Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
N.B Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

Recherche

Publicités imposées !

Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 22:02
Slow-six-private-times.jpgLe premier album de  Slow Six, dont j'ai chroniqué le second voici peu, vient de ressortir sous  une autre pochette (et sur un autre label) que  l'originale ci-contre toujours disponible. C'est l'occasion de découvrir cet ensemble mené par Christopher Tignor, compositeur et concepteur des instruments informatiques qui accompagnent le violon de Maxim Moston, l'alto de Leanne Darling, le violoncelle de Marlan Barry, les guitares électriques de Peter Cressy et Stephen Griesgraber et le piano rhodes de Jeffrey Guimond.
" C'est la tension entre structure et sentiment qui a fourni les fondements de ces oeuvres", dit le compositeur, qui ne joue pas de violon comme sur Nor'easter, mais manie son ordinateur pour capter et prolonger au mieux le lyrisme des instruments acoustiques. Rien d'agressivement électronique par conséquent, mais un travail tout en finesse pour une musique au lyrisme tempéré, qui se déploie tranquillement parce qu'elle se sait somptueuse. Le morceau le plus court dure plus de dix-huit minutes, parce que le temps ne presse pas. Chaque note se déguste dans son jus temporel sans avoir peur de chanter, de revenir nous hanter, nous enrouler dans les boucles qu'elle s'amuse à construire et déconstruire avec d'autres. Cordes, guitares électriques et rhodes s'enlacent et dansent très lentement, soutenus et relancés par un moelleux filet d'électronique. Salomé dut danser sur une telle musique, parmi les volutes odorantes d'encens très anciens.
Jeroen-van-Veen-Minimal-piano-collection-copie-1.JPGJe reviens sur ce coffret inépuisable pour proposer des oeuvres d'artistes néerlandais contemporains, qui s'inscrivent dans la mouvance de Steve Reich. Le pianiste Jeroen Van Veen accorde à juste titre une place à ses compatriotes, trop peu connus en France. Né en 1951, Jacob ter Veldhuis a commencé sa carrière dans la musique rock, a étudié la composition et la musique électronique. Figure controversée parmi les compositeurs de son pays, il brouille les frontières entre culture populaire et culture savante. Son Postnuclear Winterscenario n°1 enregistré ici est d'un hiératisme impressionnant, fondé pour l'essentiel sur la répétion avec variations d'un  motif de quatre notes, avec un climax inquiétant sur la fin quand les notes sont plaquées avec violence, écrasées. Klaas de Vries, né en 1944, est l'un des fondateurs d'un style musical que l'on appelle maintenant Ecole de Rotterdam. La Toccata Americana choisie par Van Veen est plus labile, à base de tourbillons de grappes de notes au pulse plus reichien, progressivement parasités par des notes répétées ostinato.
________________________________________
Programme du dimanche 11 novembre 2007
Robert Wyatt : Stay tuned (piste 1, 3' 49)
                                 Just as you are (p.2, 4' 21)
                                 You You (p.3, 4' 22)
                                  A.W.O.L.(p.4, 2' 56)
                                  Anachronist (p.5, 3' 28), extraits de comicopera(Domino Recordings, 2007)
Slow Six : this is your last chance (before I sleep) (p.1, 23' 52), extrait de private times in public places(If Then Else records, 2004)
Jacob ter Veldhuis : Postnuclear Winterscenario n°1 (p.3, vol.VIII, 9' 34)
Klaas de Vries : Toccata Americana (p.1, vol.IX, 7' 02), extraits de Minimal piano collection(Brilliant Classics, 2007). Piano : Jeroen Van Veen.
Un groupe électro-rock français pour terminer, c'est assez amusant, et en plus c'est une révélation. Vous étiez les seuls à ne pas encore le savoir... Et en plus, vous aurez un peu de musique à écouter.
King Kong was a cat : Dress (p.1, 4' )
                                              Systeme 21 (p.2, 3' ), extraits du disque éponyme qui paraît chez unique records (qui s'appellera dorénavant We are unique records pour éviter la confusion avec un label allemand), petit label que j'aime bien parce qu'il a publié la musique de Half Asleep (cf leur joli site, et l'album à télécharger gratuitement si vous cherchez bien.)
king-kong-was-a-cat-2.jpg
Half-Asleep.jpg
9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 18:48
Robert-Wyatt-Comicopera.jpg
Quatre ans après Cuckooland, voici  "comicopera"et le retour en très grande forme de ce jeune homme de 62 ans à la voix haut perchée, immédiatement reconnaissable, à la fois légère et vibrante, chargée d'émotions. La première écoute est surprenante, voire décevante pour celui qui, comme moi et bien d'autres, pense au sublime Rock bottom de 1974. L'album paraît d'abord disparate, inégal, une collection de chansons, dont certaines mièvres, inabouties. Et puis l'on réécoute, et le charme commence à opérer, la conception d'ensemble se dégage. Loin d'être un fourre-tout, un recueil de chansonnettes, l'album est une oeuvre accomplie, pensée comme un tout. Aussi est-il très injuste de le juger sur une quelconque de ses composantes. Il s'agit bien d'un opéra-comique, dans la mesure où le comique a son sens grec : est comique ce qui concerne les faiblesses humaines, comme le déclare le compositeur : " Je veux insister sur ce point, parce que je termine l'album en chantant une sorte d'hymne à Che Guevarra, mais je parle des travers humains, je ne cherche pas de nouveaux dieux." Pas question donc d'enfermer Robert dans son engagement militant. Les chansons parlent d'amour, de paix ou de guerre, avec des mots simples, parfois ceux de sa compagne Alfie, qui dessine aussi la pochette. Quand on connaît son histoire personnelle, évidemment marquée par la chute de quatre étages voici plus de trente ans et la paralysie des jambes qui en est résulté, plus aucune parole n'est anodine. Dès le premier titre, composé par Anja Garbarek :"In between, got no choice/ but to be there,/ somewhere, somewhere". L'amoureuse du second titre, chanté par Monica Vasconcelos se demande : "What should I Do ? / Try to love you / just as you are ?" et plus loin : "Should I leave ? Should I stay ?", ce à quoi Robert répond dans la deuxième partie de la chanson : " It's that look in your eyes, / I know you despise me, / for not being stronger". Aucun pathétique appuyé pourtant, tout est en filigrane dans cet opéra en trois actes. Acte I, lost in noise, est une traversée sentimentale illuminée par l'amour d'Alfie (auteur des paroles des titres 2 à 4), commencée avec le superbe et bouleversant Stay tuned (avec la collaboration de Brian Eno aux claviers et aux effets sonores), ponctuée in fine par un instrumental où dominent les cuivres, cornet de Robert, saxophone de Glad Atzmon et trombone d'Annie Whitehead, avec une belle coda de cymbales et batterie. L'acte II, the here and the now, est d'un humour grinçant et désabusé, opposant la grisaille d'une paix peu attirante, comme envahie par le hall d'une église méthodiste à faire fuir, dans A Beautiful Peace, aux attentes offertes par A Beautiful War. Ce diptyque est signé Eno côté musique, tandis que Robert signe toutes les autres compositions  et les paroles à l'exception de celles de Out of the blue (signées Alfie), chef d'oeuvre où sa voix dialogue avec celle d'Eno, traitée en "enotron",dans un choral magnifique avec accompagnement de claviers disloqués, de cuivres déchaînés. Cet acte dénonce l'implantation méthodique de la haine dans les coeurs : rien ne va plus, il faut fuir la langue infectée, l'anglais. L'acte III, away with the fairies, est donc en italien ou espagnol, l'acte de l'espoir un peu fou, qui reprend des titres  enregistrés déjà auparavant, mais retravaillés pour s'intégrer à l'ensemble. Il s'ouvre avec Del Mondo, arrangement de Wyatt d'une composition d'un groupe italien, autre chef d'oeuvre qui sonne comme un De profundis, avec voix sépulcrales en arrière-plan, violon basse de Yaron Stavi en pizzicati dramatiques, souffles d'orgue d'église. Suit la Cancion de Julieta, musique de Robert sur un texte de Garcia Lorca, encore un sommet, véritable petit concerto pour voix et orchestre de plus de sept minutes, avec cordes déchirées, trompette à vif, claviers frémissants : " Oh ruina! / Oh soledad sin arco / Mar de sueno! ". L'instrumental suivant, Pastafari de Orphy Robinson pratiquement seul au vibraphone, apparaît alors comme un îlot ravagé, aux mélodies déconstruites, quelque part entre une bribe d'orchestre gamelan balinais et un orgue de barbarie ou un "piano player" livré à lui-même. Le morceau 15, intitulé Fragment, a le même statut précaire, écho lointain du second titre, avec la voix de Monica Vasconcelos psalmodiant en arrière-plan tandis que Robert chante en courtes boucles incantatoires son effort pour l'aimer. L'album s'achève, après ces plages désolées,  par la reprise très wyattienne (voix très haute chutant dans des quasi-murmures, claviers et cuivres entrelacés, cymbales frémissantes) de Hasta siempre Comandante, hymne au Che aux rythmes latino transcendés par le "monicatron" et le "karenotron" (voix de Monica déjà citée et de Karen Mantler) en échos prolongés. L'album terminé, on se dit que c'est ça, un grand album. Robert Wyatt, fondateur jadis de Soft machine, de Matching mole, reste un immense chanteur, un compositeur et arrangeur inspiré, un multi-instrumentiste sidérant, qui a su effacer toutes les frontières entre rock, pop et jazz. "Chansons de chambre", comme on dit musique de chambre : chaque titre est bourré d'idées musicales à faire pâlir bien des artistes qui tirent à la portée et ne savent même pas finir... Aux collaborateurs déjà cités, il faudrait encore ajouter David Sinclair, pianiste qui fut membre de Matching mole et fondateur du groupe Caravane, ou Phil Manzanera, guitariste de Roxy Music. Manière de souligner que ce disque est l'aboutissement de tout ce que la musique pop(ulaire) peut offrir de meilleur : une chaleur, une intensité et, pour paraphraser Lorca, un océan de songes (mélodieux).
Bel entretien avec Robert Wyatt sur ce blog : il s'y explique notamment au sujet de la reprise de Hasta siempre Commandante.
26 octobre 2007 5 26 /10 /octobre /2007 14:03
Taraf-de-Ha--douks-Maskarada-2.jpgUne dose de bonne humeur, pour commencer. Les bandits d'honneur tsiganes de Roumanie reviennent. Depuis 1990, ils en sont à leur septième album, et quelques films ont intégré une ou plusieurs de leurs compositions. Comme la musique classique, depuis le milieu du dix-neuvième siècle jusqu'au moins au mileu du suivant, s'est inspirée de thèmes "folkloriques", de danses populaires, le Taraf a décidé de "tsiganiser" certains compositeurs classiques. Bela Bartok, Manuel de Falla, Isaac Albeniz et quelques autres nous reviennent ainsi "maskaradés" pour reprendre le titre donné à ce nouvel opus. C'est eux, et ce n'est plus eux, et c'est formidable, gorgé de vie et de couleurs, impeccablement mis en place, car les Haïdouks forment un orchestre de chambre tsigane d'une précision et d'une musicalité indiscutables. Le label belge Crammed discs a de surcroît soigné l'édition de ce disque idéal pour s'extirper de la déprime automnale qui vous guette, ne le niez pas.
Loscil-Plume-copie-1.jpgRespirez, fumée non toxique, musique impondérable. Scott Morgan, par ailleurs percussionniste du groupe Destroyer, en est à son huitième album, le quatrième sur le label Kranky de Chicago. Il appartient à la "famille" des Stars of the Lid ou de Tim Hecker : musique atmosphérique (je n'aime guère "musique d'ambiance", qui me paraît prêter à confusion, et l'anglicisme "ambient music" est paresseux, n'est-il pas ?), qui allie tessitures synthétiques, électroniques, en nappes, pulsations très douces et profondes, et touches instrumentales légères de xylophone, vibraphone, piano rhodes ou encore guitare à archet électronique. Au bout d'un certain temps, on est comme en apesanteur. Les titres sont éloquents : "zephyr", "halcyon", "mistral"(pas déchaîné..), ou encore "steam". Nous ne sommes que vapeur, heureux d'être fondus dans le flux piqueté de grains rythmiques. Excellent pour la relaxation à perpétuité ! A consommer sans modération.

Deuxième volet de l'hommage au compositeur belge Jean-Luc Fafchamps avec la longue oeuvre éponyme de Melencholia si... Composition en quatre parties pour deux pianos et deux percussionnistes inspirée de la célèbre gravure  d'Albrecht Dürer représentant un génie ailé au milieu des attributs du savoir (sphère, dodécaèdre, compas) et des symboles du temps (cadran solaire, sablier, cloche), elle nous propulse quelque part entre George Crumb et la musique japonaise, dans un climat transcendant aux contrastes marqués, ponctué de puissants coups de gong, d'irrésistibles embardées pianistiques, de trouées énigmatiques en clair-obscur. La musique se fait parfois tactile, évoquant frottements d'étoffes et déchirements, et ailleurs si fragile lorsqu'elle égrène les perles du silence dirait-on. "Le vide se défend. / Il ne veut pas qu'une forme le torture." nous dit le beau poème de Margherita Guidacci qui accompagne l'oeuvre.
------------------------------------
Programme du dimanche 21 octobre 2007
Taraf de Haïdouks : Ostinato & romanian dance (piste 1, 4' 19, d'après Bela Bartok)
                                            Danza ritual del Fuego (p.3, 3' 18, d'après manuel de Falla)
                                            In a persian market (p.5, 6' 08, d'après Albert Ketèlbey)
                                            De cînd ma aflat (p.6, 2' 48, d'après..eux-mêmes)
                                            Asturias (p.9, 5' 28, d'après Isaac Albeniz), extraits de Maskarada(Crammed Discs, 2007)
Loscil : motoc (p.1, 6' 27)
                 rorschach (p.2, 8' 17), extraits de Plume(Kranky, 2006)
Jean-Luc Fafchamps : Melencholia si (p.1 à 4, environ 40'), extrait de Melancholia si(Sub Rosa, 2002)
D--rer-Melancholia.jpg
Sur Margherita Guidacci, traductrice et poétesse , un blog.
Pour lire d'elle quelques poèmes en version bilingue, ce très beau blog.
Oyé ! Oyé ! Pas d'émission dimanches 28 octobre et 4 novembre.

20 octobre 2007 6 20 /10 /octobre /2007 15:22
     Déçu par les nouveautés (celles que j'ai pu écouter, précisons, il a pu m'échapper des trésors, hélas !)du côté de la pop-rock au sens très large, je reviens à la musique contemporaine avec un programme qui associe Slow six,  dont l'album Nor'easter est décidément pour moi un chef d'oeuvre étincelant, le pianiste néerlandais Jeroen van Veen , et le pianiste et compositeur belge -employons le terme tant qu'il a encore un sens, Jean-Luc Fafchamps.

Improvisation sur Distant light                             slowsix03.jpg
distant light tant de light
tu me dis je me tends de lumière
léger de lumière vêtu je vais
dans la distance tremblée je je je
me dissous dessous tant de
temps transparent allumé
de lumière dans la baignoire rougie
du crépuscule tu me dis distant
je suis la distante light tendre light

léger écho d'ego terme échu
la tombée des sons déchus déchire
ma trame c'est mon drame léger
distant light aurore cathédrale                             slowsix05.jpg

de rayons tente engloutie tant de
temps reconquis sur les chemins comme
des filles chromatiquement belles
ouvertes sur la nuit divine la

distant light glissante de violons
doux martelé piano de feutre et
de mystère lacté tu m'as trouvé
ivre gisant chrysalide à peine
sous la pluie des couleurs comme
une dédicace fragile m’as-tu dit
tombant ensemble dans le vortex
des limbes lumière light tant de

________________________________________
Jeroen-van-Veen-2.JPG    Jeroen van Veen au piano : cet instrumentiste-arrangeur-compositeur a plus de 40 CDs à son actif, avec un autre coffret de 11 disques consacrés aux oeuvres pour pianos multiples de son compatriote Simeon ten Holt. Son éclectisme joyeux a de quoi séduire Inactuelles et tous les amateurs de diversité musicale. Dans le coffret "Minimal Piano Collection" présenté la semaine dernière, les disques VI et VII présentent ses propres compositions, vingt-quatre préludes minimalistes à la manière de Bach, manière de clouer le bec à ceux qui méprisent les "facilités" du minimalisme. La démonstration est impeccable, fait éclater l'évidente beauté, la force sereine de ces mélodies aux réfractions répétées, qui jouent du martèlement, des échos, décalages et glissements, boucles et hiatus, silences et stases, grappes accélérées et vrilles. La musique alors est invasion, marée montante et possession, et c'est tout l'être qui vibre dans l'oubli du monde grossier des apparences, transporté au coeur de l'ineffable, dans la matrice mystérieuse des harmoniques sensibles.

Fafchamps-Attrition.jpg  L'oubli momentané de l'actualité accaparante me permet de commencer à rendre hommage à Jean-Luc Fafchamps, pianiste et compositeur belge que j'avais découvert à travers son interprétation de "Triadic memories" de Morton Feldman -auquel il faudra bien que l'émission revienne....Attrition, sorti en 1993 chez Sub Rosa, est le premier disque consacré à ses propres oeuvres. Le quatuor pour deux pianos, interprété par le Bureau des pianistes dont il fait lui-même partie, est une pièce en cinq mouvements à l'abord très abrupt : notes plaquées, isolées, dans les graves, au début ; atonalité, intervalles asymétriques, brisures, pas de fluidité, ni de vraie mélodie, chevauchements et rencontres entre les interprètes dans une configuration variable sur les deux pianos. Nous voici a priori loin du minimalisme, dans des paysages abstraits, âpres, qui offrent toutefois soudain des perspectives incroyables et qui réservent des moments d'une grâce d'autant plus émouvante que rien ne la laissait prévoir. A cet égard, la fin est magnifique, reprise du début surgissant de reliefs arides comme une oasis de consonance et d'harmonies retenues, à la fois debussyste dans sa grâce mystérieuse et très minimaliste dans le discret martèlement des motifs : le jeu dans les cordes de deux des trois pianistes lui confère de surcroît un charme désolé.
_________________________
Programme du dimanche 14 octobre 2007
Slow six : distant light, part 1 & 2(pistes 5 et 6, 21' 42), extraits de Nor'easter(New Albion records, 2007)
Jeroen van Veen : Préludes n° 5, 6, 8 & 10 (p.5-6-8-10, vol.VI, 17')
                                          Préludes n°18 à 22 (p.6 à 10, vol.VII, 29'), extraits de Minimal piano collection(Brilliant classics, 2007)
Jean-Luc Fafchamps : Quatuor pour deux pianos (p.1, 17' 20), extrait de Attrition(Sub Rosa, 1993), interprété par le Bureau des pianistes.

 Pour les sites concernant Slow six et Jeroen van Veen, voir l'article précédent. A peu près rien en écoute sur Jean-Luc Fafchamps...                  



12 octobre 2007 5 12 /10 /octobre /2007 18:47

 

    Le minimalisme, ce courant  initié au début des années 1960 par Steve Reich, Terry Riley, La Mounte Young, Philip Glass et quelques autres, reste aujourd'hui un courant musical majeur, d'une surprenante fécondité. En témoigne le coffret de neuf CDs, plus de dix heures de musique, que le pianiste néerlandais Jeroen van Veen vient de lui consacrer chez Brilliant Classics. Ce pianiste né en 1969, formé à Utrecht, qui a étudié aussi sous la direction de Claude Hellfer notamment, a rassemblé une anthologie passionnante à faire écouter à tous ceux qui accusent le minimalisme de monotonie, de pauvreté musicale. Les trois premiers volumes sont consacrés...mais oui, à Philip Glass, qui fait décidément un retour en force dans ces pages. A côté d'oeuvres écrites pour le piano, comme les cinq Métamorphosis, van Veen arrange des musiques de film, des "dances" pour des chorégraphies. Le résultat, c'est déjà trois heures de bonheur, tant la musique de Glass chante, évidente, tour à tour légère ou grave. Le volume quatre, très éclectique et réusssi, promène l'auditeur de John Adams, qui ouvre le disque avec une oeuvre superbe de sa première manière, à John Borstlap, compositeur néerlandais contemporain que je découvre, en passant par l'estonien Arvo Pärt, un autre néerlandais contemporain (et autre découverte !), Simeon ten Holt, pour une pièce de plus de trente minutes, mais aussi par John CJeroen-van-Veen-Minimal-piano-collection.JPGage, Erik Satie et Friedrich Nietzsche. Ces trois derniers nous rappellent en somme que le minimalisme n'est que l'aboutissement de recherches plus anciennes menées par des compositeurs hors-normes, épris de liberté. Le volume cinq rassemble des musiques de films de Yann Tiersen et de Michael Nyman : autant les premières sont de merveilleux petits bijoux gorgés d'émotions, autant les secondes paraissent compassées et factices, balourdes- Nyman étant hélas souvent capable du pire, c'est le point faible de ce coffret incontournable.. Suivent deux volumes consacrés aux deux livres de préludes, minimalistes bien sûr, composés par notre pianiste dans la tradition de Bach : un monument dans le monument, j'y reviendrai. Les deux derniers volumes s'articulent autour  de deux compositeurs américains, Tom Johnson et son "An hour for piano", et Terry Riley pour une version piano du légendaire "In C". Le jeu lumineux, dynamique de Jeroen sur son grand piano Fazioli impulse partout une vraie joie musicale, naïve au meilleur sens du terme, car le minimalisme est au fond plus sensible, sensuel qu'intellectuel. "The less is more", le moins est le mieux pour accéder aux sources jaillissantes de la vie.

  Le site du pianiste-compositeur vous attend, avec d'autres musiques encore à découvrir.


Jeroen-van-Veen-1.JPG    Associé au piano de Jeroen van Veen, le groupe Slow six présenté dans le précédent article montre les ramifications actuelles d'un minimalisme bien tempéré en quelque sorte.
Programme du dimanche 7 octobre 2007 :
Slow six Echolalic transitions (piste 3, 14' 53), extrait de Nor'easter(New albion Records, 2007)

Philip Glass : Opening (p.1, vol.I, 8' 53)
                              The poet acts (p.1, vol.II, 3' 35)
                              Morning passages (p.2, vol.II, 5' 25)
John Adams : China gates (p.1, vol.IV, 5' 43)
John Borstlap : Avatâra (p.8, vol.IV, 5' 18)
Yann Tiersen : Comptine d'un autre été l'après-midi (p.1, vol.V, 2' 22)
                                  Le moulin/La dispute/Sur le fil (p.2 à 4, vol.V, 9' 50)
Wim Mertens : Struggle for pleasure (p.1, vol.VIII, 5' 08),
                                   extraits de Minimal piano Collection(Brilliant Classics, 2007)
                                                 
piano : Jeroen van Veen
---------------------------------------------------------------------
Ne quittez pas cette page sans aller écouter un peu de Philip Glass sur son site : on y trouve des extraits ( frustrants, surtout pour les oeuvres longues, je sais) de l'opéra Einstein on the beach, toujours sidérant, et de son concerto pour violon, sublime, je le redis !!!
5 octobre 2007 5 05 /10 /octobre /2007 17:39
Créé en 2000, le groupe Slow six, basé à Brooklyn, s'est beaucoup produit à New-York et a sorti un premier disque remarqué en 2004. Nor'easter, qui vient de sortir sur le label californien New Albion Records, est à l'évidence l'un des chefs d'oeuvre de cette année. Mené par son fondateur Christopher Tignor, compositeur, violoniste et concepteur du matériel informatique d'accompagnement, épaulé par Stephen Griesgraber à la guitare électrique et compositeur sur l'un des titres, le groupe constitue un véritable ensemble de chambre électro-acoustique qui comporte alto, violoncelle, une seconde guitare électrique sur quatre des six morceaux, grand piano, fender rhodes et deux autres violons en renfort. On le voit, cette alliance d'instruments de musique de chambre, amplifiés, retravaillés et de plus pour certains provenant du rock au sens large, prévient déjà tout étiquetage un peuSlow-six-Nor-easter.jpg hâtif. Bien sûr, la scène new-yorkaise offre l'exemple du Bang on a can all stars, ensemble dédié à toutes les musiques inventives d'aujourd'hui. Slow six s'inscrit dans cette mouvance passionnante. Les compositions sont d'inspiration minimaliste, très aérées, jouent du déploiement des sons dans l'espace par des échos discrets, des réverbérations ou des silences, ce qui donne à chacune d'elle une allure fragile et sensuelle à la fois. On peut penser à l'esthétique de la musique japonaise aussi bien qu'au sublime "Light over water" de John Adams. Si le premier titre contient le mot "pulse", une des clés de la musique de Steve Reich, on est souvent assez loin du maître, car l'utilisation de boucles reste ponctuelle et se distingue de toute façon de la composition par "motifs" qui lui est chère et de son dynamisme puissant. C'est une musique volontiers rêveuse, attentive à ses propres développements, au mystère de son évolution capricieuse. Des cadences de frémissements , des battements d'ailes ou d'élytres dorés, la venue d'inconnus qui marchent à pas feutrés dans les avenues baignées par une lumière vibrante, vaporeuse. Soudain, des courbes qui s'enfuient, des glissements furtifs qui s'accentuent avant de se fondre dans la pénombre qu'on sent vivante. Merveilleuse musique où l'on se baigne parmi les grâces tournoyantes d'un ciel traversé d'éclairs calmes, parmi "les nouvelles couleurs (qui) tombent comme la pluie", pour reprendre le sous-titre de la seconde partie de "distant light", parmi le chromatisme suave des subtils dérapages mélodiques qui peuvent aussi évoquer certaines oeuvres de Lois.V. Vierk, compositrice américaine marquée par son étude  du Gagaku, la musique de la cour impériale japonaise. Cette pure splendeur suspend le temps dans ses méandres, ses étirements méditatifs ou ses brisures délicieuses!

Slow-six-1.jpg
Les voici dans un jeu de reflets bien à l'image de leur musique. Le programme de ce dimanche 30 les associe avec Naïal, présenté la semaine dernière, et avec Duane Pitre et son Pilotram Ensemble, évoqués la semaine d'avant.

Programme du 30 septembre 2007
Slow six : the pulse of this skyline with lightning like nerves (piste 1, 14' 27)
                       contemplation and dissolution of an idea for two pairs (p.2, 9' 15), extraits de Nor'easter(New Albion Records, 2007) Pour écouter d'autres titres. Un échantillon est téléchargeable sur le site de New Albion Records.
Naïal : Prenni pedia / Ataraxie (p.7, 8' 23)
               Sabbraka (p.9, 6' 27), extraits de Lucioles noires(Reaktion, 2006)
Duane Pitre/Pilotram ensemble : The Ensemble chord in C with a major 7th and a guitar base (p.2, 25' 26), extrait de Organized pitches occurring in time(Important records, 2007)

27 septembre 2007 4 27 /09 /septembre /2007 07:43
Na--al-Lucioles-noires.jpg Une découverte, Naïal, et une redécouverte, Philip Glass interprété magistralement par Steffen Schleiermacher à l'orgue et Dominique Frasca à la guitare.
Le 5 septembre, je reçois un courriel de Stéphane Mauchand, qui vient de découvrir ce blog et me signale que la musique qu'il élabore avec Sedryk pourrait m'intéresser, m'indiquant l'adresse de leur site, que je visite derechef. Et c'est le coup de coeur, je commande leur disque, et le voilà en bonne place. Une belle histoire, non ? Leur duo s'appelle Naïal. Stéphane joue des cornemuses du Centre de la France, mais aussi de la clarinette diatonique, et chante sur deux titres de leur album, Lucioles Noires, lentement mûri en studio, superbement conçu et auto-produit en série limitée (vente par correspondance sur leur site, il en reste !). Sedryk, lui, apporte ses traitements sonores, ses échantillons et sa programmation, ponctuellement sa voix. Le résultat, c'est un disque d'une liberté réjouissante qui, sans renier les racines de la cornemuse, présentes à travers des mélodies traditionnelles retravaillées et un échantillon de collectage (utilisé avec humour), l'installe dans notre époque, lui restitue son incroyable saveur, son grain, et son intemporalité. L'électronique ne l'étouffe pas, lui offre plutôt un écrin, un prolongement sensible. Vielle à roue, guitare électrique et piano diversifient la palette instrumentale et coexistent avec les boucles, les é
duo-couleur-Na--al.jpgchos, les ralentis, les superpositions, les sons sculptés par ordinateur. Une touche de rock sur "Omega", inspiré par Marylin Manson, des morceaux plus expérimentaux, et une filiation évidente avec la musique répétitive font de Lucioles noires un concentré des musiques les plus passionnantes d'aujourd'hui. Le premier titre, "Peunegr", commence comme du Ingram Marshall (cf. article du 25 avril 07) avec des appels répétés de la cornemuse qui fait alors songer aux cornes de brume qu'affectionnent le compositeur américain, continue comme les meilleures compositions électro avec une polyrythmie puissante et heurtée associée à la cornemuse démultipliée : entrée fascinante dans le monde de Naïal, dont ils rendent compte fort bien sur leur site, un modèle de clarté. Le titre quatre, "Voies contigües", inspiré par l'écoute des compositeurs minimalistes, est une splendeur qui me sert de transition pour en venir à Philip Glass.
Glass-Steffen-Schleiermacher.jpg Sans doute le plus populaire des compositeurs minimalistes, mais aussi le plus mal compris, voire le plus dénigré, Philip Glass m'a souvent agacé après m'avoir séduit. Sa déconcertante capacité à recycler ses idées fait qu'on reconnaît du Glass aux premières mesures, et qu'on peut finir par avoir l'impression d'écouter toujours le même morceau, habillé différemment. On l'accuse alors de céder à la facilité, source de sa production discographique prolifique, pire, à une pente commerciale fâcheuse. Qu'il y ait chez lui un certain opportunisme, c'est possible ; une manière d
Glass-caricature.jpg'occuper le terrain, comme en témoignent également ses nombreuses musiques de film...Philip Glass nous envahit jusqu'à nous dégoûter, je ne le nie pas, j'ai connu cette nausée devant une musique doucereuse au charme insidieux. Force est pourtant de reconnaître qu'il reste un des compositeurs majeurs de ce temps, comme en témoignent notamment les deux disques réunis ici. A côté de sa musique orchestrale, symphonique surtout, parfois grandiloquente et faiblarde- j'en excepterais son sublime concerto pour violon, un des plus beaux du vingtième siècle finissant, il y a les quatuors à cordes à l'écriture dense, les oeuvres pour piano et pour orgue, qui, toutes, révèlent un compositeur obstiné d'une extraordinaire finesse si on fait vraiment l'effort de l'écouter. Car la musique répétitive, -qu'il incarne par excellence, préférant ce terme de "répétitif" à celui de "minimaliste", demande beaucoup à l'auditeur, qui ne doit pas s'en tenir à l'apparence. Comme dans l'art islamique, que le compositeur a découvert pendant ses voyages et séjours au Maroc, ou comme dans le tissage des tapis, il faut se perdre dans les motifs répétés pour en goûter les subtiles transformations. La musique répétitive est baroque en ce sens qu'elle joue du trompe-l'oeil pour entraîner l'auditeur sous la surface dans ses eaux profondes en perpétuel mouvement. Ses figures d'élection sont d'ailleurs la boucle, la spirale, les constructions en miroir qui démultiplient les perspectives, creusent l'espace sonore jusqu'au vertige. Ecoutez Steffen Schleiermacher interpréter les dances pour orgue solo, composées pour des chorégraphies de Lucinda Childs, et vous oublierez l'image du compositeur facile et mièvre. De facture puissante, elles sont d'une impeccable rigueur. Pianiste, organiste et compositeur, cet allemand de Leipzig est l'un des défricheurs les plus audacieux du champ contemporain. J'ai déjà ici présenté ses interprétations inspirées des "Keyboard studies" de Terry Riley. Il a par ailleurs notamment à son actif deux intégrales pour piano, celles des oeuvres d'Erik Satie et de John Cage (également celles pour piano préparé).
Dominic-Frasca-Deviations.jpgPhilip Glass, se rassureront certains, ne cède pas aux sirènes de l'électronique ou de l'informatique. Il reste un compositeur attaché aux instruments, à leurs sonorités acoustiques, d'où sa réappropriation par des instrumentistes nombreux. Le guitariste virtuose Dominic Frasca (morceaux à écouter sur son site), interprète de "Electric guitar phase" de Steve Reich publié en 2001, a sorti fin 2005 chez Cantaloupe un disque sidérant de guitare solo sur lequel on trouve une des pièces les plus abouties, radicales, de Philip Glass, "Two pages". Comme pour le disque de Schleiermacher, aucun traitement, l'instrumentiste en direct, ici avec une guitare six ou dix cordes, c'est tout. On n'y croit d'abord pas, on se dit qu'il doit y avoir des pistes préenregistrées, quelque chose qui expliquerait ce qu'on entend. "Two pages" est d'une écriture musicale d'une absolue rigueur, d'une densité implacable et lumineuse, une véritable descente dans le maelstrom menée par un guitariste inventeur d'une guitare sans pareille (une guitare classique avec un manche de guitare électrique et un système permettant un jeu percussif). "Guitar hero 2005" à juste titre !Dominic-Frasca-2.jpg
Le programme :
Naïal : Peunegr (p.1, 6' 22)
               Le Dezuno (p.2, 5' 20)
               09/11 (p.5, 4' 07)
               Voies contigües (p.4, 9' 35), extraits de Lucioles noires (Reaktion, 2006 ?)
Philip Glass : Dance n° 2 (p.1, 24' 25), extrait de Dances & Sonata(MDG, 2006)Steffen Schleiermacher, orgue.
                               Two pages
(p.6, 17' 40), extrait de Deviations(Cantaloupe 2005) de  Dominic Frasca.


20 septembre 2007 4 20 /09 /septembre /2007 15:54
La notion de genre musical, de catégorie, est aujourd'hui en crise. Toutes les hybridations sont possibles, les frontières se déplacent. Une étiquette, aussitôt posée, paraît réductrice, étouffante. On peut bien sûr tenter d'y échapper, en essayant par exemple la notion de "musiques expérimentales" pour présenter toute musique un tant soit peu novatrice. Même Steve Reich (ou des amis )recourt à cette formule pour présenter sa musique à un large public sur une plate-forme bien connue des musiciens (cf.ici). J'inaugure la catégorie "Musiques électroniques etc.." pour englober des oeuvres qui vont de la musique électronique pure à "l'ambient", que je désigne sans crainte comme "musique d'ambience", en référence à Brian Eno, et qui recouvre en partie l'ancienne rubrique de "musiques planantes", mais aussi à la musique industrielle ou à l'expérimentale, l'abstraite, la conceptuelle.
Pour commencer, un groupe californien, Odd Nosdam, typique des hybridations sauvages dont je parlais ci-dessus. Mélodies cycliques entrecoupées d'effets bruitistes, envahies de grésillements, voix chuchotées ou délicieusement détournées d'un contexte pop ou folk, tout cela produit un album d'abord déroutant, vite attachant par son abstraction lyrique, sa densité sereine, et un réel sens de l'espace sonore. L'électronique, loin de désincarner la musique, lui donne au contraire du grain, plus de profondeur et de mystère.
ruineas4.jpgJe suis plus perplexe avec le disque suivant, le dernier d'un des groupes phares de la musique industrielle, Einstürzende Neubauten, groupe qui compte à son actif de nombreux albums depuis le début des années 80. N'ayant pas le visuel de la pochette à vous proposer, je place ci-contre une très belle vue de ruine industrielle trouvée sur l'un de leurs sites. Ne connaissant guère le groupe que de réputation, je m'attendais à une musique plus bruyante, violente, saturée. L'album est relativement apaisé (tout est relatif...), souvent poussif et bien peu créatif. Je propose toutefois deux titres très réussis, où le texte tient une place prépondérante : deux poèmes dits avec une très grande intensité, et ça fait plaisir d'entendre de l'allemand si bien porté, si bien sonnant. Le premier titre, "Die Wellen", qui ouvre d'ailleurs l'album, est construit sur un crescendo implacable, la voix étant relayée par des percussions métalliques impressionnantes. Malheureusement, après ce morceau si beau dans son dépouillement, et à l'exception de "Unvollständigkeit", de la même veine que j'oserais dire slammante ou  quasi rappeuse, que de titres convenus...
   Retour sur Eluvium, avec trois extraits de l'album "Copia", présenté dans l'article précédent : drones électroniques, cordes, cuivres, orgue, et un peu de piano pour des titres à l'envoûtante et simple beauté, dans la lignée de Stars of the Lid, en plus mélodieux, ou de Tim Hecker, les saturations en moins.
Duane-Pitre-Organized-pitches-.jpg   La fin du programme est consacrée à Duane Pitre et son Pilotram Ensemble. Compositeur, improvisateur, Duane Pitre circule entre Brooklyn et San Diego. Influencé par La Mounte Young, Terry Riley et Steve Reich, il propose des compositions abstraites alliant drones atmosphériques et structures minimales et s'intéresse aux problèmes de la microtonalité, de l'intonation juste. La couverture de "Organized pitches occurring in time" donne une excellente idée de cette musique qui se veut comme un corps, un organisme dont les différents instruments seraient les organes ou les membres. Ainsi, dans le morceau diffusé, l'orgue à pompe serait le système circulatoire, la clarinette basse les muscles, les guitares la chair, les sons d'origine électriques le système nerveux, l'alto la peau, les violons les mèches de cheveux, le violoncelle et les saxophones les organes internes. Quant à l'auditeur, pour boucler l'analogie, ce serait les yeux, des yeux qui regardent dans le corps de la musique, qui perçoivent la composition différemment pour chacun d'entre nous. Discipline, liberté et variation sont les principes conducteurs de cette musique fascinante, à écouter dans le noir ou la pénombre pour en savourer le continuum chatoyant, le lent déploiement des sons courbes sur le lit mouvant des drones telluriques. L'oeuvre majeure de ce programme !
Odd Nosdam Kill tone (p.2, 5' 11)
                                  Freakout 3 (p.4, 4' 05)
                                  Blast (p.6, 1' 49)
                                  The Kill tone two (p.7, 4' 54), extraits de Level live wires(Anticon Records, 2007) Deux titres en écoute ici.
Einstürzende Neubauten : Die Wellen (p.1, 3' 47)
                                                          Unvollständigkeit (p.8, 9' 01), extraits de Alles wieder offen(Potomak, 2007) (pour les découvrir, des titres plus anciens et un seul extrait du nouveau, -pas très bon hélas, en écoute)
Eluvium : Radio ballet (p.6, 3' 12)
                      Ostinato (p.10, 6' 09)
                      Reciting the Airships (p.9, 4' 35), extraits de Copia(Temporary residence, 2007)
Duane Pitre / Pilotram Ensemble : The Ensemble chord in Eb with a minor 7th and a pump organ base (p.1, 25' 22), extrait de Organized pitches occurring in time(Important records, 2007). Duane ci-dessous en photo.
Duane-Pitre.jpg