí.
no diré lo que sentí,
que me quedé no sabiendo,
toda sciencia trascendiendo.                                           

2. De paz y de piedad
era la sciencia perfecta,
en profunda soledad,
entendida vía recta ;
era cosa tan secreta,
que me quedé balbuciendo,
toda sciencia trascendiendo.

3. Estaba tan embebido,
tan absorto y ajenado,
que se quedó mi sentido
de todo sentir privado ;
y el espíritu, dotado
de un entender no entendiendo,
toda sciencia transcendiendo.

4. El que allí llega de vero,
de sí mismo desfallesce ;
cuanto sabía primero
mucho bajo le paresce ;
y su sciencia tanto cresce,
que se queda no sabiendo,
toda sciencia trascendiendo.

5. Cuanto más alto se sube,
tanto menos se entendía
qué es la tenebrosa nube
que a la noche esclarecía ;
por eso quien la sabía
queda siempre no sabiendo,
toda sciencia trascendiendo.

6. Este saber no sabiendo
es de tan alto poder,
que los sabios arguyendo
jamás le pueden vencer ;
que no llega su saber
a no entender entendiendo,
toda sciencia trascendiendo.

7. Y es de tan alta excelencia
aqueste sumo saber,
que no hay facutad ni sciencia
que le puedan emprender ;
quien le supiere vencer
con un no saber sabiendo,
irá siempre trascendiendo.

 

8. Y si lo queréis oír,
consiste esta suma sciencia
en un subido sentir
de la divinal esencia ;
es obra de su clemencia
hacer quedar no entendiendo,
toda sciencia trascendiendo.


COUPLETS                                                           

faits sur une extase

de très haute contemplation                           Du danger d'être mystique...

 

je suis entré où ne savais

et je suis resté ne sachant

toute science dépassant

 

moi je n'ai pas su où j'entrais

mais lorsqu'en cet endroit me vis

sans savoir où je me trouvais

de grandes choses j'ai compris

point ne dirai ce qu'ai senti

car je suis resté ne sachant

toute science dépassant

 

De piété de quiétude

c'était là science parfaite

au profond d'une solitude

une voie entendue directe

c'était là chose si secrète

que suis resté balbutiant

toute science dépassant

 

J'étais en tel ravissement

si absorbé si transporté

qu'est demeuré mon sentiment

de tout sentir dépossédé

ainsi que mon esprit doué

d'un comprendre non comprenant

toute science dépassant                                                                 

 

Qui en ce lieu parvient vraiment

de soi-même a perdu le sens

ce qu'il savait auparavant

tout cela lui semble ignorance

et tant augmente sa science

qu'il en demeure ne sachant

toute science dépassant

 

D'autant plus haut il est monté

et d'autant moins il a compris

quelle ténébreuse nuée

venait illuminer la nuit

celui qui savoir en a pris

il reste toujours ne sachant

toute science dépassant

 

Il est ce non savoir sachant

chargé d'un si puissant pouvoir

que les sages argumentant

n'en tireront jamais victoire

car il ne peut tout leur savoir

ne point comprendre en comprenant

toute science dépassant

 

Et une si haute excellence

est en ce suprême savoir

que ni faculté ni science

de le défier n’a pouvoir

qui de soi tirera victoire

avec un non savoir sachant

il ira toujours dépassant

 

et si vous désirez l’ouïr

cette souveraine science

consiste en un très haut sentir

de la toute divine essence

c’est une œuvre de sa clémence

faire rester ne comprenant

toute science dépassant


 La deuzième piste est celle d'Al-Hallaj, grâce à une vidéo proposant une curieuse musique électro-soufie de Ghaffar Youcef, dont je ne peux rien vous dire...


Al Hallaj
envoyé par btayeb - Films courts et animations.      

23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 16:37
  La guitare, un monde en soi Pas question de manquer l'événement. Je serai à Gand ce mercredi 27 mai à 20 heures. Au Biljoke Muziekcentrum. Fred Frith, le guitariste le plus fou, le plus imprévisible, le plus créatif, le plus décomplexé, en roue libre depuis la disparition du groupe Henry Cow, y sera en compagnie de Daan Vandewalle, pianiste rare, interprète des oeuvres les plus singulières de notre époque, d'Alvin Curran à Gordon Mumma. Avec eux, le hautboïste Piet Van Bockstal et le percussionniste Géry Cambier.



Défricheur des musiques contemporaines














Et une vidéo de Fred en concert solo à Mexico en mars 2007, rien que pour faire grincer quelques dents...
22 mai 2009 5 22 /05 /mai /2009 12:39
Le pianiste norvégien Jon Balke, musicien de jazz, et la chanteuse marocaine Amina Alaoui, formée dans la tradition gharnati (genre musical de la ville de Grenade) sur un même disque, "Siwan", qui signifie équilibre ou balance. Si l'on ajoute que participent également Jon Hassell, trompettiste et musicien électronique qui joua avec Brian Eno, Keir Eddine M'Kachiche, violoniste virtuose algérien, Pedram Khavar Zamini, percussionniste iranien, Andreas Arend, luthiste allemand, Helge Norbakken, percussionniste norvégien, et les Barokksolisten sous la direction du violoniste Bjarte Eike, on se dira peut-être que voilà encore la énième rencontre pseudo-fusionnelle entre musiques du monde et jazz ou autres. La rencontre a été pensée, et elle est magnifiquement réussie. Jon Balke, qui dirige plusieurs ensembles de jazz, est fasciné  depuis trente ans par la musique d'Oum Kalsoum, la grande chanteuse égyptienne morte en 1975, celle qui fut surnommée "l'Astre d'Orient", véritable légende aujourd'hui encore. Invité au Maroc par un club marocain pour composer du jazz, il découvre la chanteuse Amina Alaoui, qui s'inspire de la musique andalouse. Il la rencontre, le projet "Siwan" prend forme, se traduit par la constitution d'un orchestre qui réunit des musiciens venus du jazz, de la musique traditionnelle et de la sphère baroque. Qu'ont-ils en commun ? Un certain rapport avec l'improvisation. De plus, Jon Balke sait que la musique andalouse est l'une des sources de la musique baroque. Quelques concerts de Bergen au Caire, des sessions d'enregistrement  entre 2006 et 2008, témoignent de l'activité de cet orchestre utopique. Et ce disque, qui renouvelle heureusement le catalogue ECM.
   L'album s'ouvre sur "Tuchia", instrumental dans l'esprit oriental, avec un beau dialogue entre le violon  tout en mélismes et l'orchestre baroque somptueux de toutes ses cordes suaves. Atmosphère recueillie, prélude à un voyage qui va convoquer toute la culture andalouse. Car les textes interprétés en espagnol, en arabe, sont tirés des grands mystiques ou grands penseurs des trois monothéismes présents en Andalousie, cet âge d'or où  ils se côtoyèrent pour créer une civilisation brillante et raffinée que la reconquête catholique brisera définitivement. De Al Hallaj, le grand mystique soufi supplicié à Bagdad en 922, à Jean de la Croix, mystique catholique espagnol mort en 1591. "Ya Andalucin" juxtapose la voix pleine, vibrante d'Amina, le clavecin et les cordes baroques avant l'entrée en scène du percusionniste iranien et du violoniste algérien  pour un court morceau intense sur un texte en espagnol de
Ibn Khafaja, poète andalou. "Jadwa" s'enchaîne au précédent, baroque et oriental dans un bel équilibre souligné par le violon qui virevolte, le chant intériorisé d'un texte de Al Homaidi. La trompette de Jon Hassell ouvre le morceau suivant, accompagnée discrètement aux percussions : on retrouve le timbre brumeux de l'américain, très inspiré par la musique classique indienne à ses débuts et qui n'a pas dédaigné, notamment dans "Maarifa Steet", de nous entraîner vers l'Orient. Le miracle de ce disque, c'est de ne jamais donner  l'impression d'un collage, ni d'une fusion. Tout coexiste, en équilibre comme le dit le titre, tout à fait justifié. Tout respire et s'écoute, grâce à l'intelligence de compositions à la fois denses et aérées, et grâce à la voix d'Amina Alaoui, interprète inspirée de textes que l'on devine sublimes (faute d'avoir les traductions pour l'instant : la pochette les fournira-t-elle, ou au moins les originaux ?). Un bonheur constant, ce disque !
Mes morceaux préférés : "Jadwa", le 3 / "Thulathyath", sur un texte d'Al-Hallaj, le 10 / "Toda sciencia Transcendiento", sur un texte de Jean de la Croix, le 11.
Pour aller plus loin :
- le site de Siwan.
- Siwan, des extraits sur le lecteur ECM.
Une nouvelle petite rubrique...
A écouter également
- le pianiste grec Vassilis Tsabropoulos et la violoncelliste allemande Anja Lechner : voir article ici.
Zarani, de Zad M
oultaka. Sorti en octobre 2004 sur le label L'Empreinte digitale, la magnifique rencontre entre un pianiste libanais, soliste et compositeur, et la voix impressionnante de Fadia Tomb El-Hage, chanteuse libanaise. Choc extraordinaire entre la musique contemporaine et le répertoire traditionnel, là aussi avec un choix judicieux de poèmes anonymes ou non de différentes époques.



Programme de l'émission du dimanche 17 mai 2009
Spyweirdos : Fallen / Bubble of dreams / Innsbrück (pistes 5-6-9, 15' 10), extraits de Wetsound Orchestra (Poeta Negra, 2006)
Jon Balke : Tuchia / Ya Andalucin / Jadwa (p.1 à 3, 12' 30), extraits de Siwan (ECM, 22mai 2009)
Archive : Bullets / Words on signs / Dangervisit (p.2 à 4, 17' 30), extraits de Controlling Crowds (Warner, 2009)
Keene Patch / Stroked trees / Door of glass (p.1-2-6, 20' ), extraits de The River and the Fence (Poeta Negra, 2007)
13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 18:36
   Troisième disque de Spyros Polychronopoulos, alias Spyweirdos, "Wetsound Orchestra" est un double album d'électronique ambiante d'une abyssale beauté. De l'eau goutte quelque part, l'orgue sourd de tous les coins, piqueté de craquements. Fissurations, invasions dans un univers liquide : c'est "cellar", ouverture qui donne le ton, ponctuée de notes de claviers en boucles obstinées. "already happened tomorrow" est d'abord tout en déhanchement rythmique de micro-cellules avant le surgissement épisodique de nappes d'orgue, de drones et de cordes plaintives. Spyweirdos sculpte des atmosphères raréfiées dans un esprit minimaliste abstrait. "3.5 ec" surfe sur un rythme binaire obsédant de claquements secs, s'interrompt pour repartir, nimbé la plupart du temps d'une brume d'orgue tournoyant. "portal" se  réduit à une substructure rythmique de piquetis parcourue de gargouillements, suggérant un infra-monde de machines organiques livrées à elles-mêmes. L'eau est omni-présente pendant "fallen", le disque semble rayé, mêle le bruit liquide des rames et le beat sec d'une boîte à rythme qui bégaie, sur fond d'orgue mélancolique, de voix qui s'appellent : aura de désastre, d'après rencontre avec les sirènes...Reste la bulle des rêves, "bubble of dreams", vaporeux et lointain poudroiement de lumière d'obstinato d'orgue tandis que la rythmique s'agite au premier plan, se débat avant de se fondre dans la comète persistante. "u", syncopes et borborygmes, rabat le rêve au niveau d'une sorte Spyweirdos, chef d'orchestre électronique.d'inconscient tissé de matières et de voix dévitalisées. Le morceau suivant, "the key",est l'un des plus exemplaires de ce disque habité, d'une écriture inventive où l'électronique digère les sons acoustiques pour les intégrer dans cet orchestre des mondes perdus et retrouvés. Percussions qui rejaillissent comme les gouttes précipitées dans un bassin, piano impérial, claviers insinuants, frémissements de frottis sonores minuscules : monde magique, né à l'instant, intense et pur ! Musicien visionnaire, ce Spyweirdos : écoutez le morceau suivant, "innsbruck", son atmosphère discrètement industrielle suggérée à petites touches, l'emploi de cordes graves en leitmotiv émotionnel encadré de forces sourdes, statiques jusqu'au vertige, peu à peu saturées comme de cris d'oiseaux métalliques charmeurs... Lorsque l'humanité aura disparue, restera la beauté sans appel des incantations supra-humaines, le chant des chants de la matière enfin libérée, libre de s'exprimer. "should be a spell" fait entendre un violon cosmique dans la brume merveilleuse des origines éternelles, inentendues des hommes-narcisses.
   Le deuxième cd prolonge cet opus magnifique par des remix passionnants, inspirés. Alva Noto, Gyro-Gyro, B.Fleischmann, Funckarma, Horchata et quelques autres, prouvent à nouveau la fécondité inépuisable de la musique électronique d'aujourd'hui lorsqu'elle est au service d'un projet artistique authentique.
Paru en 2006 chez Poeta Negra, label grec disparu depuis peu. Disque disponible si on cherche bien, notamment ici)
Pour aller plus loin
- mes articulets (le mot existe !) du 28 avril, du 15 juillet, et l'article consacré au disque en collaboration avec John Mourjopoulos et Floros Floridis.
- Spyweirdos sur MySpace.
- Alva Noto sur My Space.

Programme de l'émission du dimanche 10 mai 2009.
Dani Joss : Expectations / of change (pistes 3 et 5, 9' )
                           approxima / of goodbyes (p.6 et 8, 10' 20), extraits de Shaper of form (Poeta Negra, 2006)
Tod Dockstader : Raga / tremblar / Myst (p.5-7-9, 11' 12)
                                          Aw / March (p.10-11, 9' 52), extraits de aerial#1 (Sub rosa, 2005)
Spyweirdos : cellar / cellar remix (cd1, p.1, 4' 57 / cd2, p.8, 5' 06)
                                already happened tomorrow / wiesbaden (cd1, p.2, 6' 06 / cd2, p.1, 5' 12), extraits de Wetsound Orchestra (Poeta Negra, 2006)