Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
N.B Format de votre fenêtre presque carré pour voir le haut des colonnes !

Recherche

Publicités imposées !

Chers visiteurs,

  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 17:22
Encore Maya ? Je suis hanté, que voulez-vous ! Les pochettes de ces deux derniers albums n'arrangent rien : yeux verts hypnotiques, cheveux rouges au vent dans un contre-jour qui blanchit par contraste l'ovale pur du visage sur Almost Human, elle vous tient, elle vous emporte avec feu vers les territoires inconnus qu'elle entend défricher. Parce qu'elle a grandi en Israël entre un village arabe à la vie scandée par les appels à la prière et une communauté argentine baignée par le tango alors qu'elle-même apprenait à jouer la musique de Bach sur son violoncelle, écoutait après les heures de pratique Janis Joplin ou Billie Holiday, Maya Beiser n'a jamais entendu les frontières musicales. Aussi, une fois installée aux Etats-Unis, a-t-elle tout naturellement intégré, au début des années 90, le Bang On a Can All Stars, " cet ensemble de virtuoses guerriers de la New Music", comme le définit l'un de ses fondateurs, Michaël Gordon. Elle est alors le violoncelle solo de "Industry", composition lancinante et inquiétante de ce dernier, à la texture qui s'épaissit et s'accélère progressivement dans un mouvement affolé de locomotive. Embarquée dans la nouvelle musique, qui réconcilie tendances contemporaines et rythmiques apparentées rock au sens très large, elle n'oublie pas pour autant la musique espagnole ou argentine qu'elle connaît si bien et enregistre avec le pianiste Anthony de Mare Oblivion, sorti en 1999 sur le label Koch International Classics auquel elle restera fidèle jusqu'à ce jour, disque consacré au créateur argentin du nuevo tango, Astor Piazzolla, et au compositeur Joaquin Nin, père de l'écrivain Anaïs Nin. Ce qui l'a séduit chez le second, c'est d'abord un parcours aussi itinérant que le sien. Né à La Havane, élevé en Espagne, Joaquin Nin, comme d'autres musiciens espagnols de son temps, Albeniz ou De Falla, vient bien sûr à Paris quelques années. De surcroît, il se passionne pour la musique de l'Espagne baroque, écrit de petites pièces, des "commentaires" à la manière des petits maîtres du dix-huitième siècle, quelque part entre Bach... et Ravel, décalé en somme dans un territoire non répertorié et partout chez lui, comme elle, dans la musique sans frontières. Sa carrière solo est ensuite ponctuée de deux disques faisant la part belle à la musique contemporaine dans sa diversité. Le premier, World to come, réalise le rêve d'une sorte d'orchestre de violoncelles grâce à la technique d'enregistrement multi-pistes de son seul instrument : l'argentin Osvaldo Golijov lui écrit Mariel, courte pièce au lyrisme ample; l'américain David Lang, l'un des autres co-fondateurs de  Bang On A Can, lui offre l'oeuvre en quatre parties qui a donné son titre à l'album; elle y interprète aussi deux oeuvres méditatives, Fratres -dans une version pour quatre violoncelles, de l'estonien Arvo Pärt, et Lament to Phaedra de l'anglais John Tavener. Quatre compositeurs, quatre écritures contrastées, quatre voyages dans de nouveaux territoires. Le second, Almost Human, sorti au début de cette année et partiellement chroniqué dans l'article du 7 juin, pousse plus loin encore le périple et l'expérimentation : narration, chant et violoncelle pour la vaste composition d'Eve Beglarian consacrée au texte du poète Henri Michaux "Je vous écris d'un pays lointain" (traduit en américain); violoncelle et échantillons électroniques (notamment vocaux) pour deux pièces visionnaires, puissantes,  du compositeur anglais Joby Talbot, connu pour sa collaboration avec le groupe de Neil Hannon, The Divine Comedy,  et des musiques de films notamment. Entre ces deux disques, il faut mentionner le Cello Counterpoint, que Steve Reich écrit pour elle, et figurant sur You are (Variations), trois mouvements enchaînés pour huit violoncelles (Maya en direct avec sept pistes pré-enregistrées): un sommet de complexité sereine, le tissage reichien dans son mouvement irrésistible.
     Avec elle, le violoncelle s'affranchit de toute tutelle, de tout rôle codifié pour exprimer la plénitude de son âme universelle, protéiforme : lyrique, bien sûr, pathétique, sans doute, mais aussi introspectif, majestueux, déchiré, vibrant, explosif, tellurique, stellaire...Scientifiques, cessez de vous quereller sur la forme de l'univers : Maya nous prouve qu'il a celle d'un violoncelle.
Joaquin Nin : Chants d'Espagne (p.2 à 5, 8' 49) , extraits de Oblivion(Koch.., 1999)

Steve Reich : Cello Counterpoint (p.5, 11' 31), extrait de You are (Variations)(Nonesuch, 2005) . Le lien vous permettra(notamment) de la voir interprétant ce morceau.
Joby Talbot : Motion detector (p.9, 6' 07)
                          Falling (p.10, 8' 21), extraits de Almost Human(Koch.., 2007)
Arvo Pärt : Fratres (p.6, 10' 35)
Osvaldo Golijov : Mariel (p.1, 7' 32), extraits de World to come(Koch.., 2003)
Michaël Gordon : Industry (p.7, 10' 19), repris sur Bang On A Can Classics(Cantaloupe, 2002)
Pour des écoutes et des videos, se reporter à l'article du 7 juin déjà mentionné. Pour découvrir d'autres compositions de Joby Talbot, cliquer ici.

14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 16:38
Déjà présente dans l'émission du 13 mai de cette année (voir article), la polonaise Anna Suda (An on Bast, c'est elle) reçoit enfin ici la place qu'elle mérite. Welcome scissors, son premier album paru en mai 2006, révèle une compositrice majeure de la mouvance électronique, qui n'a rien à envier à Aphex Twin ou Tim Hecker. Sa pratique du piano et du chant choral depuis des années nourrit son approche du matériau électronique. Elle produit ses propres échantillons à partir d'échantillonneurs, synthétizeurs analogiques et machines à rythmes pour créer une texture synthétique fluide, harmonique, hantée de murmures, fragments de conversation, scratches, bruits divers, entre downtempo et musique abstraite. Chaque titre suit une idée sonore avec une rigueur qui n'exclut pas un lyrisme ample, comme en témoigne notamment le titre 6, un De Profundis résultant d'un collage audacieux entre fragments d'une oeuvre chorale de Liszt, piano, scratches puissants et cloches : stupéfiante beauté qui transcende les oppositions entre musique romantique et musique électronique. Lors des premières écoutes, j'avais pensé à Arvo Pärt ou à Penderecki, mais Anna m'a très gentiment signalé l'origine de l'emprunt. Toute la fin de l'album est magnifique comme les fins de Radio Head ou de The Eraser, le dernier album de Thom Yorke. Nappes d'orgue déchirées de rayures, trouées de voix inconnues, rythmées de beats lancinants, tissent aux confins de l'humain une toile subtile, lumineuse. Welcome scissors ! Anna a produit un second album, Happy-Go-Lucky, en septembre 2006 : je suis sur sa piste...Elle en annonce un troisième pour l'automne : il aura pour titre "Words are dead" et incluera le superbe "Just blast", présent sur la compilation de la Red Bull Academy Music. On peut entendre d'autres extraits ici (sur Myspace, en construction ?)
An on bast : Just blast (3' 58, sur la compilation Melbourne 2006)
                        Scream of a butterfly (p.8, 5' 49)
                        100 hats (p.9, 4' 44)
                        dance deconstruction (p.10, 5' 20)
                        goodbye knives (p.11, 3' 31)
                        De profundis (p.6, 6' 20), extraits de Welcome scissors(2006)
R
obert le Magnifique, pseudonyme d'un musicien breton, bassiste manieur de platines et de machines rytnmiques, producteur, et le
duo Abstrackt Keal Agram (
Tepr et My dog is gay) signent la musique de la célèbre pièce de Shakespeare mise en scène par David Gauchard. Si le titre 5, "Claudius et Gertrude", au jazz très conventionnel, ne m'enthousiasme guère, le reste de l'album tient souvent la gageure, grâce à la participation du quatuor Debussy (titre 3), du rappeur Arm, et de quelques autres. Lire l' article consacré à la conception de cette version de la pièce.
Robert le Magnifique(etc..) : Thème et variations (p.3, 3' 57)
                                                     Malheur à moi (p.4, 2' 12)
                                                     Hécube (p.6, 1' 42)
                                                     La souricière (p.7, 2' 20)
                                                     Fortinbras (p.13, 4' 57), extraits de Hamlet, thème et variations(Idwet, 2007)
Le dernier volet de ces variations sur l'(in)humain est fourni par la fin de la pièce d' Eve Beglarian sur le texte d'Henri Michaux, "Je vous écris d'un pays lointain" (voir article précédent), beau contrepoint aux délicates compositions synthétiques, infra-humaines et troublantes, de An on Bast.
Eve Beglarian Ten/ Eleven/ Twelve (p.6 à 8, 11' 20), extraits de Almost Human( Koch international classics, 2006), disque de Maya Beiser, qui vient de me signaler la disparition prématurée d'Alexandra Montano dont le chant accompagnait son violoncelle. Mezzo-soprano, Alexandra faisait partie du Philip Glass Ensemble, interprétait aussi bien de la musique médiévale que le répertoire français (Ravel, Debussy, Fauré). Avant Amost Human, on peut l'entendre sur
The Witches of Venice de Philip Glass, sorti à la fin de 2006.




7 juin 2007 4 07 /06 /juin /2007 10:15
Arm, Maya, le rappeur inspiré et la violoncelliste prodige, nous ramènent à la poésie, pas la mièvre, la consensuelle qui englue, non, la forte qui emporte et ravit vers "un ciel étrange dont l'éclat sera triste et rare". Au coeur des villes se creuse comme le "pays lointain" dont Henri Michaux, ce mutiné intérieur, ramenait dans les années trente du siècle passé douze lettres à l'énigmatique beauté. Deux disques qui n'ont pas peur des textes, et qui les servent avec ferveur, dans un geste d'une évidence lyrique confondante.
Le groupe rennais, composé au départ du rappeur Arm, du compositeur Mr Teddybear et de DJ Remo, s'est d'abord fait connaître dans le milieu hip-hop par une cassette de 90 minutes très soignée avant  de s'affirmer par une réussite éclatante, l'album "Des lumières sous la pluie", sorti en octobre 2004, noire et hallucinée descente aux enfers urbains servie par des textes percutants, nourris (pour le meilleur !) de références littéraires, et par une musique qui mêle scratchs, électronique, guitare dans un contrepoint foisonnant d'une incroyable puisssance d'appel. Le nouvel album pourra surprendre, mais il est bien dans la continuité de l'univers d'Arm. A l'aspect torturé, visionnaire, du précédent, visible sur la pochette et sur les visuels, répond l'image frontale du duo : ils nous regardent, d'hommes à hommes. Le sépia antérieur cède la place au noir et blanc. Plus d'accompagnement flamboyant, mais une guitare, celle d'Olivier Mellano, pour l'essentiel, pour l'émotion. Le rap d'Ar
m est l'arme du spleen, du crime poétique, car "c'est vers là-bas qu'on voit graviter les ruines" et "qu'on perdra nos styles factices". C'est un acte de dépouillement, celui d'un  homme qui "a raté quelques trains et (qui) est resté là l'air de rien", et qui découvre l'amour, malgré la ville prédatrice. "C'est ta main que je cherche dans l'élan la foudre dans la course et n'aimant que cette voix qui s'est tue.." Bouleversant titre 4, "L'aurore", inspiré du film de Murnau. "Comment faire pour atteindre l'aurore" pourrait être la question qui traverse ces textes que la guitare d'Olivier Mellano prolonge d'accents blues (le titre 6, "Rétines larges"), de rock oppressant (le titre 8, "Patience"), souvent d'accords déchirants, ciselés dans une lumière électrique au ras des mots qui consument et conjurent le quotidien mortel. La poursuite (titre 3) s'interrompt parfois, bute sur des clairières, des aveux qui sonnent justes, loin des postures d'un certain rap tonitruant (surtout truand ?) : " j'ignorais tout des paysages au calme plat / des nuages scintillants sur un ciel aux couleurs de soie ". Ce disque est un acte de courage, un face à face sans fard avec la grâce, avec les grands vides. La place d'Arm, vulnérable...
Psykick Lyrikah : Rétines larges (piste 6, 5' 56)
                                  Un félin près du maître (p.7, 4 '10)
                                  Quand tout s'arrêtera (p.9, 6' 27)
                                  L'aurore (p.4, 3' 27), extraits de Acte(Idwet, 2007)
                                  Le dernier chapitre (p.2, 4' 29), extrait de Des lumières sous la pluie (Idwet, 2004), intercalé au milieu des quatre titres précédents.
Interprète du Cello Counterpoint de son maître et mentor Steve Reich, morceau qui figure sur You are, sorti en 2005, Maya Beiser poursuit une carrière solo éclectique et toujours passionnante. L'essentiel de son nouvel album est consacré à "I am writing to you from a far off country" une oeuvre de Eve Beglarian, compositrice qui, d'habitude, aime associer voix, électronique, samples, sur les textes d'Henri Michaux, "Je vous écris d'un pays lointain". Mais ici, juste les voix d'Alexandra Montano pour un chant en arrière-plan, de Maya qui dit le texte de Michaux et de son violoncelle, bien sûr. Le résultat est envoûtant, décalé, comme la prose de Michaux : nous sommes au seuil de l'humain, en effet, quelque part ailleurs, au bout du monde, là où "l'éducation des frissons n'est pas bien faite", où il n'y a "qu'un soleil par mois, et pour peu de temps", entre Steve Reich et Ingram Marshall, sur les nouvelles terres du lyrisme sauvage.
Maya Beiser : Parties 1 à neuf (p.1 à 5, 28'), extraits de Almost Human(Koch International classics, fin 2006)
Pour terminer :
- un site consacré à Henri Michaux, avec la fin de "Je vous écris d'un pays lointain".
- un site pour lire des extraits de "cette vie est la nôtre", rhapsodie de Benoît Conort, paru en 2001 chez Champ Vallon. Entre le rap d'Arm et lui, il y a des affinités...
- d'autres extraits de Maya Beiser à écouter.

1 juin 2007 5 01 /06 /juin /2007 18:00
Quatrième opus de Tim Hecker, canadien originaire de Vancouver, dorénavant installé à Montréal, Harmony in ultraviolet est une expérience de plongée dans un univers abyssal, où bruits, dissonances, drones (notes basses tenues créant des résonances) et mélodies s'enchevêtrent pour tisser des nappes sonores sombres, oniriques, un étrange concert de voix englouties, disparues, à l'image de la pochette. On pourrait songer aux premiers albums de Tangerine Dream, avant qu'ils ne servent la soupe planante, Zeit ou Atem, ces joyaux toujours sidérants. Il faut imaginer cette musique sous les voûtes embrumées d'une cathédrale inexistante, baignée par les eaux glauques du Léthé.





Paru en 1990, cet album du compositeur américain Ingram Marshall, l'un des pionniers de la musique électronique (et l'une des grandes références de l'émission), n'a rien perdu de son élégiaque et intemporelle beauté. Three penitential visions, à l'origine une oeuvre radiophonique, est en partie le fruit d' une collaboration avec le photographe américano-norvégien Jim Bengston, fasciné par l'ancien monastère cistercien désaffecté de Eberbach, en Allemagne. Les deux premières parties de ces "visions pénitentielles" utilisent presque uniquement la technique des boucles enregistrées sur multi-pistes à partir du saxophone interprété par le photographe lui-même dans l'église abbatiale du monastère, sans électronique. La troisième partie, "Fugitive vision", recourt par contre à des claviers qui associent piano acoustique et synthétiseur analogique. Comme toujours chez Marshall, aucune rupture entre les deux : l'électronique n'est pas une fin en soi, elle se fond dans le matériau acoustique qu'elle magnifie. Le prolongement naturel de cet opus, qui contient aussi les bouleversantes "Hidden voices", est l'album Alcatraz, qui tente de faire ressurgir l'atmosphère de la célèbre prison insulaire californienne, avec des photographies du même artiste.
Tim Hecker : Stags, aircraft, kings & secretaries (piste 2, 4' 31)
                         Palimpsest (p.3, 0' 36)
                         Chimeras (p.4, 3' 13)
                         Dungeoneering (p.5, 5' 25), extraits de Harmony in ultraviolet(Kranky, fin 2006)
Ingram Marshall : Eberbach II (p.2, 5' 44)
                             Fugitive vision (p.3, 8' 45), extraits de Three penitential visions/Hidden voices(Elektra Nonesuch, 1990)
Pas de photographies disponibles de l'abbaye d'Eberbach par Jim Bengston, mais en voici une que j'aime beaucoup, prise dans la baie de San Fransisco en 1983.


















31 mai 2007 4 31 /05 /mai /2007 21:09
    Un brin de folk pour commencer, c'est rare sur Inactuelles ! Le premier disque, sans titre, d'un groupe norvégien, Adjagas, ne manque ni de fraîcheur ni d'intérêt. Les voix acidulées de Lawra Somby (l'homme) et de Sara Marielle Gaup (la femme) nous entraînent vers la Laponie, la culture du peuple sami, vieille culture qui a traversé les âges en s'habillant avec intelligence et discernement de quelques ornements modernes. Guitare acoustique, banjo ou ukulélé voisinent avec clavier, cuivres et même synthétiseur. Ces chants traditionnels, issus de la tradition chamanique, en évoquent d'autres, d'Asie ou d'Amérique, sans trop tomber dans les ritournelles fatiguées auxquelles un certain folk a pu nous habituer. Au beau milieu d'un air, la mélodie s'interrompt, se suspend, s'aère pour des moments de vraie grâce fragile et imprévue ; le ron-ron cède la place à la musique, en somme !
   Après les samis, un puma, rien ne va plus ? Nous n'allons pourtant pas en Amérique, territoire de ces grands chats, ni au cinéma voir "L'incroyable homme-puma", mais l'objet arrive bien d'une autre planète comme le personnage du film. L'Homme-puma, né en 2005, regroupe des musiciens français qui créent un univers hybride, ancré dans le rock, voire le hard-rock, mais traversé de courants bruitiste, dub, électronique, émaillé de collages très divers. Le résultat est un disque étonnant, fort, halluciné, qui sonne comme un acte de révolte contre l'uniformisation : la phrase "Bienvenue aux Etats-Unis d'Amérique" hante  l'oeuvre, chantée entre hurlements et murmures, simples déclamations, en français  (alors que des échantillons de textes anglais servent parfois de fond). Un disque que j'associerais volontiers, en dépit des différences, avec  Des lumières sous la pluie, du groupe rennais
Psykick Lyrikah
(à écouter absolument si vous ne le connaissez pas encore !) Précipitez-vous sur son site , comme lui vous grimperez aux arbres !
  Fin de la première partie avec une compilation très inégale, qui renferme toutefois trois titres excellents, entre drum & bass et électro, où l'on retrouve Mark Pritchard  (cf.article du 17 mai), décidément un artiste à suivre, et les Strabourgeois d'Outlines, qui s'apprêtent à sortir un album.
   Deuxième partie consacrée à deux immenses créateurs (cf.article suivant)
Adjagas : Lavvu vuovddis (piste 8, 1' 48)
                   Suvvi ljat (p.9, 5' 25), extraits de l'album éponyme (ever records, 2007)
L'Homme-puma : 6h22 un 20 septembre (p.5, 2' 01)
                                  Solidaire dans la déchéance (p.6, 5' 25)
                                  Eloge des petites mains (p.10, 7' 14), extraits de l'album éponyme (Communication is not words, 2007)
State River Widening : Cottonwood (p.3, 4' 51)
Mark Pritchard/Steve Spacek : Turn it on (p.7, 6' 21)
Outlines : Listen to the drums (p.10, 6' 52), trois extraits de la compilation Broacasting.. de Jazzanova & Dirk Rumpff (Sonarkollektiv, 2007)

24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 21:16
So percussion est un ensemble de percussionnistes américains composé de Adam Sliwinski, Jason Treuting et Lawson White, noyau auquel peuvent s'adjoindre un ou deux autres percussionnistes ou/et instrumentistes, programmeurs. Il a commencé sa carrière discographique avec un enregistrement de Drumming, la monumentale pièce pour percussions de Steve Reich. Le programme de l'émission propose d'associer leurs albums suivants, le troisième et dernier en date, intitulé Amid the noise (que j'ai fait figurer dans le classement 2006 avant de le diffuser), et le second, consacré à deux compositeurs de Bang on a can, David Lang et Evan Zyporin. Le dernier opus marque un tournant, puisque le groupe joue la musique de Jason Treuting.C'est la confirmation d'un ensemble extraordinaire de précision, de musicalité, de fraîcheur. Ils jouent d'à peu près toutes les percussions existantes, en ajoutent d'autres de leur fabrication, sont épaulés par un programmeur et une ou deux guitares électriques sur quelques morceaux. A chaque fois surgit un univers sonore coloré, sculpté dans les moindres détails, qui a fini par évoquer pour moi les jardins japonais, d'où l'idée de "fleurs percussives" : beauté des matières, des espaces, des jaillissements maîtrisés dans ces pièces dont la durée varie entre deux minutes trente et sept minutes. Les parties II et III des So-called laws of nature (ample composition au hiératisme somptueux déjà diffusée avant la création de ce blog) de David Lang ont été enchâssées dans cet écrin. "September", le cinquième titre du dernier album, impressionnant dans son impeccable progression, son ascèse, a tout naturellement amené la programmation de quatre des Six Japanese Gardens, cycle pour percussions et électronique de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho. Pour finir, je suis revenu à l'anthologie de la Red Bull Music Academy (cf. article du 17 mai) avec deux titres, le premier d'une jeune compositrice turque, Zeynep Erbay, le second de Roberto Auser, dj et producteur qui travaille à Rotterdam.
So percussion : June (piste 1, 3' 45)
                               White (p.2, 3' 56)
                          Work Slow Life (p.3, 3' 32), extraits de Amid the noise(Cantaloupe, 2006)
David Lang : The so-called laws of nature, part II & III (p.3 et 4, environ 21'), interprété par So percussion (sans titre, Cantaloupe, 2004)
So percussion : What the hell (p.7, 4' 43)
     Fire escapes (p.9, 3' 46)
     September (p.5, 4' 08), extraits de Amid the noise
Kaija Saariaho : Tenju-an (p.6, 3' 50)
Many pleasures (p.7, 1' 28)
Dry mountain steam (p.8, 3' 21)
Rock garden (p.9, 3' 52) extraits de Private gardens, publié sous le titre Prisma avec un CD-Rom (Naïve, 1999)
 
Zeynep Erbay : Flowers (cd1, p.2, 3' 04)     Roberto Auser : Flight 101 (cd1, p.6, 6'), extraits de la compilation Red Bull Music Academy/ Various Assets, qui vient de sortir ( voir article précédent) .
 
Pour finir, signalons que "So" est une forme d'un verbe japonais que l'on peut traduire par "jouer". Kaija, devant ce qu' on pourrait croire des rideaux de scène, est telle une magicienne devant son oeuvre, mystérieuse, sensuelle, aux textures oniriques, qui allie si profondément la pâte acoustique des instruments et les chatoiements de l'électronique : que la musique joue !
 
Au jardin des percussions                 
Les fleurs explosent     lentement
Dans la brume traversée de lances
Une goutte
Tombe
Pas d'éclaboussure
Elle tombe
Dans l'éternité
Les pétales se cassent en silence
L'espace est enlacements d'aciers
Au centre secret des vibrations
Le temple

17 mai 2007 4 17 /05 /mai /2007 17:35
   Les musiques électroniques se portent bien. En témoigne notamment la Red Bull Music Academy qui, vous vous en doutez, n'a rien à voir avec une autre académie trop médiatisée. Depuis 1998, animée par de célèbres Djs, elle réunit une soixantaine de participants sélectionnés parmi plusieurs milliers de candidats dans des ateliers internationaux qui leur permettent d'échanger, de mettre en commun leurs idées et de s'interroger sur les problèmes concrets de production et de commercialisation. La sélection de Melbourne 2006 est arrivée, une compilation de deux cds (pas de visuel pour le moment), dont l'émission du 13 mai a diffusé trois extraits :
Ana Suda (An on Bast) : Just blast (cd2, p.4, 3' 58)  Elle propose ici une musique synthétique délicate, qui joue des contrastes entre grignotements et rythmique hypnotique de cloches.
Cette polonaise a sorti son premier album Welcome scissors en mai 2006.Nous sommes accueillis sur son site par un arbre magnifique : vous pourrez écouter d'autres extraits de cette oeuvre étonnamment organique.
Mark Pritchard (Harmonic 313) : Call to Arms (cd1, p.5, 4' 38) De la techno flamboyante, spatiale et inspirée par un artiste aux nombreux pseudonymes.
Richard Eigner : Concrete leaves (cd2, p.12, 4' 51) Une oeuvre exigeante,  imprégnée de musiques contemporaines, comme le reconnaît cet autrichien amateur de Morton Feldman, Ligeti ou Arvo Pärt.
   La scène allemande nous offre deux parutions d'artistes déjà confirmés.

Apparat : Not a number (p.1, 3' 59)
                   Hailin' from the edge (p.2, 3'39)
                   Useless information (p.3, 4' 04)
                   Birds (p.8, 5' 03) extraits de Walls (Shitkatapult, 2007)
   Apparat est le pseudonyme du batteur Sascha Ring, qui a commencé sa carrière de DJ dans les années 90 à Berlin. Dans la mouvance d'Aphex Twin ou de Radio head, il a déjà plusieurs albums à son actif. Celui-ci sort sur son label Shitkatapult fondé en 1999. L'album précédent, Orchestra of bubbles, est sorti en 2006 en duo avec Ellen Allien, une des reines de la techno berlinoise, laquelle propose le trente-quatrième mix de la série Fabric, du club de Londres du même nom. Beaucoup d'invités, où l'on retrouve encore Thom Yorke...(pas diffusé ce soir).

Ellen Allien : Don't believe the chord (Schubert-S1, p.1, 5' 13)
                        Jamie Jones' Pacific Mix (EStro-Driven, p.3, 6' 06)
                        Tu y yo (Damian Schwartz, p.4, 2' 23)

                        Aaltovaihe (Aste-Maan, p.10, 1' 36)
                        Just a woman (Ellen Allien, p.12, 3' 10), extraits de Fabric 34(Fabric London, Pias 2007).
Un oublié (en ce qui me concerne, pas pour tout le monde) de 2006, un excellent duo anglais entre Massive Attack et...folk cold wave :
Various : Thuunk (p.1, 2' 22)
                  Circle of sorrow (p.2, 4' 31)
             Soho (p.5, 5' 02), extraits de The World is gone(XL Recordings, 2006), disque à la belle pochette et aux visuels érotico-animaliers.Circle of sorrow, avec sa mélodie ensorcelante interprétée par une mystérieuse voix féminine est un des titres magiques de cet album imprévisible.


                       
    

              
8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 19:28
Jeoren van Veen piano minimalisme contemporaine   En ce dimanche où l'actualité triomphe, il aura pu paraître incongru de diffuser une musique aussi déconnectée de tout que celle d'Alvin Curran. Mais justement, il me semble urgent, vital, d'inviter la musique de la long(ue) distance (ce beau nom de label..) dans le débat, de creuser les apparences pour retrouver le réel enfoui sous le spectacle. Né én 1938, Alvin Curran étudie avec Elliott Carter, fréquente Morton Feldman, John Cage, fonde l'ensemble Musica Elettronica Viva avec Steve Lacy, Richard Teitelbaum et Frédéric Rzewski, ensemble qui, entre 1966 et 1971, se livre à de très libres improvisations. Compositeur éclectique, il écrit des oeuvres instrumentales, électroacoustiques, crée des pièces radiophoniques, réalise des installations sonores qui relient plusieurs pays, collabore à des ballets, bref est incontournable dans l'univers des musiques nouvelles, innovantes, sans pour autant jouir de la notoriété d'autres compositeurs américains de sa génération comme Steve Reich par exemple. C'est que l'artiste rebondit sans cesse, étonne par des projets imprévus ou difficiles à médiatiser, déjoue toutes les étiquettes. A des musiques explosives, tonitruantes, succèdent des compositions méditatives. A côté des collages qui mêlent bruits, cris, cornes de navire, sections déchaînées de cuivres rutilants, il y a la musique pour piano, déjà entendue dans cette émission(voir le 18 février pour un disque magnifique..), trop peu entendue pourtant. Il y a ces Inner Cities, ces onze pièces d'une durée totale d'environ quatre heures trente que le pianiste flamand Daan Vandewalle aime interpréter intégralement dans certains festivals, réunies dans ce coffret de quatre disques (avec livret en français, distribué par Harmonia Mundi) sorti en 2005. Les quatre premières font l'objet de cette première émission spéciale. Trois pièces méditatives,chacune d'une durée comprise entre vingt et trente minutes, et une quatrième pour piano-jouet d'un peu plus de sept minutes : le début d'un cycle majeur, l'un des premiers monuments de la littérature pour piano du vingt-et-unième siècle après les études de Pascal Dusapin. J'ai pensé d'abord à Morton Feldman, pour cette manière de dérégler le temps, de le distendre de l'intérieur, à John Cage pour la fabuleuse liberté, légèreté d'une musique qui semble toujours improvisée, naissante, insousieuse de sa fin, à Gurdjieff pour sa simplicité, sa limpidité confondante, et puis je n'ai pensé à rien qu'à la musique...Compte-rendu d'une Expérience, ces quelques mots :
  Où vont ces notes, ces sons que la nuit égrène du bout de ses doigts aventureux ? Nul projet, pur jet, dépot de notes rejouées à satiété. Musique obstinée qui glisse dans les failles pour troubler l'inconnu, surprendre les secrets du dedans. Inner Cities, labyrinthes éclos au détour de quatre notes qui ne formaient qu'à peine une mélodie. Rien ne se joue, tout se déjoue, se troue.La musique est avènement, pure et miraculeuse immanence pour qui s'y abandonne dans l'oubli de tout. Il faut accepter de ne plus rien attendre pour que tout nous soit donné par surcroît, par surprise. Alors qu'on pense entendre les pas feutrés de la mort, on découvre les vertus du silence, prélude aux jaillissements cristallins, aux grappes résonnantes, aux escaliers martelés du descendre dans la spirale vertigineuse du moi. Balbutiements sublimes, tâtonnements féconds zébrés de fractures qui nous échouent soudain sur des plages inconnues traversées dirait-on par les sources radieuses de l'Energie.
 
Pour écouter de (trop)brefs fragments du cycle ou d'autre oeuvres d'Alvin, cliquer ici.
Published by dionys - dans Alvin Curran
commenter cet article