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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 10:04

   Quand on cherche Gong Gong, on trouve aussi Gong, qui ne figure pas dans les références affichées de ce duo électro. Thomas Baudrillier et Jean-Christophe Baudoin construisent en tout cas avec leur échantillonneurs, machines, basse, contrebasse et percussions, un univers fantaisiste et facétieux qui n'est pas sans évoquer celui du groupe de David Aellen : morceaux joyeusement débridés, collages improbables, mystérieuses envolées réjouissent l'auditeur. Une délicieuse fraîcheur émane du premier titre, Beatle fish, pourtant construit sur un rythme hypnotique : c'est que nos deux compères y entrelacent une voix féminine échantillonnée, sensuelle, avec des clapotements aquatiques et des sortes de gloussements. Le second titre, Pinocchio, se présente comme une danse pour marionnettes combinant micro-frénésies peuplées de voix distordues, narquoises, et esquisses presqu'élégiaques, down-tempo : un bonheur ! Le titre suivant, To anything different, commence de manière très reggae, continue dans une ambiance expérimentale, avec par intervalles le jeu cristallin des claviers en fond. Coline, le titre quatre, est une merveille que ne renierait pas Massive Attack : voix ouatées et étirées, claviers planants pour une majestueuse pavane intergalactique, le duo joue dans la cour des grands, qu'on se le dise ! Si le titre cinq, Witch box, souffre d'une surdose de collages et de bidules sonores peu convaincants, tandis que le huit, Ladies & rabbits est gâché par de fastidieuses répétitions, l'album réserve encore de belles surprises. Le six, Caravane, est loufoque et réjouissant dans son exubérance dansante. Le titre éponyme, Mary's spring, balade lancinante autour d'un dialogue entre personnages de science-fiction, a une délicatesse étrange, un fort pouvoir de dépaysement grâce à une écriture concise des textures électroniques.  A pas feutrés , le titre neuf, nous entraîne dans une ronde insidieuse ralentie par une torpeur sourde tapissée de voix étranges. Le morceau suivant, June, moins abouti, sonne comme de l'électro-dub-jazzy et vaguement oriental (ouf !), mais l'album se termine sur le très joli Birds in books, inventant un flamenco répétitif, guitare acoustique et claquements de mains au rendez-vous, égayé par les interventions moqueuses d'un drôle d'oiseau. Si vous avez bien suivi l'itinéraire, trois titres évitables, et huit pour échapper à la sinistrose ambiante : l'électro, facilement désincarnée quand elle prend la technologie trop au sérieux, s'humanise ici, irriguée par une verve constante et une sensibilité plus subtile qu'il n'y paraît.
- le site de
Gong Gong.
- quelques titres à écouter sur
My Space (et ne manquez pas la vidéo de Beatle fish...)
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Programme du dimanche 16 mars 2008 (Première partie)
Deux titres de
Richard Eigner et ses amis pour commencer.
Altaï : Kophonic (p.9, 2' 29)
              Substitute the C (p.10, 5' 19)

              Epoxy Angel (p.11, 4' 46), extraits de  Videosphere(2008)  
Gong Gong : Beatle fish (p.1, 4' 21)
                            Pinocchio (p.2, 5' 33)
                            Coline (p.4, 3' 50)
                  Mary's spring (p.7, 3' 02), extraits de Mary's spring(Pias, 2008)

20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 18:49

Valérie Leclercq, parfois avec sa soeur Oriane, nous propose une pop mélancolique, brumeuse, au charme ensorceleur. Avec sa voix grave, veloutée, sa guitare ou son piano, elle tisse un univers intimiste sur des mélodies qui ont la beauté de l'évidence. Depuis (We ar now )seated in Profile, paru en 2005, on espérait son retour, annoncé maintenant par son label We are unique records. En attendant, voici une petite vidéo composée sur le premier titre de leur dernier album.

 

17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 10:00
   "Nouvelles des nouvelles musiques", ma nouvelle catégorie, est née des recherches en vue de mes articles, mais aussi des nouvelles qui m'arrivent des compositeurs et des internautes. Je remercie au passage tous ceux qui laissent un commentaire : réagissez, informez-moi d'événements qui vous semblent pouvoir m'intéresser. Ne cessant de découvrir des initiatives, des interprètes, qui montrent l'extraordinaire variété du monde musical d'aujourd'hui, je vous en ferai part, chaque fois bien sûr qu'elles s'inscrivent dans le projet global de l'émission et du blog.
  Le Network for New Music, basé à Philadelphie, se consacre depuis 1984 à la découverte des musiques nouvelles, créant des oeuvres inédites, faisant entendre des voix singulières. Les musiciens viennent pour les deux-tiers du Philadelphia Orchestra, du Chamber Orchestra of Philadelphia, mais d'autres artistes y trouvent aussi leur place. La vidéo ci-dessous permet d'entendre et de voir Linda Reichert, directrice artistique et co-fondatrice de l'ensemble, au piano (et pas seulement avec ses mains...) pour une oeuvre de David Rakowski, Schnozzage.

15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 11:15
undefinedundefinedDeux immenses compositrices à l'honneur. J'ai déjà présenté Eve Beglarian (cf. article du 31 janvier 2008), mais je voulais revenir sur Tell the birds, disque inépuisable, magnifique, qui rassemble six pièces écrites entre 1994 et 2004. Landscaping fot privacy associe la lecture d'un poème de Linda Norton à un accompagnement au piano et aux sons d'origine électronique : Eve est une formidable diseuse de textes et une instrumentiste accomplie, qui sert le texte sans le redoubler. Le résultat est tout simplement éblouissant. FlamingO, pièce de plus d'un quart d'heure qui clôt l'album, la montre en orchestratrice ambitieuse et imprévue. L'auditeur est soumis à rude épreuve. On a d'abord l'impression d'une cacophonie, ponctuée de respirations rauques. On est sur la corde raide, au bord du chaos, fasciné en même temps par la matière orchestrale en ébullition, travaillée par des courants souterrains comme une pâte levée. Tout se casse alors, les respirations occupent le devant de la scène, syncopées, grinçantes, parodie improbable et non dénuée d'humour de halètements amoureux, grotesques et distordus. L'orchestre s'enfle à nouveau, tout en discordances et en coassements, pour éructer à grand peine ce qu'il recelait depuis le début, un grand thème lyrique, chaleureux, puissant : pièce exemplaire sur la naissance de l'harmonie, l'ordonnancement du chaos. Tout le disque est d'ailleurs une réflexion sur la naissance du monde et sur les origines de la musique. Non, les grands compositeurs ne sont pas seulement des hommes, voici Eve..., ci-dessous dans une vidéo qui montre, à la fin, son travail avec des musiciens persans classiques sur un projet a priori non enregistré en liaison avec The Los Angeles Master Chorale, dont le Directeur intervient en premier, avant qu'elle ne présente son l'oeuvre.

   Et voici Julia Wolfe, l'une des co-fondatrices, avec David Lang et Michael Gordon de l'ensemble Bang on a Can All Stars, née en 1958 comme Eve Beglarian. Auteur d'une oeuvre abondante, mais dispersée, peu représentée sur disques, elle a écrit des quatuors à cordes heureusement disponibles sur Cantaloupe, label créé pour l'ensemble et tous les compositeurs novateurs qui refusent d'enfermer leurs oreilles dans des secteurs verouillés par le dogmatisme et les préjugés. Elle s'intéresse aussi bien à Beethoven qu'à Led Zeppelin ou aux musiques traditionnelles, ce qui s'entend dans son éc
undefinedriture des quatuors. Big Deep, interprété par le quatuor Ethel, est une oeuvre massive, râpeuse, tout en brisures, pas si éloignée de l'esprit de la musique industrielle, animée d'un dynamisme ravageur dans le crescendo frénétique de la seconde moitié, avant de concéder quelques accents chantants et des glissendi plus apaisés vite repris dans la tourmente finale. Four Marys, interprété par le Cassatt String Quartet, est lui du côté des courbures enchevêtrées, reprises et prolongées, scandées par des coups d'archets, des pizzicati : on pourrait penser par moments au travail si étonnant de Lois V. Vierk, dont il faudra bien que je vous parle un jour. Le quatuor  s'alentit parfois en graves introspections, s'ouvre sur un lamento élégiaque d'une bouleversante beauté, retenue, dans un lent tournoiement très doux, diminuendo. Un sommet.
Prolongement
- Landscaping for privacy, d'Eve Beglarian, en écoute ici.
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Programme de l'émission du dimanche 9 mars 2008
Brain Damage : Poursuit of X (piste 21, 2' )
                                   Meine Ruhe (p.22, 2' )
                                   Wie lange noch (p.23, 2' ), extraits de Short cuts(Jarring effects, 2008)
Eve Beglarian : Landscaping for privacy (p.5, 7' 03)
                                   FlamingO (p.6, 16' 27), extraits de Tell the birds(New World Records, 2006)
Julia Wolfe : Big Deep (p.1, 13' 52)
                            Four Marys (p.2, 10' 49), extraits de The String Quartets(Cantaloupe, 2002)

13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 14:21
   Deuxième volet de l'émission du 2 mars consacrée à  la musique et au cinéma. Deux groupes français proposent, dundefinedans des perspectives certes différentundefinedes, des musiques "imagées". Mygük, groupe originaire de Pau formé en 1999 par quatre musiciens, sonorise un film allemand muet de 1924, Le Dernier homme, de Murnau. C'est leur deuxième tentative de ce genre, puisqu'ils ont déjà écrit en 2004 une musique pour Nosferatu le Vampire, film de 1922 du même réalisateur. Ne connaissant pas leurs oeuvres antérieures -il y a deux autres albums encore, je ne rends compte que de ce dernier opus, à mon sens tout à fait abouti dans un certain genre, celui d'une musique illustrative, en prise directe avec les images, quand bien même l'auditeur moyen, qui n'a pas assisté aux ciné-concerts donnés par le groupe, se contente de la musique, sans souvent connaître le film. Voilà un post-rock très orchestral, composé avec soin, chargé d'émotions et d'atmosphères délicatement oniriques, aux envolées électriques qui n'ont rien à envier à leurs homologues américains  Filmschool  (dont je n'ai pas chroniqué le dernier disque, qui m'a semblé décevant) ou Explosions in the sky. Superbes parties de guitare de Ghislain Jantroy (pas étonnant qu'Olivier Mellano, extraordinaire sur Acte, fasse partie de leurs amis) attaques dramatiques à souhait des claviers ou lyrisme intime du piano de Michaël Bentz, batterie puissante ou attentive de Mathieu St Picq, la musique est constamment inventive, mélodieuse, se déploie dans une évidence qui vous emporte. Fermez les yeux, les images sont là, si fortes, si simplement humaines...
undefinedAltaï, duo électro formé par Cédric Stoqueret et Johann Usureau, tous les deux aux échantillonneurs, synthétiseurs et autres machines, accompagnés sur scène par la batterie de Gatien Butstraen, propose une musique difficile à classer, qui recycle toutes sortes de sons, y compris les siens, pour créer un monde hybride en perpétuel mutation. Leur dernier disque, Videosphere, se veut un voyage sur lequel chacun mettra ses images, créera sa vidéosphère justement : passages puissants proches du post-rock, moments improvisés jazzy, couches stratifiées jouant sur les textures granuleuses, brisures, collages improbables à la Third Eye Foundation, l'ensemble a vraiment de l'allure et montre encore une fois la vitalité, la créativité de la scène française.
- le site de Mygük
- leur site sur Myspace.
- le site d'Altaï.
- leur site sur ...Myspace (ça devient incontournable ?)
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Programme de l'émission du dimanche 2 mars 2008 (deuxième partie)
Mygük : Eröffnung (piste 1, 6' 26)
                  Quartiers populaires (p.2, 3' 04)
                  La destitution (p.5, 8' 26)
                  Le manteau déchiré (p.6, 3' 52)
                  Le rêve (p.7, 2' 58), extraits de Le dernier des hommes(2008) [pas de maison de disque, disque disponible sur leurs deux sites]

Altaï : No more coffee (p.5, 2' 13)
              Videosphere (p.6, 4' 53)
              Hitoshi warriors (p.7, 0' 44)
              Cross-border (p.8, 3' 54), extraits de Videosphere(2008) [téléchargement quasi-gratuit à partir de leur site officiel.] 
                        
7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 10:09
  Il n'est pas question d'inventorier ici toutes les musiques des films de Peter Greenaway, mais d'en rassembler quelques unes pour souligner la cohérence des choix du cinéaste. La collaboration avec Michael Nyman est première, le compositeur anglais signant la bande originale de presque tous les films de Greenaway jusque Prospero's Book en 1991.
undefinedundefined   Il y a une évidente affinité entre le cinéma de Greenaway et la musique minimaliste. L'oeuvre du réalisateur est profondément obsessionnelle, répétitive. Hantée par les nombres, qu'on pense notamment à Drowning by numbers ou au projet multimédia The Tulse Luper Suitcases, elle revient toujours sur les lieux du crime, de l'escroquerie, fouillant le moindre détail à plusieurs reprises pour faire dire aux objets ce qu'ils nous cachent, ce qu'ils ont à nous révéler. L'enquête avance par boucles successives, par dévoilements progressifs d'une profondeur signifiante. Puisque tout détail est indice, il faut sans cesse y revenir pour l'interroger, le mettre en rapport avec d'autres pour constituer des séries. Tout objet peut devenir ainsi le noyau d'un motif, d'une série de variations qui finissent par constituer l'oeuvre entière, dont les principes de base sont la fragmentation et la répétition, et la forme idéale le puzzle. The Tulse Luper Suitcases se fragmente ainsi sur trois écrans géants, se construit sous nos yeux lorsque le spectacle se donne en salle, comme à la Cartonnerie de Reims le vendredi 29 février, monté en direct par le cinéaste qui semble jongler avec les extraits. Chaque image elle-même se démultiplie, se transforme de l'intérieur dans un jeu subtil entre parties fixes et parties animées. Dans cette démarche se retrouvent les patterns (motifs), les loops (boucles) affectionnés par les minimalistes, ainsi que cette impression générale de déroulement d'une sorte de tapisserie sonore (ou visuelle) : pas de place pour le vide, aucune vacuité. Le médium vise à remplir le monde dans un processus hypnotique. Il n'est pas étonnant qu'il explore les mystères symétriques de la génération et de la putréfaction : corps qui s'étreignent, corps qui se défont, se disloquent. Face à cette peur panique du non-sens, de l'insignifiant lié à l'intrusion scandaleuse du hasard, Peter Greenaway et nombre de compositeurs minimalistes opposent le barrage serré des nombres-n
undefinedotes, des signes qui se répètent et prolifèrent dans un auto-engendrement narcissique. Le rêve quasi mystique d'une Unité enfin retrouvée derrière la multiplicité des phénomènes se profile derrière des expériences artistiques qui se veulent totales, totalisantes : le déferlement dans la durée des notes ou des images, des nombres ou des objets, inlassablement brassés et redistribués, vise à épuiser le monde et ses possibles, à le condenser pour le rendre potentiellement infini, immortel. Sublime combat, qui est rarement apprécié à sa juste mesure.
   Relisant les notes du livret de la bande originale de Drowning by numbers, cette proximité de Greenaway avec le minimalisme  me semble éclatante. Il demande alors à Michael Nyman d'écrire 92 (déjà le nombre atomiquede l'uranium qui hante encore Tulse Luper) variations à partir de quatre mesures qui teminent l'exposition du mouvement lent de la Symphonie concertante pour violon, alto et orchestre de Mozart, ce que le compositeur va réaliser en cassant la séquence et en y insérant de nouveaux matériaux, de nouvelles couches (layers). L'origine, l'unité première, sera toujours repérable sous les transformations, amplifications qui fécondent le noyau initial. C'est Mozart et ce n'est plus lui, c'est un clone minimaliste, doù le charme, l'agacement ou les deux qui saisissent l'auditeur dans ces méandres, ces jeux de miroir, de démultiplication du même. Doù le vertige et l'étrangeté provoqués par cette musique qui danse avec un mort toujours vivant.., "revisité" comme le dit Michael Nyman lui-même.
   "4 mains" , présent sur la bande originale du Ventre de l'architecte, est devenu l'un des morceaux les plus célèbres de Wim Mertens : danse allègre et syncopée, tournoiement presqu' immobile jusqu'à l'arrêt brutal de la fin, la pièce est au fond une danse macabre camouflée dans ce film hanté par la mort. Quatre mains pour conjurer le néant , comme il faut ailleurs, chez Steve Reich six pianos, ou chez Glenn Branca cent guitares, pour remplir les béances, combler le vide...
    Lors du spectacle donné à Reims, ma surprise fut d'entendre dans les premières minutes la musique de David Lang, sans doute le compositeur vivant le plus impressionnant. De la génération qu'on pourrait appeler post-reichienne, il dépasse les postulats de base du minimalisme pour proposer une musique d'une rigueur et d'une beauté convulsive : "Cheating, Lying, Stealing", interprété par le Bang on a Can-All-Stars, associe de longues plages percussives aux brusques cassures à de bouleversantes intrusions mélodiques de cordes. DJ Radar, "metteur en musique" de Tulse Luper, n'a utilisé que les fragments percussifs les plus métalliques et les plus syncopés pour accompagner le bombardement d'images auquel le réalisateur soumet le spectateur. Magnifique association pour provoquer un arrachement du quotidien et une violente entrée dans l'imaginaire de Greenaway. J'ai vu sur le site du cinéaste qu'il avait d'ailleurs déjà travaillé en collaboration avec David Lang.
   En un sens, Peter Greenaway est un cinéaste minimaliste et post-minimaliste : le moins est le mieux dans cet univers de recyclage et de variations infinies, mais aussi d'inventions de nouvelles perceptions, de nouvelles formes. Car l'obsession ou la répétition, loin de nous ramener au point de départ, nous fait glisser peu à peu dans l'inconnu et le mystère, dans l'opacité troublante du monde et la nature des choses. Les minimalistes et Peter Greenaway ont en commun un sens aigu de la dimension physique du son ou de l'image, de la matière qu'ils explorent sans tabou, au grand dam de tous ceux qui ne cherchent dans l'art que l'oubli ou l'évasion.
   Pour vous récréer après un article dont la longueur m'étonne le premier, deux vidéos, la première pour vous donner une idée de The Tulse Luper Suitcases, la seconde pour faire entendre "4 mains" de Wim Mertens à ceux qui ne connaîtraient pas ce morceau et/ou ce compositeur.
- et le site de Peter Greenaway, plus particulièrement le sous-site foisonnant consacré à Tulse Luper.


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Programme du dimanche 2 mars 2008 (Première partie)
Glenn Branca : Augustus (piste 1, 1' 33)
Wim Mertens : The Aural Trick (p.3, 2' 40)
                                 Struggle for pleasure (p.4, 3' 54)
                                 4 mains (p.5, 3' 11), extraits de la bande originale de The Belly of an architect(Les Disques du crépuscule, 1992 ?)
Michael Nyman : Trysting fields (p.1, 3' 28)
                                      Drowning by numbers 3 (p.4, 3' 30)
                                      Wheelbarrow walk (p.5, 2' 10), extraits de la B.O; de Drowning by numbers(Virgin, 1988)
David Lang : Cheating, Lying, Stealing (p.1, 10' 30), extrait de Bang on a Can classics(Cantaloupe, 2002)
                                     

6 mars 2008 4 06 /03 /mars /2008 11:04
undefined  On croit parfois avoir fait le tour d'un domaine qui semble bien circonscrit, comme le minimalisme. Derrrière les grands noms comme Steve Reich, Terry Riley, Philip Glass, on ne cesse pourtant de trouver des artistes passionnants. Après Jeroen van Veen et Michael Harisson voici peu, je viens de débusquer un autre pianiste prodige et compositeur, Lubomyr Melnyk.
   Né en 1948 à Münich de parents ukrainiens, Melnyk poursuit ses études au Canada où ses parents se sont installés. Il accompagne pendant un temps les spectacles de danse contemporaine donnés par Carolyn Carlson à l'Opéra de Paris avant de rassembler ses idées sur "la musique continue" dans un livre paru à Toronto en 1981. Influencé par les minimalistes que je citais plus haut, la trinité fondatrice, son jeu et ses compositions reposent sur des arpèges très rapides et de durée variable qui se transforment de manière incessante et presqu'insensible. Toutefois, la tonalité est présente, des mélodies surgissent du flot continu des notes que l'utilisation de la pédale sostenuto prolonge d'harmoniques multiples. L'auditeur est ainsi enveloppé de vagues mélodiques aux multiples résonnances. Ce travail n'est pas sans évoquer celui de Charlemagne Palestine, sans jamais toutefois submerger l'auditeur sous le "strumming" hallucinant auquel ce dernier se laisse parfois aller avec une évidente jubilation. Lubomyr Melnyk ne manque pas de souligner combien l'enregistrement fait perdre par rapport aux concerts : les micros les plus performants ne parviennent pas à capter certaines harmoniques générées par les nappes continues remplis
undefinedsant la salle. Pour KMH, une performance en piano solo enregistrée à l'automne 1978 dans une demeure privée de Toronto, le label texan Unseenworlds vient de proposer une réédition remasterisée de l'album paru en 1979 aux Music Gallery Editions. Cette oeuvre de plus de 50 minutes d'affilée se déploie comme un ample tourbillon à la sérénité nimbée de touches mélancoliques et d'élans fragiles : musique émouvante, simple comme une vague de fond qui vient vous chercher avec obstination, la main chargée de grappes de notes comme des bijoux biseautés par la mer des songes. Regardez comme la lumière se diffracte et se répand dans le sous-bois de la couverture du disque, sculptant les masses, creusant l'ombre pour nous entraîner vers les mystères de l'arrière-plan : telle est la musique de Lubomyr Melnyk, compositeur majeur à découvrir.
-Un extrait  en écoute ici, pour deux pianos
- Le site du compositeur, avec des extraits à écouter et à télécharger.
- Le site du label Unseenworlds
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Programme du dimanche 24 février (deuxième partie)
Les trois premières "parties"(repères commodes pour l'auditeur effrayé par la longueur de la pièce)de KMH.

29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 11:59
undefinedNé en 1983, l'autrichien Richard Eigner pratique la musique avec ses amis dans les clubs de son pays où il a déjà reçu quelques distinctions dans le domaine des musiques électroniques. Il est aux percussions, aux claviers et aux traitements sonores. Je l'ai connu grâce à la Red Bull Music Academy, ce regroupement annuel dans une ville toujours différente, Melbourne en 2006 et Toronto en 2007, des meilleurs DJs et expérimentateurs musicaux de la planète,  manifestation qui est prolongée en général par un disque ou un CD-Rom. Concrete leaves, une pièce conçue comme une sorte de mille feuilles avec des cuivres sur plusieurs pistes décalées qui reviennent de manière lancinante, avait retenu mon attention sur la compilation 2006. J'ai fini par rentrer en contact avec Richard. Il forme le groupe Ritornell avec son ami Roman Gerold, mais il participe avec d'autres à des manifestations très diverses dans tous les lieux ouverts aux musiques actuelles en Autriche.Avec un troisième comparse, Gerhard Daurer, il propose rien moins qu'un renouvellement passionnant des musiques électroniques et expérimentales ! Il n'a encore enregistré aucun disque, mais en prépare un avec le lancement d'un label intitulé Wald-Entertainment. Sa musique- et celle des ses amis, appartient à la galaxie électronique la plus radicale, souvent très proche des expérimentations de la musique contemporaine, avec une touche jazzy sur certaines compositions, et une évidente affinité avec l'esprit minimaliste. Les meilleurs morceaux sont à mon sens les plus dépouillés,  épures abstraites, quasi conceptuelles, où le jeu très fin des percussions s'inscrit sur des lignes à la fois rigoureuses et mystérieuses : écoutez  Tide and Tickle, exemplaire de cette économie, ou encore l'extraordinaire Untitled(les deux titres sont sur le site MySpace de Richard), qui fait penser à un jardin japonais par son hiératisme simple et grandiose. Ce dernier morceau évoque d'ailleurs pour moi les Six Japanese Gardens(1993) de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho. Sur le même site, vous trouverez l'étonnant The Light, au jazz décalé, sensuel et vaguement orientalisant, habité par une voix féminine légèrement rauque et frémissante, tapissé de légers choeurs féminins et de percussions obsédantes..
undefinedTandis que Roman Gerold écrit des pièces pour films, danses ou même jeux vidéo, Richard se livre à des remix, constitue une bibliothèque de sons. Leur collaboration remonte à l'écriture d'une musique de scène pour Urgent Appetite, spectacle de la chorégraphe canadienne Laura Kappel au printemps 2004.
Pour mieux les connaître et les soutenir :
- le site de Ritornell, avec huit titres en téléchargement libre.
- le site du label en construction, Wald-Entertainment.
- un extrait de la musique de scène pour Urgent Appetite à écouter ici.
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Programme du dimanche 24 février 2008 (Première partie)
D'autres extraits de Brain Damage ont ouvert l'émission et "préparé" aux musiques de Richard Eigner et ses amis.
Brain Damage : Mi Mismo voda (piste 13, 1' 59)
                                   Le silence /.../ Trupy (p.15 à 18, 8')
                                   Plot/Propose (p.20, 2' 02), extraits de Short cuts(Jarring effects, 2008)
Richard Eigner/ Roman Gerold/Gerhard Daurer :
                                   Tide and Tickle (4' 23)
                                   Untitled (3' 14)
                                   Live at Rhiz Vienna (11' 19), à paraître, disponibles en MP3 (cf. ci-dessus)
- le site du trio.