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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

19 octobre 2008 7 19 /10 /octobre /2008 19:33
   Le DJ Sébastien Devaud, alias Agoria, revient avec la bande originale de Go Fast, film qui raconte l'histoire d'un policier infiltré dans un réseau de trafiquants de drogue. Après le très bon The Green Armchair, paru en 2006 déjà chez PIAS, Agoria surprend par son éclectisme et son sens des atmosphères, des couleurs. C'est un disque à faire écouter aux détracteurs de la techno, qui pensent que cette musique est désincarnée, monotone et froide. Altre voci, l'étonnant second titre, joue merveilleusement avec la voix de la mère de Sébastien, chanteuse d'opéra, pour produire un titre décalé, entre mystère des voix bulgares et techno intergalactique grâce à des échos démultipliés. Suit un  titre d'une techno très minimale, sobre, puis Dust, joli morceau disco-groove chanté avec une nonchalance sucrée, errance agrémentée de cordes à l'arrière-plan. Pending between two worlds est un court intermède aux cordes saturées, suite d'appels intenses. Eden développe des ondes frénétiques en couches frémissantes, puissamment rythmées, introduction instrumentale à Solarized, deuxième grand moment de l'album : techno ramassée, envoûtante, sur laquelle la voix androgyne de Scalde ondule avec une grâce ineffable. Un grand, très grand plaisir, ce Solarized, hélas suivi de titres moins inspirés, le vaguement atmosphérique Go fast, la poursuite percussive désastreuse Run Run Run. L'album se termine un peu mieux avec Diva Drive, sept minutes d'une techno bien tenue, sans surprise, comme un orgasme inabouti. Un album inégal, on l'aura compris, avec deux titres-phares qui tirent le tout, à prolonger par les excellents mix et remix du quatre titre Dust featuring Scalde.
Pour aller plus loin :

-quelques titres, dont Solarized, à écouter ici.
Programme du dimanche 5 octobre 2008

Agoria : Rocco vision mix (piste 2, 9' )
                       Arandel remix (p.4, 8' 04), extraits de Dust featuring Scalde (Pias, 2008)
Spyweirdos/ Mourjopoulos/ Floridis : Epistrophy (p.1, 4' 03)
                                Ethnic music cleansing (p.2, 4' 15)
                                Utopia (p.5, 5' 27), extraits de Epistrophy at Utopia (Ad Noiseam, 2008)
Marcel Kanche : Rien ne sera comme avant (4' 44)
                                       De l'eau (3' 57)
                                       L'Oiseau (6' 19), extraits de Vertiges des lenteurs (Label Bleu, 2005)
Elodie Lauten : Acte I, sc 1 Vision (p.2, 5' 10)
                                    Acte I, sc 2 Death as vision (p.3, 8' 22)
                                    Acte I, sc 3 Don Juan enlightened (p.4, 5' 51), extraits de The Death of Don Juan (Unseen Worlds, 2008)


12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 12:10
  Je ne connaissais pratiquement pas Jean-Louis Murat avant Tristan, paru en mars de cette année. Et me voilà pris au charme du troubadour, multi-instrumentiste, parolier et compositeur, qui signe à lui tout seul un disque léger et grave, élaboré et évident. Sans doute," Mousse noire" a tout du hit, le trop habituel vide abyssal des paroles en moins : toute la différence avec la chanson commerciale est déjà là, dans le texte, la langue travaillée avec bonheur. Comme chez Apollinaire, l'élégiaque y côtoie l'obscène pour dissoudre d'emblée l'insupportable sentimentalité des chansons dites d'amour : " Flot amer au gosier d'amant / Dans la boue qui va pataugeant / Doux Colin foutez donc Margot / Rien ne sais je t'ai dans la peau ". Rien d'appuyé toutefois, aucune emphase dans cette errance amoureuse qui évite non sans malice tous les clichés, navigue entre gaieté et désespoir avec un naturel confondant, une naïveté salutaire. Jean-Louis Murat réussit le tour de force de sortir Tristan de sa gangue épaisse d'amoureux transi pour en faire un amant lumineux et sensible, toujours brûlant de désir, jusqu'à retrouver des accents ronsardiens dans la réaffirmation finale d'un Carpe diem intemporel : " Ma  cyprine céleste / Près du cercueil que devient la beauté ? / Vous périrez ma chère / Peut-être même / m'entendrez-vous chanter ". L'album, toujours mélodiquement inspiré, réserve de plus de purs chefs d'oeuvre bouleversants et délicats comme "L'amour en fuite", "L'hermine", ou encore "Chante bonheur", cantique miraculeux et tournoyant qui " chante bonheur / Au vent mauvais ". Une divine surprise, et une pochette superbe !
    Les hasards des sorties me comblent. Il s'agit à vrai dire d'une réédition. L'opéra d'Elodie Lauten (cf. article du 7 juillet 2008), composé en 1984 et paru en 1985 sur le label Cat Collectors Productions, vient d'être republié en juillet 2008 par Unseen worlds. Il faut saluer cette réapparition d'une oeuvre-clé d'un post-minimalisme radical et flamboyant. Conçu pour voix de soprano, alto, contralto et baryton, cet opéra recourt aussi au violoncelle, à la guitare électrique, au trombone, sous la houlette d'un Fairlight CMI, synthétiseur-échantillonneur et d'un instrument fabriqué par Elodie, une sorte de lyre triangulaire électro-acoustique. Après une introduction à la lyre, les deux actes confrontent Don Juan à la Mort. Celle-ci se montre à lui sous les traits d'une de ses nombreuses conquêtes  qui lui parle en langues pour lui révéler progressivement combien désertique a été sa vie, provoquant chez Don Juan une véritable désintégration intérieure, hallucinée, avant sa délivrance, sa transfiguration. Elodie Lauten nous entraîne dans un espace intérieur vertigineux, peuplé de voix fantomales, animé de forces sourdes comme des mantras telluriques. A mon sens, un opéra aussi important que le Einstein on the beach de Philip Glass, dont la célébrité tient peut-être autant au talent du metteur en scène Robert Wilson. Ajoutons qu'Elodie Lauten est une enchanteresse redoutable avec sa voix profonde d'alto ou de contralto, et qu'elle réussit au passage un étourdissant duo avec le ténor Arthur Russell. Cette new-yorkaise d'origine française mérite décidément d'être plus connue : c'est une artiste majeure d'aujourd'hui, puissamment originale, qui sait allier dans une alchimie dépaysante voix, instruments acoustiques et sons électroniques.
Pour aller plus loin :
- le site de Jean-Louis Murat.
- le site d'Unseen worlds (en écoute un fragment de l'opéra d'Elodie).
- le site d'Elodie Lauten.
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Programme de l'émission du dimanche 28 septembre 2008
Jean-Louis Murat : La Légende dorée (piste 1, 4' 46)
                                            L'amour en fuite (p.2, 5' 10)
                                            L'Hermine (p.4, 3' 39), extraits de Tristan (V2 music/Universal, 2008)
Kyle Gann : Etude n°10 "Unquiet night (p.10, 16' 20), extrait de Nude rolling down an escalator (New World records, 2005)
                             
Long night, titre unique de Long night (Cold blue music, 2005)
Michael Gordon : Light is calling ( 7' 03 ), extrait de Light is calling Nonesuch, 2004), un des indicatifs de fin d'émission.
 
    
11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 11:00
   Le compositeur et improvisateur de Brooklyn Duane Pitre sera à Paris le 21 octobre à 20h30 avec son Ensemble Drones, ceci dans un lieu étonnant, Les Voûtes. Expérimentateur dans la mouvance de La Monte Young, il propose une musique de chambre minimaliste aux infimes chatoiements, aux enveloppantes ondulations. Un artiste important d'aujourd'hui à découvrir, dont j'ai chroniqué le Cd "Organized pitches occurring in time" dans un article du 20 septembre 2007.
Pour aller plus loin :
- le site de Duane Pitre.
- des extraits à écouter.
- pour tout savoir sur le concert parisien.



- une vidéo d'un extrait du concert du 8 décembre 2007 à Burlington : une pièce intitulée
"The Ensemble Chord in Eb with a Minor 7th and a Harmonium Base"
3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 20:36
Il s'appelle Spyros Chronopoulos, cet athénien né en 1980, et fait de la musique depuis 1993, apprend-on sur son très beau site. Déjà le nom me fait rêver : contracté en Spyweirdos, l'espion étrange, dieu des sons, chronophage halluciné par ses études de physique, spécialité acoustique. Quand, par surcroît, il invite deux musiciens de jazz, John Mourjopoulos, aussi professeur d'acoustique à Thessalonique, et Floros Floridis, improvisateur averti, le résultat est totalement dépaysant, renversant. Imaginez. Le disque s'ouvre sur un arrangement  hérétique et flamboyant  d'Epistrophy  de Thelonius Monk, parasité par des échantillons bruitistes et des remontées humides de sous-sol. Ethnic Music cleansing commence par un chant murmuré recouvert par un échantillon d'instruments méconnaissables, avant de laisser la place à des boucles cuivrées puis à un duo jazz piano-contrebasse achevé par la batterie pour relaisser la place au chant initial. Après ces mises en oreille, la porte s'ouvre sur l'inconnu, Spyweirdos investit la Wet house : il y pleut, tout suinte, l'orgue s'insinue dans les coins, vous enveloppe comme de loin, appels de la maison engloutie d'un film de Tarkovski, avec des chevauchements de bandes sonores d'époques révolues qui finissent absorbées par les claviers liquides. At, le quatrième titre, peut alors se déployer, majestueux, orgue et hautbois suave sur un fil rythmique frémissant, piano à l'arrière-plan, le tout ponctué de déchirements puissants de saxophones basses (à vérifier) : impressionnant et inoubliable morceau, d'une densité rare ! Utopia semble revenir au jazz pour jouer en virtuose des changements de vitesse, du ralenti énigmatique du piano au début, rejoint par la basse, le saxophone dans un phrasé miné par  des  aplats mécaniques, aux brusques et courtes accelérations frénétiques qui achèvent de disloquer l'ensemble. En hommage à l'inventeur d'instruments et au compositeur de bandes sons pour dessins animés Raymond Scott, Raymond bound est un joyeux et irrévérencieux compendium de fragments hétéroclites coulés dans une cadence rythmique quasi immobile, menacée d'effilochement, guettée par des poussées mièvres, recouverte in fine par le tintinnabulement d'un troupeau mené par son berger...Arrivé à ce stade, on est prêt à tout, l'alphabet des possibilités a défilé dans un raccourci audacieux, un sens très sûr de l'espace sonore. Les trois musiciens assènent le coup de grâce, The letter after Oméga, géniale synthèse d'une musique ambiante habitée et fascinante, et d'un jazz profond et chaleureux, réduit à son essence, débarrassé de sa tendance au bavardage : boîtes à rythmes, souffles rauques, claviers étagés et parcimonieux au bord du silence. Tout sombre, il n'y a plus rien, puis le morceau caché surgit pour nous happer dans ses strates de lumières obscures, aux découpures rythmiques implacables. Apothéose électronique de toute beauté pour un disque étonnant et remarquablement conçu. 
Paru en avril 2008 chez Ad Noiseam.
Prolongements
- le site Myspace de Spyweirdos.
- le site personnel du musicien.
-une vidéo en public des trois musiciens pour Raymond bound, en décembre 2007 lors du Synch Festival d'Athènes, important festival de musique électronique qui se déroule  dans une usine désaffectée non loin de l'Acropole.
- une autre vidéo, pour la face étrange de Spyweirdos, musique extraite de "Ten Numbers" :



               
27 septembre 2008 6 27 /09 /septembre /2008 10:34
  Le disklavier n'est plus le piano mécanique aux rouleaux de papier perforé, meuble de saloon ou instrument de bastringue dont le succès culmina dans les anées 1920. Il est numérique et piloté par ordinateur. Kyle Gann l'utilise certes pour produire une complexité rythmique ou une rapidité d'exécution inaccessible aux meilleurs pianistes, mais la virtuosité n'est pas une fin en soi. Le compositeur américain traverse l'histoire de la musique avec une jubilation réjouissante pour nous emmener sur ses territoires secrets. Nude rolling down an escalator, série de dix études  pour disklavier proposées dans un apparent désordre, offre des plages exubérantes, pleines d'humour et de charme : le disque s'ouvre sur une sorte de ragtime échevelé, Texarkana, surprend plus loin par une réécriture réfractée et distanciée de fragments de sonates de Beethoven dans Petty Larceny, une Folk Dance for Henry Cowell  délicate et gracieuse, un tango déconstruit obsédant, Tango da chiesa. Alternant avec ces petites pièces pour mélomanes gourmets, quelques études plus longues laissent apparaître le tempérament profond de Kyle, son goût pour ce que j'ai envie d'appeler une forme de transcendantalisme, surtout si l'on songe à la pièce pour piano On reading Emerson présente sur son plus récent disque, Private Dances (cf. article du 29 août ). La pièce éponyme, hommage indirect au Nu descendant un escalier de Marcel Duchamp, prend des résonnances vertigineuses dans son cubisme éclaté et inquiet. Cosmic Boogie-Woogie, un des très grands moments du disque, célèbre un Terry Riley qui combine rythmique jazz et motifs minimalistes répétés pour nous transporter dans une prairie mystique infinie. Avec The Waiting, le disklavier devient méditatif, se dépouille, dans le sillage revendiqué de Morton Feldman : des arpèges d'une incroyable densité se développent parfois sur un fond balbutiant, des dissonances nuageuses comme un questionnement en filigrane. Ce premier chef d'oeuvre annonce le second, placé à la fin de l'album, Unquiet Night, plus de seize minutes pendant lesquelles on oublie complètement la dimension mécanique du piano : composition orchestrale, qui joue sur six ou sept couches sonores pour créer un univers onirique et sensible, frémissant. C'est admirable de bout en bout, un sommet de la littérature pour piano et de la musique de ce début de siècle, fragment arraché d'un monde flottant pour nous sauver de la dictature de la réalité.
  Unquiet Night est le prolongement de Long Night, pour trois pianos, pièce de 1981 dont les trois parties ont été enregistrées en studio par la seule Sarah Cahill. Le label Cold Blue Music a ressorti en 2005 sur un cd à petit prix cette oeuvre de vingt-cinq minutes, plus belle encore si possible, d'une intensité bouleversante. Sarah Cahill transfigure la composition par son toucher transparent, comme suspendu, sa manière de sculpter le moindre relief sonore pour l'éclairer de l'intérieur. Car une constante lumière ne cesse de sourdre de cette longue nuit, de ce dialogue attentif entre les strates d'une âme qu'on dirait épandue sur l'univers comme une aube souveraine. 
Pour aller plus loin
- On peut écouter des échantillons (trop courts, bien sûr...) du premier disque ici.
- le site du label Cold blue Music. Vous y verrez au passage un disque de Charlemagne Palestine déjà présenté dans ces pages. Je vais d'ailleurs suivre ce label de plus près...
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Programme de l'émission du dimanche 21 septembre 2008
Spyweirdos/Mourjopoulos/Floridis : The letter after omega (piste 7, 9' ), extrait de Epistrophy at Utopia (Ad Noiseam, 2008)
iTALtEK : Cyclical (p.1, 4' 49)
                       Bloodline (p.4, 4' 20)
                       Stillshores (p.5, 4' 55), extraits de cYCLICAL (Planet Mu Records, 2008)
Kyle Gann : Cosmic Boogie-Woogie (p.5n 8' 42à)
                             Despotic Waltz (p.6, 2' 15)
                             Folk Dance for Henry Cowell (p.7, 2' 11)
                             The Waiting (p.8, 7' 21)
                             Tango da chiesa (p.9, 5' 54), extraits de Nude rolling down an escalator (New World Records, 2005)
 
 

   
          
19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 20:34
    Après vous avoir présenté deux compositeurs américains radicaux de musique électronique, je vous propose deux anglais plus facilement écoutables. Marconi Union est un duo réunissant Richard Talbot et Jamie Crossley, qui se sont rencontrés à Manchester où ils travaillaient dans un magasin de disques. Comme Richard écrivait de longues pièces de musique ambiante très minimale, Jamie  eut l'idée d'ajouter une instrumentation, et la collaboration déboucha plus de dix-huit mois plus tard sur un premier album, Under Wires and Searchlights, paru en 2003  sur un petit label  indépendant, Ochre Records. Encouragés par le succès d'estime obtenu, ils signent en 2005 sur un label plus prestigieux, All Saints Records, label né en 1991  pour prendre le relais d' Opal   fondé par Brian Eno. Outre Brian, son frère Roger Eno, Jon Hassell et Harold Budd appartiennent à cette écurie des grands compositeurs de la musique ambiante. Une chance donc pour le duo, qui s'inscrit en effet sans heurt dans le catalogue. La musique est moelleuse, distille une mélancolie voilée. Les mélodies se déploient dans une apesanteur prolongée d'échos où guitare et claviers se font discrètement incantatoires par leur jeu très minimal, les boucles étirées. Rien de fracassant, bien sûr, mais un disque fort bien conçu, idéal pour se relaxer, rêver... Ils viennent de sortir un nouveau disque, A Lost Connection, disponible sur leur site. Il n'est pas étonnant de trouver parmi leurs amis Loscil (cf. article du 26 octobre 2007), dont je trouve d'ailleurs la musique plus élaborée et au final plus originale.
     iTALtEK, alias Alan Myson de Brighton, explore d'autres directions, plus risquées. Si l'album  Cyclical, paru en mai de cette année chez Planet Mu Records, est plus inégal que le précédent, il est plus dépaysant, plus fort. Le premier titre éponyme donne le ton avec un dub frémissant, parcouru  de  déchirements synthétiques : un véritable choc, une splendide ouverture, qui annonce un créateur exigeant, personnel. On s'enfonce dans une musique abstraite, désincarnée avec pINS, le titre suivant , avant de revenir avec wHITEmARK à des mélodies caricaturées, lointaines. bLOODLINE  développe des rafales sombres dans un désert carbonisé, ambiance angoissante garantie. Avec tOKYOfREEZE, c'est une deuxième surprise, un morceau tout simplement envoûtant , implacable dans son économie rythmique et son éternel retour de cellules synthétiques. Morceau presque pastoral, sTILLsHORES, agrémenté de cloches, relâche la tension. vERSUS alterne rythmes dub et mystérieuses intrusions de claviers lointains. Sans doute un disque pour insomniaques, plus lyrique qu'il n'en a l'air, comme on peut l'entendre dans le dernier titre, dEEPpOOLS. A suivre.
Pour aller plus loin :
- écouter
Marconi Union.
-écouter
iTALtEK. Sur le site de Planet Mu, on peut écouter et télécharger des MP3 de Cyclical.
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Programme de l'émission du dimanche 14 septembre 2008
Marconi Union : Sleepless (piste 1, 5' 41)
                                    These European Cities (p.2, 7' 10)
                                    Through Glass (p.3, 5' 49), extraits de Distance (All Saints Records, 2005)
Spyweirdos/Mourjopoulos/Floridis : Wet house / Hat (p.3 et 4, 13' 30), extraits de Epistrophy at Utopia (Ad Noiseam, 2008) Article à venir sur ce disque étonnant !
Alvin Curran : Canti illuminati (p.2, 24' 10), extrait de Canti illuminati (Fringesrecordings, 2002)
Kyle Gann : On reading Emerson (p.10, 8' 09), extrait de Private Dances (New Albion Records, 2007)

13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 09:29
"Canti Illuminati" d'Alvin Curran : la fusion poétique de l'acoustique et de l'électronique.
    Quatrième album d'Alvin Curran, sorti en 1982 chez Fore, Canti Illuminati a été heureusement republié en 2002 chez  Fringesrecordings, label italien dont le site Internet ne fonctionne malheureusement pas. Deux morceaux autour de vingt-cinq minutes chacun constituent cette oeuvre extraordinaire, ce long voyage rimbaldien dans la mer des sonsL'album s'ouvre d'ailleurs sur l'évocation d'un univers maritime, avec des cornes de brume. Embarquement pour le pays de la voix reine, dérivante et délirante, parfois voix de gorge à la David Hykes ou à la Terry Riley. La voix d'Alvin, en solo ou démultipliée, tisse une nappe ondulante dans laquelle le synthétiseur ainsi que divers échantillons  viennent se couler pour nous entraîner dans la musique illuminée. Des nuées de voix viennent à la surface agitée par les pulsations électroniques, dans un mouvement puissant et caressant. C'est un hymne à la vie toujours renaissante, qui brasse et intègre tous les éléments : on y entend même brièvement  le père d'Alvin chanter à l'âge de 75 ans une chanson yiddish à l'occasion d'une réunion familiale. L'électronique ici devient humaine, est un processus au service de la voix vivante. Incarnée, elle magnifie le surgissement miraculeux des sons, la jeunesse rayonnante d'une oeuvre qui, si elle appartient à l'évidence à la mouvance psychédélique, n'a rien perdu aujourd'hui de son souverain naturel. La musique est toujours authentiquement pour Alvin une aventure dans laquelle on se jette à corps perdu, un viatique qui transporte et transfigure celui qui s'y abandonne. Loin des écoles et des sectarismes, elle est à la fois individuelle, composée et interprétée par le seul Alvin (voix, synthétiseur, piano et bande magnétique), et universelle comme peut l'être un raga acoustico-électronique. Aussi est-elle un classique, dans le sens de plus noble du terme, sans âge, dans sa beauté improvisée au bord du temps. Un disque indispensable. Merci encore, Alvin.
Prolongements
- le
site d'Alvin Curran, sur lequel vous trouverez un (trop) court échantillon des Canti,dans la section "Listen".
- un extrait des Canti Illuminati :

- Ecoutez Light over water, symphonie pour cuivres et synthétiseurs, composée en 1983 par John Adams, publiée avec Shaker Loops en 1987 chez New Albion Records.
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Programme de l'émission du dimanche 7 septembre 2008
La reprise, avec trois compositeurs majeurs : piano, musique électronique pure, puis mixte.
Kyle Gann : Sexy/ Sad/ Sentimental/ Swingin'/ Saintly (pistes 1, 2, 3, 6, 5, 19' ), extraits de Private Dances (New Albion Records, 2007)
Daniel Menche : Three (p.3, 19' 20), extrait de Glass Forest (Important Records, 2008)
Alvin Curran : Partie 1 (p.1, 26' 50), extrait de Canti Illuminati (Fringesrecordings, 2002)

Published by Dionys - dans Alvin Curran
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6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 14:27

  Carl-Stone-2.jpg  Daniel-Menche-2.jpgCarl Stone et Daniel Menche, deux compositeurs américains nés respectivement en 1953 et 1969, sont de vieux routiers de la scène électronique. Carl, le Californien, compose de la musique électro-acoustique depuis les années 70, intervient aussi bien dans son pays qu'en Australie ou, assez régulièrement, au Japon où il écrit pour des chorégraphes, des cinéastes, conçoit des programmes radiophoniques et des installations multimédia. Daniel, originaire de l'Oregon, est l'auteur d'une vingtaine d'albums sur différents labels.

   Unseenworld , label qui se consacre aux rediffusions d'oeuvres d'avant-garde, a republié en février de cette année l'un des tout premiers albums de Carl Stone, Woo Lae Oak, sorti en 1982. Plus de vingt cinq ans plus tard, le disque n'a rien perdu de son étrangeté lancinante. Une seule composition de 54 minutes déploie ses boucles électroniques à partir d'une simple corde frottée produisant un tremolo continu et d'une bouteille jouée en soufflant à l'intérieur. Le résultat n'est pas sans évoquer la musique traditionnelle japonaise avec les sonorités du shakuhachi (la bouteille devient flûte de bambou...) : à écouter assez doucement, on se trouve devant un lac très calme, nimbé de brume, dont la surface reflète parfois le passage des grues. Woo Lae Oak, qui doit son titre à une chaîne de restaurants coréens, dont un est justement installé à Los Angeles, est, à la croisée du dépouillement zen et du minimalisme le plus rigoureux, un témoignage troublant des possibilités d'un usage basique de la bande magnétique.
   Glass Forest, sorti aussi  en février chez Important records, serait le dernier disque compact de Daniel Menche, qui dit ne plus publier dorénavant que des vinyles ou des DVDs. Trois morceaux, trois plongées de vingt minutes à l'intérieur d'un drone vivant, parcouru de frémissements, pulsations, crépitements, sonneries lointaines : propulsés au coeur obscur de la matière, nous écoutons sidérés le chant libéré de l'infiniment imperceptible qui nous submerge. Musique terrifiante, inexorable, à trembler : un train qui fore vers le centre de la terre, vers le centre du noyau central du grand rien où l'homme n'existe pas. Dans la forêt de verre chaque son nous atteint, scande notre néant : musique pascalienne en somme, qui bannit tout divertissement. Le troisième titre, d'une incroyable splendeur noire, conclut un album dans la lignée du travail d'une Annie Gosfield (cf. articles du 24 avril et du 2 mai 2008).
















- le
site de Carl Stone, riche en MP3 de musique électronique en direct.
- le
site de Daniel Menche.
- le site My space du
label Unseen Worlds, sur lequel vous pourrez écouter un extrait du disque de Carl Stone, et aussi de KMH, de Lubomyr Melnyk (cf. article du 6 mars 2008).
- une vidéo à partir d'un titre de Carl Stone extrait d'une compilation de ...1996 !!