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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 09:26
   Je tiens d'abord à remercier tous les internautes qui ont sacrifié un peu de leur précieux temps estival pour visiter mon blog. Votre soutien m'incite à poursuivre l'immense défrichage des musiques inouïes, que les médias frileux et démagogues délaissent honteusement : Internet est heureusement le refuge de tous les curieux, passionnés, exigeants, chercheurs de beauté et d'absolu, n'ayons pas peur des mots. L'aventure continue avec un compositeur dont j'ai déjà un peu parlé (voir mon article du 7 juillet), qui fut pendant vingt ans critique musical et chroniqueur au Village voice, heddomadaire new-yorkais ouvert sur la création contemporaine, journal qu'il a quitté en 2005.
  Kyle-Gann-Private-dances.jpgKyle Gann, né en 1955, n'est pas seulement un connaisseur de la musique d'aujourd'hui, auteur notamment d'un livre sur Conlon Nancarrow, c'est un compositeur passionnant, ouvert à toutes les expérimentations (intonation juste, écriture micro tonale, emploi de synthétiseurs, pianos mécaniques et ordinateurs) et accessible au néophyte, comme en témoigne son dernier disque, paru  voici peu chez New Albion.
   Private dances
rassemble des pièces pour piano et deux compositions pour ensemble de chambre : pas d'électronique, ni d'expérimentation, seulement un clavier échantillonné sur un titre. Le disque s'ouvre sur les Private dances éponymes, six ravissantes danses pour piano, respectivement "Sexy", "Sad", "Sentimental", "Sultry", "Saintly", "Swingin'" : entre tango et boogie-woogie, elles déploient leur grâce fragile dans une évidence limpide qui fait totalement oublier la complexité rythmique des structures, les idées qui ont présidé à leur naissance. Le cycle culmine pour moi avec "Saintly", sa mélodie frémissante qui s'élance sans cesse par dessus un obstinato de notes graves, comme un effort pour atteindre la merveille, avant l'apaisement. Hovenweep, le titre suivant, porte le nom d'un village indien bien préservé à la frontière entre le Colorado et l'Utah, qui fut le centre de la civilisation Anasazi entre le Vème siècle avant J.C. et le quatorzième siècle de notre ère. Kyle Gann puise régulièrement son inspiration chez les premiers Américains. La pièce pour ensemble de chambre évoque une assemblée d'esprits : introduction très mystérieuse au piano, appels dans la nuit, les instruments répondent et chantent à l'unisson avant de raconter chacun leur histoire. Dix minutes chaleureuses, colorées par les timbres variés de la flûte, de la clarinette, du violon et du violoncelle, discrètement puis fougueusement rythmées avant le retour du grand mystère : un morceau que d'aucuns trouveront bien peu novateur, mais tel n'est pas le projet, puisque le propos est de revenir aux sources, aux premiers chants, et qu'il s'agit de charme, au sens premier, d'incantation. Ensuite, "Time Does Not Exist", pour piano, offre ses treize minutes de descente intérieure, lentes spirales, marches descendues, chapelets de notes comme des éclaboussements lumineux, cheminements plus vifs et piétinements tendus, le temps brouillé, nié dans le dédale pianistique, l'ombre du dernier Franz Liszt, des traces de Morton Feldman aussi : à lui seul, ce morceau justifie l'achat du disque ! Je suis moins enthousiaste poutr le titre suivant, "The Day Revisited", où les cinq instruments sont accordés selon les principes de l'intonation juste : ce qui est extraordinaire pour le seul piano sous les doigts de Michael Harrison et  de quelques autres, est vraiment déroutant pour l'oreille appliqué aux cinq instruments de ce quintet de chambre : supportable au bout de plusieurs écoutes, pas encore délectable...Le disque s'achève heureusement avec une nouvelle très belle pièce pour piano, toujours interprétée par l'excellente Sarah Cahill (déjà présente sur Savage Altars de Ingram Marshall), "On Reading Emerson" : lyrique et passionnée, contrastée et fantaisiste.
  Je vous présenterai bientôt d'autres oeuvres de Kyle Gann, qui est aussi un blogueur régulier, très conscient que la presse ne permettrait plus aujourd'hui des chroniques comme les siennes.
- le
blog de Kyle
- son site offre plus de quatre heures de MP3 à télécharger..: on y découvre un touche-à-tout plein d'humour ! A vous de choisir...                                        

30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 10:59
    Mes articles du 7 et 13 décembre 2007 vous ont déjà présenté Michael Harrison, le maître de l'intonation juste, proche de La Monte Young et de  Terry Riley. Le voici au piano dans cette vidéo d'un peu plus de sept minutes. Ce n'est qu'un fragment du disque Revelation paru chez Cantaloupe en 2007. Laissez-vous porter sur les ailes de la musique.                                      

Voici le finale sur une autre vidéo très minimale (la pochette en plan fixe, et ça sature un peu.).


22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 22:39
   Voilà un moment que je pense à vous présenter quelques vidéos inspirées par les musiques de David Shea (ou pour lesquelles il a composé la bande sonore), musicien dont l'un des morceaux sert d'indicatif d'ouverture à mon émission depuis quelques années, et auquel j'ai consacré un article le 3 juillet 2007.
One ride pony est le résultat de la collaboration entre la danseuse Suzanne Ohmann et l'artiste visuel Alex Vermeulen. La danseuse a remporté le premier prix au "Festival aan de Werf" d'Utrecht en 1995, avant d'avoir l'idée d'en faire un court film. La composition puissammment colorée, visuelle, de David Shea, écrite spécialement pour le film, est une réussite indéniable de la musique électronique. Plus de dix minutes inspirées pour apprécier l'été...

   Seem est un court-métrage expérimental de Ben de Loenen et Tijmen Hauer réalisé pour le Festival International du Film de Rotterdam en 2005 sur une musique de David. Film magique en noir et blanc sur l'écriture, ses pouvoirs er ses illusions. Il est peut-être incomplet (?)

   Le troisième film, Scènes de Seine, a été réalisé par Christian Jacquemin sur la musique de Tryptich III (version très proche de l'indicatif). Il propose une navigation dans un environnement urbain modélisé au moyen de formes simples et abstraites, s'inspirant du livre Espèces d'espaces de Georges Pérec, dont le prière d'insérer est dit par Philippe Mondon au début du film :

L'espace de notre vie n'est ni continu, ni infini, ni homogène, ni isotrope. Mais sait-on précisément où il se brise, où il se courbe, où il se déconnecte et où il se rassemble? On sent confusément des fissures, des hiatus, des points de friction, on a parfois la vague impression que ça coince quelque part, ou que ça éclate, ou que ça se cogne. Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent nous passons d'un endroit à l'autre, d'un espace à l'autre sans songer à mesurer, à prendre en charge, à prendre en compte ces laps d'espace. Le problème n'est pas d'inventer l'espace, encore moins de le ré-inventer (trop de gens bien intentionnés sont là aujourd'hui pour penser notre environnement...), mais de l'interroger, ou, plus simplement encore de le lire; car ce que nous appelons quotidienneté n'est pas évidence mais opacité: une forme de cécité, une manière d'anesthésie.

Le film est découpé en cinq scènes, chacune correspondant à une association entre une évocation géographique personnelle et un moment de la journée. Vous trouverez le film au format Windows media à l'adresse suivante :

http://aii.ensad.fr/travaux/02-03/seine/seine.wmv

 
Pour plus de renseignements sur le film : http://aii.ensad.fr/travaux/02-03/seine/index.htm (les données ci-dessus en sont extraites)

Je dédie ce choix à Bernard T., que je remercie de ces réactions et suggestions. J'espère que tu auras reçu mon courriel.

18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 17:45
   Ce blog date de fin février 2007, mais l'émission de radio que je produis est bien plus ancienne. Les classements antérieurs me permettront de brosser un panorama plus vaste de la production musicale de ce début de vingt-et-unième siècle, et même de la fin du siècle précédent. Avec le recul, tout se décante, aussi les classements seront-ils a priori plus resserrés. Je dis a priori, car je ne cesse de découvrir des disques formidables qui m'avaient échappé. Qui peut prétendre aujourd'hui suivre toutes les parutions ? Ces listes seront donc au besoin réactualisées au fur et à mesure des découvertes. Il pourra paraître surprenant que ni Steve Reich, ni Brian Eno, deux de mes musiciens de référence, ne soient pas parmi les cinq premiers : c'est que la concurrence est dure, les premières places étant occupées par des albums exceptionnels, magistraux, de compositeurs (ou d'interprètes dans le cas de Dominic Frasca) qui sont de la même étoffe, quoique moins connus, très injustement d'ailleurs.
                        
                                    












                                                                                              

 









1.    Alvin Curran                
Inner Cities                     Long Distance
2.    David Lang                    Elevated                         Cantaloupe
3.    Dominic Frasca            Deviations                      Cantaloupe
4.     Pierre-Yves Macé        Circulations                    Sub Rosa
5.    Ikue Mori                        Myrninerest                      Tzadik
6.     David Shea                  The Book of Scenes       Sub Rosa















7.     Steve Reich                 
You are (variations)                          Nonesuch
8.     Half Asleep                    (We are now)seated in profile        Unique records
9.     Brian Eno                       Another day on earth                      Opal
10.   Ivá Bittova / Bang On a Can    Elida                                 Cantaloupe
Published by Dionys - dans Classements
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15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 00:01
 Je viens de découvrir Spyros Polychronopoulos, au nom prédestiné, à travers une vidéo de Horchata (dont j'ignore tout..) réalisée à partir de son remix du titre Cellar de ce grec dont je vous reparlerai sans doute bientôt. Voici la vidéo, étonnante, sur cette musique abyssale.
  L'émission reprendra début septembre, la radio fermant en août, mais je vous ai prévu quelques articles d'ici là : un peu de lecture, pas trop, et quelques surprises (bonnes, je l'espère...)!
8 juillet 2008 2 08 /07 /juillet /2008 19:12
   Iva Bittova est la musique incarnée, baignée depuis son enfance slovaque et moldave par la source tsigane colportée par son père poly-instrumentiste. Actrice, au théâtre comme au cinéma, elle joue du violon comme on respire, et elle chante, fidèle à l'injonction paternelle répétée dans les nuits de fête de l'Europe centrale. Quelle carrière que la sienne ! Interprète brûlante du folklore de son pays, elle est de toutes les expériences, les plus folles de préférence, par-dessus les frontières, puisqu'elle joue aussi bien avec le guitariste Fred Frith, le plus incandescent des avant-gardistes, qu'avec Bang on a Can, les instrumentistes guerrriers au service de toutes les nouvelles musiques. La rencontre avec ces derniers donne Elida, disque magnifique paru en 2005 chez Cantaloupe, le label fondé par David Lang, Michael Gordon et Julia Wolfe.                                             
  Oubliez tous les clichés sur la musique folklorique ! Aucune fétichisation du passé, mais une interprétation fougueuse d'un répertoire habité par une voix, un corps qui sur scène vit la musique en l'incarnant, sur disque la rencontre magique entre une musicienne accomplie et l'un des ensembles de chambre les plus talentueux. Même aux Etats-Unis, elle n'a pas renoncé à sa langue, ce que je salue à l'heure où tant de français croyant élargir leur audience et...leurs ventes adoptent un anglais insipide. Sa langue, elle en joue comme elle joue du violon, elle est câline, joyeuse, elle jubile, danse, quelque part entre Meredith Monk, Hans Eisler et la tsigane inconnue. Bang On a Can épouse toutes les inflexions de la chanteuse, l'enveloppe dans une interprétation à la fois dynamique et sobre, très aérée, qui laisse la place à de splendides moments suspendus, lorsque la langue perd les mots comme à la fin de Nejsi ou dans Bolis me, Lasko. Piano, basse, percussions, guitare électrique, violoncelle, clarinettes, mais aussi banjo et harmonica soutiennent Iva dans ce parcours tourbillonnant ou rêveur, où les chansons alternent avec titres ou passages purement instrumentaux. Hopahop Talita, le titre 5, déploie sur neuf minutes un très beau dialogue élégiaque entre clarinette, violoncelle et piano, que le violon vient relancer et enjouer, rejoint par les autres instruments, avant de laisser la place à un passage en équilibre sur le silence, piano comme sur des pointes et guitare électrique tout en zébrures retenues s'effaçant ensuite devant le grave violoncelle et une ultime poussée festive, irrésistible. Une rencontre réussie de bout en bout, musicalité et bonheur, la vie imprévisible...
- le
site d'Iva Bittova.
- Iva Bittova sur Myspace.
- une vidéo de Samota (Solitude), quatrième titre de l'album Elida, enregistré au Palace Akropolis de Prague le 23 juin 2006, avec Lisa Moore au piano.

- une seconde enregistrée le même jour au même endroit, du premier titre, Maliri v Parizi(Peintres à Paris)

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Programme de l'émission du dimanche 6 juillet 2008 (Première partie)
Iva Bittová/Bang On a Can : Samota (piste 4, 4' 08)
                                                             Hopálop Tálitá (p.5, 9' )
                                                             Zepískej (p.6, 9' 28), extraits de Elida (Cantaloupe, 2005)

Arthur H : Cosmonaute père et fils (p.7, 6' 19)
                    The Hypno-Techno Gipsy Queen (p.12, 6' 45), extraits de L'Homme du monde (Polydor, 2008)
Pas mal, Arthur H après Iva Bittova ! Il a l'esprit bohème, le goût du poème, du voyage et de la folie. J'aime bien quand il raconte des histoires, qu'il se laisse aller à sa fantaisie. Je n'aime guère les premiers titres de l'album, où il rentre un peu trop dans les formats standardisés. A partir du titre 5, on respire, on prend le large, et c'est alors très bien !!
Elodie Lauten : Variations on the Orange Cycle (p.1 à 4, environ 25' ), extraits de Other places (Lovely Music, 1997)
   
                      
7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 16:20
   Lois Svard s'intéresse aux musiques expérimentales américaines. En 2005, elle a publié un DVD consacré à la musique pour piano préparé de Annea Lockwood, compositrice américaine originaire de Nouvelle-Zélande qui explore les territoires musicaux les moins conventionnels. Elle enseigne le piano à la Bucknell University et, surtout, on lui doit trois disques enregistrés dans les années 90.
  Other places rassemble des pièces de trois compositeurs américains d'aujourd'hui.
   Variations on the Orange cycle
de Elodie Lauten, compositrice américaine d'origine française vivant à New-York, élève de La Monte Young et de Pandit Pran Nath (maître du précédent, mais aussi de Terry Riley..), est une révélation, un magnifique travail sur la suspension du temps. Dans cette pièce en quatre mouvements, d'une durée totale d'environ vingt-cinq minutes, Elodie dit être partie de la fréquence du ton terrestre dans son cycle de 24 heures, représentée par la vibration de la couleur orange. La phase 1 est d'un calme nuageux, fondée sur des répétitions hypnotiques d'abord presqu'immobiles, puis s'accélérant dans un tournoiement qui évoque les ragas indiens. Chromatique, la phase 2 creuse des grappes de notes dans un chant admirable, qui pourrait virtuellement toujours renaître sur les ruines de sa beauté inépuisable : longue extase, extinction du temps nié par la houle infinie, avant de nous laisser autres sur la grève si douce. La phase 3 chatoie de sa polytonalité, de ses irrégularités rythmiques : le piano se fait virtuose, escalade des massifs de notes glissantes. Quant à la dernière phase, elle danse comme dans certains morceaux de Terry Riley, c'est la jubilation du temps reconquis !
   Le programme continue avec Trapani (stream) "a" de Jerry Hunt (1943-1993), artiste multimédia et compositeur de musique interactive pour ordinateur. La pièce est une succession d'accords variés auxquels s'ajoutent tremolos, jeux de pédales. La pianiste porte des clochettes aux poignets, dont les tintements discrets, fonction de la vitesse de frappe et de la position des mains, accompagnent de manière discontinue le continuum harmonique tantôt agité, tantôt apaisé d'un peu plus de treize minutes qui fait forcément de chaque interprétation une performance, de chaque écoute une expérience des caprices du déploiement temporel.
   La Desert sonata de Kyle Gann, compositeur que je présenterai dans un article à paraître bientôt, conclut ce grand disque inactuel (revenons parfois au titre de ce blog...). Début solennel, dramatique, atmosphère néo-romantique, comme un mystérieux cérémonial, c'est Wind, le premier mouvement, traversé de brèves courses échevelées où l'on peut entendre des échos du piano mécanique de Conlon Nancarrow, auquel Gann a d'ailleurs consacré un livre. Le second mouvement, Night, commence plus mystérieusement encore, hanté, avançant par courtes séquences qui interrogent avec obstination le silence. Puis quelque chose se délie, le piano se fait plus volubile l'espace de quelques secondes, avant d'être comme happé à nouveau par l'épaisseur de l'insondable. Morceau magique et frémissant...

- le
site d'Elodie Lauten.
- une courte video sur une composition d'Elodie qui associe piano et sons électroniques :

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Programme du dimanche 22 juin 2008
Steve Reich : Variations for vibes, pianos & strings (pistes 5 à 7, 22' ), extraits de Daniel variations (Nonesuch, 2008)
N-Naos : Aucun chemin où reculer (p.11, 2' 27)
                    Ouvrage de Tofu (p.9, 8' 12)
                    A ma manière (p.10, 12' 06), extraits de Nous (2008)
Jerry Hunt : Trapani (stream)"a" (p.5, 13' 27), extrait de Other places(Lovely Music, 1997)
Ikue Mori : Ice palace (p.7, 3' 57)
                        Minecat (p.8, 2' 46)
                        Mental (p.9, 3' 18)
23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 22:37
   C'est toujours la même chose, diront les détracteurs. C'est indéniable, du Steve Reich pur jus. Et alors ? Faut-il reprocher à Bach d'être toujours Bach, à Proust d'écrire comme Proust, à Fellini de filmer comme Fellini ? Cela s'appelle le style, la signature, qui distingue l'artiste véritable des suiveurs, des faiseurs interchangeables. A plus de soixante-dix ans (il est né en 1936), Steve nous offre deux oeuvres fortes qui, si elle n'apportent rien de vraiment nouveau, puisent à la même source féconde qui traverse son oeuvre, la pulsation. Entrelacement de motifs répétés et variés, chaque composition est emportée par un dynamisme puissant, ce "pulse" qui saisit dès les premières secondes pour ne nous lâcher qu'à la fin. Marqué par les musiques africaines et le gamelan indonésien, Steve écrit ce qu'on peut considérer comme de la musique occidentale de transe. Il faut s'abandonner au flux, au martèlement percussif, pour goûter le vertige suave de cette musique sans cesse renaissante, virtuellement éternelle : le monde s'abolit pour devenir pur mouvement, transport subtil et ferveur. Car le fond reichien est religieux, il y a de la mélopée, de la ratiocination litanique, comme un enroulement de phylactères dans les cerveaux possédés. Les quatre mouvements des Daniel variations qui ouvrent ce nouvel opus sont fondés chacun sur une seule phrase chantée par la "Los Angeles Master Chorale", reprise et triturée, fondue dans l'accompagnement instrumental de cordes, de vibraphones et de pianos. Les phrases 1 et 3 sont extraites du livre biblique de Daniel, tandis que les 2 et 4 sont des propos liés au journaliste juif américain Daniel Pearl, enlevé puis assassiné par des extrémistes islamiques au Pakistan en 2002. Il suffit de répéter "My name is Daniel Pearl" pour que la psalmodie transcende l'horreur, nie la disparition en réintégrant son essence, c'est-à-dire son nom dans la pensée juive, dans le grand cycle vital. La répétition est pauvreté volontaire, et non manque d'inspiration, dépouillement et non sécheresse : elle imite la vie pour mieux l'épouser.
 
   Les Variations for vibes, pianos & strings qui complètent le programme sont un bel exemple de l'équilibre parfait auquel Steve parvient avec une souveraine maîtrise : simplicité évidente, "classicisme" minimaliste de la trame syncopée, comme déhanchée par les pianos traités comme des percussions qui aèrent la pâte tournoyante des quatuors à cordes. Ecoutez ça très fort, c'est prodigieux, l'énergie et la grâce, fast/slow/fast, du Bach sur la plage de l'au-delà. On ne dira jamais assez que chaque création de Steve est un nouvel hymne à la vie, un acte de foi fougueux. Je connais peu de musiques qui atteignent à cette sérénité lumineuse par delà toutes les interrogations posées.
Pas encore de videos de ces deux dernières compositions, mais je vous en propose une d'un Steve Reich de la première période, Piano phase(1967), interprété sur deux pianos par Peter Aidu : ce n'est qu'un extrait...

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Programme de l'émission du dimanche 8 juin 2008 (fin)
Plusieurs extraits de la compilation Toronto 2007, publiée par la Red Bull Music Academy. Je vous en reparlerai ultérieurement.
Programme de l'émission du dimanche 15 juin 2008
Imagho : Silves/ Circaetes/Love poem (pistes 3, 5 et 6, 10' 30), extraits de Inside looking out (We are unique records, 2008). N'oublions pas trop vite les bons disques !
Red Bull Music Academy : plusieurs extraits des compilations Toronto 2007 et Melbourne 2006
Steve Reich :
Daniel variations (p.1 à 4, environ 30' ), extraits de Daniel variations (Nonesuch, 2008)
Hans Otte : Pièces 3 à 9 (environ 8' 30), extraites du Stundenbuch, publié avec Das Buch des Klänge (Celestial Harmonies, 2006), un double album admirable interprété par le compositeur lui-même au piano.
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