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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 14:20
                                                                               En 1996, invités d'un festival de musique à Turin, les trois co-fondateurs du Bang on a Can Festival, Michael Gordon, David Lang et Julia Wolfe, sont chargés par le présentateur d'écrire en commun un opéra qui aurait un rapport avec la vie à New-York. Après  bien des discussions, ils décident d'élaborer un projet avec un auteur de bande dessinée. Ils veulent écrire une nouvelle sorte de musique théâtrale, à la croisée idéale de la nouvelle musique et des textes et décors surgis de l'imagination d'un dessinateur-culte de l'underground new-yorkais, Ben Katchor, qui a accepté avec enthousiasme l'idée de l'opéra. En 1999, un collectif théâtral d'avant-garde, le Ridge Theatre de New-York, met en place l'oeuvre, présentée pour la première fois à Turin peu après. Enregistré en août 2000, mixé entre 2001 et 2003, le disque ne sort qu'en 2006 sur la label du Bang on a Can, Cantaloupe Music. 
   L'objet est très beau : livret polychrome de 50 pages avec l'intégralité du texte et des dessins de Ben Katchor, cartonné. A signaler un petit inconvénient : le disque est encarté contre la troisème de couverture, difficile d'accès car il faut le tirer soit au risque de déchirer la pochette, soit de rayer le disque (mieux vaut dès la première fois créer une copie de sauvegarde !).
  Plus d'histoire d'amour, d'adultère, fini l'opéra bourgeois des déchirements existentiels. Le livret raconte l'histoire de deux immeubles construits sur le même modèle architectural à l'automne 1929, le Palatine et le Palaver. Séparés par une vingtaine d'autres immeubles, ils existent toujours. Mais ils appartiennent à deux quartiers différents, ont été occupés par des habitants qui ont modelés différemment les deux constructions jumelles
. En retraçant la vie du Palatine et du Palaver, l'opéra ressuscite un New-York truculent, haut en couleurs comme les dessins de Ben Katchor, le monde des oubliés de l'histoire, humbles et puissants du moment. Les quatre chanteurs se partagent les voix d'un gardien, d'un livreur, d'un employé chargé d'enlever les chewing-gums, d'une éditrice, d'un propriétaire d'une entreprise d'embaumement bien nommée "Dolce Vita"...John Benthal à la guitare électrique, David Cossin aux percussions, Martin Goldray aux claviers et Bohdan Hilash aux bois, interprètent cette musique nerveuse, métissée d'accents rock ou jazz, constamment gorgée d'idées mélodiques et rythmiques, de trouvailles d'accompagnement. Difficile de relever ce qui appartient à chacun des trois compositeurs dans ces 72 minutes : quand  même la patte de David Lang dans le syncopé et répétitif City walk, dense et sculpté comme un monolithe, et des échos reichiens, bien sûr, notamment dans Panel review, voix, choeurs et pulse en boucle. Ce qui surprend le plus, c'est le bonheur du chant, d'une évidence et d'une clarté impeccable : écoutez "I blame the tenants", les récriminations du gérant du Palaver à l'égard des locataires indélicats, une voix impérieuse ou dégoûtée sur un rock limpide aux échos ravageurs.
   Si The Carbon copy building n'est pas un opéra rock, mais un "comic-strip opera" comme le définissent les trois compositeurs, il concrétise à merveille un vieux rêve de convergence entre des styles musicaux a priori éloignés : pas question de réunir une formation rock et un orchestre symphonique pour acoucher d'une oeuvre pompeuse et amphigourique comme si souvent. Quatre chanteurs et quatre instrumentistes suffisent au service d'un musique contemporaine exigeante et curieuse, qui sait incorporer l'énergie du rock, le naturel de la pop. L'opéra s'ouvre et se ferme sur deux titres extraordinaires, qui donnent à cette plongée dans l'intimité des deux immeubles une aura majestueuse et grandiose. Entre temps, on aura assisté à la marche funèbre des desserts inachevés, embaumés avant d'être recyclés !
Pour aller plus loin :
- le site de Bang on a Can, avec des extraits à écouter.
Programme de l'émission du dimanche 9 novembre 2008
Anthony and the Johnsons : Crackagen
(p.2, 2' 32)
                   Shake that devil (p.5' 19), extraits de Another world (Rough trade, 2008), cinq titres d'un album à sortir en 2009, qui sera titré "The Crying light".
Michael Gordon / David Lang / Julia Wolfe : Where is that boy (p.6, 2' 45)
                 City walk (p.7, 5' 39)
                 Panel review (p.8, 5' 52)
                 I blame the tenants (p.9, 5& 19), extraits de The Carbon copy building (Cantaloupe Music, 2006)
John Luther Adams : Beginning (p.1, 5' 34)
                                        Measure 93 (p.2, 8' 40)
                                        Letter H (p.3, 5' 34)
                                        Measure 315 (p.4, 8' 40), extraits de For Lou Harrison (New World Records, 2007)
Barak Schmool : Stolen train (p.3, 5' 06), extrait de Transmission (2001), produit et interprété par PIANOCIRCUS. Quant au prénom de ce compositeur dont j'ignore tout pour le moment, disons que c'est un hasard objectif...

                                                   
8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 14:38
  L'Éternel retour de l'Éternité
  Je suis terrassé par cette musique, à chaque fois comme la première fois. Soixante-trois minutes de transport extatique, de frémissement devant l'ineffable. Je découvre John Luther Adams, né en 1953, avec ce dixième enregistrement, vibrant hommage à Lou Harrison (1917-2003) paru chez New World Music en 2007. Cette longue pièce est composée de neuf sections, qui alternent selon le schéma ABABABABA. Les sections impaires, c'est la mer qui vient battre contre le rivage, une succession de vagues montantes de cordes glissandi, de nuages orchestraux sculptés par les deux pianos qui marchent sur les eaux primordiales, dans un éternel recommencement qui n'est jamais bien sûr exactement le même. A la fluidité mouvante des arpèges ascendants répondent les marches solennelles des sections paires : les deux pianos mènent une procession rituelle dans le poudroiement doré de l'orchestre vaporisé. Quelle force majestueuse ! Quelle sereine et souveraine tendresse ! Par delà tous les aléas, la procession avance, c'est le Temps allongé sur l'espace comme l'Epoux sur l'Epouse pour une union cosmique. Le soir descend sur Hiérapolis et ses tombeaux ouverts. Il pleut des gouttes de piano dans la suspension de toutes choses. Regardez cet arbre enraciné dans le ciel, gainé de lumière d'or, immobile en apparence, il danse, parcouru de vagues d'énergie, des pelotes au bout des branches comme des condensateurs. Toute la musique de John Luther Adams est là, elle nous remet au courant, avec une patience inlassable : nous ne cessons plus de naître, éblouis par l'évidence radieuse du monde dépouillé des oripeaux trompeurs de l'Histoire humaine. C'est une musique qui appelle, qui fait surgir. En témoigne pour moi ce cerf, apparu au milieu d'une nuit récente devant la voiture : la sixième section inondait l'habitacle, il a franchi la route, marquant un très bref arrêt dans la lumière des phares avant de replonger dans le noir. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il a répondu à l'appel orphique de ce poème sonore épandu comme une nébuleuse bien au-delà des étroites limites de tôle de l'automobile lancée dans la nuit.
   D'abord batteur dans des groupes de rock, John Luther Adams ( à ne pas confondre avec John Adams ! -autre compositeur américain contemporain, ami de longue date par ailleurs.) découvre grâce à des amis Frank Zappa. Les notes d'accompagnement d'un des disques de ce dernier l'amènent à la musique d'Edgar Varèse et, par ricochet pourrait-on dire, à celle de John Cage. Il entreprend alors des études musicales au Califormian Institute of the Arts
, où il rencontre les futurs compositeurs Lois V. Vierk et Peter Garland - ce dernier étant l'auteur d'une partie des notes qui accompagnent For Lou Harrison. En 1975, il part en Alaska pour prendre un poste dans un centre chargé de la protection de l'environnement. Il s'éprend de la région au point de s'installer presque dix ans sur une colline non loin de Fairbanks dans une maison rudimentaire, en grande partie bâtie de ses mains, en compagnie de sa seconde épouse passionnée par les problèmes environnementaux. C'est sa période Thoreau, fait-il lui-même remarquer. Il cherche encore son chemin comme compositeur. Un jour, il est chez Lou Harrison en compagnie de John Adams. Le succès de son quasi-homonyme le pousse à affirmer sa propre voie, qu'il ne trouve que dans le courant des années quatre-vingt dix, sous l'impulsion conjuguée des univers de Lou Harrison, déjà cité, et de Morton Feldman. Ses oeuvres, très variées -j'y reviendrai !, sont publiées par les labels phares de l'émission, New Albion Records, Cantaloupe Music, New World records, Mode records, Cold Blue music
Pour aller plus loin :
- le site du compositeur.
- un très bel article, en anglais, du chroniqueur musical du New Yorker, Alex Ross, article très utile pour la notice biographique ci-dessus et qui part d'une installation sonore et lumineuse conçue par John Luther Adams pour le Museum of the North de Fairbanks.
- une vidéo : un extrait de "The light within", interprété par le California EAR unit au Redcat à Los Angeles.

           
28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 16:17
   Déjà publiées en 2002 par le pianiste allemand Steffen Schleiermacher (cf. article du 14 août 2007)dans une version  pour clavier électronique piloté par ordinateur, les Keyboard Studies 1 et 2 reparaissent réinventées pour plusieurs pianos par Fabrizio Ottaviucci, pianiste italien qui a notamment étudié l'oeuvre pianistique de Giacinto Scelsi. " Les Keyboard Studies 1 et 2 font partie d'un travail commencé en 1964. Leur nature est fondée sur l'improvisation. Les deux mains mettent en relation entre eux des patterns de durées différentes, continuellement répétés. Chaque module comprend de deux à neuf mesures et les mains peuvent se déplacer librement d'un cycle à l'autre et créer des séquences de notes spontanées et aléatoires. Chaque pattern est construit sur une gamme ou un mode fixés. Occasionnellement peuvent naître des passages mélodiques qui sont le résultat de différents modules liés l'un à l'autre." écrit Riley à propos de ces deux compositions qui représentent parmi les premières tentatives de mettre en pratique les idées minimalistes associées au concept temporel de répétition continue. Plus de quarante après, ces pièces continuent de fasciner et de susciter de nouvelles versions, comme In C, mais avec beaucoup de retard, car les partitions, réduites à quelques indications, sont restées longtemps dans les cartons. Cette nouvelle version est a priori plus austère, moins colorée et dynamique que celle de Schleiermacher, mais se révèle passionnante après plusieurs écoutes. L'étude 1 est d'une linéarité rigoureuse, créant un état de méditation flottante favorable à la saisie des images sonores qui montent à la surface de la ligne rythmique continue. Plus hypnotique, la seconde déploie davantage de niveaux et ménage quelques cassures dans la progression, d'où une impression de reconstruction et d'approfondissement, de plénitude. Tread on the trail, une pièce de 1965, complète le programme. Construite sur la réitération et la dilatation de fragments de phrasés jazzy sur fond continu de notes graves percussives, elle est une sorte de danse dégingandée, disloquée, reprise jusqu'à épuisement. Avec Terry Riley, marchez sur la piste du bonheur !
Pour aller plus loin : une vidéo (fixe !) de Terry au piano, un Bösendorfer : "The Philosopher's hand", extrait de Requiem for adam (Nonesuch). Simplement sublime...

Programme de l'émission du dimanche 19 octobre 2008
Idem : Presque jour (piste4, 5' 24)
               Trauma (p.6, 4' 28)
                Stinking flies (p.7, 4' 20), extraits de The Sixth Aspiration Museum Overview (Discograph, 2008)
iTaltek : Tokyo freeze (p.5, 4' 55)
                    Still shores (p.6, 5' 02), extraits de cYCLICAL (Planet Mu records, 2008)
Terry Riley : Keyboard study n°1 (p.1, 17' 06), extrait de Keyboard studies 1-2 / Tread on the trail (Stradivarius, 2008) Piano : Fabrizio Ottaviucci
Michael Gordon/ David Lang/ Julia Wolfe :
Opening slide lecture (p.1, 6' 42)
                        The Palatine Building (p.2, 2' 11)
                         Early birds (p.3, 4' 36)
                         Chewing gum (p.4, 4' 34)
                         At dusk (p.5, 4' 19), extraits de The Carbon Copy building (Cantaloupe Music, 2006), un formidable comic-strip opera dont je parlerai bientôt...
Published by Dionys - dans Terry Riley
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24 octobre 2008 5 24 /10 /octobre /2008 13:56
   Idem, groupe nantais, en est à son sixième album. Aspiration Museum Overview est un cocktail impressionnant de morceaux électro-rock, post-rock, on ne sait plus très bien et peu importe, tant l'auditeur est emporté dans cette musique au lyrisme flamboyant, aux assises rythmiques rigoureuses. Servi par des voix aux inflexions machiniques ou insinuantes qui se fondent dans les guitares déchaînées, l'album est abouti, magistralement construit pour distiller des atmosphères épaisses ou frénétiques, hypnotiques. Echaudé par des groupes de post-rock aux  titres lourds et poussifs (les derniers Sigur Ross ou Mogwai...), je renais en écoutant ces compositions ramassées comme des fauves, langoureuses, vénéneuses, qui se détendent dans des bonds étincelants. Le son tient de l'industriel calciné, du bruitisme bien digéré.. C'est mieux que les Américains d'Explosions in the sky ou Filmschool, c'est peu dire. De Who or what, le premier titre, à Extrod erty, le onzième, la même énergie fougueuse innerve cet album intelligent, capable de moments introspectifs fascinants. Une splendide réussite !
Pour aller plus loin :
- le site officiel d'Idem.
-
Courts fragments à écouter ici.
- un morceau en écoute :

Programme du dimanche 12 octobre 2008
Agoria : Solarized (piste 7, 5'49)
                  Last breath (p.8, 1' 05)
                  Altre vocci (6' 07), extraits de Go fast (Different recordings/Pias, 2008)
Elodie Lauten : Prelude (p.5, 2' 36)
                                    Acte II, sc 1 Death as a woman (p.6, 3' 04)
                                    Acte II, sc 2 Duel (p.7, 6' 19)
                                    Acte II, sc 3 Despair (p.8, 6' 51), extraits de The Death of Don Juan (Unseen Worlds, 2008)
Idem : Who or what ? (p.1, 4' 03)
               Up to good (p.2, 4' 37)
               E.C.O.W. (p.3, 4' 34), extraits de The Sixth Aspiration Museum Overview (Jarring effects, 2008)
Jean-Louis Murat : Chante bonheur (p.5, 4' 32)
                                             Dame souveraine (p.8, 3' 42), extraits de Tristan (V2Music/Universal, 2008)

19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 19:33
   Le DJ Sébastien Devaud, alias Agoria, revient avec la bande originale de Go Fast, film qui raconte l'histoire d'un policier infiltré dans un réseau de trafiquants de drogue. Après le très bon The Green Armchair, paru en 2006 déjà chez PIAS, Agoria surprend par son éclectisme et son sens des atmosphères, des couleurs. C'est un disque à faire écouter aux détracteurs de la techno, qui pensent que cette musique est désincarnée, monotone et froide. Altre voci, l'étonnant second titre, joue merveilleusement avec la voix de la mère de Sébastien, chanteuse d'opéra, pour produire un titre décalé, entre mystère des voix bulgares et techno intergalactique grâce à des échos démultipliés. Suit un  titre d'une techno très minimale, sobre, puis Dust, joli morceau disco-groove chanté avec une nonchalance sucrée, errance agrémentée de cordes à l'arrière-plan. Pending between two worlds est un court intermède aux cordes saturées, suite d'appels intenses. Eden développe des ondes frénétiques en couches frémissantes, puissamment rythmées, introduction instrumentale à Solarized, deuxième grand moment de l'album : techno ramassée, envoûtante, sur laquelle la voix androgyne de Scalde ondule avec une grâce ineffable. Un grand, très grand plaisir, ce Solarized, hélas suivi de titres moins inspirés, le vaguement atmosphérique Go fast, la poursuite percussive désastreuse Run Run Run. L'album se termine un peu mieux avec Diva Drive, sept minutes d'une techno bien tenue, sans surprise, comme un orgasme inabouti. Un album inégal, on l'aura compris, avec deux titres-phares qui tirent le tout, à prolonger par les excellents mix et remix du quatre titre Dust featuring Scalde.
Pour aller plus loin :

-quelques titres, dont Solarized, à écouter ici.
Programme du dimanche 5 octobre 2008

Agoria : Rocco vision mix (piste 2, 9' )
                       Arandel remix (p.4, 8' 04), extraits de Dust featuring Scalde (Pias, 2008)
Spyweirdos/ Mourjopoulos/ Floridis : Epistrophy (p.1, 4' 03)
                                Ethnic music cleansing (p.2, 4' 15)
                                Utopia (p.5, 5' 27), extraits de Epistrophy at Utopia (Ad Noiseam, 2008)
Marcel Kanche : Rien ne sera comme avant (4' 44)
                                       De l'eau (3' 57)
                                       L'Oiseau (6' 19), extraits de Vertiges des lenteurs (Label Bleu, 2005)
Elodie Lauten : Acte I, sc 1 Vision (p.2, 5' 10)
                                    Acte I, sc 2 Death as vision (p.3, 8' 22)
                                    Acte I, sc 3 Don Juan enlightened (p.4, 5' 51), extraits de The Death of Don Juan (Unseen Worlds, 2008)


12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 12:10
  Je ne connaissais pratiquement pas Jean-Louis Murat avant Tristan, paru en mars de cette année. Et me voilà pris au charme du troubadour, multi-instrumentiste, parolier et compositeur, qui signe à lui tout seul un disque léger et grave, élaboré et évident. Sans doute," Mousse noire" a tout du hit, le trop habituel vide abyssal des paroles en moins : toute la différence avec la chanson commerciale est déjà là, dans le texte, la langue travaillée avec bonheur. Comme chez Apollinaire, l'élégiaque y côtoie l'obscène pour dissoudre d'emblée l'insupportable sentimentalité des chansons dites d'amour : " Flot amer au gosier d'amant / Dans la boue qui va pataugeant / Doux Colin foutez donc Margot / Rien ne sais je t'ai dans la peau ". Rien d'appuyé toutefois, aucune emphase dans cette errance amoureuse qui évite non sans malice tous les clichés, navigue entre gaieté et désespoir avec un naturel confondant, une naïveté salutaire. Jean-Louis Murat réussit le tour de force de sortir Tristan de sa gangue épaisse d'amoureux transi pour en faire un amant lumineux et sensible, toujours brûlant de désir, jusqu'à retrouver des accents ronsardiens dans la réaffirmation finale d'un Carpe diem intemporel : " Ma  cyprine céleste / Près du cercueil que devient la beauté ? / Vous périrez ma chère / Peut-être même / m'entendrez-vous chanter ". L'album, toujours mélodiquement inspiré, réserve de plus de purs chefs d'oeuvre bouleversants et délicats comme "L'amour en fuite", "L'hermine", ou encore "Chante bonheur", cantique miraculeux et tournoyant qui " chante bonheur / Au vent mauvais ". Une divine surprise, et une pochette superbe !
    Les hasards des sorties me comblent. Il s'agit à vrai dire d'une réédition. L'opéra d'Elodie Lauten (cf. article du 7 juillet 2008), composé en 1984 et paru en 1985 sur le label Cat Collectors Productions, vient d'être republié en juillet 2008 par Unseen worlds. Il faut saluer cette réapparition d'une oeuvre-clé d'un post-minimalisme radical et flamboyant. Conçu pour voix de soprano, alto, contralto et baryton, cet opéra recourt aussi au violoncelle, à la guitare électrique, au trombone, sous la houlette d'un Fairlight CMI, synthétiseur-échantillonneur et d'un instrument fabriqué par Elodie, une sorte de lyre triangulaire électro-acoustique. Après une introduction à la lyre, les deux actes confrontent Don Juan à la Mort. Celle-ci se montre à lui sous les traits d'une de ses nombreuses conquêtes  qui lui parle en langues pour lui révéler progressivement combien désertique a été sa vie, provoquant chez Don Juan une véritable désintégration intérieure, hallucinée, avant sa délivrance, sa transfiguration. Elodie Lauten nous entraîne dans un espace intérieur vertigineux, peuplé de voix fantomales, animé de forces sourdes comme des mantras telluriques. A mon sens, un opéra aussi important que le Einstein on the beach de Philip Glass, dont la célébrité tient peut-être autant au talent du metteur en scène Robert Wilson. Ajoutons qu'Elodie Lauten est une enchanteresse redoutable avec sa voix profonde d'alto ou de contralto, et qu'elle réussit au passage un étourdissant duo avec le ténor Arthur Russell. Cette new-yorkaise d'origine française mérite décidément d'être plus connue : c'est une artiste majeure d'aujourd'hui, puissamment originale, qui sait allier dans une alchimie dépaysante voix, instruments acoustiques et sons électroniques.
Pour aller plus loin :
- le site de Jean-Louis Murat.
- le site d'Unseen worlds (en écoute un fragment de l'opéra d'Elodie).
- le site d'Elodie Lauten.
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Programme de l'émission du dimanche 28 septembre 2008
Jean-Louis Murat : La Légende dorée (piste 1, 4' 46)
                                            L'amour en fuite (p.2, 5' 10)
                                            L'Hermine (p.4, 3' 39), extraits de Tristan (V2 music/Universal, 2008)
Kyle Gann : Etude n°10 "Unquiet night (p.10, 16' 20), extrait de Nude rolling down an escalator (New World records, 2005)
                             
Long night, titre unique de Long night (Cold blue music, 2005)
Michael Gordon : Light is calling ( 7' 03 ), extrait de Light is calling Nonesuch, 2004), un des indicatifs de fin d'émission.
 
    
11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 11:00
   Le compositeur et improvisateur de Brooklyn Duane Pitre sera à Paris le 21 octobre à 20h30 avec son Ensemble Drones, ceci dans un lieu étonnant, Les Voûtes. Expérimentateur dans la mouvance de La Monte Young, il propose une musique de chambre minimaliste aux infimes chatoiements, aux enveloppantes ondulations. Un artiste important d'aujourd'hui à découvrir, dont j'ai chroniqué le Cd "Organized pitches occurring in time" dans un article du 20 septembre 2007.
Pour aller plus loin :
- le site de Duane Pitre.
- des extraits à écouter.
- pour tout savoir sur le concert parisien.



- une vidéo d'un extrait du concert du 8 décembre 2007 à Burlington : une pièce intitulée
"The Ensemble Chord in Eb with a Minor 7th and a Harmonium Base"
3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 20:36
Il s'appelle Spyros Chronopoulos, cet athénien né en 1980, et fait de la musique depuis 1993, apprend-on sur son très beau site. Déjà le nom me fait rêver : contracté en Spyweirdos, l'espion étrange, dieu des sons, chronophage halluciné par ses études de physique, spécialité acoustique. Quand, par surcroît, il invite deux musiciens de jazz, John Mourjopoulos, aussi professeur d'acoustique à Thessalonique, et Floros Floridis, improvisateur averti, le résultat est totalement dépaysant, renversant. Imaginez. Le disque s'ouvre sur un arrangement  hérétique et flamboyant  d'Epistrophy  de Thelonius Monk, parasité par des échantillons bruitistes et des remontées humides de sous-sol. Ethnic Music cleansing commence par un chant murmuré recouvert par un échantillon d'instruments méconnaissables, avant de laisser la place à des boucles cuivrées puis à un duo jazz piano-contrebasse achevé par la batterie pour relaisser la place au chant initial. Après ces mises en oreille, la porte s'ouvre sur l'inconnu, Spyweirdos investit la Wet house : il y pleut, tout suinte, l'orgue s'insinue dans les coins, vous enveloppe comme de loin, appels de la maison engloutie d'un film de Tarkovski, avec des chevauchements de bandes sonores d'époques révolues qui finissent absorbées par les claviers liquides. At, le quatrième titre, peut alors se déployer, majestueux, orgue et hautbois suave sur un fil rythmique frémissant, piano à l'arrière-plan, le tout ponctué de déchirements puissants de saxophones basses (à vérifier) : impressionnant et inoubliable morceau, d'une densité rare ! Utopia semble revenir au jazz pour jouer en virtuose des changements de vitesse, du ralenti énigmatique du piano au début, rejoint par la basse, le saxophone dans un phrasé miné par  des  aplats mécaniques, aux brusques et courtes accelérations frénétiques qui achèvent de disloquer l'ensemble. En hommage à l'inventeur d'instruments et au compositeur de bandes sons pour dessins animés Raymond Scott, Raymond bound est un joyeux et irrévérencieux compendium de fragments hétéroclites coulés dans une cadence rythmique quasi immobile, menacée d'effilochement, guettée par des poussées mièvres, recouverte in fine par le tintinnabulement d'un troupeau mené par son berger...Arrivé à ce stade, on est prêt à tout, l'alphabet des possibilités a défilé dans un raccourci audacieux, un sens très sûr de l'espace sonore. Les trois musiciens assènent le coup de grâce, The letter after Oméga, géniale synthèse d'une musique ambiante habitée et fascinante, et d'un jazz profond et chaleureux, réduit à son essence, débarrassé de sa tendance au bavardage : boîtes à rythmes, souffles rauques, claviers étagés et parcimonieux au bord du silence. Tout sombre, il n'y a plus rien, puis le morceau caché surgit pour nous happer dans ses strates de lumières obscures, aux découpures rythmiques implacables. Apothéose électronique de toute beauté pour un disque étonnant et remarquablement conçu. 
Paru en avril 2008 chez Ad Noiseam.
Prolongements
- le site Myspace de Spyweirdos.
- le site personnel du musicien.
-une vidéo en public des trois musiciens pour Raymond bound, en décembre 2007 lors du Synch Festival d'Athènes, important festival de musique électronique qui se déroule  dans une usine désaffectée non loin de l'Acropole.
- une autre vidéo, pour la face étrange de Spyweirdos, musique extraite de "Ten Numbers" :