Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
N.B Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

Recherche

Publicités imposées !

Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 22:14
  J'étais dans le studio de la radio, le jour de notre porte ouverte, voici peu. Deux producteurs-animateurs bénévoles aux commandes. Soudain, j'entends, je n'entends plus que cela, alors que ça parle, que monte du rez-de-chaussée le brouhaha des visiteurs : une voix éraillée, un orgue en nappes tordues. Je demande de qui il s'agit. On me répond qu'elle s'appelle Carla Bozulich, que le morceau se trouve sur un disque sorti en 2006, Evangelista. Depuis, elle m'habite, et son dernier disque, sous le nom de groupe d'Evangelista (c'était aussi le titre d'un morceau en deux parties sur le disque éponyme), n'arrange rien !
   La pochette d'Evangelista, son troisième album solo annonce l'univers sombre, tourmenté, halluciné même, de Carla Bozulich. "Evangelista I" fournit une ouverture théâtrale : orgue insinuant comme un brouillard insidieux, cloches, on frappe, ça frappe, des bruits viennent des recoins, puis la voix s'élève, incantatoire, fêlée, sur fond de guitares saturées, de cordes mugissantes, puis le silence lourd, la voix qui murmure et qui supplie, s'enfle en cris rageurs, déchirés, tandis que des échantillons d'un prêche de 1936 retentissent à l'arrière-plan. Enfin, l'orgue se déchaîne, la voix se fait imprécatrice, le ciel est zébré d'éclairs. "How to survive being hit by lightning" sera d'ailleurs l'un des titres suivants de cet album à l'ambiance millénariste, prophétique. Le post-rock(punk) gothique se mâtine de blues et de gospel, dit la lancinante recherche de l'amour, de lumière dans un monde de ténèbres. Evangelista frappe par sa sincérité à vif, son refus des formules musicales attendues, sa recherche de timbres instrumentaux, de climats. Dans cet opéra post-brechtien de fin du monde, l'ombre de la grande Nico plane et The Silver Mount Zion Memorial Orchestra rôde, ayant collaboré à l'album avec quelques musiciens, dont sa tête pensante, Efrim Menuck - lequel ne se contente pas d'intervenir au piano, mais a enregistré le disque à Montréal, Jessica Moss au violon ou encore  Thierry Amar  à la contrebasse.
Evangelista Hello, voyager  Efrim a présidé à la naissance du nouvel album de Carla, "Hello, voyager", sorti en 2008 toujours chez Constellation. On y retrouve des musiciens de The Silver Mount Zion, et, nouveauté,  la participation de la bassiste Tara Barnes, qui a collaboré à l'écriture de quatre des neuf titres. Carla, en plus des guitares électriques, joue de l'harmonium sur deux morceaux, ce qui n'est pas sans rendre la référence à Nico plus sensible encore. Les textes prennent une place plus importante, reproduits sur le dépliant illustré typique du label (près de cinquante centimètres de haut déplié, le verso entièrement recouvert du long texte visionnaire du dernier titre, éponyme). La palette des compositions s'est encore élargie. Ouverture déchirante dans une atmosphère de folie claustrophobique avec "Winds of Saint Anne", harmonium, craquements, guitares hurlantes, écorchées, " Happily buzzing thru the dark sky with my hand in my pants. / I can't dance but I can blow like the wind. / Pay no attention to the trouble I'm in.", mais aussi chansons intimistes, dépouillées, fragiles, comme "The Blue room" ou "Paper Kitten Claw", cette marche à tâtons obsédante, illuminée par les envolées de l'orgue de Nadia Moss (à laquelle on doit les peintures de la pochette)et des violons de Jessica Moss (sa soeur ?). Mais aussi le magnifique instrumental "For The Li'l Dudes" où contrebasse, violoncelle, alto et violons tissent un quintette grave à la Gavin Bryars. Mais encore la déflagration inoubliable de "Hello, voyager" où l'évangéliste Carla nous somme de regarder la réalité en face : "Voyagers!!! Set down upon the earth. Open your cramped legs locked in that flying suit of lights. Open your eyes, adjust your eyes to the dark." Texte flamboyant, d'une urgence absolue, brutal et grandiose, qu'on pourrait trouver excessif s'il n'était pas si en phase avec un monde qui déraille. Tous les prophètes ont toujours été méjugés, vilipendés par ceux qui n'aiment pas être dérangés. Il y a dans cette mise à nu de ses penchants les plus profonds non pas une complaisance sordide, mais un désir irrépressible de vérité, d'en finir avec les faux-semblants qui sont aussi ceux de la société toute entière, des églises mêmes : " The church runs unchecked and tax-free and I hardly notice the irony of it anymore because I'm busy thinking that my scarf doesn't match my jacket. "
   Parce qu'à la fin " We'll stand upon this brutal skull planet as we really are and laugh - strange light pushing out, sitting up on the highest pile of junk and watching the fast moving sky rolling in a storm of perfect, lethal dust and rain "...Carla Bozulich est une authentique inspirée, dans le sens le plus noble du terme, âme d'une musique sans pareille, chaudron cosmique qui réconcilie punk, post-rock, musiques expérimentale et contemporaine. Brûlures indélébiles garanties, mais salutaires !
Pour aller plus loin :
 
- les sites de Carla Bozulich et Evangelista sur MySpace.
- vous trouverez dorénavant le site du label Constellation dans mes liens.
- une vidéo en concert à Vienne en novembre 2007 de "Winds of Saint Anne":


Programme de l'émission du dimanche 8 février 2009
Psykick Lyrikah : Patience  (piste 8, 6' 02)
                                         Quand tout s'arrêtera (p.9, 6' 22), extraits de Acte (Idwet, 2007)
Carla Bozulich : Evangelista I (p.1, 9' 22)
                                      Baby, That's the Creeps (p.5, 5' 55)
                                      Pissing (p.6, 6' 05), extraits de Evangelista (Constellation, 2006)
Jean-Louis Murat : La Fontaine de sang (p.3, 2' )
                                             L'Héautontimorouménos (p.4, 1' 57)
                                             Madrigal triste (p.7, 3' 43), extraits de Charles et Léo (2007) Il est logique de trouver Baudelaire dans ce programme marqué du coin du romantisme noir. Trois des grands titres de cet album.
Evangelista : Winds of Saint Anne (p.1, 4' 05)
                               For the Li'l Dudes (p.4, 2' 47)
                               Truth is dark like outer space (p.6, 2' 26), extraits de Hello, voyager (Constellation, 2008)
Julia Kent : Fontanarossa (p.9, 4' 04)
                           Venizelos (p.13, 3' 22)
                           Schiphol (p.15, 3' 50), extraits de Delay(Importantrecords, 2007)
                                                    
14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 16:19
  Je ne reviens pas sur Shara Worden, chanteuse et compositrice de My Brightest diamond, ni sur Zoe Keating, déjà célébrées dans ces pages. Deux musiciennes sans oeillères, qui passent allègrement du rock à la musique de chambre, mais j'aimerais leur associer Amanda Palmer, autre femme étonnante capable de se métamorphoser. Après un début de carrière en duo avec Brian Viglione à la batterie ou à la guitare dans le groupe The Dresden Dolls, dont l'esthétique est très inspirée par Bertold Brecht et Kurt Weill, elle sort en septembre 2008 "Who killed Amanda Palmer", son premier album solo. Dès le premier titre, "Astronaut : a short story of nearly nothing", le charme opère : chant incisif, piano endiablé, Amanda nous entraîne irrésistiblement dans son tourbillon exubérant, ponctué de passages intimistes, où la voix se fait grave et troublante. L'énergie chez elle est flamboyante, les orchestrations tantôt presque symphoniques, tantôt rock, avec un piano vigoureux, lyrique ou élégiaque. L'album dégage un vrai bonheur, bourré de mélodies superbes, d'envolées majestueuses, sarcastiques, servi par la voix flexible, à l'aise dans les aigus comme dans les cassures rocailleuses. "Blake says", le cinquième titre, sonne comme une chanson des Beatles, nostalgique et langoureux, avec arrangement de cordes, dérape dans une douce folie, violoncelle de...Zoe Keating à l'appui (c'est l'un des liens qui unissent ces trois musiciennes !): Amanda Palmer est alors une réincarnation très convaincante de John Lennon, qu'on se le dise ! "Oasis" semble davantage relever de la variété festive, avec choeurs enjoués, ce qui a déchaîné un véritable scandale. Amanda  y évoque une jeune fille violée au cours d'une soirée, qui se fait avorter et qui s'en moque parce qu'elle a reçu par la poste un autographe de son groupe préféré...Oasis ! Je vous renvoie au blog d'Amanda et à son admirable réponse aux sinistres effarouchés qui, en Grande-Bretagne, s'opposent à la diffusion de cette chanson. Retenez cette phrase, en ces temps de repli frileux et de retour insidieux de la censure : "WHEN YOU CANNOT JOKE ABOUT THE DARKNESS OF LIFE, THAT’S WHEN THE DARKNESS TAKES OVER". Suivent des confidences voilées comme le très beau "Have to drive", serti dans des boucles de piano et des volutes orchestrales un brin mélodramatiques. C'est peut-être ce qui est le plus touchant chez elle,cette ingénuité qui lui permet de ne reculer devant rien, de passer d'un registre à l'autre, de jouer en somme tous les rôles avec la même conviction. "Strength trough music", ce titre pourrait résumer sa démarche, son style imprévisible : quelle force dans ces mots murmurés en réponse à un narrateur masculin à la voix métallique, dans ces bruits de bouche, le tout ponctué par un piano impavide, puis discrètement frémissant sur la fin ! "Leeds united", rock bruyant et convenu, en laissera sans doute plus d'un perplexe, moi le premier, mais je ne vais pas dénigrer un album dans l'ensemble très réussi pour un titre...
Pour aller plus loin :
- le très beau site officiel d'Amanda.
- ma sélection personnelle à écouter : comme ma playlist Deezer est décidément folle, je vous renvoie à la plate-forme, tous les titres y sont en libre écoute.

Programme du dimanche 1er février 2009 (Deuxième partie)
My Brightest diamond : Black & costaud (piste 6, 4' 22)
                                                 Goodbye forever (p.9, 3' 53), extraits de a thousand shark's teeth (Ashmatic Kitty records, 2008)
Amanda Palmer : Astronaut : a short story of nearly nothing (p.1, 4' 37)
                                         Ampersand (p.3, 5' 58)
                                         Blake says (p.5, 4' 43), extraits de Who killed Amanda Palmer(Roadrunner, 2008)
Zoe Keating : Frozen angels (p.7, 7' 07), extrait de one cello x 16 : natoma (2005)
7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 20:02
  Cela fait quelque temps que je voulais revenir sur ce groupe que je défends depuis ma découverte de leur premier véritable album, Des Lumières sous la pluie. Actuellement en tournée, ils seront à la Cartonnerie de Reims le 19 février en soirée et au Brise-glace à Annecy le 26 mars.
   "
Une seule image sous un ciel en feu" : ces paroles extraites de "De plein fouet", titre du dernier album Vu d'ici situent Psykick Lyrikah, les rennais qui ont su tirer du rap le meilleur en évitant les pièges de l'agression gratuite et de la vulgarité. Arm, rappeur inspiré et compositeur, écrit des textes denses, visions hallucinées d'un monde en décomposition, bouleversantes promenades de paumés parmi les décombres d'une société sécuritaire. "Allez-y, comptez les heures, je suis de l'autre côté(...) loin des armes communes qui n'tolèrent que dollars et colère étendards et peaux dures", rarement les mots auront à ce point collé à la sinistrose organisée. Depuis que le groupe s'est séparé de Mr Teddybear, le compagnon et compositeur des débuts, le guitariste Olivier Mellano, déjà présent sur trois titres de Des lumières sous la pluie (2004), le premier ovni flamboyant de la trilogie dont Acte (2007) et Vu d'ici (2008) sont les volets suivants, et le bassiste et homme-machines Robert Le Magnifique donnent au groupe une assise musicale qui lui permet de transcender les limites du genre hip-hop. Arm lui-même s'est mis à la programmation sur le dernier opus, qui accueille aussi le rappeur parisien Iris sur "Comptez les heures" ou Dominique A sur "Un point dans la foule". Le résultat, c'est un rap poétique, visionnaire, frénétique, intimiste, brûlant, qui frappe au coeur, déchire les ténèbres pour chercher l'aurore d'un monde lynchien (l'un des titres de Des Lumières sous la pluie s'appelle d'ailleurs "La tête à effacer"). Là où les guitares flambent dans une grande lumière, les claviers chevauchent le chaos, on passe du duo ou trio dépouillé d'une mélancolie poignante au raz-de-marée électro-orchestral, rock, aux ambiances saturées para- industrielles.
Pour aller plus loin :
- une sélection de titres à écouter.

- une vidéo : "De plein fouet", extrait du Concert du Tambour, Université Rennes 2 - Février 2008 -

- une "fausse" vidéo, histoire de vous faire entendre "Le dernier chapitre", le titre qui a provoqué l'étincelle initiale !

Programme de l'émission du dimanche 1er février 2009
Psykick Lyrikah : Le dernier chapitre (piste 2, 4' 29)
                                         Vois (p.3, 7' 33), extraits de Des Lumières sous la pluie Idwet, 2004)
                                         
Près d'une vie (p.1, 4' 34)
                                          L'Aurore (p.4, 3' 27), extraits de Acte (Idwet, 2007)
                                         
De plein fouet (p.5, 4' 38)
                                         
Comptezles heures (p.8, 3' 14), extraits de Vu d'ici (Idwet, 2008)
Devastations : Rosa / The Pest (p.3 et 4, 11' 02), extraits de Yes, you (Beggars Banquet, 2007)
5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 18:04
Le pianiste grec Vassilis Tsabropoulos et la violoncelliste allemande Anja Lechner, quatre ans après la sortie de "Chants, Hymns and Dances", une série de transcriptions d'oeuvres de Georges Ivanovitch Gurdjieff, philosophe et maître spirituel d'origine arménienne,  poursuivent leur collaboration avec "Melos", sorti en 2008 sur ECM. Si deux danses et Reading From a sacred Book sont encore des arrangements d'après Gurdjieff, toutes les autres compositions sont signées Tsabropoulos. L'album baigne dans une fluidité mystérieuse, douce : un monde de rêves très anciens, de réflexions et d'ombres, comme le soulignent les titres. Le pianiste semble effleurer les touches, ailleurs se laisse porter par un flux toujours renouvelé, accompagné par le violoncelle caressant, velouté. Le percussionniste U.T. Ganghi se joint à eux  sur quelques titres avec une louable discrétion, sans casser le lyrisme translucide de ces compositions aux mélismes subtilement orientaux, aérées çà et là par de courtes improvisations. Tout un monde lointain de grâce et d'émotions ressurgit, baume salutaire par ces temps brutaux d'oubli des choses essentielles...
Quelques titres de l'album en écoute :

Et une vidéo du titre "Tibetan Dance", à partir de photographies du Tibet d'Henrik Wilche :
1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 18:52
   Après une série d'articles du côté des musiques contemporaines, un petit coup de barre du côté de la pop. Comme ce qui arrive à la radio en ce début d'année ne me séduit guère, je vous présente deux trios, le premier découvert grâce au disque de My Brightest Diamond, auquel il participait, le second que je réécoute avec plaisir. Pedestrian est Joel Shearer, voix et guitares, Zac Rae, basse, guitare et claviers, et Blair Sinta, voix et percussions, mais le trio s'adjoint volontiers d'autres musiciens. Ghostly Life, sorti en 2006, est leur troisième album, autoproduit : superbe pochette, belles voix, harmonies évidentes, finesse et force, transparence et trouble. Au total, une pop élégante, ciselée,  qui se permet des incursions poétiques tout en laissant surgir de belles explosions. " The Abundance of" ne vous sortira plus du crâne, "This pretty girl" est une merveilleuse ballade, et le titre éponyme fournit une belle envolée électrique. Ils viennent de sortir un nouvel album, Seidegeist, qui me paraît moins varié, plus monochrome ai-je envie de dire. Vous en jugerez sur leur site.                                  


   J'avais salué "Yes, U" du trio australien Devastations, quelque part entre Nick Cave, en moins compassé, et Tinderstick, en moins endormi. Avec un  peu de recul, cet album reste un des meilleurs albums pop de ces dernières années ! N'oublions pas le précédent, "Coal", souvent excellent. Je vous propose une sélection des deux, vous m'en direz des nouvelles.

Pour aller plus loin
-le site officiel de Pedestrian
- et une vidéo de Devastations, en concert en 2007 en Suisse. Attention au charme fou de Conrad Standish !

Programme de l'émission du dimanche 25 janvier 2009
Pedestrian : The Abundance of (piste 7, 4' 47)
                          This pretty girl (p.8, 4' 38)
                          Ghostly Life (p.11, 6' 52) ,extraits de Ghostly Life (Headwreckords, 2006)
Vassilis Tsabropoulos / Anja Lechner :Melos (p.1, 5' 18)
                           Song of prosperity I (p.2, 2' 33)
                           Tibetan Dance (p.3, 4' 42)
                           Gift of dreams (p.4, 6' 54), extraits de Melos (ECM, 2008)
 Wu Fei : Red carriage (p.2, 7' 51)
                     Before I wake (p.5, 10' 40), extraits de Yuan (Tzadik, 2008)
Leo Ornstein : A morning in the woods (p.4, 6' 27)
                                  Three tales : a fantasy (p.6, 8' 32), extraits de Fantasy and metaphor (New Albion records, 2008)
29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 10:38
   Deuxième disque sur le label Cantaloupe -dont le nom ne désigne apparemment pas autre chose qu'une variété de melon rond à chair orange très sucrée!, "Child", sorti en 2003, rassemble cinq compositions de musique de chambre écrites pour différents ensembles européens (français, italien et suédois), toutes interprétées ici par Sentieri Selvaggi, excellente formation à laquelle j'ai déjà consacré un article. L'enfance, avec ses souvenirs, serait le lien entre les titres, qui ont en commun des thèmes, une instrumentation très proche, et une manière très particulière de transformer le flûtiste ou l'altiste en percussionniste.
   "My very empty mouth", le morceau qui ouvre l'album, tient son titre d'une phrase mnémotechnique destinée à retenir l'ordre des planètes : Mercure, Venus, Earth (Terre), Mars..., David ayant oublié le reste de la phrase...et du système solaire! Répétitions tremblées de courts fragments glissants et subtilement dissonants, comme des protestations martelées de douleur ou de jouissance, écartelées entre les éclats de la flûte et le contrepoint grave du violoncelle et de la clarinette basse, conduisent l'auditeur vers une transe insidieuse par un jeu de dérapages et d'amortis, avec un final ralenti, prodigieux lamento d'une intense beauté. C'est le premier chef d'oeuvre de ce disque magistral d'un bout à l'autre, qui impose Lang comme l'un des plus grands -peut-être le plus grand en ce qui me concerne, et devant Steve Reich himself, ou à égalité à la rigueur...! "Sweet air" est la dénomination qu'employait un dentiste opérant sur son frère Isaac pour désigner un gaz hilarant destiné à lui éviter les angoisses provoquées par son intervention. Le morceau semble virevolter, léger comme un papillon, aérien. Flûte, clarinette, piano, violon et violoncelle dansent un ballet presque immobile, suspendu, qui s'approfondit après chaque brève interruption jusqu'à une troublante évanescence perturbée par le surgissement imprévu des instruments agités, menaçants, c'est le morceau suivant qui enchaîne, série de micro-tempêtes, "Short fall", hérissé de notes pointues, un tourbillon hanté par le néant..."Stick figure", le titre quatre, fait partie de ces pièces de Lang qui opposent une veine lyrique, mélancolique, incarnée par le violoncelle éploré, le piano à peine effleuré et la clarinette, à sa destruction systématique par une percussion métallique, glaciale de brièveté tranchante : le résultat est bouleversant. Le disque se termine sur "Little eye", où l'on retrouve le violoncelle, cette fois perdu dans des circonvolutions statiques, entouré d'une brume percussive dûe aux quatre non-percussionnistes qui l'accompagnent : on retient son souffle, tant le morceau ressemble à une sculpture diaphane d'une délicatesse, d'une douceur infinie. Un absolu de ce début de siècle, encore une fois !
En écoute : les deux dernières pièces.Si le lecteur ne fonctionne pas, sélection en écoute sur Deezer ici.

Programme de l'émission du dimanche 18 janvier 2009 (deuxième partie)
David Lang : my very empty mouth (p.1, 12' 57)
                              little eye (p.5, 7' 20), extraits de Child (Cantaloupe, 2003)
23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 22:04
   Après une période de recherches et de tâtonnements, ma nouvelle bannière flotte au vent intersidéral d'internet depuis jeudi 22 janvier 2008 ! J'ai fait quelques retouches pour la fondre dans la page, diminué le poids de cette dernière pour un affichage plus rapide...mais la bannière s'affiche avec un léger retard, pas étonnant avec ses tonnes de pierres immémoriales. Soyez patient, et dites-moi tout : n'hésitez pas à manifester votre dégoût ou votre admiration, voire votre abyssale indifférence. A peine remis des émotions de l'enfantement, je constate ce soir, non sans effarement, que dans la colonne "article", il n'y avait plus de date, d'indication de catégorie ou de communauté, plus d'appel à commentaire et plus aucun commentaire. J'ai remis de l'ordre, c'est reparti, avec les meilleures intentions à votre égard, ayant même résolu de réagir à vos commentaires - je reconnais être assez négligent de ce côté, je préfère peaufiner les articles, etc...
  Tzadik figure pour le moment en quatrième position dans mes liens. Ce label fondé par le saxophoniste, improvisateur et compositeur John Zorn en 1995, se consacre aux musiques expérimentales, avant-gardistes, bruitistes. Plus de 400 titres à ce jour, et un bel éclectisme. Vous le rencontrez un peu plus souvent ici depuis quelques mois, mais je trie, je reste parfois partagé, perplexe, et pas toujours emballé. Bref, je vous propose deux disques très différents sortis en 2008.
  Wu Fei est chinoise, compose pour instruments solistes, ensembles à cordes, orchestres, pour des chorégraphies et des films. Elle joue du guzheng, une cithare chinoise sur table, depuis l'âge de six ans. Après des études de composition en Chine, elle étudie au Mills College avec...Fred Frith, dont il sera question juste après ! La mélodie chinoise qui ouvre Yuan ne m'enthousiasme pas, mais la suite est nettement mieux. "Red carriage" est une impressionnante pièce pour percussion solo, le percussioniste passant du marimba aux tam-tams et au gong. En écoute, j'ai sélectionné "Yuan? Yuan! Yuan!", un solo pour guzheng préparé, autrement dite la rencontre entre la tradition et l'expérimentation dans le sillage de John Cage. La pièce suivante  mêle instruments traditionnels et l'ensemble "Percussions claviers de Lyon". Le disque se termine par "Before I wake" pour piano solo en cinq sections : c'est Stephen Drury -pianiste et directeur artistique du Callithumpian Consort, qui collabora avec John Cage et John Zorn, qui les interprète avec une intensité retenue    
   Et le voilà, enfin , il rôdait depuis un moment, cherchant où rentrer sur ces pages...Je ne vais pas retracer toute la carrière de ce co-fondateur  d' Henry Cow, groupe phare de la pop progressive expérimentale des années soixante-dix, improvisateur inventif et imprévisible, que l'on a vu aux côtés de beaucoup de musiciens importants. Incroyable Fred Frith, qui enseigne la composition et l'improvisation au Mills College déjà évoqué plus haut, qui se métamorphose une fois de plus. Car Back to Life est un disque de piano et de musique de chambre!  Avec un certain humour  et des "instruments" inattendus en sus , vous l'imaginez bien.  Le pianiste  Daan Vandewalle y interprète les sept pièces des "Seven circles" qui parsèment le disque, alternant avec des compositions pour ensemble de chambre. J'ai sélectionné pour l'écoute "Elegy for Elias", admirable trio pour le violon  de Gabriela Diaz, le marimba de William Winant et le piano de ...Stephen Drury !

Pour aller plus loin :
- un site sur la cithare guzheng.

Programme de l'émission du dimanche 18 janvier 2009 (première partie)
Leo Ornstein : Three tales : Midnight Waltz (piste 7, 5' 37)
                                  Metaphors # 9 et # 11 (p.11-12, 6' 36)
                                  To a grecian urn (p.15, 3' 47), extraits de Fantasy and Metaphor (New Albion Records, 2008))
Fred Frith : Elegy for Elias (p.10, 9' 23), extrait de Back to life (Tzadik, 2008)
Wu Fei : Red carriage (p.2, 7' 49)
                    Yuan? Yuan! Yuan! (p.3, 9' 14), extraits de Yuan (Tzadik, 2008)
                                                          
21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 19:07
   Retour aujourd'hui vers un compositeur américain encore très peu connu, que la pianiste Sarah Cahill nous propose de découvrir. Je fais confiance, depuis quelques disques, à cette instrumentiste exigeante, infatigable défricheuse qui nous ramène des pièces magnifiques, à laquelle on doit déjà le beau disque consacré à Kyle Gann sur le même label New Albion Records - dont vous n'aurez pas manqué de remarquer qu'il est un de mes labels préférés.
  La trajectoire de Leo Ornstein, né en 1893 et mort en 2002 - vous avez bien lu, il est mort à l'âge de 108 ans, est étonnante. Pianiste prodige d'origine ukrainienne, formé au Conservatoire de Saint-Pétersbourg, il est contraint d'émigrer avec sa famille aux Etats-Unis en 1906 pour fuir les pogroms. Installé à New-York, il est tout de suite accepté à l'Institute of Musical Art, école qui deviendra la prestigieuse Juilliard School. En 1911, il donne ses premiers concerts. Suivent les premiers enregistrements, mais le jeune Leo se passionne pour de nouveaux mondes sonores, affectionne dissonances et rythmes complexes. Le voilà futuriste, d'avant-garde, stupéfiant son auditoire par des compositions qui dérangent toutes les habitudes d'écoute. Il est au départ copieusement sifflé, déclenche presque des émeutes. On l'admire aussi : sa virtuosité fait pâlir nombre d'interprètes, et certains le considèrent comme un remarquable compositeur. Grâce à lui, le public américain découvre Schoenberg, Scriabine, Debussy, Ravel, Stravinski. Il attire les foules, sa gloire est au sommet entre 1915 et 1920. Puis il abandonne les concerts, disparaît, se retire avec sa femme, enseigne. Il ne cessera pas de composer, surtout pour le piano, avec un regain créateur dans les années soixante-dix et quatre-vingt. On l'oublie beaucoup, on lui reproche de ne plus être à l'avant-garde, car il a changé. Il ne se soucie plus des modes, mélange les styles, passant de la tonalité à l'atonalité, d'un lyrisme "ravélien" aux délices d'une virtuosité débridée. Lorsque Sarah Cahill lui rend visite en novembre 2000, il est encore lucide. Il voudrait mourir pour suivre sa femme, décédée après avoir été son épouse  tant aimée pendant 67 ans, qui a inlassablement noté sa musique, transcrit ses improvisations. Mais il n'est pas si facile de mourir, constate-t-il. A sa mort en 2002, il laisse plus de 1800 pages de musique pour piano...
   Le beau titre donné à ce premier échantillon de compositions de Leo Orstein reflète bien le caractère indépendant de cet homme indifférent à la célébrité, soucieux de suivre sa voie : des fantaisies, certaines assez proches de l'univers de Ravel qu'il aimait tant, et des "métaphores", terme qu'il a indiqué à son fils Severo qui lui demandait comment nommer des compositions variées n'appartenant à aucun cycle. Le choix des pièces revient d'ailleurs à Severo, qui propose un site consacré à son père. Des quinze compositions rassemblées, treize sont inédites. Toutes sont empreintes d'un bonheur harmonique constant. La musique coule d'une source pure et libre, avec une grande aisance, lyrique sans mièvrerie ou grandiloquence. Fantaisies et métaphores enchantent, distillent des sortilèges hors du temps. Mais, me direz-vous, la modernité, l'expérimentation ? Ornstein sait oublier ces diktats pour mieux nous donner à entendre son flux intérieur, pour notre plus grand plaisir. On ne cesse plus de revenir à ces pièces à la grâce fluide, qui transportent comme de vraies métaphores qu'elles sont en effet.
Pour aller plus loin :
- le site officiel de Leo Ornstein, proposé par son fils Severo.
- trois pièces en écoute pour tomber sous le charme :

- un tableau dû à un peintre d'origine lithuanienne, William Zorach, émigré aux Etats-Unis en 1894, qui se tourna ensuite vers la sculpture : "Leo Ornstein, piano concert 1918" :