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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 21:44
    L'émission de la semaine étant à nouveau largement consacrée à Michael Harrison, j'en profite pour revenir sur un disque enregistré par Terry Riley au début de 1986, donc peu avant la sortie de In Flight, album de Michael sur lequel on trouve deux pièces pour piano accordé selon les principes de l'intonation juste. Il s'agit du double album The Harp of New Albion, en fait la première oeuvre d'envergure enregistrée (et toujours disponible) consacrée au piano ainsi accordé, dont la première exécution eut lieu à Cologne le 8 décembre 1984.  Terry reconnaît que l'idée lui vient de The Well-Tuned Piano (1964) de LaMonte Young, sterry_riley_the_harp_of_new_albion.jpgon ami de longue date et mentor. Le Piano bien accordé démarque évidemment Le Clavecin bien Tempéré de Bach, mais, à ma connaissance, il n'y a pas d'enregistrement CD de cette oeuvre immense qui, comme beaucoup d'autres de LaMonte Young,  a été conçue comme une performance à vivre en direct. Un DVD présentant une performance de l'oeuvre a été projeté en continu pendant quatre mois dans la Dream House conçue par le compositeur et sa compagne Marian Zazeeala dans l'église Saint-Joseph d' Avignon en 2000. Terry Riley et Michael Harrison sont donc les deux grands inspirés qui contribuent à la diffusion des idées géniales de LaMonte Young. Je n'ajoute rien sur la musique de Terry : un bonheur absolu, une transe illuminante.
   - Pour savoir presque tout sur LaMonte Young, un excellent entretien avec le musicien (en français)
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Programme du dimanche 9 décembre 2007
 Avant de continuer mon hommage à Michael Harrison, j'ai eu envie de revenir sur le dernier album de Fink, rapidement évoqué en novembre : de la belle chanson folk-blues, un parcours fort d'un bout à l'autre...
Fink : So many roads (piste 7, 4' 03)
              Make it good (p.8, 3' 37), extraits de Distance and time(Ninja Tune, 2007)
Michael Harrison : The Garden of Avalon (p.7 à 9, 18' 04), extrait de From Ancient Worlds(New Albion Records, 1992)
                                         
Tone cloud I /.../ Finale (p.4 à 11, environ 47' ), extraits de Revelation(Cantaloupe, 2007)
Les Lointains intérieurs
: lecture de quelques ghazals de Hafez de Chiraz, extraits de la remarquable édition complète du Divan, la première à paraître en français, dûe à Charles-Henri de Fouchécour et publiée chez Verdier Poche(2006).
huyen-ccoc4jk.jpg

Published by dionys - dans Terry Riley
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7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 20:12
Michael-Harrison-4-copie-1.jpgAprès John Cage et son "invention" du piano préparé voici plus de soixante ans, voici Michael Harrison et son piano harmonique, mis au point dès 1986. De quoi s'agit-il ? En Occident, depuis le dix-huitième siècle, les instruments sont accordés selon le principe du tempérament égal : l'intervalle d'octave est divisé en douze demi-tons identiques. Il n'en est pas de même dans les musiques extra-européennes, ni dans les musiques traditionnelles, ni dans le chant grégorien par exemple. L'intonation juste ne recherche pas l'égalité d'intervalle standardisée par un fabricant anglais de piano au dix-neuvième siècle : les intervalles sont issus de quotients de nombres entiers, donc inégaux, ce qui entraîne la possibilité d'avoir une grande variété d'échelles possibles. Fondée sur des proportions mathématiques parfaites telles que décrites déjà par Pythagore, elle crée des harmonies vraiment consonantes, conformes aux lois vibratoires. Aussi Iégor Reznikoff, dans son livre Chant chrétien antique occidental n'hésite-t-il pas à écrire ceci :  " D'excellents musiciens restent perplexes quand on leur dit que l'accord actuel du piano est faux, et qu'on le leur fait entendre. J'en ai fait personnellement l'expérience quand je me suis mis à travailler la musique antique et le répertoire occidental ancien. Pour mieux approcher cette musique, j'ai non seulement arrêté de jouer du piano et de faire des concerts de musique de chambre ou de chanter dans des chorales, mais pendant longtemps je me suis abstenu d'écouter de la musique occidentale, n'écoutant que des musiques dont on peut être sûr quant à la rigueur de la transmission orale, de la musique sacrée au sens strict du terme et remontant aux traditions les plus anciennes - la nuit des temps - et sur lesquelles, en tout cas, aucune musique récente n'avait eu d'influence. Je n'écoutais que de ces musiques et ne travaillais que la résonance harmonique d'une corde. Alors peu à peu, au bout de neuf mois de cette ascèse, l'oreille se déconditionne, une physiologie plus fine  réapparaît, un nuage se lève, on peut entonner des intervalles justes, les varier d'un comma... Ce fut avec la très célèbre Symphonie en sol mineur n°40 de Mozart que je repris contact avec la musique occidentale. Expérience inoubliable, tout me parut faux d'un bout à l'autre..."  
              Michael Harrison, d'abord claviériste rock, puis pianiste et improvisateur, a reçu une formation de piano à la fois classique et orientée vers le jazz et a suivi un cursus de composition à l'Université d'Orégon. Sa fascination pour l'intonation juste est liée à son intérêt pour la musique classique du Nord de l'Inde. En 1978, il commence à chanter et à étudier sous la direction du grand chanteur indien Pandit Pran Nath, qui dispense son enseignement à deux musiciens américains appelés à un grand avenir, Terry Riley et La Mounte Young. Il chante alors les ragas en s'accompagnant de la tampura, luth qui émet un bourdon aux harmoniques très riches : cette attention nouvelle aux micro-intervalles l'amène à trouver faux les pianos occidentaux. Dès lors, ses recherches commencent, d'autant que, installé à New-York, il travaille en étroite collabortion avec La Mounte Young, l'un des pionniers du minimalisme, pour préparer l'accordage spécial nécessaire au grand oeuvre de celui-ci, son monumental Well-tuned piano, d'une durée de six heures et demie. C'est à ce moment-là, en 1986, qu'il "crée" le piano harmonique, un grand piano conventionnel qui, modifié, permet, en alternant deux accordages distincts, de jouer 24 notes sur une octave. En 1987, il devient l'unique personne autorisée par La Monte Young à interpréter son oeuvre. Depuis, Michael Harrison se produit à travers les Etats-Unis et l'Europe, donnant des conférences et des cours pour présenter l'intonation juste. Il est aussi président de l'Académie américaine de musique classique indienne.
Michael-Harrison-In-flight.jpgIn Flight, sorti en 1987, est idéal pour aborder l'oeuvre de Michael Harrison. L'album permet de confronter le piano "traditionnel", accordé selon le principe du tempérament égal sur six titres, et le piano harmonique en intonation juste sur deux titres. La même fougue lyrique, chantante, emporte ces compositions transparentes, aériennes. L'auditeur est pris dans des tourbillons de grâce, des stases mystérieuses, pour célébrer la danse de la Vie. J'ai pensé parfois à un pianiste comme Vassilis Tsabropoulos (cf. article du 11 juillet) lorsqu'il réinvente des hymnes byzantins.
Michael-Harrison-From-Ancient-worlds.jpgSi vous n'avez pas pesté contre le piano "mal accordé" des deux morceaux en intonation juste, franchissez le pas. From Ancient Worlds, paru en 1992 chez New Albion Records, entièrement pour piano harmonique, est une pure merveille, un voyage de l'âme vers la Beauté absolue. Enregistré dans la cathédrale Saint John the Divine de New-York, le piano devient le vaisseau radieux d'une antique et éternelle quête. Il sonne parfois comme une harpe, comme des cloches. Chaque note est gorgée d'harmoniques qui finissent par tisser un voile de drones, d'échos, comme une mer profonde qui enveloppe la ligne mélodique. Immergé, le corps de l'auditeur rentre en vibration avec les vagues pulsantes de l'irrésistible marée illuminante, avec les plages sillonnées de douces coulées calmes ou fulgurantes; l'esprit s'abandonne et s'abolit dans la splendeur, si loin, si loin des étroites limites du moi, lavé : " Et dès lors, je me suis baigné dans le poème/ (des Harmoniques)infusé d'astres.." L'écoute véritable est chemin mystique vers la Rose...
Michael-Harrison-Revelation.jpgSoutenu par La Monte Young et Terry Riley dès ses débuts, Michael Harrison a rencontré aussi Stephen Scott, qui a co-produit l'album ci-dessus et dont je parlerai très bientôt, et il exerce une influence profonde sur les générations suivantes. Cantaloupe, le label de Bang on a Can, ce festival permanent de toutes les musiques inventives fondé en 1987 par Michael Gordon, David Lang et Julia Wolfe, lui rend aujourd'hui hommage en publiant sa dernière oeuvre, Revelation, soixante-douze minutes intemporelles. Le même miracle que pour From Ancient Worlds, cette fraîcheur sublime qui arrache l'être tout entier à la contingence de la médiocrité pour le sommer de contempler la multiple Splendeur de la Nécessité inconnue, du grand Mystère qui nous informe et nous traverse trop souvent à notre insu. L'interprétation de ces incroyables "ragas" pianistiques, sans aucun prolongement électronique ou effet de studio, est tout simplement prodigieuse. Je vous reparlerai de Michael Harrison, dont le terrrain d'action ne se limite pas au piano.
Michael-Harrison--From-Ancient-Worlds-1.jpg-----------------------------------------------------
Programme du dimanche 2 décembre 2007
Michael Harrison : In flight (piste 1, 5' 56)
                                        The swan has flown to the Mountain lake (p.2, 7' 04)
                                        Because of you (p.3, 4' 02)
                                        Echo of time (p.4, 3' 47)
                                        The Joy of life (p.5, 3' 22), extraits de In Flight(Fortuna records, 1987)
                                    
Quest for the Rose
(p.1 à 6, 22' 03), extraits de From Ancient Worlds(New Albion Records, 1992)
                                       
Revealing the tones (p.1, 4' 26)
                                        Night vigil (p.2, 2' 38)
                                        Revealing the commas (p.3, 5' 28), extraits de Revelation(Cantaloupe, 2007)
                                      
Prolongements :
- le site du pianiste permet d'écouter un échantillon et de mieux comprendre sa démarche. De nombreux liens vous entraîneront très loin...
- le site de Cantaloupe
- comme j'ai accompagné les musiques de Michael par une lecture intégrale de Introduction au désert (Obsidiane / Collection "Les Solitudes", 1996) de Gérard Cartier, je vous invite à lire quelques poèmes de cet auteur ici et ici.

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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 18:35
Une petite image pour un disque lumineux, fort, d'une jeune galloise de  vingt-trois ans, Nancy Elizabeth, qui sort son premier CD sur le Leaf Label. Elle joue de la harpe celtique à 22 cordes, mais aussi de la guitare acoustique, du dulcimer, du bouzouki, de l'harmonium indien, d'autres instruments pas toujours faciles à identifier, et s'entoure au besoin de violoncelle, cor, guitare électrique (mais oui !) et percussion. Une voix à la Jacqui Mcshee (la chanteuse du mythique groupe folk Pentangle), souple et puissante, limpide et profonde, sert magnifiquement des compositions personnelles aux mélodies évidentes. Si l'inspiration de départ est folk, le résultat n'a rien à voir avec un certain folk figé : aucune mièvrerie, une constante énergie qui nous emporte du côté du rock, de la pop, et l'on peut penser à Phelan Sheppard, ce duo déjà chroniqué ici et également publié par le Leaf label, notamment dans le quatrième titre, The Remote past, aux envoûtantes boucles de harpe relevées par les glissandi de la guitare électrique. 8 Brown Jugs, le sixième titre, est un instrumental qui met en valeur un dulcimer cristallin sur un fond de vagues impressionnantes d'harmonium. Electric, le titre 7, est une ballade élégiaque d'une élégante sobriété terminée par une belle envolée chorale. Hey son, le titre suivant, se développe selon un crescendo rythmé dans la seconde partie par des riffs rageurs de guitare. Un premier disque qui témoigne d'un talent exceptionnel : compositions abouties, agencement intelligent des morceaux, des instruments qui sonnent à merveille, et cette voix, cette voix qui donne parfois des frissons. Ecoutez le titre 11,  Lung, qui pourrait évoquer le travail de Jocelyn Pook (altiste et compositrice d'une partie de la bande originale du dernier film de Stanley Kubrick, Eyes wide shut, dont la célèbre scène du bal masqué ). Le dernier titre, d'abord voix et guitare acoustique, ponctué ensuite de percussions discrètes et obsédantes, nous entraîne même...pas si loin de Thom Yorke, et je n'exagère pas, cela vient de me frapper en le réécoutant. A découvrir absolument ! Elle vient de terminer une tournée anglaise en compagnie de Thee, stranded horses (voir article du 10 avril, où je présentais ce français tombé amoureux de la Kora).
Harold-Budd-Avalon-Sutra.jpgCe serait le dernier opus, en l'occurrence un double album paru en 2004, du grand Harold, maître d'une musique éthérée, mélancolique et méditative, que ses collaborations avec Brian Eno firent connaître d'un large public. Piano brumeux, claviers en nappes vaporeuses sont au rendez-vous d'Avalon sutra, le premier disque, qui présente quatorze pièces parfois très courtes, ciselées comme des esquisses japonaises sur le vide infini. Quelques arrangements de cordes et la présence très inattendue d'un saxophone sopranino sur trois titres élargissent la palette de timbres de ces compositions impeccables, à la rigueur zen. Le second disque est consacré à une longue pièce de plus de soixante minutes, As long as I can hold my breath, remix proposé par Akira Rabelais. Les cordes et les sons électroniques miment une respiration hypnotique que le piano évanescent d'Harold vient hanter par intervalles : la musique devient méditation austère, d'une sérénité implacable. Ennemie du divertissement, dirait Pascal. Pas étonnant que le disque soit paru sur le label samadhisound : revenue des agitations, la musique  mène à l'éveil, la supraconscience...
Samadhi-copie-1.jpgLe programme du soir associait à ces deux artistes Dominique A et Slow six, chroniqués dans les articles précédents.
Programme du dimanche 25 novembre 2007
Nancy Elizabeth : I used to try (piste 2, 3' 32)
                                        Off with your axe (p.3, 4' 21)
                                       The remote past (p.4, 3' )
                                        8 brown jugs (p.6, 2' 48), extraits de Battle and victory(The Leaf Label, 2007)
Dominique A : La mémoire neuve (p.8, 6' 32)
                                 Music Hall (p.11, 6' 29), extraits de Sur nos forces motrices(Cinq 7 Wagram music, 2007)
Harold Budd : Arabesque 3 (p.1, 2' 40)
                                It's steeper near the roses (p.2, 1' 02)
                                L'enfant perdu (p.3, 2' 15)
                                Chrysalis nu (p.4, 1' 59)
                                Three faces west (p.5, 2' 41), extraits de Avalon sutra(samadhisound, 2004)
Slow six the lines we walked when we walked once together (p.3, 30' 32), extrait de private times in public places(If Then Else records, 2004)

 

23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 19:33
Dominique-A-Sur-nos-forces-motrices.jpgPour une fois, la chanson. Plaisir des  voix, des mots, des mélodies simples et belles. Trois disques récents raviront les amateurs. D'abord le disque en public de Dominique A, que je découvre (je l'avoue, il n'était qu'un nom pour moi, et c'est à l'émission  Stéréo, sur la Radio Primitive bien sûr, le samedi à 12 heures, que je dois  ce choc, qu'ils en soient loués !). Si l'on excepte le premier titre, L'Amour, qui ressasse un peu trop les mêmes paroles, et le dernier, Empty white blues, à mon sens inutilement en anglais, restent  treize titres magnifiques d'émotion, de pudeur, d'énergie aussi. Car les guitares électriques se déchaînent parfois, zébrées d'éclats cuivrés, succédant à des moments intériorisés, où la voix murmure presque, fragile. Ecoutez le poignant Pour la peau (en écoute ici), qui évoque l'amour comme une cérémonie religieuse qui "l'a rendue toute chose" avant de célébrer jusqu'à la frénésie l'embrasement du désir. Ou encore Marina Tsvétaïéva, hommage à la poétesse russe scandé sur une rythmique obsédante à la Léonard Cohen dans Songs of Love and Hate : "Marina, Marina, tu le sais ici tout / brûle", avec cette façon si particulière qu'a Dominique de segmenter l'énoncé  en en détachant la fin et en l'accentuant, ou, ailleurs, de désarticuler la phrase en faisant attendre la suite. L'alliance réussie de textes, de vrais textes quoi, littéraires (pour le meilleur !), et d'un accompagnement rock intelligent, à la Sonic Youth qui sert à merveille cette voix délicate et vibrante, limpide comme une source surgie de très loin. Tout est déjà dans la pochette, sublime : l'homme de Music Hall, "qui avance parmi les dunes" et "chemine en se balançant", est un Stalker sorti du film d'Andréi Tarkovski, l'homme qui se détourne pour se fondre dans le sépia, c'est lui qui suit sa route, les yeux fixés sur l'intérieur du coeur et les échappées de l'âme.
gravenhurst-the-western-lands-copie-1.jpg 
Cinquième album deGravenhurst, groupe de Bristol mené par Nick Talbot,  The Western Lands ne présente guère qu'un seul défaut, sa relative brièveté, à peine plus de quarante minutes. Entouré du batteur Dave Collingwood, du bassiste Robin Allender et du second guitariste Alex Wilkins, l'anglais chante avec bonheur entre folk et rock sur des mélodies à l'évidente beauté. Comment oublier Song among the pine, ballade folk à la mélancolie sereine, ou She dances, au début électrifié d'une grande élégance acérée, auquel succède un air léger et tournoyant peu à peu envahi par les guitares rageuses ? La voix aérienne de Nick baigne l'album d'une lumière discrètement psychédélique, tant on songerait parfois à Syd Barrett. Tout est juste, sans esbroufe, serti d'accompagnements délicats. Plaisir des guitares électriques jouées en finesse, de la batterie qui offre ses battements avec une retenue pas si fréquente, de la basse presque voluptueuse. Un petit bijou...
Fink-Distance-and-time.jpgLe DJ Finian Greenall a abandonné ses platines au profit de la guitare. Après Biscuits for breakfast, première surprise folk, il récidive avec Distance and time. Avec un batteur, un bassiste, sa guitare et sa voix caressante et insinuante, il égrène des chansons simples, qui prennent leur temps. Et on revient l'écouter pour comprendre comment il a pu nous accrocher, l'air de rien. De quoi surprendre sur le label électro Ninja tune, non ?
L'émission du 18 novembre a inséré ces trois artistes entre Robert Wyatt et Slow six, déjà chroniqués ici.
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Programme du dimanche 18 novembre 2007
Robert Wyatt : Out of the blue (piste 11, 3' 41)
Del mondo (p.12, 3' 29)
Cancion de Julieta (p.13, 7' 32), extraits de comicopera(Domino Recordings, 2007)
Dominique A : La relève (p.2, 5' 26)
                                 Pour la peau (p.5, 5' 24)
                                 Exit (p.6, 4' 56)
                                Marina Tsvétaïéva (p.7, 4' 08), extraits de Sur nos forces motrices(Cinq 7 Wagram music, 2007)
Gravenhurst : She dances (p.2, 4' 01)
                                Song among the pine (p.4, 4' 12)
                                Trust (p.5, 4' 06)
                                Farewelle Farewell (p.7, 3' 15), extraits de The Western lands(Warp records, 2007)
Fink : Trouble's what you're in (p.1, 4' 26)
              Get your share (p.5, 3' 18)
              under the same stars (p.6, 4' 10), extraits de Distance and time(Ninja tune, 2007)
Slow six : evening without atonement (p.2, 18' 45), extrait de private times in public places(
If Then Else records, 2004)

16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 22:02
Slow-six-private-times.jpgLe premier album de  Slow Six, dont j'ai chroniqué le second voici peu, vient de ressortir sous  une autre pochette (et sur un autre label) que  l'originale ci-contre toujours disponible. C'est l'occasion de découvrir cet ensemble mené par Christopher Tignor, compositeur et concepteur des instruments informatiques qui accompagnent le violon de Maxim Moston, l'alto de Leanne Darling, le violoncelle de Marlan Barry, les guitares électriques de Peter Cressy et Stephen Griesgraber et le piano rhodes de Jeffrey Guimond.
" C'est la tension entre structure et sentiment qui a fourni les fondements de ces oeuvres", dit le compositeur, qui ne joue pas de violon comme sur Nor'easter, mais manie son ordinateur pour capter et prolonger au mieux le lyrisme des instruments acoustiques. Rien d'agressivement électronique par conséquent, mais un travail tout en finesse pour une musique au lyrisme tempéré, qui se déploie tranquillement parce qu'elle se sait somptueuse. Le morceau le plus court dure plus de dix-huit minutes, parce que le temps ne presse pas. Chaque note se déguste dans son jus temporel sans avoir peur de chanter, de revenir nous hanter, nous enrouler dans les boucles qu'elle s'amuse à construire et déconstruire avec d'autres. Cordes, guitares électriques et rhodes s'enlacent et dansent très lentement, soutenus et relancés par un moelleux filet d'électronique. Salomé dut danser sur une telle musique, parmi les volutes odorantes d'encens très anciens.
Jeroen-van-Veen-Minimal-piano-collection-copie-1.JPGJe reviens sur ce coffret inépuisable pour proposer des oeuvres d'artistes néerlandais contemporains, qui s'inscrivent dans la mouvance de Steve Reich. Le pianiste Jeroen Van Veen accorde à juste titre une place à ses compatriotes, trop peu connus en France. Né en 1951, Jacob ter Veldhuis a commencé sa carrière dans la musique rock, a étudié la composition et la musique électronique. Figure controversée parmi les compositeurs de son pays, il brouille les frontières entre culture populaire et culture savante. Son Postnuclear Winterscenario n°1 enregistré ici est d'un hiératisme impressionnant, fondé pour l'essentiel sur la répétion avec variations d'un  motif de quatre notes, avec un climax inquiétant sur la fin quand les notes sont plaquées avec violence, écrasées. Klaas de Vries, né en 1944, est l'un des fondateurs d'un style musical que l'on appelle maintenant Ecole de Rotterdam. La Toccata Americana choisie par Van Veen est plus labile, à base de tourbillons de grappes de notes au pulse plus reichien, progressivement parasités par des notes répétées ostinato.
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Programme du dimanche 11 novembre 2007
Robert Wyatt : Stay tuned (piste 1, 3' 49)
                                 Just as you are (p.2, 4' 21)
                                 You You (p.3, 4' 22)
                                  A.W.O.L.(p.4, 2' 56)
                                  Anachronist (p.5, 3' 28), extraits de comicopera(Domino Recordings, 2007)
Slow Six : this is your last chance (before I sleep) (p.1, 23' 52), extrait de private times in public places(If Then Else records, 2004)
Jacob ter Veldhuis : Postnuclear Winterscenario n°1 (p.3, vol.VIII, 9' 34)
Klaas de Vries : Toccata Americana (p.1, vol.IX, 7' 02), extraits de Minimal piano collection(Brilliant Classics, 2007). Piano : Jeroen Van Veen.
Un groupe électro-rock français pour terminer, c'est assez amusant, et en plus c'est une révélation. Vous étiez les seuls à ne pas encore le savoir... Et en plus, vous aurez un peu de musique à écouter.
King Kong was a cat : Dress (p.1, 4' )
                                              Systeme 21 (p.2, 3' ), extraits du disque éponyme qui paraît chez unique records (qui s'appellera dorénavant We are unique records pour éviter la confusion avec un label allemand), petit label que j'aime bien parce qu'il a publié la musique de Half Asleep (cf leur joli site, et l'album à télécharger gratuitement si vous cherchez bien.)
king-kong-was-a-cat-2.jpg
Half-Asleep.jpg
9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 18:48
Robert-Wyatt-Comicopera.jpg
Quatre ans après Cuckooland, voici  "comicopera"et le retour en très grande forme de ce jeune homme de 62 ans à la voix haut perchée, immédiatement reconnaissable, à la fois légère et vibrante, chargée d'émotions. La première écoute est surprenante, voire décevante pour celui qui, comme moi et bien d'autres, pense au sublime Rock bottom de 1974. L'album paraît d'abord disparate, inégal, une collection de chansons, dont certaines mièvres, inabouties. Et puis l'on réécoute, et le charme commence à opérer, la conception d'ensemble se dégage. Loin d'être un fourre-tout, un recueil de chansonnettes, l'album est une oeuvre accomplie, pensée comme un tout. Aussi est-il très injuste de le juger sur une quelconque de ses composantes. Il s'agit bien d'un opéra-comique, dans la mesure où le comique a son sens grec : est comique ce qui concerne les faiblesses humaines, comme le déclare le compositeur : " Je veux insister sur ce point, parce que je termine l'album en chantant une sorte d'hymne à Che Guevarra, mais je parle des travers humains, je ne cherche pas de nouveaux dieux." Pas question donc d'enfermer Robert dans son engagement militant. Les chansons parlent d'amour, de paix ou de guerre, avec des mots simples, parfois ceux de sa compagne Alfie, qui dessine aussi la pochette. Quand on connaît son histoire personnelle, évidemment marquée par la chute de quatre étages voici plus de trente ans et la paralysie des jambes qui en est résulté, plus aucune parole n'est anodine. Dès le premier titre, composé par Anja Garbarek :"In between, got no choice/ but to be there,/ somewhere, somewhere". L'amoureuse du second titre, chanté par Monica Vasconcelos se demande : "What should I Do ? / Try to love you / just as you are ?" et plus loin : "Should I leave ? Should I stay ?", ce à quoi Robert répond dans la deuxième partie de la chanson : " It's that look in your eyes, / I know you despise me, / for not being stronger". Aucun pathétique appuyé pourtant, tout est en filigrane dans cet opéra en trois actes. Acte I, lost in noise, est une traversée sentimentale illuminée par l'amour d'Alfie (auteur des paroles des titres 2 à 4), commencée avec le superbe et bouleversant Stay tuned (avec la collaboration de Brian Eno aux claviers et aux effets sonores), ponctuée in fine par un instrumental où dominent les cuivres, cornet de Robert, saxophone de Glad Atzmon et trombone d'Annie Whitehead, avec une belle coda de cymbales et batterie. L'acte II, the here and the now, est d'un humour grinçant et désabusé, opposant la grisaille d'une paix peu attirante, comme envahie par le hall d'une église méthodiste à faire fuir, dans A Beautiful Peace, aux attentes offertes par A Beautiful War. Ce diptyque est signé Eno côté musique, tandis que Robert signe toutes les autres compositions  et les paroles à l'exception de celles de Out of the blue (signées Alfie), chef d'oeuvre où sa voix dialogue avec celle d'Eno, traitée en "enotron",dans un choral magnifique avec accompagnement de claviers disloqués, de cuivres déchaînés. Cet acte dénonce l'implantation méthodique de la haine dans les coeurs : rien ne va plus, il faut fuir la langue infectée, l'anglais. L'acte III, away with the fairies, est donc en italien ou espagnol, l'acte de l'espoir un peu fou, qui reprend des titres  enregistrés déjà auparavant, mais retravaillés pour s'intégrer à l'ensemble. Il s'ouvre avec Del Mondo, arrangement de Wyatt d'une composition d'un groupe italien, autre chef d'oeuvre qui sonne comme un De profundis, avec voix sépulcrales en arrière-plan, violon basse de Yaron Stavi en pizzicati dramatiques, souffles d'orgue d'église. Suit la Cancion de Julieta, musique de Robert sur un texte de Garcia Lorca, encore un sommet, véritable petit concerto pour voix et orchestre de plus de sept minutes, avec cordes déchirées, trompette à vif, claviers frémissants : " Oh ruina! / Oh soledad sin arco / Mar de sueno! ". L'instrumental suivant, Pastafari de Orphy Robinson pratiquement seul au vibraphone, apparaît alors comme un îlot ravagé, aux mélodies déconstruites, quelque part entre une bribe d'orchestre gamelan balinais et un orgue de barbarie ou un "piano player" livré à lui-même. Le morceau 15, intitulé Fragment, a le même statut précaire, écho lointain du second titre, avec la voix de Monica Vasconcelos psalmodiant en arrière-plan tandis que Robert chante en courtes boucles incantatoires son effort pour l'aimer. L'album s'achève, après ces plages désolées,  par la reprise très wyattienne (voix très haute chutant dans des quasi-murmures, claviers et cuivres entrelacés, cymbales frémissantes) de Hasta siempre Comandante, hymne au Che aux rythmes latino transcendés par le "monicatron" et le "karenotron" (voix de Monica déjà citée et de Karen Mantler) en échos prolongés. L'album terminé, on se dit que c'est ça, un grand album. Robert Wyatt, fondateur jadis de Soft machine, de Matching mole, reste un immense chanteur, un compositeur et arrangeur inspiré, un multi-instrumentiste sidérant, qui a su effacer toutes les frontières entre rock, pop et jazz. "Chansons de chambre", comme on dit musique de chambre : chaque titre est bourré d'idées musicales à faire pâlir bien des artistes qui tirent à la portée et ne savent même pas finir... Aux collaborateurs déjà cités, il faudrait encore ajouter David Sinclair, pianiste qui fut membre de Matching mole et fondateur du groupe Caravane, ou Phil Manzanera, guitariste de Roxy Music. Manière de souligner que ce disque est l'aboutissement de tout ce que la musique pop(ulaire) peut offrir de meilleur : une chaleur, une intensité et, pour paraphraser Lorca, un océan de songes (mélodieux).
Bel entretien avec Robert Wyatt sur ce blog : il s'y explique notamment au sujet de la reprise de Hasta siempre Commandante.
26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 14:03
Taraf-de-Ha--douks-Maskarada-2.jpgUne dose de bonne humeur, pour commencer. Les bandits d'honneur tsiganes de Roumanie reviennent. Depuis 1990, ils en sont à leur septième album, et quelques films ont intégré une ou plusieurs de leurs compositions. Comme la musique classique, depuis le milieu du dix-neuvième siècle jusqu'au moins au mileu du suivant, s'est inspirée de thèmes "folkloriques", de danses populaires, le Taraf a décidé de "tsiganiser" certains compositeurs classiques. Bela Bartok, Manuel de Falla, Isaac Albeniz et quelques autres nous reviennent ainsi "maskaradés" pour reprendre le titre donné à ce nouvel opus. C'est eux, et ce n'est plus eux, et c'est formidable, gorgé de vie et de couleurs, impeccablement mis en place, car les Haïdouks forment un orchestre de chambre tsigane d'une précision et d'une musicalité indiscutables. Le label belge Crammed discs a de surcroît soigné l'édition de ce disque idéal pour s'extirper de la déprime automnale qui vous guette, ne le niez pas.
Loscil-Plume-copie-1.jpgRespirez, fumée non toxique, musique impondérable. Scott Morgan, par ailleurs percussionniste du groupe Destroyer, en est à son huitième album, le quatrième sur le label Kranky de Chicago. Il appartient à la "famille" des Stars of the Lid ou de Tim Hecker : musique atmosphérique (je n'aime guère "musique d'ambiance", qui me paraît prêter à confusion, et l'anglicisme "ambient music" est paresseux, n'est-il pas ?), qui allie tessitures synthétiques, électroniques, en nappes, pulsations très douces et profondes, et touches instrumentales légères de xylophone, vibraphone, piano rhodes ou encore guitare à archet électronique. Au bout d'un certain temps, on est comme en apesanteur. Les titres sont éloquents : "zephyr", "halcyon", "mistral"(pas déchaîné..), ou encore "steam". Nous ne sommes que vapeur, heureux d'être fondus dans le flux piqueté de grains rythmiques. Excellent pour la relaxation à perpétuité ! A consommer sans modération.

Deuxième volet de l'hommage au compositeur belge Jean-Luc Fafchamps avec la longue oeuvre éponyme de Melencholia si... Composition en quatre parties pour deux pianos et deux percussionnistes inspirée de la célèbre gravure  d'Albrecht Dürer représentant un génie ailé au milieu des attributs du savoir (sphère, dodécaèdre, compas) et des symboles du temps (cadran solaire, sablier, cloche), elle nous propulse quelque part entre George Crumb et la musique japonaise, dans un climat transcendant aux contrastes marqués, ponctué de puissants coups de gong, d'irrésistibles embardées pianistiques, de trouées énigmatiques en clair-obscur. La musique se fait parfois tactile, évoquant frottements d'étoffes et déchirements, et ailleurs si fragile lorsqu'elle égrène les perles du silence dirait-on. "Le vide se défend. / Il ne veut pas qu'une forme le torture." nous dit le beau poème de Margherita Guidacci qui accompagne l'oeuvre.
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Programme du dimanche 21 octobre 2007
Taraf de Haïdouks : Ostinato & romanian dance (piste 1, 4' 19, d'après Bela Bartok)
                                            Danza ritual del Fuego (p.3, 3' 18, d'après manuel de Falla)
                                            In a persian market (p.5, 6' 08, d'après Albert Ketèlbey)
                                            De cînd ma aflat (p.6, 2' 48, d'après..eux-mêmes)
                                            Asturias (p.9, 5' 28, d'après Isaac Albeniz), extraits de Maskarada(Crammed Discs, 2007)
Loscil : motoc (p.1, 6' 27)
                 rorschach (p.2, 8' 17), extraits de Plume(Kranky, 2006)
Jean-Luc Fafchamps : Melencholia si (p.1 à 4, environ 40'), extrait de Melancholia si(Sub Rosa, 2002)
D--rer-Melancholia.jpg
Sur Margherita Guidacci, traductrice et poétesse , un blog.
Pour lire d'elle quelques poèmes en version bilingue, ce très beau blog.
Oyé ! Oyé ! Pas d'émission dimanches 28 octobre et 4 novembre.

20 octobre 2007 6 20 /10 /octobre /2007 15:22
     Déçu par les nouveautés (celles que j'ai pu écouter, précisons, il a pu m'échapper des trésors, hélas !)du côté de la pop-rock au sens très large, je reviens à la musique contemporaine avec un programme qui associe Slow six,  dont l'album Nor'easter est décidément pour moi un chef d'oeuvre étincelant, le pianiste néerlandais Jeroen van Veen , et le pianiste et compositeur belge -employons le terme tant qu'il a encore un sens, Jean-Luc Fafchamps.

Improvisation sur Distant light                             slowsix03.jpg
distant light tant de light
tu me dis je me tends de lumière
léger de lumière vêtu je vais
dans la distance tremblée je je je
me dissous dessous tant de
temps transparent allumé
de lumière dans la baignoire rougie
du crépuscule tu me dis distant
je suis la distante light tendre light

léger écho d'ego terme échu
la tombée des sons déchus déchire
ma trame c'est mon drame léger
distant light aurore cathédrale                             slowsix05.jpg

de rayons tente engloutie tant de
temps reconquis sur les chemins comme
des filles chromatiquement belles
ouvertes sur la nuit divine la

distant light glissante de violons
doux martelé piano de feutre et
de mystère lacté tu m'as trouvé
ivre gisant chrysalide à peine
sous la pluie des couleurs comme
une dédicace fragile m’as-tu dit
tombant ensemble dans le vortex
des limbes lumière light tant de

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Jeroen-van-Veen-2.JPG    Jeroen van Veen au piano : cet instrumentiste-arrangeur-compositeur a plus de 40 CDs à son actif, avec un autre coffret de 11 disques consacrés aux oeuvres pour pianos multiples de son compatriote Simeon ten Holt. Son éclectisme joyeux a de quoi séduire Inactuelles et tous les amateurs de diversité musicale. Dans le coffret "Minimal Piano Collection" présenté la semaine dernière, les disques VI et VII présentent ses propres compositions, vingt-quatre préludes minimalistes à la manière de Bach, manière de clouer le bec à ceux qui méprisent les "facilités" du minimalisme. La démonstration est impeccable, fait éclater l'évidente beauté, la force sereine de ces mélodies aux réfractions répétées, qui jouent du martèlement, des échos, décalages et glissements, boucles et hiatus, silences et stases, grappes accélérées et vrilles. La musique alors est invasion, marée montante et possession, et c'est tout l'être qui vibre dans l'oubli du monde grossier des apparences, transporté au coeur de l'ineffable, dans la matrice mystérieuse des harmoniques sensibles.

Fafchamps-Attrition.jpg  L'oubli momentané de l'actualité accaparante me permet de commencer à rendre hommage à Jean-Luc Fafchamps, pianiste et compositeur belge que j'avais découvert à travers son interprétation de "Triadic memories" de Morton Feldman -auquel il faudra bien que l'émission revienne....Attrition, sorti en 1993 chez Sub Rosa, est le premier disque consacré à ses propres oeuvres. Le quatuor pour deux pianos, interprété par le Bureau des pianistes dont il fait lui-même partie, est une pièce en cinq mouvements à l'abord très abrupt : notes plaquées, isolées, dans les graves, au début ; atonalité, intervalles asymétriques, brisures, pas de fluidité, ni de vraie mélodie, chevauchements et rencontres entre les interprètes dans une configuration variable sur les deux pianos. Nous voici a priori loin du minimalisme, dans des paysages abstraits, âpres, qui offrent toutefois soudain des perspectives incroyables et qui réservent des moments d'une grâce d'autant plus émouvante que rien ne la laissait prévoir. A cet égard, la fin est magnifique, reprise du début surgissant de reliefs arides comme une oasis de consonance et d'harmonies retenues, à la fois debussyste dans sa grâce mystérieuse et très minimaliste dans le discret martèlement des motifs : le jeu dans les cordes de deux des trois pianistes lui confère de surcroît un charme désolé.
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Programme du dimanche 14 octobre 2007
Slow six : distant light, part 1 & 2(pistes 5 et 6, 21' 42), extraits de Nor'easter(New Albion records, 2007)
Jeroen van Veen : Préludes n° 5, 6, 8 & 10 (p.5-6-8-10, vol.VI, 17')
                                          Préludes n°18 à 22 (p.6 à 10, vol.VII, 29'), extraits de Minimal piano collection(Brilliant classics, 2007)
Jean-Luc Fafchamps : Quatuor pour deux pianos (p.1, 17' 20), extrait de Attrition(Sub Rosa, 1993), interprété par le Bureau des pianistes.

 Pour les sites concernant Slow six et Jeroen van Veen, voir l'article précédent. A peu près rien en écoute sur Jean-Luc Fafchamps...