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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 18:42
   Merci à l'internaute qui me signale ce dont j'aurais dû vous informer en consultant le site d'Ikue Mori : elle sera à Paris, Cité de la Musique, avec John Zorn le 25 juin à 20 heures. Le pire, c'est que je ne peux vraiment pas y aller ! Vous me raconterez...


Essential Cinema featuring Electric Masada .

Marc Ribot, guitare
Jamie Saft, orgue
Erik Friedlander, violoncelle
Trevor Dunn, basse
Ikue Mori, électronique
Joey Baron, batterie
Kenny Wollesen, batterie
Cyro Baptista, percussions
John Zorn, direction, saxophone .

Une affiche qui promet !

  En complément de ce billet, une vidéo : en concert à la  Nasjonal Jazzscene Victoria, Oslo Norway 14th of April 2010. Ikue Mori- live video/laptop, Maja Ratkje- Voice/electronics, Håvard Skaset ...
17 juin 2008 2 17 /06 /juin /2008 10:45
    A chaque fois que j'écoute la musique d'Ikue Mori, des images des peintures d'Yves Tanguy viennent m'envahir. Sa source d'inspiration est pourtant ailleurs. Ikue Mori rend hommage, à travers Myrninerest, album paru chez Tzadik en 2005, à une artiste visionnaire anglaise, Madge Gill. Née en 1882, Madge est initiée au spiritisme en 1903 par une tante. Mariée à son cousin dont elle a trois fils, elle perd le second, emporté par la grippe espagnole en 1918. Elle met au monde une fille mort-née l'année suivante, reste alitée pendant des mois et perd l'usage de son oeil gauche. C'est à partir de là qu'un esprit-guide, appelé "Myrninerest", la fait rentrer en communication avec l'esprit de ses enfants morts. Commence alors une oeuvre considérable, tricots et broderies, dessins à la plume et à l'encre noire (le plus souvent) ou de couleur, depuis la carte postale jusqu'à des très grands formats sur des rouleaux de calicot de plusieurs mètres, écrits et improvisations pianistiques. Elle travaille la nuit, à la bougie, traçant uniquement des visages féminins, le sien ou celui de sa fille morte, d'autres encore, une centaine parfois sur une même composition. De temps en temps, "Myrninerest" apparaît aussi, visage à la Dieu le père, une croix sur le front. Tous ces visages regardent droit devant, fixement, enveloppés dans des robes-tapisseries, des motifs géométriques et architecturaux, cernés d'escaliers, de damiers, de quadrillages : visages prisonniers d'un dédale ornemental fascinant, énigmatique. Madge ne s'arrêtera de dessiner qu'après la mort de son fils Bob, en 1958. Elle se met à boire, la fin approche. Elle a exposé plusieurs fois ses oeuvres dans East End, mais se refusait le plus souvent à les vendre, affirmant qu'elles appartenaient à "Myrninerest". C'est à sa mort en 1961 qu'on trouve chez elle des centaines de dessins empilés dans des placards et sous les lits, qui se trouvent maintenant disséminés dans des musées du monde entier, notamment dans la Collection de l'Art brut à Lausanne.
   "Myrninerest" signifierait "mine innerest self" (mon moi le plus profond). A l'univers labyrinthique et proliférant de Madge, à mi-chemin entre figuration et abstraction symbolique, Ikue Mori répond en nous immergeant dans un monde inconnu de sons électroniques générés par son ordinateur. Née en 1953 à Tokyo, Ikue vit à New-York depuis 1977. Percussionniste, compositrice et improvisatrice, elle est également graphiste. On conçoit qu'elle ait été intéressée par l'univers de Madge, autant par sa radicale altérité que par sa prégnance spirituelle. L'art est un medium qui nous invite à passer au-delà des apparences : en cela il est descente vers les gouffres, abandon à l'inconnu qui nous happe et nous traverse. L'itinéraire d'Ikue va dans le même sens. D'abord percussionniste dans le groupe DNA d'Arto Lindsay, elle tente dans les années 80 et 90 diverses expériences dans le monde de la musique improvisée à la commande de boîtes à rythmes : elle jouera ainsi avec Zeena Parkins et Fred Frith, mais sera aussi invitée (en compagnie des deux précédents d'ailleurs) par un ensemble de musique contemporaine prestigieux comme
l'Ensemble Modern. Elle est remarquée dans le domaine de la musique électronique, signant un univers très personnel. Depuis 2000, elle explore les ressources de l'ordinateur portable, donnant naissance à un monde encore plus étrange, déroutant. La musique se fait possession, c'est le titre du premier morceau de Myrninerest : envoûtement, descente dans une spirale de perles sonores, mouvements de plaques tectoniques, glissades et (dis)torsions, phosphorescences, crépitements, souvenirs déchirés de carcasses mélodiques. Si vous survivez à ce choc brutal, à cette séparation d'avec le convenu et l'ordinaire, alors vous êtes prêt pour l'aventure, la rencontre avec l'esprit intérieur. Sigh est miraculeux, léger, alvéolé, parsemé de nuages de poussières sonores, de stalactites fines : on est déjà dedans, ailleurs, loin, les pendules ne marquent plus aucune heure sinon celle de l'éternité, à nouveau Yves Tanguy, je n'y peux rien. Conflict nous entraîne plus profond par une série de glissements percussifs boiteux, de dépressions larvées et de brèves éruptions de microparticules déchaînées. Vous arrivez dans le Gem palace plein de stridences minuscules, de crissements cristallins : bondissements infimes, halos tournoyants avant Take it easy travaillé par des levains en fermentation sourde, des pulsations résorbées en stases réverbérées, des déchirures inquiètes, des galops sans chevaux. L'espace s'élargit avec Expresso bongo : ralenti initial facétieux crevé d'éructations, tiens, de l'orgue reconnaissable un bref moment, en cercles lointains, des oiseaux électroniques rayent le paysage qui fait des bulles, émet des bouffées, se gonfle à nouveau de surgissements ordonnés par le bongo survolé de vols courbes et hypnotiques, puis tout s'éparpille...Vous en êtes au Ice Palace, étincelant cosmos de l'infiniment petit au coeur du cristal majeur, dans le dérapage majestueux des queues de comètes qui s'éparpillent au vent du néant. Minecat démine votre inconscient bardé de préjugés fossiles à coups de déflagrations rauques, de débordements d'eaux essentielles : ça marteau-pique insidieux, étincelles effarouchées, étouffements. Mental sonne l'heure de l'éveil, milliers de battements d'ailes de métal translucide, points d'interrogation frottés de spires radieuses...A vous de finir le voyage, qui promet d'autres surprises. Ces vignettes, toutes d'une durée comprise entre deux minutes trente et quatre minutes trente, ont une extraordinaire puissance d'évocation : les quatre dernières pièces, dont je n'ai pas parlé, conduisent à la multiple splendeur de Clash by night, magistral vol planant électronique à faire pâlir tous les tangerine dreamers par sa concision étincelante. Est-il besoin d'ajouter que plusieurs écoutes sont nécessaires pour déguster ce disque, chef d'oeuvre de la musique électronique d'aujourd'hui qui vous prend par surprise et ne vous lâche plus ?
   En guise de prolongement, une video d'un extrait de concert au Redcat enregistré le 15 septembre 2007 : elle est en compagnie de Zeena Parkins, harpe, et de Fred Frith, guitare, c'est très différent du disque, mais cela situe cette incroyable créatrice.

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Programme de l'émission du dimanche 8 juin 2008 (deuxième partie)
Ikue Mori : Sigh (piste 2, 3' 15)
                        Conflict (p.2, 3' 50)
                        Gem palace (p.4, 3' )
                        Take it easy (p.5, 3' 40)
                        Expresso bongo (p.6, 3' 40), extraits de Myrninerest (Tzadik, 2005)

14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 14:47
   Après la joueuse de pipa Wu Man, l'une des interprètes de la dernière oeuvre de Terry Riley (cf. article précédent), je vous propose un duo singulier : la rencontre entre Ling, ravissante chinoise qui vit actuellement à Los Angeles, où elle enregistre sa voix gracile, et Nîm, musicien lillois aux claviers, guitares, qui joue également d'instruments de sa fabrication et du xun, sorte de sifflet chinois en argile, percé de six ou neuf trous, cylindre ventru effilé vers l'embouchure de soufflage. Ce dernier compose la musique sur les textes de Ling, qu'elle lui envoie par internet. Le disque alterne les parties chantées -Nîm prêtant aussi son agréable voix, et les plages instrumentales élaborées. Le résultat, s'il flirte avec la variété à certains moments, est souvent très dépaysant. Nîm a enregistré à Pékin même des sons qu'il mixe avec sa musique et qui servent de coda à chacun des morceaux. On pense bien sûr à une bande originale de film, tant Nîm a su capter les inflexions de la musique chinoise, nous plonger dans l'ambiance de la Chine immémoriale, mais il sait décoller des cartes postales sonores, car il se montre créateur d'un univers abstrait qui ne dépare pas dans le paysage de l'électro. Au sommet de la montagne industrielle, le titre 3, évoque un Kraftwerk oriental très convaincant. I shop, I am, le titre 8, commence dans une atmosphère de fête religieuse à partir de sons enregistrés pour se développer en composition électronique originale, aux textures à la Aphex Twin. Ouvrage de Tofu, juste après, est un instrumental majestueux, tricotage d'orgue en nappes veloutées, d'appels mystérieux, de percussions crépitantes et bondissantes. Un disque qui vaut décidément beaucoup mieux qu'il n'y paraît à première écoute pressée.


- Une vidéo du second titre, Made in China, hit possible, mais ce n'est pas le titre qui m'emballe le plus, sauf sur la fin, très belle.
Made in China sélectionné dans Musique et Electro
- le site MySpace de N-Naos.
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Programme du dimanche 8 juin 2008 (Première partie)
La Chine à l'honneur...
Terry Riley : Royal wedding (piste 4, 6' 24)
                             Emily and Alice (p.5, 4' 09)
                             Prayer circle (p.6, 6' 41), extraits de The Cusp of magic (Nonesuch, 2008)
N-Naos : Made in China (p.2, 4' 32)
                    Au sommet de la montagne industrielle (p.3, 6' 36)
                    Melle Susan est jugée (p.6, 2' 59)
                    I shop, I am (p.8, 5' 59), extraits de Nous (auto-produit, 2008), en vente
ici.
La photo ci-contre, c'est Nîm aux claviers et à la guitare.
9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 21:51
                                                                                           Terry Riley aura 73 ans le 24 juin. Sa dernière oeuvre est pourtant d'une incroyable jeunesse. Ecrite à la demande de David Harrington, violon et cheville ouvrière du Kronos Quartet, qui voulait célébrer le soixante-dizième anniversaire du compositeur lui-même, elle témoigne de la capacité de renouvellement de l'un des fondateurs historiques du minimalisme et ajoute un nouveau maillon à la longue liste des collaborations avec l'un des quatuors à cordes les plus talentueux de notre temps. D'un commun accord, Terry et le Kronos ont dès le départ eu l'idée d'associer à ce projet un pipa, luth à manche court, l'un des instruments chinois les plus anciens et des plus appréciés. Wu Man, luthiste qui avait déjà collaboré avec le quatuor, apporte sa touche orientale aux couleurs occidentales du quatuor. Plus que jamais, Terry reste le plus oriental des compositeurs occidentaux. Imprégné de jazz, connaisseur des musiques des Indiens d'Amérique, ayant étudié très longtemps sous la direction du Pandit Prân Nath, maître du Kirana, style de raga indien, Terry Riley ne saurait se réduire au minimalisme. Son oeuvre est à la croisée de l'avant-garde et des musiques du monde, imprégnée d'une constante aura spirituelle. The Cusp of magic est ainsi une rencontre, non seulement entre le quatuor à cordes et le pipa, mais encore avec le synthétiseur, des instruments utilisés dans les cérémonies du peyotl et d'autres issus d'une collection d'instruments-jouets ramené par le quatuor de ses tournées autour du monde, chacun des cinq instrumentistes étant amené à employer un ou plusieurs d'entre ces derniers à un moment ou à un autre à la place de son instrument habituel. Le titre désigne un rite lié au passage du signe des Gémeaux à celui du Cancer et au solstice d'été qui, traditionnellement, est marqué par une nuit de festivités, une suspension du cours ordinaire du temps marquée par des débordements, l'irruption des rêves et de la fantaisie : le mot anglais "cusp" renvoie à un point de rebroussement, un point singulier sur une courbe, ici à l'entrée dans le surnaturel. Divisé en six parties, ce cycle d'un peu plus de quarante minutes s'ouvre et se ferme sur une section influencée par les rituels indiens du peyotl, ces nuits pendant lesquelles les participants rassemblés autour d'un feu ingéraient le champignon sacré en chantant, murmurant et priant.
   L'auditeur est d'emblée sommé d'abandonner le monde profane, trivial : un tambour scande solennellement tout le premier mouvement, accompagné par une crécelle lancinante, des vagues de synthétiseur, avant l'entrée du quatuor à cordes, puis du luth pipa : la régularité de la scansion rythmique coexiste avec l'irrégularité des cellules mélodiques dans une trame d'une beauté constante, intense. Terry est de retour, quelle émotion !! Quelle fraîcheur, quelle joie ! Exultation parfois du quatuor qui dérape presque free jazz, entrelacements complexes avec le pipa, la musique transporte par son puissant dynamisme, son crescendo final irrésistible. Buddha's bedroom, le second mouvement, commence par un dialogue vif et serré entre le quatuor et le pipa, ponctué de pizzicati ; puis le rythme s'alanguit, Wu Man chante une berceuse, texte de sa composition, comme si elle s'adressait à son fils, moment suspendu de grâce avant la reprise par le quatuor, décidé, exubérant. The Nursery propose une seconde berceuse à l'arrière-plan envahi par les instruments-jouets, le violon joue des glissandi, le pipa égrène des chapelets de notes, les jouets prennent le pouvoir dans une atmosphère doucement incantoire, clochettes, couinement d'animaux en peluches, ricanements grotesques en sourdine. L'humour comme accès au mystère... Suit le Royal wedding, rond et enlevé, virevoltant, tout en glissements suaves, violoncelle charmeur et violons affolants, avec une coda d'une grâce raffinée. Emily and Alice est une caverne aux merveilles, hantée par les jouets aux résonances mystérieuses, traversée par un chant enfantin nimbé d'irréalité tandis que le quatuor et le pipa ponctuent l'atmosphère magique de virgules graves. Prayer circle, miracle d'apesanteur, nous entraîne dans une danse tantôt vive et légère, tantôt lente et plus grave. Une musique du bonheur, d'une admirable naïveté, sans rien qui pèse, c'est le cadeau que nous offre Terry rayonnant de malice. Suivons-le sur le chemin éclairé de taches d'or, bordé de buissons aux couleurs surnaturelles, le chemin de l'illumination ?
Pour aller plus loin :
- le
site de Terry Riley.
- voir des
photos de Dean Chamberlain, photographe "psychédélique" qui joue sur des temps de pose très longs (jusqu'à cinq heures) pour créer des images hallucinatoires. Je vous propose celle-ci, Jewel path, qui pourrait illustrer une illumination de Rimbaud :
- le
site de Frank Olinsky, qui conçoit bien des pochettes et des livrets de CD, du Kronos Quartet à Sonic Youth.(j'ai pris l'exemple du Kronos).
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Programme de l'émission du dimanche 1er juin 2008
Psykick Lyrikah : Une étoile (piste 11, 5' 26)
                                       L'éclair (p.12, 4' 41), extraits de Vu d'ici (Idwet, 2008)
B R OAD WAY: Pistes 1 et 4 (15'), extraites de 06 : 06 am (Factor records, 2005)
Revo : Irae Breaks Machine I et II (p.9 et 10, 5' 15)
                Ontario (p.11, 6' ), extraits de Artefacts (Jarring effects, 2008)
Terry Riley : The cusp of magic (p.1, 10' 04)
                             Buddha's bedroom (p.2, 10' 33)
                             The Nursery (p.3, 5' 10), extraits de The Cusp of magic (Nonesuch, 2008)
Published by Dionys - dans Terry Riley
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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 09:50
  Tous les amateurs de guitare doivent écouter ce disque, les autres aussi... Comme Dominic Frasca (cf. article du jeudi 27 septembre 2007), Marco Capelli, guitariste né à Naples en 1965, transcende la guitare classique pour la réintroduire dans les compositions les plus novatrices d'aujourd'hui. L'idée de donner une photographie musicale de l'avant-garde musicale de New-York lui est venue d'un séjour dans cette ville en 2002. Il a demandé à un certain nombre de compositeurs, improvisateurs, issus de ce milieu qui brasse allègrement musique contemporaine, jazz d'avant-garde et rock décalé, d'écrire pour sa guitare, une guitare classique amplifiée par l'ajout de huit cordes de résonances et les sons multipliés de l'électronique directe. Il a souhaité un mélange d'écritures allant de structures rigoureuses à la liberté des langages improvisés. Le résultat est renversant : l'un des meilleurs disques de 2006, et tout simplement l'un des disques essentiels de ce début de siècle. EGP est de prime abord déconcertant, voire difficile, parce qu'il va jusqu'au bout de son projet, mais dès la première écoute, quelle claque sur certains morceaux, comme l'extraordinaire Amygdala d'Elliott Sharp, qui joue du contraste entre martèlements percussifs en roulements sourds et  les cordes jouées dans l'aigu ou en salves nerveuses, avec de brusques décrochages, dérapages, stases. A côté de Nick Didkowsky (cf. article), de Annie Gosfield ( cf. mon double hommage), et de David Shea, musiciens déjà présents dans ce blog, on trouve encore Marc Ribot, guitariste aventureux ayant joué avec John Lurie et son excellent groupe The Lounge Lizards, ici compositeur auquel revient d'ouvrir l'album avec un morceau sans concession, entre blues épais et expérimentation à la Fred Frith, frénésie et douceur imprévue, Ikue Mori, japonaise établie à New-York depuis 1977 et grande figure des musiques électroniques -dont je reparlerai bientôt, Anthony Coleman, Otomo Yoshihide, Erik Friedlander, et Mark Stewart. Ikue Mori fait dialoguer la guitare avec des musiques électroniques préenregistrées dans Bird chant, composition ciselée, méditative. Anthony Coleman a écrit sa pièce The Buzzing in my head à partir d'une crise sévère d'acouphène, d'interrogations nées de sa lecture d'une pièce de Beckett et de l'écoute d'un morceau de Ligeti : musique sinueuse, rêveuse, comme trouée, la guitare à nu qui fouille dans la tête à petits coups incertains.Considérant la guitare améliorée de Marco, Nick Didkowsky a découvert une façon de l'accorder qui l'a inspiré pour les trois mouvements de A bright moon makes a little daytime, sorte de sonate douce ou furieuse, aux lignes mélodiques complexes et belles. Otomo Yoshihide ausculte la guitare, nous invitant à découvrir les sonorités étranges qu'elle peut générer : avec lui la guitare devient shamisen expérimental. Annie Gosfield ne nous fait entendre que la main droite de Marco, Marked by a hat - jeu de mot sur le nom du guitariste, n'étant joué que sur les cordes sympathiques ouvertes : c'est un des immenses bonheurs de ce disque généreux, une pièce lumineuse et bondissante, joyeuse. Mark Stewart propose une étude très percussive, ponctuée de raclements, de grattements, musique dépenaillée pour un film d'épouvante avant de laisser fuser une superbe fin mélodieuse et déliée comme une étoile filante après les ténèbres. Erik Friedlandler pense à son violoncelle, à Jimi Hendrix et quelques autres pour Iron blue, pièce virtuose, chatoyante, sans cesse renaissante. David Shea conclut l'album avec Terra, brève méditation absolument splendide pour guitare et électronique, intense, fulgurante, extraite d'un cycle que je ne connais pas, mais qui augure du meilleur David.
- le
site de Marco Capelli.
- Marco Capelli jouant une version d' Amygdala d'Elliott Sharp en public pendant un festival au Mexique en 2008. Le son est monstrueux...
Marco Capelli joue aussi bien de la musique classique, il enseigne la musique au conservatoire Bellini de Palerme.
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Programme du dimanche 25 mai 2008
David Shea / DJ Grazhoppa : Tasty cake (piste 8, 4' 43)
                                                               Twitch (p.9, 5' )
                                                            Morning jacks (p.10, 5' 15), extraits de Down river up stream (Downsall Plastics, ?), trois très bons morceaux à sauver seulement de ce disque manqué, la rencontre ne prend pas. Dommage, j'attends toujours beaucoup de David Shea... Mais sa présence sur le disque de Marco Capelli me rassure !
David Shea : Terra (p.12, 4' 26)
Ikue Mori : Bird chant (p.2, 6' 21)
Elliott Sharp : Amygdala (p.3, 11' 42)
Annie Gosfield : Marked by a hat (p.9, 7' 54), extraits de EGP Extreme Guitar Project (Mode, 2006), avec Marco Capelli à la guitare.
Revo : le miel est plus doux que le sang (p.5, 5' 25)
                Rain of artefacts (p.8, 4' 40), extraits de Artefacts/.. (Jarring Effects, 2008)
29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 20:45
   Tout est gris, sent la poussière. Les moulins n'ont plus d'ailes tandis que la courbe de votre salaire ressemble à une morne plaine en voie de tassement insidieux. Il est donc temps d'écouter le second album des nantais de Depth Affect, Hero crisis, emprunt d'une belle nonchalance alanguie, rap à la RZA sur l'excellent Street level, ritournelles électro farcies de voix échantillonnées, morceaux à danser très doux jusqu'à tomber dans les bras de la nuit. Rien de très nouveau, c'est sans prétention, on trouve d'abord la musique convenue, mais on se laisse prendre, on oublie le gris parce qu'on est gris entre amis qui ne font pas de manières.
  
Avec le d
uo morlaisien Revo, l'énergie est là, farouche et acérée, qui vous saisit : douze instrumentaux d'une électro implacable, parsemée sur quelques titres de souvenirs humains tronçonnés, répétés, soupirs, rires ou choeurs éthérés et désincarnés, comme sur le premier, Mcmlxxx, ou sur le quatrième, Adversaire. Entre musique expérimentale abstraite et hard-rock, machines et guitare construisent un univers à la majesté ravagée. Ce premier album est impressionnant de maîtrise ! S'il peut faire songer au terrifiant Duck and Cover des Suisses de Reverse Engineering, il est heureusement moins glacial, plus varié aussi. Evil raid, le titre 3, est exemplaire d'un style de composition stratifiée, à l'image de l'étonnante couverture, qui joue sur les fractures pour nous propulser ailleurs. Je suis de plus en plus séduit par ce disque qui m'avait d'abord interpellé par deux ou trois titres, et que je trouve après plusieurs écoutes décidément fort et plus original qu'il ne paraît, et en tout cas  meilleur que bien des disques de groupes anglo-saxons que nous recevons ces derniers temps à la radio, -Portishead et quelques autres mis à part. Le label Jarring Effects devient incontournable, offrant à la scène électro française une production impeccable, un son  fouillé en profondeur.
Pour les retrouver :
- Depth Affect sur
MySpace.
- Revo sur
MySpace.




En prime, une assez belle vidéo, avec des extraits de films muets, sur la musique tranquillement ensorcelante de Depth Affect :

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Programme du dimanche 18 mai (deuxième partie)
Depth Affect : Street level (piste 3, 3' 18)
                                  Dusty records (p.7, 4' 07), extraits de Hero Crisis (Autres directions, 2008)
Revo : Wire (p.2, 4' 55)
                Evil raid (p.3, 4' 11)
                Adversaire (p.4, 4' 20)
                Opiace (p.7, 3' 58), extraits de Artefacts/... (Jarring Effects, 2008)
23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 07:44
        LETTRE à ARM
   Les mots manquent pour dire, Arm tu nous rends "l'odeur forte du sol", l'homme dépouillé, tel qu'en lui-même, "à ses pieds dort son ombre / alors il marche un peu / avance comme il tremble / car l'air se soulève et l'entoure", l'homme qui sait "qu'il ne cèd(e)ra rien", même si "c'est l'époque qui décide / furieuse et douce", l'homme mélancolique et qui a des raisons de l'être, "c'est curieux comme sa tête penche / il sait que les temps l'auront à l'usure / bref puni d'emprise lente".
    Il fallait commencer par tes mots, j'ai pris ceux du quatrième titre, Le premier soir, sombre et sourde promenade déchirante sur fond de percussions lentes, de notes raréfiées de guitare et de programmation à l'image du ciel d'orage très noir de la couverture. Tu ne perds pas le fil. Après Des lumières sous la pluie en 2004 et Acte en 2007 (voir mon article du 7 juin 2007), tu reviens avec Vu d'ici, tes mots et tes musiques. C'est toi aux programmations, à la guitare parfois, mais Olivier Mellano t'accompagne aussi avec la sienne, et puis tu as invité d'autres amis pour des duos, notamment Robert le Magnifique-Iris et Dominique A. Le premier intervient sur le titre 8, Comptez les heures, un rap flamboyant pour répondre "à la pénombre que l'on sait infinie" et prendre position, "allez-y comptez les heures / je suis de l'autre côté(...) loin des armes communes / qui n(e) tolèrent / que dollars et colères / étendards et peaux dures". Dominique apporte son chant fragile au titre 3, Un point dans la foule, une rencontre qui me semblait inévitable, car vous avez l'un comme l'autre "deux traces d'ailleurs / à la place des yeux" : beau duo, sa grâce d'ange déchu, ta ferveur rugueuse,  tu lui laisses la fin, l'envolée lyrique, électrique, les choeurs et le déchaînement des guitares, et moi je suis comme vous "souriant juste d'être / emporté par la foudre", conquis par ton détournement d'Edith Piaf.
    J'aime que tu prennes comme point de départ cet instrumental inattendu qui ouvre l'album, Nulle part, majestueuse ouverture que certains trouveront injustement emphatique quand elle n'est que l'élégie inaugurale, le champ de blé doré menacé par l'orage sans fin d'une société asphyxiante, l'avant-texte  tout en cordes courbes, en caresses violoncelles, battements d'attente de l'infini qu'on  veut assassiner. C'est à cette agression délibérée que tu réponds avec tes mots de feu dès le titre 2 éponyme, entre rap rageur et post-rock puissamment lyrique, véritable manifeste pour une autre vie que celle qu'on nous programme, "vive le sourire aussi / l'ivresse / les drames mineurs". Tu les préviens, ceux qui "pensent qu'ils peuvent prévoir", "vu d'ici / seul le feu nous atteint (...)/ des vagues / nous sommes la force des creux". Tu nous rappelles aussi, dans  De plein fouet, l'incandescent titre 5 traversé d'images d'apocalypse, que "rien ne sert de courir / quand tout s'effondre". Il y a du prophète en toi, je veux dire un homme pleinement lucide, décidé à regarder le monde et ses impasses. Et qui se laisse aller à la déréliction, comme dans le magnifique titre 6, Anonyme, court blues sans parole qui laisse chanter la voix et la guitare. Qui croit malgré tout en la vie de toute sa force et sait alors devenir tendre, comme dans Ne regarde pas, le titre 7, déclaration d'amour "puisqu'à l'écart / j'ai vu d' autres formes naître/ puisqu'à les croire / on n'y prend  / rien d'autre que du rien", et toi tu sais que ce rien c'est tout l'homme. Un homme qui sait se taire pour laisser rêver, c'est Le chant d'une nuit, le titre 9, bel instrumental dépouillé, guitare nonchalante en traîne de lumière, piano parcimonieux et retenu, batterie étouffée, cymbales lointaines. Un homme qui suit sa route, celle d'Acte, que prolongent les derniers titres : "c'est sur cette route / qu'on a dû percher nos rimes(...)c'est vers là-bas / que chaque soir fut en avance(...)c'est sûrement là / qu'on a laissé nos imprévus / qu'on y laissera nos visages / et les lueurs d'un autre temps". Pour atteindre L'aube, enfin, le dernier titre, scintillante aubade pour guitare.
   Merci, Arm, pour cet album admirable et bouleversant, passionnant de bout en bout, sommet de la trilogie amorcée avec Des lumières sous la pluie. Qu'il fait bon entendre la langue française, scandée, fécondée par une inspiration si vraie, loin des fadaises sentimentales et des messages assenés avec hargne, servie par des musiciens accomplis. Rap, rock, voire blues, chanson française, étiquettes que tu décolles à coup de musique et de poésie. "mais qui te parle/ de repli hors du temps / j'écoute et puis j'attends". C'est cette écoute et cette attente qui nous rassemble, voyage pour sortir du bout de la nuit...
.
 Pour écouter quelques titres :
- le site de
Psykick Lyrikah.
Une video du dernier titre en public fin février à Bruxelles (la version disque est très différente) :











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Programme du dimanche 11 mai 2008
Psykick Lyrikah : Nulle part (piste 1, 5' 19)
                                       Vu d'ici (p.2, 2' 51)
                                       Un point dans la foule (p.3, 4' 16), extrait de Vu d'ici (Idwet, 2008)
Daniel Palomo Vinuesa : Lent (p.6, 6' 46)
                                                       Global 3 et 4 (p.11 et 12, 5' 06)
                                                       Pythagore (p.13, 1' 32), extraits de L'homme approximatif (Signature / Radio France, 2006)
Portishead : the rip (p.4, 4' 31)
                            We carry on (p.6, 6' 28)
                            Machine gun (p.8, 4' 47)
                            Small (p. 9, 5' 46), extraits de Third (Go ! discs, 2008)
B r oad way : High treason (p.5, 4' 56)
                              Night lights (p.6, 1' 57)
                              Automatons (p.7, 5' 46), extraits de Enter the automaton (Jarring effects, 2008)
Programme du dimanche 18 mai 2008 (Première partie)
Portishead : Magic doors / Threads (p.11 et 12, 9' 20) (ibid.)
B r oad way  : Airtight part 2 (p.9, 6' 44)
                               Teddy gun (p.11, 9' 36) (ibid.)
Psykick Lyrikah : Le premier soir (p.4, 4' 41)
                                       De plein fouet (p.5, 4' 38)
                                       Anonyme (p.6, 1' 52)
                                       Ne regarde pas (p.7, 2' 58)
                                       Comptez les heures (p.8, 3' 14) (ibid.) Regardez les titres, déjà cette limpidité. Cinq titres de suite pour apprécier la construction soignée de l'album...

16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 15:04
  Après un premier album ambiant, minimaliste et radicalement au bord de l'audible, et une expérience avec Angil, les stéphanois reviennent avec une musique moins en retrait, distillant une pop-électro au charme hypnotique insidieux. Piano brumeux, répétitif, à la lenteur envoûtante, percussions tranquillement fascinantes, guitares immobiles, accompagnent le chant traîné-murmuré. Des textures électroniques troubles, scratchées de tournoiements parasites, des échantillons venus d'un monde lointain, enveloppent le tout de voiles mystérieux, comme sur le très beau High Treason. Ils ont évidemment écouté Radiohead, mais on songe aussi à Stars of the Lid ou à Tim Hecker (voir article du 19 juin 2007), ce dernier pour l'ouverture du morceau suivant, Night lights, orgue pulsant sur fond de nappes grésilleuses. L'album pourrait sembler monotone, mais je le dirais plutôt monochrome, se lovant entre ombre et lumière. Chaque titre installe une atmosphère pénétrante, une étrangeté qui suspend le temps, avec des mélodies simples et évidentes nimbées de halos de particules : ça vient de là-bas, ça nous envahit, on ne bouge plus, engourdis, à l'écoute de ce qui parfois n'émerge pas tout à fait comme dans le très court Airtight part 1. Fête foraine engloutie pour automates, pendules et boîtes à musique, traversée de quelques accélérations, intrusions plus lourdement percussives, toujours à la fin résorbées dans de sourds tourbillons, dans le retour obsédant du même, ad libitum comme dans le dernier titre, Teddy Gun, plus de neuf minutes à traverser des nuages épais chargés d'une électricité pétrifiante...Je ne sais s'ils connaissent Half Asleep, mais ils sont cousins dans des univers parallèles. Comme pour Valérie Leclerc, je leur pardonne de trahir la langue française, -car j'appelle trahir le choix de l'anglais pour des considérations commerciales, je ne parle même pas de l'accent lamentable de la plupart : ici, les inflexions douces, intériorisées de cet anglais en demi-teintes contribuent à créer ces paysages mélancoliques d'un monde décalé, résolument en marge, hors course. Une magnifique surprise pour tous ceux qui aiment sombrer, se laisser absorber dans les rêves en oubliant tout le clinquant de l'aujourd'hui. Ce disque est un poison subtil, on y revient, encore, et encore, pour chercher la clé qui nous permettra d'accéder au monde de l'éternel retour.
Pour les découvrir :
- le
site du groupe.
- leur
page sur MySpace.
Une vidéo en public de High Treason aussi pour avoir une idée du travail vidéo qui accompagne leur musique depuis les débuts du groupe:

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Programme du dimanche 4 mai 2008 (troisième partie et fin...)
B R OAD WAY : Caution wet floor (piste 1, 4' 48)
                                    Letters inHearts (p.2, 4' 47)
                                   The Key maker (p.3, 7' 47), extraits de Enter the automaton (Jarring Effects, 2008)