Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
N.B Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

Recherche

Publicités imposées !

Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 12:13
   Are you experienced ? est le titre du premier album du Jimi Hendrix Experience, sorti en mai 1967, et du titre éponyme de quelques minutes qui y figure. Vingt ans plus tard, David Lang reprend le titre pour une oeuvre de plus de vingt minutes en six sections qui, plutôt qu'un arrangement, propose d'explorer le côté sombre de l'expérience hédoniste à base de sexe et de drogues évoquée par la chanson-culte. Non sans un certain sens de la dérision, la guitare électrique flamboyante et psychédélique y est remplacée par ...un tuba électrique! Le narrateur, David Lang lui-même, raconte l'histoire d'un homme qui a pris un coup sur la tête, dont les idées se brouillent et qui finit par entendre la voix de Dieu puis celle des sirènes. Le Nouvel Ensemble Moderne donne consistance à cet étrange voyage intérieur, ponctué par une danse d'esprit encore très reichien, toute en puslations tremblées jusqu'au surgissement rauque de voix emmêlées. Première composition d'envergure de Lang, elle est suivie d'une pièce pour deux pianos, "Orpheus over and under" (1989), méditation en deux temps sur l'espoir et la perte. Des tremolos constants font vibrer des mirages à l'horizon, escaladent le ciel en vagues successives, de plus en plus amples, intenses, avec des accalmies, des baisses de tension. Un des chefs d'oeuvre du musicien, à mon sens. C'est le titre suivant, "Spud", qui explique la surprenante patate de la pochette. Comme une pomme de terre, le morceau orchestral a d'abord une forme, une cohérence, qu'il va perdre pour donner naissance à de multiples germes : une autonomisation qui débouchera sur la vie perpétuée, mais qui, d'un point de vue interne, peut être vécue comme une désintégration et une mort. Le disque se termine sur un duo agité entre un violon surexcité et un piano fiévreux, "Illumination rounds" (1982), pièce la plus ancienne que Lang dit inspirée par une sorte de balle utilisée au Vietnam, dont la trajectoire laissait dans l'air un résidu phosphorescent, si bien que l'ensemble des tirs pouvait donner l'illusion d'assister à un ballet à la fois grisant et terrifiant.
  Après cette introduction, plongeons dans les oeuvres de la maturité, les "monuments", comme j'aime à les appeler, de grands corps tout d'un bloc, au format tout sauf radiophonique ou médiatique. "The passing measures", sorti le premier janvier 2001 (pour être précis, donc pas tout à fait en  2000 comme l'indique le dos de la pochette), est un long poème orchestral, quarante-deux minutes sombres, sépulcrales, pour clarinette basse, orchestre amplifié et voix de femmes, sorte de méditation sur le passage du temps. Voici ce qu'écrit Lang à son sujet : "My piece is about the struggle to create beauty. A single very consonant chord falls slowly over the course of forty minutes. That is the piece. Every aspect of the piece is on display, however - magnified, examined, amplified, prolonged. The soloist's notes are impossibly long, requiring frequent drop-outs for breath and for rest. The players are all instructed to play as quietly as possible, and then are amplified at high volume, in order to make their restraint an issue of the piece. Four percussionists scrape pieces of junk metal from start to finish, as if to accompany the consonance of the chords with sounds of dirt and decay." Il faut évidemment s'immerger dans cet océan, ce poumon géant à la jointure exacte de deux siècles, dans son effort toujours recommencé pour remonter la pente, reprendre souffle, comme un mantra surgi du fond des âges, à la lenteur exsangue et têtue. Impossible de vous proposer ce morceau prodigieux par l'intermédiaire de Deezer : il n'a de sens qu'intégral... (à suivre)

En écoute : deux extraits de "Are you experienced", dont la voix de Dieu, en exclusivité..., et l'intégralité de "Orpheus over and under".


Programme de l'émission du dimanche 11 janvier 2009

David Lang : Heroin (piste 2, 10' 57)

                               How to pray (p.4, 9' 55), extraits de Pierced (Naxos, 2008)

                               Orpheus over and under (p.7-8, 18' 19), extrait de Are you experienced ? (Composers Recordings I, 1992)

                               The passing measures (42' 15), extrait de The passing measures (Cantaloupe, 2001)

10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 22:11
   Une musique à trembler, qui soulève et qui fend, propulse au pays des choses essentielles, si loin et si près. Une musique inoubliable, un ravage, sublime chaos, chavirement. Il n'y a plus rien, le violoncelle plane au-dessus du volcan frémissant des percussions basaltiques. On n'a jamais rien écouté de tel, tout est arraché dans le décapement suprême des afféteries.
    Cela fait trois jours que je ne parviens pas à écrire ce début d'article. Comment mettre de pauvres mots sur une telle musique ? David Lang est un monstre, l'hybride suprême à la croisée du minimalisme façon Steve Reich, de l'électricité pure à la Jimi Hendrix et de l'écléctisme iconoclaste à la Frank Zappa. Trois références assumées par ce compositeur né en 1957, dont l'oeuvre vient enfin d'être reconnue par le prestigieux Pulitzer price for music en avril 2008. Et aucun article en français ne salue ce compositeur génial, qui monte sur les épaules de tous les noms reconnus du minimalisme pour donner à entendre une musique totalement libérée de tous les dogmes, de toutes les chapelles. Pierced, sorti fin novembre 2008 dans la série "American Classics" de Naxos, est une bonne entrée dans l'oeuvre déjà importante de Lang. Trois nouvelles versions de pièces présentes sur des disques antérieurs, et, en ouverture, la composition éponyme, Pierced, faux concerto qui superpose deux lignes, celle du trio Real Quiet, percussion, violoncelle et claviers, et celle de l'ensemble de chambre le Boston Modern Orchestra Project. Comme d'autres compositions de David, elle a une force tellurique sidérante, c'est Vulcain surfant sur le chaos à coup d'enclumes énormes pour donner forme et beauté à l'inconnu, c'est Rimbaud sculptant à chaud sur les cordes magmatiques agitées de hoquets la langue nouvelle, inouïe, barbare et sublime à la fois. On se souvient de la création du Sacre du printemps de Stravinsky en 1913, coup de tonnerre païen et ouverture grandiose du vingtième siècle musical. Le vingt-et-unième siècle vient de commencer le 27 mai 2008 avec l'enregistrement de Pierced (composée en 2007) de David Lang.
   Le second titre, Heroin, est un arrangement hypnotique pour voix et violoncelle de la célèbre chanson de Lou Reed :

I have made very big decision
Im goin to try to nullify my life
cause when the blood begins to flow
 When it shoots up the droppers neck
 When Im closing in on death  
Le  chanteur Theo Bleckmann donne une suavité alanguie à cette ode à l'anéantissement qui atteint grâce au dialogue avec le violoncelle une dimension extatique troublante : ô séduisante mort...
   Cheating, Lying, Stealing, troisième titre du programme, date des années 1993-1995 et reste l'une des compositions majeures de David, donnée ici dans une lecture analytique, lumineuse. Quatuor composé par le trio Real Quiet rejoint par le clarinettiste Evan Zyporin, il juxtapose les timbres métalliques des percussions et du piano et les élans lyriques du violoncelle et de la clarinette, le tout dans une structure puissamment charpentée, nerveuse, qui alterne moments de quasi stase et décollements, envols éperdus. Après un tel sommet, c'est How to Pray, dont la première version figure sur Elevated (Cantaloupe, 2005), interprété ici par Real Quiet, un de ces blocs monolithiques qu'affectionne Lang, de la lave pulsante, parcourue de spasmes,
travaillée par des reprises obstinées, traversée de brèves évanescences où le violoncelle reste seul suspendu au-dessus du gouffre. La minéralité abyssale de cette musique m'impressionne au-delà de tout : c'est la prière entre les dents de Sisyphe remontant son lourd rocher dans le Tartare, la litanie coléreuse de Prométhée enchaîné au Causase.
   Wed, morceau présent lui aussi déjà sur Elevated, est un solo de piano de cinq minutes interprété par Andrew Russo de Real Quiet, pièce à la mémoire de l'artiste conceptuelle kate Ericson, morte d'une tumeur au cerveau. Le morceau oscille sur une ligne fragile, entre majeur et mineur, équilibre et dissonance. Pudique, digne, tenu, il n'est pas moins impressionnant que les autres.
  Oubliez l'étiquette "classique" si vous pensez à une musique ennuyeuse et convenue. David Lang est un classique comme Mozart, Bach ou Stravinsky, c'est-à-dire d'abord un immense contemporain qui impose sa marque propre, son univers, change notre écoute, nous confronte à l'absolu avec une salutaire violence. Ecouter David Lang, c'est plonger dans la beauté convulsive dont rêvait André Breton.
Pour aller plus loin :
- l'arrangement d'Heroin de Lou Reed par David Lang :

Programme de l'émission du dimanche 4 janvier 2009
Jean-Philippe Goude : A nos rêves épanouis (piste 7, 4' 30)
                                                                      
L'Intranquillité (p. 9, 4' 36), extraits de aux solitudes (Pour l'instant / ici d'ailleurs, 2008)
David Lang : Cheating, Lying, Stealing (p.3, 10'42), extrait de Pierced (Naxos, 2008)
John Luther Adams
Letters B-C-D (p.2 à 4, 11' 30, extraits de In the White Silence (New World records, 2003)
Leo Ornstein : Fantasy pieces 1 à 3 (p.1 à 3, 11' 10)
                                  Three Tales : Rendez-vous at the lake (p.6, 5' 37), extraits de Fantasy and Metaphor (New Albion records
, 2008) 
Fred Frith : Bridge is bridge (p.4, 7' 16)
                                    Seven circles 3 et 4 (p.5 et 6, 6' ), extraits de Back to Life (Tzadik, 2008) 
6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 15:50
   Vous attendiez le classement de 2008 ? Mais l'année est à peine écoulée..., et puis bien des disques sortis en 2008 ne nous sont pas encore parvenus. Alors, un petit coup dans le rétroviseur, avec déjà du recul, cela ne saurait faire de mal pour des musiques à déguster, la sélection des grands crus. Classement subjectif, indicatif, non limitatif, sujet à révisions (cruelles ? non !), histoire de ne pas toujours  sacrifier sur l'autel implacable de l'Actualité, qui nous pousse en avant, hue! consomme! oublie! hue! efface le passé, n'aie plus de mémoire! Le voilà, modifié par l'utilisation de Deezer, plate-forme qui n'offre pas encore toutes les musiques singulières, comme vous pouvez le constater ci-dessous, mais on ne va pas se plaindre, quand même !

1.      Pascal Dusapin                  A quia                                                 Naïve

2.      Slow six                            private times in public places            If then else records

3.      Michael Gordon                Light is calling                                    Nonesuch 

4.      So percussion                   (sans titre)                                           Cantaloupe

5.      Annie Gosfield                   Lost signals and drifting satellites   Tzadik

6.      Psykick Lyrikah                 Des Lumières sous la pluie              Idwet


7.      Zad Moultaka                    Zarani                                                L'Empreinte digitale


8.      Gurdjieff/Tsabropoulos      Chants, Hymns and Dances              ECM New Series

9.      Ross Daly                          Microkosmos                                    L'Empreinte digitale


10.  Sonic Youth                         Nurse                                                 Geffen Records
































        

                                                                 





       










                






Published by Dionys - dans Classements
commenter cet article
26 décembre 2008 5 26 /12 /décembre /2008 19:06
   La guitare électrique est l'un des instruments les plus fétichisés, les plus adulés depuis l'avènement du jazz et du rock. Moins d'un siècle après sa naissance dans les années 1920, elle est devenue un instrument de répertoire, et fascine aussi bien les compositeurs de musique contemporaine. Le guitariste Seth Josel, instrumentiste renommé sur la scène contemporaine internationale, nous offre avec The Stroke that kills, paru début décembre 2008 chez New World Records, un florilège incandescent dû à six compositeurs majeurs d'aujourd'hui.
  Le disque décline la guitare électrique en solo ou jusqu'à six instruments, avec parfois adjonction de deux basses. Elle est souvent confrontée à elle-même grâce à des systèmes de retardement : voici la guitare jouant avec la nymphe Echo, jusqu'au vertige, jusqu'à l'incendie comme sur l'extraordinaire premier titre, "Until it Blazes", composition d'Eve Beglarian. Guitare radieuse, transparente, multipliée, poursuivie par les doux échos dans des cercles brûlants où émergent des notes comme des étincelles à la surface de l'océan sonore ; et puis ce crescendo final, la guitare épaissie en lave fulgurante !! Un des titres de l'année, à coup sûr, qui confirme tout le bien que je pense d'Eve (déjà célébrée ici). Alvin Curran, que je ne présente plus (il a une catégorie à lui tout seul...), signe le second titre, scindé en trois parties de longueurs très inégales, "Strum City I, II, III", une exploration de la guitare à base de strumming, la frappe rapide et répétée finissant par produire des harmoniques ponctuées par les sons graves des deux basses : l'auditeur est emporté dans un maëlstrom, cerné par le mur de guitares sur lequel il finit projeté...il pourra souffler pendant les parties II et III, plus méditatives. Le trip continue avec "Slapback" de Michael Fiday, élève de George Crumb et Louis Andriessen, qui donne un morceau d'allure très rock, inspiré par un enregistrement en concert de Pete Townsend, le guitariste des Who, qui jouait en duo avec le son de sa guitare réverbéré par les murs. Morceau hallucinant à écouter au casque : dans la voie de droite, la performance du guitariste, dans celle de gauche, son écho déclenché un huitième de note plus tard, ce qui finit par créer une intrication formidable de rythmes et de riffs. Avec un final presque cristallin, d'une finesse inattendue après l'orage magnétique ! On doit à David Dramm, un compositeur que je découvre (tout comme Michael Fiday), le titre éponyme, pour trois guitares électriques : strumming très rythmique, d'esprit flamenco au départ (composé pour le Amsterdam Guitar Trio), plus rude aux guitares électriques, morceau à la texture très répétitive qui se charge de résonances superposées, "cassé" au bout de sept minutes par un passage introspectif, comme hésitant, en voie de reconstruction avant une reprise furieuse, syncopée, des batteries de strumming. Arrivé là, l'auditeur est prêt à tout, et ça arrive, voilà une "stoned guitar" pilotée par Gustavo Matamoros, natif de Caracas, émule de Earle Brown et donc proche de la constellation post-cagienne (derrière cet affreux néologisme, vous aurez peut-être reconnu John Cage...), qui fut le directeur artistique du Subtronics Experimental Music and Sound Art Festival de Miami. Mais "stoned" n'évoque aucune substance hallucinogène, seulement la conduite de la pièce : "Avec une pierre, remonte les cordes de la guitare depuis le chevalet jusqu'au sillet de tête." Dérive mon beau délire débâcle des cordes fusion battements navire night en perdition tout se confond dans la torsion des sons...Le disque s'achève sur "Canon for Six guitars" de Tom Johnson, composition nettement plus faible, à l'écriture trop rigide : n'est pas Bach qui veut, je sais, je suis dur, passons. De toute façon, un des albums de l'année !
Pour aller plus loin :
- le site du guitariste, avec quelques extraits d'autres interprétations en écoute (notamment du Berio)
- un site co-fondé par le guitariste, consacré à répertorier toutes les compositions consacrées à la guitare. Avis aux amateurs !
Trois titres du disque en écoute ( le troisième pas tout à fait en entier):


Programme de l'émission du dimanche 21 décembre 2008
Zoë Keating : Frozen angels (piste 7, 7' 02)
                               Legions (war) (p.1, 6' 02)
                               Legions(rêverie) (p.6, 5' 04), extraits de one cello x 16 : Natoma (2005)
Eve Beglarian : Until it blazes (p.1, 10' 35)
Michael Fiday : Slapback (p.5, 12' 22), extraits de The Stroke that kills (New World Records, 2008)
Michael Byron : A Bird revealing the unknown to the sky (p.2, 16' 40), extrait de Dreamers of Pearl (New World records, 2008)
Philip Glass : The Needle (p.2, 3' 58)
                                Don't go back to sleep (p.3, 9' 02)
                                In the Arc of your Mallet (p.4, 4' 35), extraits de Monsters of Grace (Orange mountain Music, 2007) Encore un Philip Glass ! Une nouvelle collaboration avec le chorégraphe Robert Wilson, sur des textes de Rumi. Surprenant, un peu kitsch, mais de bons chanteurs.
20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 22:57
   Née au Canada d'une mère anglaise et d'un père américain, Zoë Keating a commencé à jouer du violoncelle dans le placard à balais de son école primaire anglaise. Suit une formation classique à New-York où sa famille a déménagé, elle participe déjà à des orchestres de jeunes ou d'adultes. Une fois réussis ses examens, elle part pour Los Angeles, où elle joue dans des groupes rock. Les collaborations se multiplient, notamment avec Raspoutina, étonnant groupe de chambre-rock, entre 2002 et 2006, avec DJ Shadow ou encore Amanda Palmer. Avec son violoncelle et son ordinateur portable ou son matériel électronique, elle joue un peu partout, dans le désert ou dans les clubs punks, les églises médiévales ou les festivals.
   Elle se consacre maintenant pour l'essentiel à sa carrière solo, utilisant le son naturel de son violoncelle pour produire plusieurs couches sonores. Le son de l'instrument est capturé en direct par plusieurs microphones disséminés sur la table d'harmonie ou le manche, enregistré en temps réel par un ordinateur qu'elle contrôle avec les pieds et réutilisé immédiatement. Le résultat sur one celo x 16 : natoma, premier CD sorti en 2005, est impressionnant. Zoë Keating s'inscrit avec bonheur dans un post-minimalisme décomplexé, entre pop et musique contemporaine. Les morceaux sont rythmés en frappant sur l'instrument, développent des atmosphères envoûtantes à base de boucles et variations sinueuses. L'un des plus beaux titres, Frozen angels, est la musique d'un film de science-fiction éponyme sorti lui aussi en 2005. A chaque écoute des premières mesures de ces anges gelés, je pense au film de Roman Polanski, La Neuvième porte, c'est dire le troublant pouvoir de cette musique à ce moment-là spectrale. Rêverie frémissante ou langoureuse, mélancolie foudroyée, incantation hypnotique, sont distillées par ce véritable orchestre de violoncelles. Je ne sais s'il faut prendre à la lettre le" x 16" du titre, mais toujours est-il que l'auditeur est enveloppé dans la tourmente majestueuse, dans les échos démultipliés des anges déchus. Seule la dernière pièce, legions (aftermath), retravaille le son de l'instrument en l'étirant. Un disque hanté, qui vous hantera longtemps, longtemps...Le disque a été enregistré dans son studio personnel au 964, rue Natoma, à San Francisco.
Trois titres en écoute, pour commencer :

Et une vidéo, Zoë en concert au Pop!Tech le 18 octobre 2007. Une pièce créée pour le Festival, échantillonnée en direct sur son ordinateur. Un peu de patience, tout le coeur du morceau est splendide !!

- le site officiel de Zoë Keating.
- pour découvrir -si vous n'avez pas encore exploré tout le blog, une autre violoncelliste, cliquez ici : Maya Beiser.

18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 22:55
   Michael Byron, né en 1953, écrit pour le piano depuis plus de trente ans, appartient à ce qu'on peut appeler la seconde génération des Minimalistes de la Côte Ouest, très marquée par la CalArts (California Institute of the Arts) fondée à Burbanks en 1970 grâce à l'argent de la famille Disney (authentique !). C'est dans cette école originale qu'il suit des cours consacrés à John Cage sous la direction de ses deux mentors, James Tenney et Richard Teitelbaum. A Los Angeles, il rencontre David Garland, Lou Harrison, Robert Ashley. Après un séjour à Toronto, il se fixe à New-York au milieu des années soixante-dix, joue dans les clubs des musiques de sa composition avec des amis : hardcore, punk, noise. Il collabore à divers projets avec La Monte Young, se tient un peu à l'écart des courants en vue, s'engageant dans une voie indépendante, comme nombre de compositeurs expérimentaux. Aussi reste-t-il peu connu encore, malgré une production importante, constituée essentiellement de musique instrumentale dans laquelle on trouve, à côté des oeuvres pour piano, aussi bien une pièce pour shakuhachi qu'un rondo pour un orchestre d'instruments occidentaux et orientaux.
   Dreamers of pearl est en trois parties, chacune avoisinant les vingt minutes, sur le schéma rapide-lent-rapide. Si les titres sont presque outrageusement lyriques (Enchanting the stars / A Bird Revealing the Unknown to the Sky / It is the Night and Dawn of Constellations Irradiated ), les pièces elles-mêmes sont dénuées de toute référence sentimentale, narrative. Il s'agit de piano pur, étincelant. La musique procéde par des sortes de balbutiements réitérés et perpétuellement variés, sur des rythmiques asymétriques. L'ensemble est virtuose, non pour déployer des phrases mélodiques, mais pour reconstruire le dialogue incessant entre les deux voix, les deux couches pianistiques. On pense au jazz, sans l'abandon : musique tenue, rigoureuse, mouvante et insaisissable, qui nous prend dans son maillage têtu. Au bout, sans doute, il y a la perle, coagulation de rêves toujours recommencés. Une musique exigeante, qui ne supporte pas l'écoute distraite. Il faut plonger, épouser le mouvement pour ramener cette perle...
 En écoute, un extrait d'une compilation parue en 1984 !! Je n'ai rien trouvé d'autre pour vous présenter cette musique étonnante :
 

Programme de l'émission du dimanche 14 décembre 2008
My Brightest diamond : To Pluto's moon /.../ Like a sieve (pistes 7 à 10, 18' 30), extraits de a thousand shark's teeth (Ashmatic Kitty records, 2008)
Raspoutina : 1816, the year without a summer (p.1, 4' 23)
                               O Bring back the egg unbroken (p.7, 3' 55)
                               A Retinue of Moons / The infidel is me (p.11, 7' 05), extraits de O Perilous World (Filthy Bonnet, 2007)
Julia Kent : Gardormoen / Idlewild (p.2-4, 7' 25)
                            Barajas (p. 7, 4' 16), extrait de Delay (Important records, 2007)
John Luther Adams : Red arc / blue veil (p.4, 12' 35), extrait de red arc / blue veil (Cold blue music, 2007)
Michael Byron : Enchanting the stars (p.1, 17' 58), extrait de Dreamers of pearl (New World records, 2008)
    

13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 16:54
    Née dans une famille de musiciens, soumise à des influences musicales variées allant du tango au gospel et au jazz, Shara Worden a étudié le piano, puis l'opéra  et la composition à l'université : Purcell et Debussy s'ajoutent à son paysage musical. Elle chante le Pierrot lunaire de Schoënberg, participe à plusieurs groupes new-yorkais en tant que chanteuse avant de mettre sur pied My Brightest diamond, son groupe, son ensemble, qui sort un premier disque en 2006.
   a thousand shark's teeth
est le second, et c'est une superbe réussite. L'album commence plutôt rock avec "Inside a boy", lyrique et énergique, tout de suite la voix limpide, qui plane très haut, guitares et cordes nerveuses. "Ice & the storm" est une ballade avec harpe cristalline et cordes crissantes, un peu parasitée par des envolées conventionnelles, un point plus faible, un. Nous en sommes aux hors d'oeuvre. "If I were a queen" ouvre le pays des merveilles : quatuor à cordes moelleux, voix suave, une ravissante miniature. Avec "Apples", le quatrième morceau, le violoncelle se fait langoureux, les percussions intrigantes, la voix dérape dans les souvenirs, côté Kate Bush, Björk. "From the top of the world" oscille entre ballade sucrée et discrets accents reggae ou folk, au risque d'agacer les durs rockeurs. Le disque décolle une nouvelle fois avec "Black & costaud", admirable composition, bouleversante, clarinette et quatuor à cordes, percussions frémissantes, mini-symphonie à la klézmer avec une coda dépouillée. Dès lors, les séraphins nous environnent, c'est "to Pluto's moon", "this is a state of electric ocean", rarement on aura mieux chanté l'amour infini. Shara Worden transcende la variété, infusée de musique de chambre et servie par un sens très sûr de la composition qui réserve à chaque instant des surprises dans les timbres, les tempos. Le morceau se termine par un crescendo de guitares saturées qui ne déparerait pas chez Portishead ou Sonic Youth. "Bass player" semble une chanson des Balkans, prend de la hauteur, finit en apesanteur, la grâce. Survient "Goodbye forever", totalement trouble, hanté, qui se développe en houles incantoires parsemées de notes lumineuses de guitares et de glockenspiel, avant l'hypnose finale : " come closer to me / still". Des percussions étranges ouvrent et ponctuent "Like a sieve", chant fragile troué de quasi-silences, cordes pizzicati. Le disque s'achève par un morceau lyrique et sombre sur l'attente " : I can see you shining", murmures amoureux, extase languissante, guitares lourdes, cordes déchirantes, quelques riffs rageurs en arrière-plan, et puis la disparition...

   Lecteurs, vous allez me dire que nous voilà aux antipodes de Gordon Mumma encensé voici peu dans ces pages, que le romantisme vilipendé naguère envahit nos oreilles. C'est indéniable, mais cela ne change rien : le charme de ce disque est irrésistible parce que Shara Worden n'a pas peur du sublime, que son chant est naturellement sublime. Et puis quelle compositrice ! Une chanson pour elle ne consiste pas à répéter quelques pauvres mesures épuisées au bout de trente secondes, c'est une mélodie au sens le plus noble du terme, un mini poème où chacun de ses quinze (si j'ai bien compté) musiciens peut apporter sa touche, c'est enfin la rencontre réussie entre une formation de chambre et un groupe pop. Oubliez toutes vos réticences, laissez-vous aller !
Pour aller plus loin  :
-quelques titres à écouter ici.
- un titre de l'album précédent :
- un autre de Pedestrian, groupe rock de Los Angeles présent sur My Brightest diamond :

11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 23:28
   En attendant une nouvelle chronique, comme le temps me manque, je vous mets un morceau de Lubomyr, et je renvoie à l'un de mes précédents articles qui présente ce disque furieusement inactuel. C'est une manière de fêter mon retour à ma couleur, après un bref passage pâle, très pâle, avec le changement de CSS !