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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 22:55
   Michael Byron, né en 1953, écrit pour le piano depuis plus de trente ans, appartient à ce qu'on peut appeler la seconde génération des Minimalistes de la Côte Ouest, très marquée par la CalArts (California Institute of the Arts) fondée à Burbanks en 1970 grâce à l'argent de la famille Disney (authentique !). C'est dans cette école originale qu'il suit des cours consacrés à John Cage sous la direction de ses deux mentors, James Tenney et Richard Teitelbaum. A Los Angeles, il rencontre David Garland, Lou Harrison, Robert Ashley. Après un séjour à Toronto, il se fixe à New-York au milieu des années soixante-dix, joue dans les clubs des musiques de sa composition avec des amis : hardcore, punk, noise. Il collabore à divers projets avec La Monte Young, se tient un peu à l'écart des courants en vue, s'engageant dans une voie indépendante, comme nombre de compositeurs expérimentaux. Aussi reste-t-il peu connu encore, malgré une production importante, constituée essentiellement de musique instrumentale dans laquelle on trouve, à côté des oeuvres pour piano, aussi bien une pièce pour shakuhachi qu'un rondo pour un orchestre d'instruments occidentaux et orientaux.
   Dreamers of pearl est en trois parties, chacune avoisinant les vingt minutes, sur le schéma rapide-lent-rapide. Si les titres sont presque outrageusement lyriques (Enchanting the stars / A Bird Revealing the Unknown to the Sky / It is the Night and Dawn of Constellations Irradiated ), les pièces elles-mêmes sont dénuées de toute référence sentimentale, narrative. Il s'agit de piano pur, étincelant. La musique procéde par des sortes de balbutiements réitérés et perpétuellement variés, sur des rythmiques asymétriques. L'ensemble est virtuose, non pour déployer des phrases mélodiques, mais pour reconstruire le dialogue incessant entre les deux voix, les deux couches pianistiques. On pense au jazz, sans l'abandon : musique tenue, rigoureuse, mouvante et insaisissable, qui nous prend dans son maillage têtu. Au bout, sans doute, il y a la perle, coagulation de rêves toujours recommencés. Une musique exigeante, qui ne supporte pas l'écoute distraite. Il faut plonger, épouser le mouvement pour ramener cette perle...
 En écoute, un extrait d'une compilation parue en 1984 !! Je n'ai rien trouvé d'autre pour vous présenter cette musique étonnante :
 

Programme de l'émission du dimanche 14 décembre 2008
My Brightest diamond : To Pluto's moon /.../ Like a sieve (pistes 7 à 10, 18' 30), extraits de a thousand shark's teeth (Ashmatic Kitty records, 2008)
Raspoutina : 1816, the year without a summer (p.1, 4' 23)
                               O Bring back the egg unbroken (p.7, 3' 55)
                               A Retinue of Moons / The infidel is me (p.11, 7' 05), extraits de O Perilous World (Filthy Bonnet, 2007)
Julia Kent : Gardormoen / Idlewild (p.2-4, 7' 25)
                            Barajas (p. 7, 4' 16), extrait de Delay (Important records, 2007)
John Luther Adams : Red arc / blue veil (p.4, 12' 35), extrait de red arc / blue veil (Cold blue music, 2007)
Michael Byron : Enchanting the stars (p.1, 17' 58), extrait de Dreamers of pearl (New World records, 2008)
    

13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 16:54
    Née dans une famille de musiciens, soumise à des influences musicales variées allant du tango au gospel et au jazz, Shara Worden a étudié le piano, puis l'opéra  et la composition à l'université : Purcell et Debussy s'ajoutent à son paysage musical. Elle chante le Pierrot lunaire de Schoënberg, participe à plusieurs groupes new-yorkais en tant que chanteuse avant de mettre sur pied My Brightest diamond, son groupe, son ensemble, qui sort un premier disque en 2006.
   a thousand shark's teeth
est le second, et c'est une superbe réussite. L'album commence plutôt rock avec "Inside a boy", lyrique et énergique, tout de suite la voix limpide, qui plane très haut, guitares et cordes nerveuses. "Ice & the storm" est une ballade avec harpe cristalline et cordes crissantes, un peu parasitée par des envolées conventionnelles, un point plus faible, un. Nous en sommes aux hors d'oeuvre. "If I were a queen" ouvre le pays des merveilles : quatuor à cordes moelleux, voix suave, une ravissante miniature. Avec "Apples", le quatrième morceau, le violoncelle se fait langoureux, les percussions intrigantes, la voix dérape dans les souvenirs, côté Kate Bush, Björk. "From the top of the world" oscille entre ballade sucrée et discrets accents reggae ou folk, au risque d'agacer les durs rockeurs. Le disque décolle une nouvelle fois avec "Black & costaud", admirable composition, bouleversante, clarinette et quatuor à cordes, percussions frémissantes, mini-symphonie à la klézmer avec une coda dépouillée. Dès lors, les séraphins nous environnent, c'est "to Pluto's moon", "this is a state of electric ocean", rarement on aura mieux chanté l'amour infini. Shara Worden transcende la variété, infusée de musique de chambre et servie par un sens très sûr de la composition qui réserve à chaque instant des surprises dans les timbres, les tempos. Le morceau se termine par un crescendo de guitares saturées qui ne déparerait pas chez Portishead ou Sonic Youth. "Bass player" semble une chanson des Balkans, prend de la hauteur, finit en apesanteur, la grâce. Survient "Goodbye forever", totalement trouble, hanté, qui se développe en houles incantoires parsemées de notes lumineuses de guitares et de glockenspiel, avant l'hypnose finale : " come closer to me / still". Des percussions étranges ouvrent et ponctuent "Like a sieve", chant fragile troué de quasi-silences, cordes pizzicati. Le disque s'achève par un morceau lyrique et sombre sur l'attente " : I can see you shining", murmures amoureux, extase languissante, guitares lourdes, cordes déchirantes, quelques riffs rageurs en arrière-plan, et puis la disparition...

   Lecteurs, vous allez me dire que nous voilà aux antipodes de Gordon Mumma encensé voici peu dans ces pages, que le romantisme vilipendé naguère envahit nos oreilles. C'est indéniable, mais cela ne change rien : le charme de ce disque est irrésistible parce que Shara Worden n'a pas peur du sublime, que son chant est naturellement sublime. Et puis quelle compositrice ! Une chanson pour elle ne consiste pas à répéter quelques pauvres mesures épuisées au bout de trente secondes, c'est une mélodie au sens le plus noble du terme, un mini poème où chacun de ses quinze (si j'ai bien compté) musiciens peut apporter sa touche, c'est enfin la rencontre réussie entre une formation de chambre et un groupe pop. Oubliez toutes vos réticences, laissez-vous aller !
Pour aller plus loin  :
-quelques titres à écouter ici.
- un titre de l'album précédent :
- un autre de Pedestrian, groupe rock de Los Angeles présent sur My Brightest diamond :

11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 23:28
   En attendant une nouvelle chronique, comme le temps me manque, je vous mets un morceau de Lubomyr, et je renvoie à l'un de mes précédents articles qui présente ce disque furieusement inactuel. C'est une manière de fêter mon retour à ma couleur, après un bref passage pâle, très pâle, avec le changement de CSS !
4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 16:16
   Gordon Mumma, s'il est peu connu en France, est une des figures marquantes de la musique électronique. Né en 1935, la même année que Terry Riley et un an avant Steve Reich, Gordon Mumma fait des études de piano et de trompette avant de commencer une carrière de trompettiste dans des orchestres symphoniques. A la fin des années 50, il rencontre Robert Ashley avec qui il fonde le "Cooperative studio for Electronic Music". Dans les années 60, il met au point des équipements musicaux électroniques pour John Cage et David Tudor et devient comme eux entre 1966 et 1974 l'un des compositeurs attitrés de la Merce Cunningham Dance Company. Il multiplie les collaborations, notamment avec Fred Frith ou Anthony Braxton, joue d'un cor qu'il prolonge par un appareillage électronique lui permettant de modifier les sons produits en direct et devance les premiers synthétiseurs en opérant de même sur un piano. Inventeur d'instruments "cybersonic", comme il les nomme, sculptures sonores et dispositifs mixtes pour instruments acoustiques et ordinateurs lui sont familières.
    Il existe pourtant un autre Gordon Mumma, connaisseur du Mikrokosmos de Bela Bartok, que le pianiste belge Daan Vandewalle nous permet de découvrir dans un double-cd de presque deux heures et demie de musique. Plus d'électronique, de modification, amplification. Du piano, solo, plus de soixante-dix pièces courtes, la plus courte de huit secondes dédiée à Robert Ashley, la plus longue dépassant de peu les cinq minutes. Le contraire du spectaculaire : musique raréfiée, variations mystérieuses. Les cycles s'appellent, traduits,  "Jardin"(en français, lui), "Greffages", Mélodies sans paroles", "Panier d'égarés", sans oublier la "Boîte à Sushi", déclinée en "Sushi verticaux" et "Sushi horizontaux". De brefs éclats, résonances et dissonances, des notes qui tombent comme des couteaux étincelants dans le silence. Webern rôde, Satie se profile sans apparaître, un moine zen propose des haïku pianistiques, il y a de tout cela dans ces pièces incisives, ramassées sur elles-mêmes comme autant de micro-méditations. Tout sauf séduire, nous conduire plutôt, nous réduire à l'attention pour entendre le presqu'inaudible, les confins du son, je pense par exemple au troisisème sushi horizontal : une brève déflagration, suivie du retour obstiné d'une note très faible, à peine frappée, apparition-disparition comme une figure de Giacometti. Cette musique fera horreur à tous les amateurs de remplissage et d'effets, à tous les consommateurs de fond sonore, tant elle sculpte le silence avec une elliptique parcimonie, d'un geste franc, non dénué de joie ou de grâce pour qui accepte de se laisser aller à sa secrète beauté.  D'autres morceaux sont plus loquaces, mais jamais appuyés, ils passent en léger tourbillon, attendent devant nous quelques instants avant de se dissoudre, de s'éclipser. Un beau double album de musique pure, débarrassée de tout romantisme, de tout encrassement sentimental : rude à première écoute, je veux bien en convenir, mais quelle lumière sous les doigts de Daan Vandewalle !
Pour aller plus loin :
- le site de Gordon Mumma.
- un beau blog, en partie en anglais, avec un article sur le même disque.
- le site de New World Records pour écouter des extraits ou commander le disque.
Programme de l'émission du dimanche 30 novembre 2008
Jean-Philippe Goude : Prolégomènes I (piste 1, 1' 12)
                                                    Market Diktat song (p.2, 4' )
                                                    Embarqués dans les pentes (p.3, 3' 48)
                                                    l'Homme dévasté (p.4, 6' 42), extraits de aux solitudes (Ici d'ailleurs, 2008)
Michael Nyman : Second region (p.6, 4' 06)
                                       Third region (p.7, 8' 18), extraits de The Piano Concerto / MGV (Argo, 1994)
My Brightest Diamond : Black & Costaud (p.6, 4' 22)
                                                        To Pluto's moon 'p.7, 6' 49)
                                                        Bass player (p.8, 4' 34)
                                                        Goodbye forever (p.9, 3' 53), extraits de a thousand shark's teeth (Asthmatic Kitty Records, 2008)
Gordon Mumma : Sushihorizontals (p.9 à 19, 16' 06), extraits de Music for solo piano (1960-2001) (New World Records, 2008)
2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 22:39
   Deux disques cultes de cet ensemble créé en 1989 pour interpréter Six pianos de Steve Reich. J'avais perdu leur trace au moment de la disparition du label Argo, ce très beau label de Decca consacré aux musiques anglo-saxonnes contemporaines, souvent minimalistes. L'ensemble existe toujours, parcourt le monde, propose d'écouter des musiciens qui écrivent spécialement pour eux. 

 

















    Deux CDs récents sont disponibles sur leur site. J'ai déjà passé des extraits de Transmission, notamment le titre éponyme, du compositeur estonien Erkki-Sven Tüür, un morceau vraiment extraordinaire.
- le site de Piano Circus (on peut écouter en streaming en restant sur les noms des compositeurs, à la page des enregistrements).
 - d'autres morceaux à écouter ici.



























-et une vidéo récente, un extrait de Ellipsis de Duncan MacLeod interprété en mai 2008 :


28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 22:31
   Il a commencé à écrire de la musique pour le théâtre avant de se lancer, entre 1976 et 1979, dans l'étonnante expérience Weidorje, ce groupe dans la mouvance de Magma. Il en est l'un des deux claviéristes, et il collabore à l'écriture des morceaux. On le retrouve ensuite directeur artistique et arrangeur pour le chanteur Renaud, arrangeur pour  Dick Annegarn. Il collabore avec Michel Portal, écrit de nombreuses musiques de film. En 1992, c'est De Anima, le premier CD de son ensemble, avec la participation du contre-ténor Gérard Lesne. Quatre disques plus tard, voici  aux solitudes, dont le titre n'est pas sans évoquer le célèbre titre homonyme, "O solitude", cet air de Henry Purcell qu'a chanté et enregistré justement Gérard Lesne en 2003.
      Jean-Philippe Goude est toujours là aux claviers, synthétiseurs, dans les interludes baptisés "Prolégomènes" I à III, puis "De la consommation". Il aime toujours les contre-ténors. C'est Paulin Bündgen, contre-ténor français, que l'on entend sur trois titres, un amateur de ...Michael Nyman ! La musique de aux solitudes  évoque furieusement  ce dernier : petite formation  de chambre, rythmes trépidants, tressautants, lancinants des musiques écrites par Nyman pour les films de Peter Greenaway. Comment ne pas penser aussi à Wim Mertens, son goût pour les formations insolites, son chant haut perché parfois, une ambiance de fête baroque vaguement macabre ?  Jean-Philippe Goude dirige son ensemble à géométrie variable avec un sens très sûr des transitions, des atmosphères. Introduction au synthétiseur solo, suivie de l'entrée du quintette à cordes pour un morceau dansant très nymanien, l'ensemble s'étoffe ensuite, renforcé par le piano, la clarinette, le basson, trompettes et trombones, glockenspiel, avec un pulse presque reichien, la voix du contre-ténor prend son essor avec un texte sur la folie du monde, "embarqués dans les pentes", l'atmosphère se fait mélancolique, grave avec "l'Homme dévasté", lamento où le quintette à cordes hoquetant est ponctué par le basson, relayé par l'onde Martenot, un instrument que l'on entend trop rarement, aux spirales filées si humaines, deux récitants, Jean-Philippe Goude lui-même et Laurence Masliah, émergent alors peu à peu pour dire l'inventaire des déroutes ou des tentatives humaines. Les voici, ces fossoyeurs d'idéaux :  " rabatteur d'existence / planificateur de stabulation / générateur de conditions d'opportunité / adoucisseur de gouffre / conditionneur de chair à acheter / miroiteur de profit / lustreur d'espoir / prédateur de marges / vendeur de monde / niveleur d'alentour (...). Ce n'est pas un des moindres mérites de ce bel album que de glisser quelques textes pour " embrumer les précipices / (...)/ devenir flou ", des textes qui font écho aux peintures de Susanne Hay reproduites en première et en quatrième de couverture de la pochette. "No hay camino, hay que caminar", le titre 6, déroule une ritournelle façon Mertens, entêtante dans sa simplicité, avant le poignant "A nos rêves évanouis", contre-ténor, quintette à cordes et piano... A vous de découvrir la suite de ce disque généreux, jusqu'au morceau éponyme final, leçon de survie aux accents élégiaques où se croisent la voix de soprano d'Issaure Equilbey, l'onde Martenot sur fond de claviers et de cordes. L'Ensemble Jean-Philippe Goude est une divine surprise dans le paysage musical français.
Pour aller plus loin :
- un titre de l'album :
- le site de Susanne Hay (1962-2004), peintre, vous retrouverez dans la galerie 5 des tableaux assez proches de la couverture de l'album.
Programme de l'émission du dimanche 23 novembre 2008
My Brightest diamond Inside a boy (piste 1, 3' 42)
                                                  If I were Queen (p.3, 2' 36)
                                                  Apples (p.4, 2' 28)
                                                  Black & Costaud (p.6, 4' 17), extraits de a thousand shark's teeth (Asthmlatic Kitty Records, 2008)
Antony and the Johnsons : Sing for me (p.4, 2' 27)
                                                     Hope mountain (p.5, 5' 11), extraits de Another world (Rough Trade, 2008)
Gordon Mumma : Jardin (p.1 à 8, 13' 57), extraits de Music for solo piano 1960-2001 (New World Records, 2008), au piano : Daan Vandewalle [pianiste inspiré sur Inner Cities d'Alvin Curran !]
Erkki-Sven Tüük : Transmission (p.1, 13' 33), extrait de Transmission (2001), interprété par l'ensemble Piano Circus (le disque est disponible sur leur site)


22 novembre 2008 6 22 /11 /novembre /2008 15:30
  En janvier 2009 sortira le nouvel album d'Antony and the Johnsons, The Crying light. Another world, un cinq titres qui vient de paraître, nous fait patienter. Après le succès de I'm a bird now en 2005, le groupe revient en pleine forme, rôdé par de multiples collaborations, avec Björk ou Leonard Cohen par exemple. Le premier titre est d'une suave pureté pour chanter le désir d'un autre monde : le groupe en glissades lointaines, la voix pleine, sinueuse et ambigüe d'Anthony, et le piano tranquille. Le temps est comme suspendu, en état de grâce. Crackagen est plus mélodieux, très aérien dans sa brièveté, avec ses cordes vaporeuses. Rien de sirupeux pourtant, tant le chant est émouvant, évident. Le titre suivant, Shake that devil, est une superbe échappée entre incantation et negro-spiritual. Sing for me, qui pourrait être une bluette, est un petit miracle de musique de chambre sobre et délicate. Le cinq titres se conclut avec Hope mountain, récit d'une attente nous renvoyant aux rêves du premier titre : gravité frémissante, entre chuchotements et trompettes épiques. Il nous reste à attendre ...devant la photographie de la pochette, un portrait en noir et blanc de Kazuo Ohno, figure emblématique de la danse butô, elle-même devant la photographie d'une autre icône, Sarah Bernhardt : magnifique double hommage d'un homme qui se rêve femme à deux grandes artistes. Ce cliché de Pierre-Olivier Deschamps, pris au théâtre du Châtelet, date de 1984. Déplions la pochette glacée : d'autres portraits, sous la forme de fragments de visages et corps peints de rouge et de noir, poursuivent un jeu de masque sans fin : " I am safe here / dancing my brokenness / I know my joy / I step into myself and become a shadow."
   J'en connais qui ricanent dès qu'on évoque Antony, voyant en lui une sorte de Klaos Nomi de la scène new-yorkaise et sous-entendant un mauvais goût de pacotille. C'est oublier qu'il est entouré d'excellents musiciens. Je n'en citerai aujourd'hui que deux.  Maxim Moston, violoniste et arrangeur d'une partie des cordes, fait partie du groupe SLOW SIX (cf. mes articles du 5 et du 20 octobre 2007). Julia Kent, la violoncelliste des Johnsons, joue dans de nombreux groupes et développe une carrière personnelle passionnante, je vous en reparlerai.
Pour aller plus loin :
- écouter Julia Kent.
- écouter Maxim Moston. C'est aussi superbe que Slow Six !!
Et une video de Julia Kent en solo à Düsseldorf le 16 septembre 2007 :

Programme de l'émission du dimanche 16 novembre 2008
Idem : Wake up wake up (piste 8, 3' 20)
                The mermaid song (p.9, 4' 10), extraits de The Sixth Aspiration Museum Overview (Discograph, 2008)
John Luther Adams : Dark waves (p.1, 12' 30)
                                                  Qilyuan (p.3, 15' 38), extraits de Red Arc/Blue veil (Cold Blue music, 2007)
                                                  Letter P (p.5, 5' 34)
                                                  Measure 537 (p.6, 8' 40)
                                                  Letter X (p.7, 5' 37)
                                                  Measure 759 (p.8, 8' 40)
                                                  Letter Ff (p.9, 6' ), extraits de For Lou Harrison (New World Records, 2008)
15 novembre 2008 6 15 /11 /novembre /2008 14:20
                                                                               En 1996, invités d'un festival de musique à Turin, les trois co-fondateurs du Bang on a Can Festival, Michael Gordon, David Lang et Julia Wolfe, sont chargés par le présentateur d'écrire en commun un opéra qui aurait un rapport avec la vie à New-York. Après  bien des discussions, ils décident d'élaborer un projet avec un auteur de bande dessinée. Ils veulent écrire une nouvelle sorte de musique théâtrale, à la croisée idéale de la nouvelle musique et des textes et décors surgis de l'imagination d'un dessinateur-culte de l'underground new-yorkais, Ben Katchor, qui a accepté avec enthousiasme l'idée de l'opéra. En 1999, un collectif théâtral d'avant-garde, le Ridge Theatre de New-York, met en place l'oeuvre, présentée pour la première fois à Turin peu après. Enregistré en août 2000, mixé entre 2001 et 2003, le disque ne sort qu'en 2006 sur la label du Bang on a Can, Cantaloupe Music. 
   L'objet est très beau : livret polychrome de 50 pages avec l'intégralité du texte et des dessins de Ben Katchor, cartonné. A signaler un petit inconvénient : le disque est encarté contre la troisème de couverture, difficile d'accès car il faut le tirer soit au risque de déchirer la pochette, soit de rayer le disque (mieux vaut dès la première fois créer une copie de sauvegarde !).
  Plus d'histoire d'amour, d'adultère, fini l'opéra bourgeois des déchirements existentiels. Le livret raconte l'histoire de deux immeubles construits sur le même modèle architectural à l'automne 1929, le Palatine et le Palaver. Séparés par une vingtaine d'autres immeubles, ils existent toujours. Mais ils appartiennent à deux quartiers différents, ont été occupés par des habitants qui ont modelés différemment les deux constructions jumelles
. En retraçant la vie du Palatine et du Palaver, l'opéra ressuscite un New-York truculent, haut en couleurs comme les dessins de Ben Katchor, le monde des oubliés de l'histoire, humbles et puissants du moment. Les quatre chanteurs se partagent les voix d'un gardien, d'un livreur, d'un employé chargé d'enlever les chewing-gums, d'une éditrice, d'un propriétaire d'une entreprise d'embaumement bien nommée "Dolce Vita"...John Benthal à la guitare électrique, David Cossin aux percussions, Martin Goldray aux claviers et Bohdan Hilash aux bois, interprètent cette musique nerveuse, métissée d'accents rock ou jazz, constamment gorgée d'idées mélodiques et rythmiques, de trouvailles d'accompagnement. Difficile de relever ce qui appartient à chacun des trois compositeurs dans ces 72 minutes : quand  même la patte de David Lang dans le syncopé et répétitif City walk, dense et sculpté comme un monolithe, et des échos reichiens, bien sûr, notamment dans Panel review, voix, choeurs et pulse en boucle. Ce qui surprend le plus, c'est le bonheur du chant, d'une évidence et d'une clarté impeccable : écoutez "I blame the tenants", les récriminations du gérant du Palaver à l'égard des locataires indélicats, une voix impérieuse ou dégoûtée sur un rock limpide aux échos ravageurs.
   Si The Carbon copy building n'est pas un opéra rock, mais un "comic-strip opera" comme le définissent les trois compositeurs, il concrétise à merveille un vieux rêve de convergence entre des styles musicaux a priori éloignés : pas question de réunir une formation rock et un orchestre symphonique pour acoucher d'une oeuvre pompeuse et amphigourique comme si souvent. Quatre chanteurs et quatre instrumentistes suffisent au service d'un musique contemporaine exigeante et curieuse, qui sait incorporer l'énergie du rock, le naturel de la pop. L'opéra s'ouvre et se ferme sur deux titres extraordinaires, qui donnent à cette plongée dans l'intimité des deux immeubles une aura majestueuse et grandiose. Entre temps, on aura assisté à la marche funèbre des desserts inachevés, embaumés avant d'être recyclés !
Pour aller plus loin :
- le site de Bang on a Can, avec des extraits à écouter.
Programme de l'émission du dimanche 9 novembre 2008
Anthony and the Johnsons : Crackagen
(p.2, 2' 32)
                   Shake that devil (p.5' 19), extraits de Another world (Rough trade, 2008), cinq titres d'un album à sortir en 2009, qui sera titré "The Crying light".
Michael Gordon / David Lang / Julia Wolfe : Where is that boy (p.6, 2' 45)
                 City walk (p.7, 5' 39)
                 Panel review (p.8, 5' 52)
                 I blame the tenants (p.9, 5& 19), extraits de The Carbon copy building (Cantaloupe Music, 2006)
John Luther Adams : Beginning (p.1, 5' 34)
                                        Measure 93 (p.2, 8' 40)
                                        Letter H (p.3, 5' 34)
                                        Measure 315 (p.4, 8' 40), extraits de For Lou Harrison (New World Records, 2007)
Barak Schmool : Stolen train (p.3, 5' 06), extrait de Transmission (2001), produit et interprété par PIANOCIRCUS. Quant au prénom de ce compositeur dont j'ignore tout pour le moment, disons que c'est un hasard objectif...