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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

31 janvier 2008 4 31 /01 /janvier /2008 22:31
    J'avais l'idée d'une émission autour d'Eve Beglarian depuis le dernier disque de Maya Beiser, Almost Human, qui lui accorde une large place avec les huit mouvements de "I am writing to you from a far off country", longue pièce d'Eve de 2006 associant le violoncelle et le chant à la lecture intégrale du texte de Henri Michaux ("Je vous écris d'un pays lointain" : cf. notamment article du 7 juin 2007). Les matériaux me manquaient jusqu'à ce que je trouve Tell the birds, un disque entièrement consacré à six de ses récentes compositions. La présence d'un titre comme  "Creating the world" et la référence à William Blake dans "The marriage of Heaven and Hell" ont attiré autour de ce noyau un extrait de Dark waters d'Ingram Marshall et des oeuvres de Jah Wobble inspirées du peintre et poète anglais.
   Pour commencer, la musique d'Ingram Marshall, penchée sur les origines mystérieuses du monde. Le compositeur américain, qui a commencé sa carrière par des collages électroniques élaborés, fascinants, est une figure à part, difficile à rattacher à un quelconque courant. Il s'inscrit en fait dans une tradition américaine profondément métaphysique : de la contemplation des grands espaces surgit une musique qui ne cesse de célébrer la magnificence de la Création en même temps que son impénétrable mystère. Depuis plus de dix ans , il associe textures électroniques travaillées par des échos, des filtres,des retards, des boucles et des variations de vitesse avec des instruments acoustiques, solistes ou en plus grande formation. Dans le titre éponyme Dark waters, un cor anglais plane sur les eaux primordiales. Ecoutez-le grâce à cette vidéo, collage à la fois visuel et musical, dans laquelle on entend le début de l'oeuvre (mixée avec d'autres).

Ingram-Marshall-Dark-waters.jpgDark waters ne manquera pas d'évoquer la musique de Tangerine Dream à ses débuts. Ingram Marshall reprend une de ses anciennes compositions, Sibelius in his radio corner, et rend à nouveau hommage au musicien finlandais auteur du Cygne de Tuonela, pièce inspirée par ce cygne légendaire qui glisse au-dessus des sombres eaux séparant le mondes des vivants de celui des morts. Ici, c'est le cor anglais, avec son velouté langoureux, qui incarne le cygne, tandis que la bande enregistrée pose le paysage grandiose, agité de convulsions lentes, parfois troubles, inquiétantes et attirantes à la fois.
  



                                                                                   
 Eve-Beglarian-Tell-the-birds-copie-1.jpg  Née en 1958, Eve Beglarian travaille beaucoup pour des chorégraphes, des performances, répond à des commandes d'ensembles comme le Bang on a Can All-Stars, élaborant une oeuvre elle aussi atypique, résolument loin de tout dogme, de toute école. Elle pratique le collage, utilise l'électronique, et dans le même temps fait appel à des musiciens, des comédiens et des lecteurs lorsqu'elle met en musique des textes poétiques, un des aspects passionnants de son itinéraire.Creating the world, l'un des titres de cet album qui rassemble six créations comprises entre 1994 et 2004, part d'un poème de Czeslaw Milosz, écrivain polonais naturalisé américain à la fin de sa vie, Prix Nobel de littérature en 1980. Le comédien Roger Rees dit le texte tantôt avec une fougue joyeuse, tantôt avec un détachement sarcastique, voire théâtralement comique, en parfaite adéquation avec la verve héroï-comique de ce poème cosmogonique, sur fond d'un immense collage d'échantillons de Mozart, de mélopée orientale, de chant médiéval, de rock, tous d'ailleurs motivés par le poème lui-même, échantillons enveloppés par le travail de l'Ensemble électro-acoustique de Paul Dresher. Une Création haute en couleurs, bigarrée et jubilatoire, ce qui n'exclut pas quelques superbes échappées rêveuses. Robin redbreast, composition plus courte de 2003 sur un poème de Stanley Kunitz, poète américain mort en 2006 à l'âge de cent ans, un des fondateurs de la maison des Poètes de New-York, propose un univers très différent. Le texte est dit-chanté, murmuré, devient mélopée parfois discordante et brisée, sur un bourdon de claviers, tandis que la flute piccolo gazouille pour évoquer cet étrange oiseau échappé peut-être du paradis : "C'était l'oiseau le plus lugubre/ qu'on eût jamais vu, nettoyé/ de toute sa couleur, comme s'il/ s'était tenu sous la pluie/ seul et raide et refroidi/ depuis que l'Eden allait mal." Wonder Counselor, pièce de 1996, est une plongée dans les eaux fraîches de l'Eden : des variations extatiques à l'orgue sur un Graduel du XIIIè siècle, "Res est admirabilis", encadrées par des sons naturels d'oiseaux,  d'eaux agitées et de halètements amoureux. Eve Beglarian donne aux propos d'Isaïe, au chapitre 9, verset 5, "et on lui a donné ce nom, Conseiller-merveilleux, Dieu-fort" leur sens non édulcoré en s'appuyant sur un autre passage de la Bible, au chapitre 30, versets 18 et 19 du livre des Proverbes : "Il est trois choses qui sont trop merveilleuses pour moi ; et quatre que je ne comprends pas : le chemin de l'aigle dans les cieux, le chemin du serpent sur le rocher, le chemin du navire au milieu de la mer, et le chemin de l'homme dans la femme." A sa manière, on aura compris que ce disque est un livre des merveilles, dont je n'ai évoqué que la moitié je vous le rappelle.
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   Bassiste de Public Image Limited de 1978 à 1980, Jah Wobble, né en 1958 comme Eve Beglarian, a poursuivi depuis une carrière solo d'un éclectisme incroyable, collaborant avec des chanteuses orientales, avec Brian Eno, Bill Laswell, se lançant dans des projets improbables comme ce disque inspiré par la peinture et la poésie de son compatriote William Blake. Accompagné de Jackie Liebezeit (du groupe allemand Can) aux percussions, de Mark Ferda aux atmosphères (claviers et autres synthétiseurs...), de Justin Adams à la guitare et de Clive Bell à divers instruments traditionnels, il propose un voyage convaincant et vraiment inspiré dans les poèmes flamboyants de William Blake, dont les textes sont fournis dans le livret, très bien édité. Au début de "Auguries of Innocence", on retrouve notre Robin Red breast (rouge-gorge) évoqué par Stanley Kunitz, qui s'est peut-être souvenu de Blake :
To see a World in a Grain of Sand
And a Heaven in a Wild flower,
Hold Infinity in the palm of your hand
And Eternity in an hour.

A Robin Red breast in a Cage
Puts all Heaven in a Rage
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Programme du dimanche 27 janvier 2008
Ingram Marshall : Dark waters (piste 1, 17' 05), extrait de Dark waters(New Albion records, 2001)
Eve Beglarian : Creating the world (p.2, 13' 58)
                                   Robin Redbreast (p.3, 4' 57)
                                   Wonder Counselor (p.4, 9' 09), extraits de Tell the birds(New World Records, 2006)
Jah Wobble : Breathing out the world (p.6, 0' 49)
                              Swallow in the world (p.7, 3' 32)
                              The Kings of Asia (p.8, 1' 37)
                              Angel (p.11, 4' 24)
                              Auguries of Innocence (p.13, 6' 54), extraits de The Inspiration of William Blake(All Saints Records, 1996)
Site d'Eve Beglarian, très riche, avec des morceaux à écouter et des MP3 à télécharger, ici.
Bel article consacré à Jah Wobble sur fluctuat.net.
Un site bilingue consacré à William Blake.

22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 09:30
Comme à chaque début d'année, les émissions de la Primitive doivent fournir un classement qui est ensuite envoyé aux maisons de disques avec lesquelles la radio travaille plus particulièrement. J'en profite pour jeter un petit regard rétrospectif sur l'année écoulée et pour affirmer la place singulière d'INACTUELLES, qui, dans le cadre d'une radio affiliée à la Férarock, propose à ses auditeurs un spectre beaucoup plus large, d'où la présence de maisons de disques qui ne nous envoient rien, mais que je trouve importantes.  Le classement tout subjectif qui suit mêle allègrement les genres, avec une prédominance de ce qu'on appelle la musique contemporaine au début de la liste. J'ai un peu déserté les musiques du monde cette année, même si elles ont été présentes çà et là dans ma programmation. Pour plus de détails, je renvoie le lecteur aux articles antérieurs.

Slow-six-Nor-easter-Miniature.jpgMaya-Beiser-almost-human-miniature.jpgMichael-Harrison-Revelation-Miniature.jpgJeroen-van-Veen-Minimal-piano-collection-Miniature.jpgRobert-Wyatt-Comicopera-Miniature-copie-1.jpg


 





§  1/ Slow Six                   Nor’easter                             New Albion Records

§  2/ Maya Beiser             Almost Human                     Koch Int. Classics

§  3/ Michael Harrison     Revelation                            Cantaloupe Music

§  4/ Jeroen Van Veen     Minimal piano collection        Brilliant Classics

§  5/ Robert Wyatt           Comicopera                          Domino Recordings

§  6/ Psykick Lyrikah      Acte                                      Idwet

§  7/ Dominique A           Sur nos forces motrices          Cinq 7/Wagram Music

§  8/ Stephen Scott           The Deep spaces                   New Albion Records

§  9/ Hans Otte                 Stundenbuch                         Celestial Harmonies

§  10/ Devastations           Yes, U                                   Beggars Banquet

§                                                                          
Psykick-Lyrikah-Acte-Miniature-copie-1.jpgundefinedundefinedundefinedundefined





§  11/ Gravenhurst          The Western Lands                Warp Records

§  12/ Fink                        Distance and Time                 Ninja Tune

§  13/ Eluvium                 Copia                                     Temporary Residence

§  14/ Graham Fitkin      Still warm                               Fitkinwall
gravenhurst_the_western_lands-Miniature-copie-1.jpgFink-Distance-and-time-miniature.jpgEluvium-Copia-3-miniature.jpgFitkinwall-miniature.jpgnancy-elizabeth-Battle-and-victory-3-miniature.jpg





§  15/ Nancy Elizabeth    Battle and Victory                   The Leaf Label

§  16/ Tord Gustavsen Trio Being there                         ECM

§  17/ L’Homme-puma                                                   Communication is not

words                       

§  18/ Dälek                      Abandoned Language             Ipecac Records

§  19/ Apparat                 Walls                                      Shitkatapult

§  20/ Colleen                   Les Ondes silencieuses           The Leaf Label

§  21/ Diego Amador       Piano Jondo                            World Village



Que d'oublis, bien sûr. Pas encore écouté le dernier Radio Head, notamment...
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Programme du dimanche 20 janvier 2008
Un ou deux titres de chacun des 7 premiers albums de la liste(sauf Maya, oubliée dans la première version en raison d'une erreur de date sur des conducteurs d'émission !)


Published by Dionys - dans Classements
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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 10:39
Devastations-Yes-U.jpgVoilà un peu plus d'un an sortait Coal, second album d'un groupe australien ,  Devastations, qui avait déjà retenu mon attention, mais ce blog n'existait pas encore.  Leur troisième album,  Yes, U, est sorti à la mi-septembre 2007, et je n'avais pas encore pris le temps de vraiment les écouter, si bien que  l'actualité risquait de les recouvrir, cette actualité bulldozer qui nivèle et étouffe sous ses couches épaisses de production massive. Je répare cette injustice : le trio australien (Tom Carlyon : guitare, piano, synthétiseur ; Conrad Standish, chant et basse ; Hugo Cran, percussions) a fait appel à une violoniste et claviériste, Andrea Lee, et à un pianiste et manipulateur de synthétiseurs et autres machines, Nigel Yang, pour livrer une musique à la fois plus noire, lourde et oppressante, glaçante, et traversée de déflagrations brûlantes de lumières comme des chutes de météores enflammés. Tout le début de l'album est superbe, complètement halluciné, sorte de New-wave parfois sépulcralement sensuelle dont les sommets sont Rosa, crescendo électrisé et The Pest, lents tournoiements de brouillards vénéneux où Conrad Standish donne la pleine mesure de sa voix. La suite n'évite pas toujours les pièges d'une joliesse qui a du mal à passer après de telles fulgurances, mais on leur pardonne : les voilà déjà très haut ! Une vidéo de Rosa, en concert en Suisse, montre l'énergie concentrée des Australiens.
Bang-on-a-can-Renegade-Heaven.jpg
Le compositeur allemand Arnold Dreyblatt a l'oreille sensible : c'est à partir de motifs rythmiques perçus dans le mauvais fonctionnement d'escalators de Bruxelles en 1987 qu'il conçoit une oeuvre en collaboration avec un percussionniste, puis pour son Orchestra of Excite
Bang-on-a-Can.jpgd strings. La version pour l'ensemble Bang on a Can intègre cymbalum, guitare électrique préparée, violoncelle, percussions, saxophone et cordes basses "excitées" préparées par les interprètes eux-mêmes. Le résultat est une pièce trépidante qui enchaîne des couleurs et des timbres comme on monte des marches, sans doute pour escalader le ciel rénégat promis par le titre de l'album.
De gauche à droite : David Cossin, batterie et percussions ; Robert Black, basse ; Evan Zyporin, clarinettes ; Lisa Moore, piano et claviers ; Wendy Sutter, violoncelle (elle remplace Maya Beiser) ; Mark Stewart, guitares.
undefinedPrécisons que Lisa Moore est australienne..On retrouve l'Allemagne et l'Australie avec l'interprétation du Stundenbuch de Hans Otte (cf.articles précédents) par le pianiste australien Roger Woodward, connu notamment pour ses enregistrements des Nocturnes de Chopin ou des Préludes de Debussy, et "Australian Living Treasure". Woodward donne de ce cycle qu'il célèbre avec enthousiasme sur la pochette une version un peu plus longue que celle de Otte, sur un Bösendorfer. Voici sa présentation du Livre d'heures, que je laisse en anglais pour le moment :
"In a universe of exalted, fragmented but delicately-balanced sonorities, the audacious design of time-suspended galaxies in Otte's highly-intimate, miniature-art and enigmatic but constant shift of movement and mood, form four books in twelve parts each, to span a golden arc extending from prima and seconda prattica to the sonnets of Shakespeare; divine melodic genius of Mozart; inscrutable logic of late-Beethoven; Elysian fields of Schubertian Ländler and Chopinian cantilena of the Nocturnes, in poetic homage and as an inclusive part of his magnificent North-German inheritance."
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Programme du dimanche 13 janvier 2008
Devastations : Black ice (piste 1, 5' 36)
                                 Oh me, Oh my (p.2, 7' 40)
                                 Rosa (p.3, 5' 10)
                                 The Pest (p.4, 5' 51), extraits de Yes, U(Beggars Banquet, 2007) Quelques morceaux à écouter sur MySpace. A noter que leur résidence habituelle est Berlin...
Arnold Dreyblatt : Escalator (p.2, 11' 15), extrait de Renagade Heaven(Cantaloupe, 2000) par le Bang on a Can All-Stars.
Hans Otte : Livres III et IV (p.25 à 48, 27' 50), extraits du Stundenbuch(Celestial Harmonies, 2007). Au piano, Roger Woodward (site ici)

10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 21:55
Luis-Gonzalez-Palma-Estrategia-que-nos-une-2004.jpgExquisite corpses, c'est le titre du premier morceau diffusé ce dimanche pour le deuxième volet de l' hommage à Phil Kline (cf. article du 28 décembre). Je ne voulais pas mettre la pochette du disque dont le morceau est extrait, parce que l'ensemble Bang on a Can, interprète de l'oeuvre, présente d'autres musiciens dont j'aurai à reparler. J'ai donc tapé "Phil Kline Exquisite corpses" pour trouver une autre illustration. Vous voyez le résultat : la folie de l'imprévu, cette photographie de Luis Gonzales Palma, artiste guatémaltèque contemporain, "Estrategia que nos une"(2004), un beau titre à appliquer à l'oeuvre de Phil Kline, collage lyrique d'un peu plus de onze minutes. Un dialogue délicat et envoûtant entre le piano et la percussion ouvre la composition, qui s'envole sur un rythme syncopé avec l'entrée en scène de la clarinette et de la basse, relayé par un pulse très reichien. La guitare électrique densifie et chauffe encore l'atmosphère, avant un retour au thème initial, plus mystérieux encore, cuivré, doré par la clarinette, tandis que le piano égrène des perles étincelantes. Phil Kline, souvenez-vous de ce nom : finesse, émotion, écriture rigoureuse, une grande figure de la musique américaine contemporaine.
   Maintenant, regardez bien la photographie ci-dessus : la chambre est bleue. Non ? Fermez les yeux, rouvrez-les : je vous l'avais dit, elle est bleue, n'en doutez plus. Phil Kline l'a peinte en bleu pour vous, avec le quatuor à cordes Ethel. La vidéo (les 3' 42 du début, pas la suite qui ne concerne plus Ethel...) vous y transportera. Il vous faudra traverser une rivière (The River), sombre, lourde d'incantations noyées qui tressaillent sous votre regard. Vous secouez le charme, vous marchez vite pour arriver (March). Une frénésie vous prend, vos gestes sont saccadés par la beauté qui vous submerge et vous engouffre : ô caresses graves du violoncelle... Entrez dans la vidéo (The Blue room). La chambre s'ouvre. Vous savez qu'elle est bleue, car des sirènes s'y sont logées : qui pourrait leur résister ? Leur infinie suavité épouse les cavités de votre oreille, de votre cerveau. C'est en vous qu'elles habitent et qu'elles se tordent à jamais. Et voici qu'elles se lèvent et jettent leurs beaux bras d'alarme vers le ciel, qu'elles s'agitent et se mettent à danser une sarabande irrésistible, une tarentelle exultante qui vous laisse pantelant (Tarantella). The Blue room and other stories devrait réconcilier tous ceux qui trouvent la musique de chambre ennuyeuse et guindée avec le quatuor à cordes, dont Phil Kline exploite à merveille la charge imaginaire, le potentiel narratif auquel je me suis à mon tour laissé aller en écoutant cette merveilleuse musique.
Ethel-1.jpgEthel.jpg

  En mars 2007, je faisais part de mon impatience à entendre le Stundenbuch du compositeur allemand Hans Otte. Le label Celestial harmonies nous en propose deux versions. L'oeuvre, qui compte 48 pièces réparties en quatre livres de 12, est moins monumentale que je ne l'avais annoncée suite sans doute à une lecture un peu rapide de la pochette du disque ECM New series dû au pianiste Herbert Henck. Une cinquantaine de minutes sous les doigts du compositeur en personne. Le disque paru en  décembre 2006 célèbre les 80 ans du musicien en proposant un double CD interprété par lui-même sur lequel on trouve aussi Das Buch der Klänge, un cycle  de 12 pièces d'une durée de 75 minutes environ, indéniablement un des chefs d'oeuvre de la musique qu'on pourrait appeler post-minimaliste, et Face à Face, composition des années 60 pour piano et bande magnétique, intéressante pour entendre comment Hans Otte, tout en s'inscrivant dans une certaine mode qui rendait l'utilisation de l'électronique et la référence au sérialisme incontournables, parvenait déjà à faire entendre son tempérament lyrique et méditatif.
Hans-Otte-1.jpgCe livre d'heures, à l'image des textes médiévaux enluminés, s'il ne fait aucune référence aux différents moments de la liturgie, est constitué de micro-méditations, de miniatures délicates sculptées sur le silence. Les formes sont simples, mais harmoniquement subtiles, ouvertes sur la respiration de l'espace. On est loin du Livre des sons, de son ivresse extatique et de ses stases mélancoliques. La sérénité ici se gagne petit à petit, comme par surprise, par surcroît. Rien ne presse, et tout advient, dans la lumière de ce regard intense qui voit plus loin que nous la joie qu'on ne voit pas.
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Programme du dimanche 6 janvier 2008
Phil Kline : Exquisite corpses (piste 5, 11' 23), extrait de Renegade Heaven(Cantaloupe, 2000) par Bang on a Can
                
The Blue room + other stories (p.4 à 7, 21') extrait de l'album du quatuor Ethel (sans titre, 2003)
Hans Otte : Livres I et II (p.1 à 24, 25'), extrait de Stundenbuch(Celestial Harmonies, 2006)

   Je ne savais pas, en écrivant ces lignes, qu'il venait de mourir, ce 25 décembre 2007, à l'âge de 81 ans. Je viens de l'apprendre, à l'instant, sur le Net et pas ailleurs... Hans est vivant par sa musique intemporelle. Puisse cet article contribuer à mieux le faire connaître. Hans écrivait aussi des aphorismes, d'un esprit très zen, qui sont le contrepoint de son Stundenbuch. En voici quelques uns :
Vois comment les branches ploient à l'approche de la pluie.

Il n'y a rien du tout à dire. Le chant des pins, une réponse - mais sans question.

Chaque objet aimé - le centre du paradis.

Un artiste véritable ne travaille pas, il aime plutôt.

Maintenant que la cuvette est vide, je peux y plonger.

Toutes les grandes choses rient.

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A l'instant, le titre de l'article me frappe : le saugrenu surréaliste rejoint par la Vie-Mort... Je le garde en vertu du dernier aphorisme que je viens de traduire.
3 janvier 2008 4 03 /01 /janvier /2008 18:28
Stephen-Scott-The-Bowed-piano-Ensemble.jpg   Né en 1944 dans l'Orégon, Stephen Scott suit une éducation musicale sous le signe de l'ouverture : clarinette et saxophone pour commencer, transcription d'enregistrements de Charlie Parker, Miles Davis ou Gil Evans ensuite, et pour finir  une solide formation académique de composition, complétée par des études de musiques africaines au Ghana, en Tanzanie et au Zimbabwe en 1970. C'est en 1977 qu'il crée le Bowed Piano Ensemble :  dix interprètes tirent de l'intérieur d'un seul grand piano un orchestre riche en couleurs et en textures. Ils utilisent des filaments de nylon, des crins, des marteaux de piano tenus à la main, des grattoirs de guitare et d'autres moyens encore pour que les entrailles du piano livrent tout un monde inconnu, dans la lignée du piano préparé mis au point par John Cage dans les années 40. Plusieurs disques retracent le développement de cet ensemble.
   En 1996, Vikings of the Sunrise montre déjà l'ampleur du parcours, sa richesse. L'oeuvre, de près d'une heure, est un hymne aux navigateurs ayant exploré le Pacifique, depuis des temps reculés jusqu'à Magellan et James Cook. Un souffle épique parcourt cette vaste fresque d'une incroyable variété sonore et rythmique : harpes, mandolines, cordes et percussions jaillissent comme des eaux primordiales, inouïes. Arcs-en-ciel frottés d'étincelles, grandes vagues frangées de cuivre et d'or, tempêtes fastueuses agitent le Stephen-Scott-Vikings-of-the-Sunrise.jpgpiano frappé, pincé, caressé par des archets soyeux ou métalliques jusqu'à ce qu'il rende l'âme qu'il gardait secrète derrière sa double rangée de touches blanches et noires...Il ne lui manquait plus que la voix .
   C'est chose faite depuis la parution en janvier 2007 de The Deep Spaces. La soprano Victoria Hansen, qui a déjà tourné avec l'ensemble, y interprète une série de textes célébrant les beautés du lac de Côme. Après un préliminaire de piano-orchestral, le disque s'ouvre par un fragment de lettre de Pline, se poursuit avec des poèmes de Wordsworth, Byron, un autre fragment de lettre dû à Mary Shelley, pour se terminer sur un poème contemporain de Pablo Medina, poète et romancier cubain. Nourrie de réminiscences  de Liszt et Berlioz, la musique est plus charmeuse, d'une rondeur épanouïe. On n'en reste pas moins stupéfait de la largeur de palette de l'Ensemble, manifestement de plus en plus à l'aise. Stephen Scott est un maître peintre-musicien, paysagiste subtil et inspiré : un inventeur de beautés vierges.

Stephen-Scott-The-deep-Spaces-2.jpg--------------
Programme du dimanche 23 décembre 2007 (2ème partie)
Stephen Scott : Sun catcher (piste 4, 4' 17)
   Star path (p.5, 3' 22)
     We, the navigators (p.6, 0' 59)
     Tangila takes ten to tango (p.8, 3' 25)
     Land of light (p.9, 3' 20)
    The caravel of Christ (p.13, 2' 51)
    Fernao's theme (p.14, 2' 31)
       El Paso, AD 1520 (p.15, 1' 30), extraits de Vikings of the sunrise(New Albion Records, 1996)
      
Windermere Racing (p.4, 3' 09)
       Barcarola (p.5, 5' 27)
       O'er Vales that Teem with Fruits (p.6, 3' 32)
       Evening on Como (p.7, 4' 02)
       The Face of Heaven (p.8, 3' 03), extraits de The Deep Spaces(New Albion Records, 2007)
      


28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 17:19
Phil-Kline-1.jpgQu'il écrive des chansons inspirées par les poèmes que les GI's inscrivaient sur leurs briquets (Zippo songs, 2004) , un remix du Messie de Haendel (Messiah remix, 2004) ou des pages de quatuor à cordes sublimes interprétées par le Quatuor Ethel (chez Cantaloupe, en 2003), Phil Kline est un compositeur new-yorkais qui participe pleinement à l'effervescence artistique de son temps, se rattachant à la mouvance de Bang On A Can. Originaire de l'Ohio, après des études de littérature à l'Université de Columbia, il s'oriente vers une carrière de musicien, devient une des figures de la scène rock new-yorkaise des annnées 80. Il fonde alors le groupe The Del-Byzanteens avec le cinéaste Jim Jarmusch, collabore avec des photographes, des chorégraphes, fait le tour du monde avec l'ensemble de guitares de Glenn Branca. Depuis, il invente des événements, passe allègrement de la musique de chambre à une symphonie pour 21 ipods, crée des installations sonores interactives. C'est pendant l'hiver 1992 qu'il a l'idée d'une sculpture sonore mouvante. Il enregistre les différentes parties d'une oeuvre sur cassettes que quelques douzaines d'amis vont emporter chacun sur un gros radio-cassette. Tous les marcheurs démarrent leurs appareils en même temps et font le tour de Greenwich Village pendant une nuit de décembre. Unsilent Night est née, se rejoue chaque année avec une musique qui se transforme et  une foule toujours plus nombreuse. Cette année, la manifestation prend plus d'ampleur encore, puisqu'elle se déroule entre le premier et le 23 décembre dans 27 villes dont quatre en dehors des Etats-Unis : Phil-Kline-Unsilent-night.jpgAllemagne, Royaume-Uni et Australie voient débarquer les "boomboxes" sur leur sol. Publié en 2001, le disque Unsilent night résulte de plusieurs enregistrements en direct dans les rues de New-York, retravaillés en studio. Entre ambiance et musique électronique, les compositions proposent un univers sonore chaleureux, hanté par des voix multiples(parmi elles, celle d'Alexandra Montano, collaboratrice du Philip Glass Ensemble, présente aussi sur le dernier disque de Maya Beiser) comme de grands hymnes dans les rues enneigées parcourues par des troupeaux aux clochettes tintantes. Apaisant et optimiste, de la lumière dans la grande nuit...
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Programme du dimanche 23 décembre 2007 (Première partie)
Phil Kline : The milky way (piste 2, 9' 42)
                       Rondes des mages (p.3, 5' 09)
                       the crossing (p.4, 2' 57)
                       from light (p.5, 4' 05), extraits de Unsilent night(Cantaloupe, 2001)
21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 19:54
Alvin-Curran-par-Marion-Gray.jpgAlvin-Curran-Inner-cities-cd-3.jpg  Inner Cities, d'Alvin Curran : l'un des premiers monuments pour piano du vingt-et-unième siècle. Je reviens sur ce coffret de quatre disques publié en 2005 par le label  Long  distance, auquel j'avais consacré un premier article le 8 mai 2007. J'ai proposé l'écoute intégrale du troisième disque. Pas question de tronquer, bien sûr : soixante-et-onze minutes pour prendre le temps d'une oeuvre... Quelques mots me sont venus en écoutant Alvin, les voici :

Improvisation sur  Inner Cities 8 et 9 de Alvin Curran

Ténue   rare

            tenue   t’es nue

Seule   égrenée

            en chapelets denses

aigrelets          profonds         solennels

La note           sans reproche              je l’annote

La note est là, venir de la musique qui délivre le silence

Fin de l’angoisse        de la mélodie despotique

Assomption du présent pur

La note           la notte

            retentit            dure

                        redite et déclinée au déclin du silence

            Ostinato soudain

crescendo Bloc Brut de Bruit            SATURATION

La note s’étire s’enlace ô délice à pas de nuit le fantôme

            de Debussy rôde dans la cathédrale du vertige englouti

Grappes fracassées potentiomètres affolés rouge rouge rouge

            raz-de-marée oscillatoire        fracture

de l’écorce sonore

La tombée des sons tourbillonne dans le vide avide           

chute des notes rebelles nuée d’amour pourpre

biffures de sang harmonique sur les parois de l’âme incendiée

Trou autour du ça       ça revient ça insiste s’insinue             nue

La note est venue de musique sur le corps du néant

L’accord est intérieur antérieur à toute structure préétablie

            il danse sur la corde raide époux du rien qu’il épuise

Dans la nuit des possibles il se lance inlassable et puise

                        les notes au lasso pour rendre justice au piano

 

SURGIR                    poussée de graves en laves indécentes

                        escalier du diable                   Eve frémit

            sous les touches qui l’attouchent      

                        nue comme les notes              la notte

Pouls capricant qui s’accélère

les aigus lacèrent les artères

                        les basses martèlent la cuirasse des tympans

De la musique avant toute mièvrerie

Refuse l’odieux de la mélodie

                        ses frisettes de caniche

                        sa mélancolie l’arme à l’œil

                                   et ses garde-à-vous mielleux à l’ordre

                                               si bien tempéré

La musique est tenue de lumière dans la nuit

où s’entend le doux concassage du cosmos

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Programme du dimanche 16 décembre 2007
Alvin Curran : Inner cities 8 (CD 3, piste 1, 43' 12, dédié à Eve Egoyan)
                                Inner cities 9 (CD 3, p.2, 27' 52, dédié à Reinier Van Houdt), extraits de Inner cities(Long distance, 2005) Au piano
Daan Vandewalle, ci-dessous.
Vandewalle-Inner-Cities-L.jpg

Eve Egoyan, pianiste canadienne, est la soeur du cinéaste Atom Egoyan. Elle a déjà interprété le cycle d'Alvin en concert. Elle se consacre plus particulèrement au répertoire contemporain, comme en témoigne son site, où des échantillons sont en écoute. Reinier Van Houdt, pianiste néerlandais, interprète lui aussi de préférence les musiciens contemporains (site en néerlandais, anglais et allemand).

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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 21:44
    L'émission de la semaine étant à nouveau largement consacrée à Michael Harrison, j'en profite pour revenir sur un disque enregistré par Terry Riley au début de 1986, donc peu avant la sortie de In Flight, album de Michael sur lequel on trouve deux pièces pour piano accordé selon les principes de l'intonation juste. Il s'agit du double album The Harp of New Albion, en fait la première oeuvre d'envergure enregistrée (et toujours disponible) consacrée au piano ainsi accordé, dont la première exécution eut lieu à Cologne le 8 décembre 1984.  Terry reconnaît que l'idée lui vient de The Well-Tuned Piano (1964) de LaMonte Young, sterry_riley_the_harp_of_new_albion.jpgon ami de longue date et mentor. Le Piano bien accordé démarque évidemment Le Clavecin bien Tempéré de Bach, mais, à ma connaissance, il n'y a pas d'enregistrement CD de cette oeuvre immense qui, comme beaucoup d'autres de LaMonte Young,  a été conçue comme une performance à vivre en direct. Un DVD présentant une performance de l'oeuvre a été projeté en continu pendant quatre mois dans la Dream House conçue par le compositeur et sa compagne Marian Zazeeala dans l'église Saint-Joseph d' Avignon en 2000. Terry Riley et Michael Harrison sont donc les deux grands inspirés qui contribuent à la diffusion des idées géniales de LaMonte Young. Je n'ajoute rien sur la musique de Terry : un bonheur absolu, une transe illuminante.
   - Pour savoir presque tout sur LaMonte Young, un excellent entretien avec le musicien (en français)
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Programme du dimanche 9 décembre 2007
 Avant de continuer mon hommage à Michael Harrison, j'ai eu envie de revenir sur le dernier album de Fink, rapidement évoqué en novembre : de la belle chanson folk-blues, un parcours fort d'un bout à l'autre...
Fink : So many roads (piste 7, 4' 03)
              Make it good (p.8, 3' 37), extraits de Distance and time(Ninja Tune, 2007)
Michael Harrison : The Garden of Avalon (p.7 à 9, 18' 04), extrait de From Ancient Worlds(New Albion Records, 1992)
                                         
Tone cloud I /.../ Finale (p.4 à 11, environ 47' ), extraits de Revelation(Cantaloupe, 2007)
Les Lointains intérieurs
: lecture de quelques ghazals de Hafez de Chiraz, extraits de la remarquable édition complète du Divan, la première à paraître en français, dûe à Charles-Henri de Fouchécour et publiée chez Verdier Poche(2006).
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