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Musiques Singulières

    Pour les amateurs de dépaysement, de découvertes. Formats longs bienvenus : prendre le temps de la musique !
    Index des musiciens à votre disposition dans la Catégorie du même nom.
Créé le 20 février 2007, ce blog prolonge une émission sur Radio Primitive, Reims, la plupart des lundis de 22 à 23 heures. 
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  Désolé pour l'invasion publicitaire, consternante : je la déplore et j'en souffre autant voire plus que vous. En attendant une alternative (pas facile), je vous conseille, si vous naviguez avec Firefox, d'installer une extension anti-pub.

8 juillet 2008 2 08 /07 /juillet /2008 19:12
   Iva Bittova est la musique incarnée, baignée depuis son enfance slovaque et moldave par la source tsigane colportée par son père poly-instrumentiste. Actrice, au théâtre comme au cinéma, elle joue du violon comme on respire, et elle chante, fidèle à l'injonction paternelle répétée dans les nuits de fête de l'Europe centrale. Quelle carrière que la sienne ! Interprète brûlante du folklore de son pays, elle est de toutes les expériences, les plus folles de préférence, par-dessus les frontières, puisqu'elle joue aussi bien avec le guitariste Fred Frith, le plus incandescent des avant-gardistes, qu'avec Bang on a Can, les instrumentistes guerrriers au service de toutes les nouvelles musiques. La rencontre avec ces derniers donne Elida, disque magnifique paru en 2005 chez Cantaloupe, le label fondé par David Lang, Michael Gordon et Julia Wolfe.                                             
  Oubliez tous les clichés sur la musique folklorique ! Aucune fétichisation du passé, mais une interprétation fougueuse d'un répertoire habité par une voix, un corps qui sur scène vit la musique en l'incarnant, sur disque la rencontre magique entre une musicienne accomplie et l'un des ensembles de chambre les plus talentueux. Même aux Etats-Unis, elle n'a pas renoncé à sa langue, ce que je salue à l'heure où tant de français croyant élargir leur audience et...leurs ventes adoptent un anglais insipide. Sa langue, elle en joue comme elle joue du violon, elle est câline, joyeuse, elle jubile, danse, quelque part entre Meredith Monk, Hans Eisler et la tsigane inconnue. Bang On a Can épouse toutes les inflexions de la chanteuse, l'enveloppe dans une interprétation à la fois dynamique et sobre, très aérée, qui laisse la place à de splendides moments suspendus, lorsque la langue perd les mots comme à la fin de Nejsi ou dans Bolis me, Lasko. Piano, basse, percussions, guitare électrique, violoncelle, clarinettes, mais aussi banjo et harmonica soutiennent Iva dans ce parcours tourbillonnant ou rêveur, où les chansons alternent avec titres ou passages purement instrumentaux. Hopahop Talita, le titre 5, déploie sur neuf minutes un très beau dialogue élégiaque entre clarinette, violoncelle et piano, que le violon vient relancer et enjouer, rejoint par les autres instruments, avant de laisser la place à un passage en équilibre sur le silence, piano comme sur des pointes et guitare électrique tout en zébrures retenues s'effaçant ensuite devant le grave violoncelle et une ultime poussée festive, irrésistible. Une rencontre réussie de bout en bout, musicalité et bonheur, la vie imprévisible...
- le
site d'Iva Bittova.
- Iva Bittova sur Myspace.
- une vidéo de Samota (Solitude), quatrième titre de l'album Elida, enregistré au Palace Akropolis de Prague le 23 juin 2006, avec Lisa Moore au piano.

- une seconde enregistrée le même jour au même endroit, du premier titre, Maliri v Parizi(Peintres à Paris)

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Programme de l'émission du dimanche 6 juillet 2008 (Première partie)
Iva Bittová/Bang On a Can : Samota (piste 4, 4' 08)
                                                             Hopálop Tálitá (p.5, 9' )
                                                             Zepískej (p.6, 9' 28), extraits de Elida (Cantaloupe, 2005)

Arthur H : Cosmonaute père et fils (p.7, 6' 19)
                    The Hypno-Techno Gipsy Queen (p.12, 6' 45), extraits de L'Homme du monde (Polydor, 2008)
Pas mal, Arthur H après Iva Bittova ! Il a l'esprit bohème, le goût du poème, du voyage et de la folie. J'aime bien quand il raconte des histoires, qu'il se laisse aller à sa fantaisie. Je n'aime guère les premiers titres de l'album, où il rentre un peu trop dans les formats standardisés. A partir du titre 5, on respire, on prend le large, et c'est alors très bien !!
Elodie Lauten : Variations on the Orange Cycle (p.1 à 4, environ 25' ), extraits de Other places (Lovely Music, 1997)
   
                      
15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 11:15
undefinedundefinedDeux immenses compositrices à l'honneur. J'ai déjà présenté Eve Beglarian (cf. article du 31 janvier 2008), mais je voulais revenir sur Tell the birds, disque inépuisable, magnifique, qui rassemble six pièces écrites entre 1994 et 2004. Landscaping fot privacy associe la lecture d'un poème de Linda Norton à un accompagnement au piano et aux sons d'origine électronique : Eve est une formidable diseuse de textes et une instrumentiste accomplie, qui sert le texte sans le redoubler. Le résultat est tout simplement éblouissant. FlamingO, pièce de plus d'un quart d'heure qui clôt l'album, la montre en orchestratrice ambitieuse et imprévue. L'auditeur est soumis à rude épreuve. On a d'abord l'impression d'une cacophonie, ponctuée de respirations rauques. On est sur la corde raide, au bord du chaos, fasciné en même temps par la matière orchestrale en ébullition, travaillée par des courants souterrains comme une pâte levée. Tout se casse alors, les respirations occupent le devant de la scène, syncopées, grinçantes, parodie improbable et non dénuée d'humour de halètements amoureux, grotesques et distordus. L'orchestre s'enfle à nouveau, tout en discordances et en coassements, pour éructer à grand peine ce qu'il recelait depuis le début, un grand thème lyrique, chaleureux, puissant : pièce exemplaire sur la naissance de l'harmonie, l'ordonnancement du chaos. Tout le disque est d'ailleurs une réflexion sur la naissance du monde et sur les origines de la musique. Non, les grands compositeurs ne sont pas seulement des hommes, voici Eve..., ci-dessous dans une vidéo qui montre, à la fin, son travail avec des musiciens persans classiques sur un projet a priori non enregistré en liaison avec The Los Angeles Master Chorale, dont le Directeur intervient en premier, avant qu'elle ne présente son l'oeuvre.

   Et voici Julia Wolfe, l'une des co-fondatrices, avec David Lang et Michael Gordon de l'ensemble Bang on a Can All Stars, née en 1958 comme Eve Beglarian. Auteur d'une oeuvre abondante, mais dispersée, peu représentée sur disques, elle a écrit des quatuors à cordes heureusement disponibles sur Cantaloupe, label créé pour l'ensemble et tous les compositeurs novateurs qui refusent d'enfermer leurs oreilles dans des secteurs verouillés par le dogmatisme et les préjugés. Elle s'intéresse aussi bien à Beethoven qu'à Led Zeppelin ou aux musiques traditionnelles, ce qui s'entend dans son éc
undefinedriture des quatuors. Big Deep, interprété par le quatuor Ethel, est une oeuvre massive, râpeuse, tout en brisures, pas si éloignée de l'esprit de la musique industrielle, animée d'un dynamisme ravageur dans le crescendo frénétique de la seconde moitié, avant de concéder quelques accents chantants et des glissendi plus apaisés vite repris dans la tourmente finale. Four Marys, interprété par le Cassatt String Quartet, est lui du côté des courbures enchevêtrées, reprises et prolongées, scandées par des coups d'archets, des pizzicati : on pourrait penser par moments au travail si étonnant de Lois V. Vierk, dont il faudra bien que je vous parle un jour. Le quatuor  s'alentit parfois en graves introspections, s'ouvre sur un lamento élégiaque d'une bouleversante beauté, retenue, dans un lent tournoiement très doux, diminuendo. Un sommet.
Prolongement
- Landscaping for privacy, d'Eve Beglarian, en écoute ici.
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Programme de l'émission du dimanche 9 mars 2008
Brain Damage : Poursuit of X (piste 21, 2' )
                                   Meine Ruhe (p.22, 2' )
                                   Wie lange noch (p.23, 2' ), extraits de Short cuts(Jarring effects, 2008)
Eve Beglarian : Landscaping for privacy (p.5, 7' 03)
                                   FlamingO (p.6, 16' 27), extraits de Tell the birds(New World Records, 2006)
Julia Wolfe : Big Deep (p.1, 13' 52)
                            Four Marys (p.2, 10' 49), extraits de The String Quartets(Cantaloupe, 2002)

28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 17:19
Phil-Kline-1.jpgQu'il écrive des chansons inspirées par les poèmes que les GI's inscrivaient sur leurs briquets (Zippo songs, 2004) , un remix du Messie de Haendel (Messiah remix, 2004) ou des pages de quatuor à cordes sublimes interprétées par le Quatuor Ethel (chez Cantaloupe, en 2003), Phil Kline est un compositeur new-yorkais qui participe pleinement à l'effervescence artistique de son temps, se rattachant à la mouvance de Bang On A Can. Originaire de l'Ohio, après des études de littérature à l'Université de Columbia, il s'oriente vers une carrière de musicien, devient une des figures de la scène rock new-yorkaise des annnées 80. Il fonde alors le groupe The Del-Byzanteens avec le cinéaste Jim Jarmusch, collabore avec des photographes, des chorégraphes, fait le tour du monde avec l'ensemble de guitares de Glenn Branca. Depuis, il invente des événements, passe allègrement de la musique de chambre à une symphonie pour 21 ipods, crée des installations sonores interactives. C'est pendant l'hiver 1992 qu'il a l'idée d'une sculpture sonore mouvante. Il enregistre les différentes parties d'une oeuvre sur cassettes que quelques douzaines d'amis vont emporter chacun sur un gros radio-cassette. Tous les marcheurs démarrent leurs appareils en même temps et font le tour de Greenwich Village pendant une nuit de décembre. Unsilent Night est née, se rejoue chaque année avec une musique qui se transforme et  une foule toujours plus nombreuse. Cette année, la manifestation prend plus d'ampleur encore, puisqu'elle se déroule entre le premier et le 23 décembre dans 27 villes dont quatre en dehors des Etats-Unis : Phil-Kline-Unsilent-night.jpgAllemagne, Royaume-Uni et Australie voient débarquer les "boomboxes" sur leur sol. Publié en 2001, le disque Unsilent night résulte de plusieurs enregistrements en direct dans les rues de New-York, retravaillés en studio. Entre ambiance et musique électronique, les compositions proposent un univers sonore chaleureux, hanté par des voix multiples(parmi elles, celle d'Alexandra Montano, collaboratrice du Philip Glass Ensemble, présente aussi sur le dernier disque de Maya Beiser) comme de grands hymnes dans les rues enneigées parcourues par des troupeaux aux clochettes tintantes. Apaisant et optimiste, de la lumière dans la grande nuit...
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Programme du dimanche 23 décembre 2007 (Première partie)
Phil Kline : The milky way (piste 2, 9' 42)
                       Rondes des mages (p.3, 5' 09)
                       the crossing (p.4, 2' 57)
                       from light (p.5, 4' 05), extraits de Unsilent night(Cantaloupe, 2001)
24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 21:16
So percussion est un ensemble de percussionnistes américains composé de Adam Sliwinski, Jason Treuting et Lawson White, noyau auquel peuvent s'adjoindre un ou deux autres percussionnistes ou/et instrumentistes, programmeurs. Il a commencé sa carrière discographique avec un enregistrement de Drumming, la monumentale pièce pour percussions de Steve Reich. Le programme de l'émission propose d'associer leurs albums suivants, le troisième et dernier en date, intitulé Amid the noise (que j'ai fait figurer dans le classement 2006 avant de le diffuser), et le second, consacré à deux compositeurs de Bang on a can, David Lang et Evan Zyporin. Le dernier opus marque un tournant, puisque le groupe joue la musique de Jason Treuting.C'est la confirmation d'un ensemble extraordinaire de précision, de musicalité, de fraîcheur. Ils jouent d'à peu près toutes les percussions existantes, en ajoutent d'autres de leur fabrication, sont épaulés par un programmeur et une ou deux guitares électriques sur quelques morceaux. A chaque fois surgit un univers sonore coloré, sculpté dans les moindres détails, qui a fini par évoquer pour moi les jardins japonais, d'où l'idée de "fleurs percussives" : beauté des matières, des espaces, des jaillissements maîtrisés dans ces pièces dont la durée varie entre deux minutes trente et sept minutes. Les parties II et III des So-called laws of nature (ample composition au hiératisme somptueux déjà diffusée avant la création de ce blog) de David Lang ont été enchâssées dans cet écrin. "September", le cinquième titre du dernier album, impressionnant dans son impeccable progression, son ascèse, a tout naturellement amené la programmation de quatre des Six Japanese Gardens, cycle pour percussions et électronique de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho. Pour finir, je suis revenu à l'anthologie de la Red Bull Music Academy (cf. article du 17 mai) avec deux titres, le premier d'une jeune compositrice turque, Zeynep Erbay, le second de Roberto Auser, dj et producteur qui travaille à Rotterdam.
So percussion : June (piste 1, 3' 45)
                               White (p.2, 3' 56)
                          Work Slow Life (p.3, 3' 32), extraits de Amid the noise(Cantaloupe, 2006)
David Lang : The so-called laws of nature, part II & III (p.3 et 4, environ 21'), interprété par So percussion (sans titre, Cantaloupe, 2004)
So percussion : What the hell (p.7, 4' 43)
     Fire escapes (p.9, 3' 46)
     September (p.5, 4' 08), extraits de Amid the noise
Kaija Saariaho : Tenju-an (p.6, 3' 50)
Many pleasures (p.7, 1' 28)
Dry mountain steam (p.8, 3' 21)
Rock garden (p.9, 3' 52) extraits de Private gardens, publié sous le titre Prisma avec un CD-Rom (Naïve, 1999)
 
Zeynep Erbay : Flowers (cd1, p.2, 3' 04)     Roberto Auser : Flight 101 (cd1, p.6, 6'), extraits de la compilation Red Bull Music Academy/ Various Assets, qui vient de sortir ( voir article précédent) .
 
Pour finir, signalons que "So" est une forme d'un verbe japonais que l'on peut traduire par "jouer". Kaija, devant ce qu' on pourrait croire des rideaux de scène, est telle une magicienne devant son oeuvre, mystérieuse, sensuelle, aux textures oniriques, qui allie si profondément la pâte acoustique des instruments et les chatoiements de l'électronique : que la musique joue !
 
Au jardin des percussions                 
Les fleurs explosent     lentement
Dans la brume traversée de lances
Une goutte
Tombe
Pas d'éclaboussure
Elle tombe
Dans l'éternité
Les pétales se cassent en silence
L'espace est enlacements d'aciers
Au centre secret des vibrations
Le temple